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Dîtes le, Muses : car sans vous le ne fuis l'ignorante tourbe, Et sans tous ie ne peu chanter Chose, qui puisse contenter Le père de la lyre courbe.
Quand celui qui iadis naquit Dans la tour d'erein, que conquit Iupiter d'une caute ruse, Vt trenché le chef qui muoit En rocher celui qu'il voyoit, Le chef hideus de la Méduse :
Àdonques par l'air s'en allant, Monte sur un cheual volant, Il portoit cette horrible teste ; Et ia desia voisin des Gieus Il faisoit voir en mile lieus La grandeur de cette conqueste.
Tandis du chef ainsi trenché Estant freschement arraché, Distiloit du sang goûte à goûte :
Qui soudein qu'en terre il estoit,.
Des fleurs vermeilles enfantoit, Qui changeoient la campagne toute,
Non en serpent, non en ruisseau, Non en loup, et non en oiseau, En pucelle, Satire ou Cyne ; Mais bien en pierre : faisant voir Par un admirable pouuoir
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La vertu de leur origine.
Et c'est aussi pourquoy ie crois , Que fendant l'air en mile endrois Sur mile estrangeres campagnes, A la fin en France il vola, Ou du chef hideus s'escoula Quelque sang entre ces montagnes :
Mesmement auprès de ce pont Opposé viz à viz du mont, Du mont orguilleus de Foruiere :
En cet endroit ou ie te vois Egaier meinte et meintefois Entre l'une et l'autre rivière.
Car deslors que fatalement l'en aprochay premièrement, le vis des la première aproche le ne say quelle belle fleur:
Qui soudein m'esclauant le cœur Le fit changer en une roche.
le viz encor tout à l'entour
Mile petis frères d'Amour,
Qui menoient mile douces guerres :
Et mile creintifs amoureus
Qui tous comme moy langoureus
Auoient leurs cœurs changez en pierres.
Depuis estant ainsi rocher, le viz près de moy aprocher
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Vne Méduse pins acorte Que celle dont s'arme Pallas, Qui changea iadîs cet Atlas Qui le Ciel sur l'eschine porte.
Car elle ayant moins de beautés, De ces cheueus enserpentez Faisoit ces changemens estranges ; Mais cetteci, d'un seul regard De son œil doucement hagard Fait mile plus heureus eschanges.
Celui qui yoit son front si beau, Voit un Ciel, ainçois un tableau De cristal, de glace, otu de verre:
Et qui voit son sourcil bénin, Voit le petit arc hebenin, Dont Amour ses traits nous desserre.
Celui qui voit son teint vermeil , Voit les roses qu'à son réueil Phebus épanit et colore :
Et qui voit ses cheueus encor, Voit dens Pactole le trésor Dequoy ses sablons il redore.
Celui qui voit ses yeus iumeaus, Voit au ciel de us heureus flambeaus, Qui rendent la nuit plus serene ; Et celui qui peut quelquefois Escouter sa diuine voix Entend celle d'une Sirène.
DE DIVERS POETES. ia5
Celui qui fleure en la baisant Son vent si dous et si plaisant, Fleure l'odeur de la Sabee :
Et qui Voit ses dens en riant Voit des terres de POrient Meinte perlette desrobee*
Celui qui contemple son sein Large, poli, profond et plein, De l'Amour contemple la gloire, Et voit son teton rondelet, Voit deus petis gazons de lait, Ou bien deus boulettes d'iuoire.
Celui qui voit sa belle main, Se peut asseurer tout soudein D'auoir vu celle de l'Aurore :
Et qui voit ses piez si petis, S'asseure que ceus de Thetis Heureus il ha pu voir encore»
Quant à ce que Pacoutrement Cache, ce semble, expressément Pour mirer sur ce beau chef d'euure, Nul que l'Ami ne le voit point :
Mais le grasselet embonpoint Du visage le nous desccsuure.
Et voilà comment ie fuz pris Âus rets de l'enfant de Cypris, Esprouuant sa douce pointure :
Et comme une Méduse fit,
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Par un dommageable proufit, Changer mon cœur en pierre dure.
