‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 10 sur 59 · DEDICATOIRE · texte numérisé non relu

DEDICATOIRE

et ne reuîennent iamais , et en est quelquefois la mémoire autant fâcheuse, comme les actes ont esté délectables. Dauantage les autres voluptez sont telles, que quelque souuenir qui en vienne , si ne nous peut il remettre en telle disposicion que nous estions : et quelque imaginacion forte que nous imprimions en la teste , si connoissons nous bien que ce n'est qu'une ombre du passé qui nous abuse et trompe* Mats quand il auient que mettons par escrit nos concepcions, com-

bien que puis après notre cerneau coure par une infinité d'afaires et incessamment remue, si est ce que long tems après reprenans nos escrits, nous reuenons au mesme point, et à la mesme disposicion ou nous estions. Lors nous redouble notre aise : car nous retrouuons le plaisir passé qu'auons ù ou en la matière dont escriuions, ou en l'intelligence des sciences ou lors estions adonnez. Et outre ce, le iugement que font nos secondes concepcions des premières, nous rend un singulier contentement. Ces deus biens qui prouiennent d'escrire vous y doiuent inciter, estant asseuree que le premier ne faudra d'acompagner vos escrits, comme il fait tous vos autres actes et façons de viure. Le second sera en vous de le prendre, ou ne l'auoir point: ainsi que ce dont vous escrirez vous contentera. Quant à moy tant en escriuant premièrement ces ieûnesses que en les reuoyant depuis, ie n'y cherchois autre chose qu'un honneste passetems et moyen de fuir oisiueté: et n'auois point intencion que personne que moy les dust iamais voir. Mais depuis que quelcuns de mes amis ont trouué moyen de les lire sans que i'en susse rien,

4 EPITBE DEDICATOffiE.

et que (ainsi comme aisément nous croyons ceux qui lions louent) ils m'ont fait à croire que les deuois mettre en lumière- ie ne les ay osé escondnire, les menassant ce pendant de leur faire boire la moitié de la honte qui en prouiendroit. Et pource que les femmes ne se montrent Tolont'ers en publiq seules, ie tous ay choisie pour me seruir de guide, tous dédiant ce petit euure, que ne tous enuoye à autre fin que pour tous àcertener du bon Touloîr lequel de long tems ie tous porte , et tous inciter et faire Tenir enuie en Toyant ce mien euure rude et mal bâti, d'en mettre en lumière un autre qui soit nùeus limé et de meilleure grâce. Dieu tous maintienne en sauté.

Pe Lion ce 24. Inillet i555.

Votre humble amie

^&oiuxe> ^£ave.

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FOLIE ETD'AMOVB.

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ÀRGVMENT.

Ivpiteb faisoit un grand festin , ou estoit commandé à tous les Dieu* se trouuer. Amour et Folie arriuent en mesme instant sur la porte du Palais : laquelle estant ià fermée, et n'ayant que le guichet ouuert, Folie voyant Amour ià prest à mettre un pied dedens, s'auance et passe la première. Amour se voyant poussé, entre en colère: Folie soutient lui apartenir de passer deuant. Ils entrent en dispute sur leurs puissances, dinitez et préséances. Amour ne la pouuant yeincre de paroles, met la main à son arc , et lui lasche une flesche , mais en vain : pource que Folie soudein se rend inuisible : et se voulant venger , 6te les yeus à Amour. Et pour couurir le lieu ou ils estoient , lui mit un bandeau , fait de tel artifice , qu'impossible est lui ôter. Venus se pleint de Folie, Iupiter veut entendre leur diferent. Apolon et Mercure debatent les droits de l'une et l'autre partie. Iupiter les ayant longuement ouiz , en demande l'opinion aus Dieus : puis prononce sa sentence.

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