‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 24 sur 59 · SONNET A D. L. L. PAR A. F. R · texte numérisé non relu

SONNET A D. L. L. PAR A. F. R

Oï de ceus qui ne t'ont connue, qu'en lisant Tes Odes et Sonnets, Louïze, es honorée:

Si ta voix de ton lut argentin tempérée, D'arrester les passans est moyen sufisant:

Et si souuent tes yeus d'un seul rayon luisant Ont meinte ame en prison pour t'adorer serrée : Tu te peus bien de moy tenir toute asseuree.

Car si iamais ton œil sus un coeur fut puissant,

DE DIVERS POETES. i3i

Il ha esté sur moy, et fait meinte grand' playe : Telle grâce à chanter, baller, sonner te suit, Qu'à rompre ton lien ou fuir ie n'essaye.

Tant tes vers amoureus t'ont donné los et bruit, Qu'heureus me sens t'auoir non le premier aymec, Mais prisé ton sauoir auant la renommée.

A DAME LOVÏZE LABÉ, LIONNOIZE, LA COMPARANT ÀVS

CIEVS.

l5ept feus on voit au Ciel, lesquels ainsi Sont tous en toy meslez ensemblement.

Phehé est blanche : et tu es blanche aussi.

Mercure est docte : et toyv pareillement.

Venus tousiours belle : semblablement Belle tousiours à mes yeus tu te montre.

Tout de fin or est le chef du Soleil :

Le tien au sien ie voy du tout pareil.

Mars est puissant : mais il creint ta rencontre.

lupiter tient les Gieus en sa puissance :

Ta grand' beauté tient tout en son pouuoir.

Saturne au Ciel ha la plus haute essence :

Tu as aussi la douce iouissance

Du plus haut heur qu'autre pourroit auoir.

Donq qui veut voir les grans dons, que les Dieus Ont mis en toy, qu'il contemple les Cieus.

i32 . ESCRIZ

DES LOVENGES DE DAME LOVÏZE LABÉ, LIONNOIZE.

IL ne faut point que i'apelle Les hauts DLeus à mon secours, Ou bien la bande pucelle Pour m'ayder en mon discours.

Puis que les Dieus, de leur grâce, Les saintes Muses, les Cieus Ont tant illustre la face, Le corps, l'esprit cùrieus De celle, dont i'apareille La louenge nompareille, le congnoy bien clerement Que toute essence diuine Me fauorise, et s'encline A ce beau commencement.

Sus sus donq, blanche senestre, Fay tes resonans effors :

Et toy, ô mignarde destre , Chatouille ses dons acors:

Chantons la face angelique, Chantons le beau chef doré, Si beau, que le Dieu Delphique D'un plus beau n'est décoré.

N'oublions en notre mètre Comme elle osa s'entremettre D'armer ses membres mignars:

DE DIVERS POETES. i55

Montrant au haut de sa teste Vne espouuentable creste Sur tous les autres soudars.

noble , ô diuin chef d'çuure Des Dieus hauteins tous puissans, Au moins meintenant descœuure Tes yeus tous resiouissans, Pour Toir ma Muse animée, Qui de sa robuste main Haussera ta renommée Trop mieus que ce vieil Rommain, Qui sa demeure ancienne, La terre Saturnienne

Délaissa pour ta beauté,

A fin qu'à toy rigoureuse •

U fut hostie piteuse (

En sa ferme loyauté..

La Muse docte diurne

Du vieillard audacieus,

Par le vague s'achemine

Pour t'enleuer iusqu'aus Cieus:

Mais la Parque naturelle

Dens les Iberiens chams,

Courut desemplumer l'aile

De ses pleurs, et de ses chants:

Enuoyant en sa vieillesse,

Mal séant en ta ieunesse,

Son corps, au tombeau ombreuse

Efc son ame énamourée

134 ESCRIZ

En l'obscure demonree Des Royaumes tenebreus.