Maïs c'est au rray la rarité* De sa grâce et de sa beauté, Qui rauit ainsi les personnes :
Et qui leur 6te cautement La franchise et le sentiment, Ainsi que faisoient les Gorgonnes.
Le Tems cette grand' fauls tenant
Se y et de couleur azurée ,
Pour nous montrer qu'en moissonnant
Les choses de plus de durée,
Il se gouuerne par les Gieus ;
Et porte ainsi la barbe grise,
Pour faire voir qu'Hommes et Bieus
Ont de lui leur naissance prise.
Il assemble meinte couleur
Sur son azur, pource qu'il treine
Le plaisir après la douleur
Et le repos après la peine :
Montrant qu'il nous faut endurer
Le, mal , pensant qu'il doit fin prendre,
Comme l'Amant doit espérer,
Et merci de sa Dame atendre.
Il porte sur son vêtement, Vu milier d'esles empennées, Pour montrer comme vitement Il s'en yole auec nos années :
Et s' a compagne en tons ses faits De cette gente Damoiselle, Confessant que tous ses efets N'ont grâce ne vertu sans elle.
Elle s'apelle Ocasion
Qui chauue par derrière porte,
Sous une docte allusion,
Ses longs cheueus en cette sorte :
A fin d'enseigner à tous ceus
Qui la rencontrent d'auenture,
De ne se montrer paresseus
A la prendre à la cheuelure.
Car s'elle se tourne et s'en fait, En vain après on se trauaille :
Sans espoir de fruit on la suit.
Le tems ce do us loisir nous baille, De pouuoir gayement ici Dire et ouir maintes sornettes, Et adoucir notre souci, En contant de nos amourettes.
Le Tems encore quelquefois
Admirant ta grâce éternelle
Chantera d'une belle voix
D'Auanson ta gloire éternelle :
Mais or' ]' 0cas i o n n entend Que plus \ onf r tems ie l'entretienne, Crein gO ftnt ^ r dr€i Yheur qui m'atend 0u ? u *iu \»asq ue ne suruienne -
A use cos! per voi, Donna, il mio core
Il primo di ch'intento vi mirai,
Che certo mi pensai
Cbe nô potesse in me crescere pia ardore :
Ma in Toi belta crescendo d*hor" in hora,
Cresc* in me il fuoco ancora,
Il qnal ne potra mai crescer* si poco,
Cli' altro nà saro piu che fiamme e fuoco.
J. ovte bonté abondante Aus gounerneurs des saints Cieus, Vn, qui de main foudroyante Estonue mortels et Dieus, Ensemença ces bas lie us De diuersité d'atomes Formez de ce vertueus Surpassant celui des hommes.
Lesquels d'une destinée Sous quelque fatal beureus, Pour former une bien née
Furent ensemble amoureus:
Et goûtant le sauoureus, Lequel ou l'Amour termine, Ou le rend plus doucereus, lia font Toir chose diuine.
Mesmement si familière A la troupe des neuf Seurs, Qu'elle Font pour leur lumière Fait lampeger en leurs chœurs :
Là receuant les honneurs De ceus, qu'on n'a laissé boire Aus sourses et cours donneurs De perpétuelle gloire.
Elle le fait aparoitre Au docte de ses esc riz, Qu'on voit iournellement naître, Et deuancer les esprits, Qui auoient gaigné le pris D'estre mieus luz en notre aage.
O féminin entrepris De l'immortalité gage!
Qui une flame amoureuse, Qui mieus les passionnez, Et de reine plus heureuse Discerne les aptes nez, Et à l'Amour fortunez, De cens, lesquels à outrance Seront tousiours mal menez, Et repuz d'une espérance ?
»5o ESGBIZ
Qui de langue plus diserte . *
Fait le Musagete orer
Contre l'éloquence experte
Du Dieu, qui peut atirer
Par le caut de son parler
L'erreur à la vraye trace ?
Qui près d'eus peut sommeiller,
Comme elle, sur le Parnasse?
Donq que sur ses temples yole Ce rert entortillonnë Pris de la ramure mole De la fuyarde Daphné, Et doctement façonné Pour orner la seur de celle, Qui sortit, le coup donné, En armes, de la ceruelle.