XXII IL
Iie reprenez , Dames, si i'ay aymé:
Si i'ay senti mile torches ardentes, Mile trauaus, mile douleurs mordantes :
Si en pleurant i'ay mon tems consume,
Las que mon nom- n'en soit par tous blâmé.
Si i'ai failli, les peines sont présentes, N'aigrissez point leurs pointes violentes :
Mais estimez qu Amour, à point nomme,
Sans votre ardeur d'un Volcan excuser,
Sans la beauté d'Adonis acuser,
Pourra, s'il veut,! plu* vous rendre amoureuses:
En ayant moins que moi d'ocasion,
Et plus d'estrange et forte passion.
Et gardez vqus d'estre plus malheureuses*»
FIN DES EWBES DE LOVÏZE UkVk LIOJHOIZE.
AVS POETES DE LOVIZE LABÉ.
30BNET.
Yovs qui le los de Louïze escrivez, Et qui auez, par gaye fantasie Cette beauté, votre suget, choisie, Voyez quel bien pour vous, vous poursuiuez,
Elle des dons des Muses cultivez, S'est pour soymesme et pour autrui saisie :
Tant qu'en louant sa dine Poésie, Mieus que par vous par elle vous viuez.
Laure ut besoin de faueur empruntée, Pour de renom ses grâces animer:
Louïze autant en beauté réputée,
Trop plus se fait par sa plume estimer.
Et de soymesme elle se faisant croire, A ses loueurs est cause de leur gloire.
ESCRIZ
A LA LOVEHGE
DE LOVIZE LABÉ
LIONKOIZE.
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io4 ESCRIZ
DE ÀLOYS-fi LABJEJE OSCULI5.
J.AM non canoras Pegasidas tais Assuesce rôtis : nil tibi Cynthius Fontisue Dircaeî recessns Profiaerint, vel inanis Ëuan.
Sed tu Labaeae basia candidae Imbuta pose a s nectare, quae rosaa
Spirant amaracosque molles, Et violas, Arabumque succos.
Non illa summis dispereunt 1 abris, Sed quà reclusis obicibus patet Inerme pectus, suaueolentis Oris aculeolo calescit.
IUo medullae protinus aestuant, Et dissolutis spiritus omnibus
Nodis in ore suauiantis Lenius emoritur Labaeae.
Hoc plenus œstro (dicere seu lubet Sectis puellas unguibus acriter Depraliantes, aut inustam Dente notam labiis querenteis :
Gœliue motus et redeuntia Ànni yicissim tempora : nec sno
DE DIVERS POETES. io5
Fulgore lucentem Dianam, Sideribusue polos micanteis,
Dignum Labaeae basiolis melos Quod. voce mistis cum fidibus canat)
Dices coronatus quod anreis Cecropias Latiasque pungat.
EN GRACE DV DIALOGVE d'AMOYR ET DE FOLIE, EWRE DE D. LOVÏZE LABÉ LIONNOIZE.
Amovr est donq pure inclinacion Du Ciel en nous, mais non nécessitante :
Ou bien vertu, qui nos cœurs impuissante À résister contre son accion ?
C'est donq de Pâme une alteracion De vain désir légèrement naissante, À tout obiet de l'espoir périssante, Gomme muable à toute passion?
la ne soit crû , que la douce folie
D'un libre Amant d'ardeur libre amollie
Perde son miel en si amer Absynte,
Puis que Ion voit un esprit si gentil Se recouurer de ce Chaos sutil , Ou de Raison la Loy se laberynte.
NON Sï NON LA.
io6 ESCRIZ
EN C0NTEMFLACI05 DE D. LOVÏZE LABÉ.
i^VEL Dieu graua cette magesté douce En ce gay port d'une pronte alegresse?
De quel Hz est, mais de quelle Déesse Cette beauté, qui les autres destrousse?
Quelle Syrene hors du sein ce chant pousse, Qui deceuroit le caut Prince de Grèce?
Quels sont ces yeus, mais bien quel trofee est ce, Qui tient d'Amour l'arc , les trets et la trousse ?
Ici le Ciel libéral me fait voir
En leur parfait, grâce, honneur, et sauoir,
Et de vertu le rare témoignage :
Ici le traytre Amour me veut surprendre :
Ah! de quel feu brûle un cœur ia en cendre?
Comme en deus pars ce peut il mettre en gage?