Dieus des voûtes estoilees, Qui en perdurable tour Retiennent emmantelees Les terres, tout à Tentour:

Permetez moy que ie viue Des ans le cours naturel, A fin qu'a mon gré i'escriue En un ouurage éternel, De cette noble Déesse La beauté enchanteresse, Ce qujelle ha bien mérité:

Et qu'en sa gloire immortelle, On Toye esbahie en elle Toute la postérité.

Ainsi que Semiramide, Qui feingnant estre l'enfant De son mari, print la guide Du Royaume trionfant, Puis démantant la Nature, - Et le sexe féminin Hazarda à l'auenture Son corps iadis tant bénin, Gourant furieuse en armes Parmi les Mores gendarmes, Et es Indiques dangers De sa rude simeterre Renuersant dessus la terre

DE DIVERS POETES. iS5

Les escadrons estrangers.

Ainsi qu'es Alpes cornues (Qui, soit Hiuer soit Este, Ont tousiours couuert de nues Le front au Ciel arresté) On yoit la superbe teste D'un roc de * pins emplumé, Rauie par la tempeste De son corps acoutumé, En roullant par son orage Froisser tout le labourage, Des Beufs les âpres trauaus, Ne laissant rien en sa voje Qu'en pièces elle n'enuoye, Cherchant les profondes vaux :.

Ou comme Penthasilee, Qui pour son ami Hector Combatoit entremeslee Par les Grecs, aus cheueus d\>r> Ores de sa roide lance Enferrant l'un au trauers 9 Or* du hranc en violance Trébuchant Fautre à l'enners ; Et ainsi que ces pucelles Qui l'une de leurs mammelles Se bruloient pour s'adestrer Aus combas et entreprises

*■ Aphérèse pour sapins..

i36 . ESCMZ

Âus bons guerroyeurs requises, Pour l'ennemi rencontrer ;

Louïze ainsi furieuse

En laissant les habiz mois

Des femmes , et enuieuse

De bruit, par les Espagnols

Souuent courut, en grand' noise ,

Et meint assaut leur donna,

Quand la ieunesse Françoise

Parpignan enuironna.

Là sa force elle desploye,

Là de sa lance elle ployé

Le plus bardi assaillant :

Et braue dessus la celle

Ne demontroit rien en elle

Que d'un cheualier vaillant.

Ores la forte guerrière Tournoit son destrier en rond:

Ores en une carrière Essayoit s'il estoit pront :

Branlant en flots son panache, Soit quand elle se iouoit D'une pique, ou d'une bâche, Chacun Prince la Iouoit :

Puis ayant à la senestre L'espee ceinte, à la destre La dague, enrichies d'or, En s'en allant toute armée EU* sembloit parmi l'armée

DE DIVERS POETES. i37

Vn Achile, ou un Hector.

L'orguilleus fils de Clymene Nous peut bien auoir aprîs Qu'il ne faut par gloire vaine Qu'un grand trein soit entrepris.

L'entreprise qui est faite Sans le bon conseil des Dieus N'a point, ainsi qu'on souhaite, Son dernier efet ioyeus :

Ainsi cette belliqueuse Ne fut iamais orguilleuse :

Telle au camp elle n'alla :

Ains ce fut à la priqre De Venus, sa douce mère, Qui un soir lui en parla.

Vn peu plus haut que la plaine, Ou le Rone impetueus Embrasse la Sone humeine De ses grans bras tortueus, De la mignonne pucelle Le plaisant iardin estoit, D'une grâce et façon telle Que tout autre il surmontoit :

En regardant la merueille De la beauté nompareille Dont tout il estoit arme, Celui bien on l'ust pu dire Du iuste Roy de Corcyre En pommes tant renommé.

140 ESCRIZ

De la beauté naturelle

Qu'un beau iardin peut auoir,

Il y ut une fonteine,

Dont l'eau coulant contre val

En sautant hors de sa veine

Sembloit au plus cler cristal :

Elle ne fut point ornée,

Ny autour enuironnee

De beaus mirtes Gipriens,

Ny de buis, ny d'aucun arbre,

Ny de ce precieus marbre

Qu'on taille es monts Pariens :

Mais elle estoit tapissée Tout Fenuiron de ses bors, Ou son onde courroucée Murmurait ses dons acors.

