OBSERVATION XXXVI
(ŒTTINGER, P.-L. MARIE et BARON), résumée.
Ch, 24 ans, électricien, entre à l’hôpital Cochin, salle Siredey, n° 16, le 12 décembre 1912, pour des accès de fièvre et des douleurs dans les jambes. Dans ses antécédents, on note la chorée à l’âge de 12 ans, et du paludisme contracté en 1910 en Tunisie; il a présenté là, à un an d'intervalle, deux accès à type quotidiens, assez bénins, d’une durée de 4 jours. Rentré en France, il eut, en juillet 1912, une série de & accès fébriles se succédant pendant une quinzaine de jours, sans périodicité régulière, accompagnés d’arthralgie, de courbature généralisée et de douleurs dans les membres inférieurs. Depuis cette époque, il s’est bien porte jusqu’au 4 décembre, jour où il fut pris brusquement dans l’après-mid d’une fièvre violente précédée d'un frison intense, suivie de sueurs, qui cessa vers le milieu de la nuit. Du 5 au 12 décembre, jour de son entrée à l’hôpital, il eut presque quotidiennement, dans l’après-midi, un accès fébrile, le plus souvent sans frisson initial, mais toujours accompagné de sueurs profuses. Le malade dut interrompre son travail dès le 5 décembre. Ë
A l’examen (12 décembre), on trouve un sujet bien constitué, mais fatigué et amaigri, ne se plaignant de rien en dehors de ses accès de fièvre et de quelques douleurs diffuses dans les membrès inférieurs, ayant apparu vers le 7 décembre. On note une splénomégalie appréciable les urines ne contiennent pas d’albumine. L’appétit est bon, Dans l’après-midi, le malade présente son accès de fièvre habituel qui dure 4 heures. On fait le
diagnostic de paludisme. On prescrit du sulfate de quinine, et, malgré ce traitement, les accès se répèlent presque quotidiennement jusqu’en fin décembre.
Le 31 décembre, après une courte amélioration apparente, l’état s’aggrava subitement. Des symptômes méningés font leur apparition : Kernig très accentué, sans raideur de la nuque, céphalée intense, vésicules d’herpès sur la lèvre inférieure.-Pouls 72 bien frappé. Une dizaine de petites taches rosées sur l'abdomen. La fièvre atteint 40°5. La ponction lombaire, pratiquée aussitôt, montre un liquide trouble contenant un diplocoque ne prenant pas le Gram. L’hémoculture montre également la présence de ce diplocoque dans le sang.
On injecte aussitôt 20 ce. de sérum antiméningococcique dans le canal rachidien.
Dès le lendemain 1* janvier, l’amélioration est sensible. On trouve le malade lisant dans son lit. Il n’y a plus de céphalée, la température a baissé, le signe de Kernig très marqué reste le seul signe méningé. Par contre, il existe maintenant, à la lèvre supérieure, de l’herpès, et des petites taches rosées disséminées, au nombre d’une vingtaine, sont apparues sur le dos et les membres inférieurs.
Le 2 janvier, seconde injection intrarachidienne de 20 ec.; le liquide retiré est encore trouble. Nouvelle injection intrarachidienne de sérum, le 4 janvier. Le surlendemain, injection sous-utanée de 20 ec.. Malgré le traitement, l’amélioration n’a pas persisté. Chaque jour le malade a un nouvel accès fébrile intense, Le signe de Kernig est aussi accusé, l’éruption est stationnaire, la rate aussi grosse. À part un amaïgrissement très rapide et très marqué, l’état général reste relativement satisfaisant: le pouls bat aux environs de 70.
Le diplocoque-trouvé dans le sang est identifié comme
Por
étant un paraméningocoque, aussi le 9 janvier commence-t-on une sérothérapie spécifique : 40 cc. souscutanés de sérum antiparaméningococcique, et le lendemain 30 CC. par voie intrarachidienne après injection antianaphylactisante sous-cutanée. Le liquide reste riche en paraméningocoques. La sérothérapie méningococcique pratiquée depuis 11 jours n’a donc pas fait disparaître le diplocoque du liquide cérébro-spinal. L’injection est suivie de céphalée, de rachialgie et d’accentuation du Kernig; mais rapidement les signes méningés s’atténuent et, au bout de 4 jours, il ne reste plus que du signe de Kernig. Le liquide céphalo-rachidien, examiné le 16 janvier, est totalement modifié. Devenu presque limpide, il ne donne plus qu'un culot insignifiant. La culture ne montre plus que quelques. grumeaux très ténus au bout de 70 heures.
