EPITRE
de moymesme satisfaire au bon Touloir que ie porte à notre sexe, de le voir non en beauté seulement, mais en science et en vertu passer ou égaler les bommes : ie ne puis faire autre chose que prier les vertueuses Dames d'esleuer un peu leurs esprits par dessus leurs quenoilles et fuseaus, et s'employer à faire entendre au monde que si nous ne sommes faites pour commander, si ne deuons nous estre dédaignées pour compagnes tant es afaires domestiques que publiques , de ceus qui gouuernent et se font obeïr. Et outre la reputacion que notre sexe en receura nous aurons valu au publiq, que les bommes mettront plus de peine et d'estude aus sciences vertueuses, de peur qu'ils n'ayent bonté de voir précéder celles, desquelles ils ont prétendu estre tousiours supérieurs quasi en tout. Pource, nous faut il animer l'une l'autre à si louable entreprise : De la* quelle ne deuez eslongner ni espargner votre esprit, ià de plusieurs et diuerses grâces acompagné ; ny votre ieunesse, et autres faueurs de fortune, pour aquerir cet honneur que les lettres et sciences ont acoutumé porter aux personnes qui les suyuent. S'il y ba quelque chose recommandable après la gloire et l'honneur, le plaisir que l'estude des lettres ha acoutumé donner noua y doit chacune inciter : qui est autre que les autres recreacions : desquelles quand on en ha pris tant qu« Ion veut, on ne se peut vanter d'autre chose, que d'auoir passé le temps. Mais celle de l'estude laisse un contentement de soy, qui nous demeure plus longuement» Car le passé nous resiouit, et sert plus que le présent: mais les plaisirs des sentimens se perdent incontinent,