Si la méningite a rétrocédé, par contre la fièvre persiste, plus irrégulière, mais encore marquée, La rate reste grosse et, malgré un état général qui, chose très remarquable, reste satisfaisant, la septicémie n’a pas disparu deux nouvelles hémocultures positives les 9 et 16 janvier viennent en témoigner. Aussi pratique-t-on successivement jusqu’au 25 janvier quatre injections sous-cutanées de 50, 40, 25 et 50 cc.
L'amélioration s’accentue franchement. Depuis le 20 janvier, les accès fébriles ont disparu. La rate diminue de volume, l'appétit est vif et depuis le 12 janvier le poids à augmenté de 5 kilos. Il ne persiste qu'un peu Kernig et quelques transpirations nocturnes. On croit le malade guéri, cependant deux hémocultures faites le 25 et le 29 janvier font faire quelques réserves en montrant la persistance de la septicémie diplococcique.
Le 30. janvier, l’état s’aggrave subitement, une poussée méningitique éclate : frissonnements, céphalée vio-
e lente, la fièvre monte à 40°. Le liquide retiré par ponction lombaire est de nouveau trouble,
À 24 heures d'intervalle, on fait deux injections intrarachidiennes de 30 ce, de sérum, rapidement suivies de phénomènes inquiétants : céphalée terrible, rachialgie lombo-sacrée intense, raideur tétanique des membres inférieurs. Cependant la fièvre tombe, alors que la ponction lombaire le 31 janvier donne encore un liquide très trouble, le 2 février le liquide est presque limpide et le 4 février il est devenu tout à fait elair et sa culture reste indéfiniment stérile. Les signes cliniques méningés se sont amendés ,la céphalalgie et la rachialgie ont disparu, le Kernig seul persiste. L'état général, qui du reste n’a jamais été profondément atteint, est bon; la langue est humide, l'appétit conservé, les urines sont abondantes, mais on est frappé de la véritable fonte musculaire survenue à nouveau pendant ces quelques jours de méningite. £
Malgré 60 cc. de sérum sous-cutané (3 février), comme la septicémie persiste (hémoculture positive le 5), se traduisant par des accès fébriles, de nouvelles taches rosées aux membres supérieurs, et qu’on craint l’éclosion de nouveaux accidents méningés, on fait trois injections intraveineuses de collargol de 3 ce. chacune. La température baisse sans pourtant redevenir normale. Comme lors de la première amélioration, le malade se trouve bien, mais une nouvelle hémoculture faite Le 10 février montre la permanence de la diplococcie.
Le 13 février, dans la nuit, éclate une nouvelle poussée méningitique, précédée d'un accès fébrile. On note les mêmes symptômes que précédemment mais encore accentués, La ponction lombaire ramène un liquide de nouveau trouble. Injections intrarachidiennes, à 24 h. d'intervalle, de 15 et 30 cc. de sérum, suivies encore d’exagération de la raideur et des douleurs d’une violence
de PT e
extrême dans la tête, les lombes et les membres inférieurs, qu'on doit calmer avec de la morphine. Cependant, au bout de 4 jours, les signes méningés s’atténuent, le malade peut se coucher sur le dos, et une ponction lombaire faite le 17 février ne montre plus qu’un liquide clair, dont la culture est stérile. Le 18 février, il ne reste que du Kernig.
Toutefois la septicémie n’a pas disparu. Après quelques jours d’apyrexie relative, de nouveaux accès fébriles se montrent, en même temps que l’éruption feparaît. -L’hémoculture (23 février) reste positive malgré de fortes doses (140 cc.) de sérum par voie sous-cutanée qui ne provoquent du reste que des accidents sériques légers, de l’œidème rouge local et un peu &’'arthraigie.
On a recours alors le 24 février à des injections intraveineuses d’électrargol; les accès fébriles, après s’être atténués quelque peu, reparaissent aussi intenses et quotidiens, ;
On renonce à toute thérapeutique active, cependant peu à peu la fièvre, tout en gardant son type intermittent quotidien à maximum vespéral, ne dépasse plus guère 39° À partir du 5 mars elle reste au-dessous de 38°5 et à partir du 10 au-dessous de 38°.
Le malade, qui ne ressent plus ni céphalée, ni rachialgie, engraisse et reprend vite ses forces. Une hémoculture faite le 17 mars reste pour la première fois négative.
Après une convalescence rapide, le malade quitte l'hôpital, ne gardant comme séquelle quun léger signe de Kernig et un peu de splénomégalie,
Résumé. — Septicémie entrecoupée d’épisodes méningés nombreux. Le sérum agit sur l'élément « méningite », il ne modifie pas la seplicémie. On interrompt le traitement, et la maladie guérit spontanément trois mois après le début des accidents.
LC AA