D'herbe tousiours verdoyante, Peinte de diuerses fleurs, Qui en l'eau dousondoyante Mesloient leurs belles couleurs.

Qui ust regardé la teste- D'un Narcisse qui s'arreste Tout panchant le col sur l'eau, On ust dit que son courage Contemploit encor l'image Qui trop et trop lui fut beau.

Aussi par cette verdure Estoit le iaune souci, Qui encor la peine dure

De ses feus n'a adouci:

Ains touiours se vire et tourne Vers son Ami qu'il veut voir, Soit au matin, qu'il aiourne, Ou quand il est près du soir.

Là aussi estoient Brunettes, Mastis, damas, violettes Ça et là Sans nul compas :

Àuec la fleur, en laquelle Hiacinte renouuelle Son nom après son trespas.

Le ruisseau de cette sourse '

A par soy s'ebanoyant,

D'une foible et lente course

Deçà delà tournoyant

Faisoit une protraiture"

Du lieu ou fut renfermé

Le monstre contre nature

En Pasiphaë formé:

Puis son onde éntrelassee,

De longues erreurs lassée

Par un beau pré s'cspandoit :

Ou maugré toute froidure

Vne plaisante verdure

Eternelle elle rendoit.

Titan laissant sa campagne Peu à peu sous nous couloit, Et dens la tiède eau d'Espagne Son char il desateloit:

142 ESCRIZ

Quand en ce lieu de plaisance

Louïze estoit pour un soir,

Qui cherchant resiouissance

Près la font se Tint assoir :

Elle ayant assez du pouce

Taté l'harmonie douce

De son lut, sentant le son

Bien d'acord, d'une voix franche

Iointe au hruit de sa main hl anche,

Elle dit cçjtte chanson :

La forte Tritonienne, Fille du Dieu Candien, Et la vierge Ortygienne, Seur du beau Dieu Cynthien, Sont les deus seules Déesses Ou i'ay mis tout mon désir, Et que ie su pour maîtresses Des mon enfance choisir.

Si Venus m'a rendu belle, Et toute semblable qu'elle, Auec sa diuinité, Que pourtant elle ne pense, Qu'en un seul endroit i'ofense Ma chaste virginité.

La pucelle Lionnoize Fredonnant meints tons diuers, Au son plein de douce noise, N'ut deus fois chanté ces vers, Qu'un sommeil de course lente

Descendant parmi les Cieus , Finit sa voix excellente Et son ieu melodieus.

Sur la verdure espandue Tous dous il Ta estendue, Flatant ses membres dispos :

Dessus ses y eus il se pose, Et tout son corps il arrose D'un tresgracieus repos.

En dormant tout deuant elle Sa mère se présenta, En son beau visage telle Qu'alors qu'elle s'acointa D'Anchise, près du riuage Du Simoent Phrygien:

Dont naquit le preus courage Qui au camp Hesperien Renouuella la mémoire, Et la trionfante gloire Du sang Troyen abatu, Qui deuoit en rude guerre Tout le grand rond de la Terre Conquérir par sa vertu.

Eli' regarde par merueille Son visage nompareil, Son haut front, sa ronde oreille, Son teint freschement vermeil, Le vif coral de sa bouche, Ses sourcis tant gracieus,

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Que doucement elle touche Pour voir les rais de ses yeus :

Non sans contempler encore Celle beauté qui décore La rondeur de son tetin, Qui ni plus ni moins soupire Qu'au printems le dons Zephire Alenant l'air du matin.

Apres que la Cyprienne Vt son regard contenté, Voyant de la fille sienne La plus qu'humeine beauté, Esbahie en son courage De sa grand 9 perfeccion, Elle augmenta dauantage Vers elP son afeccion :

Puis toute gaye et ioyeuse, D'une voix tresgracieuse, Pour descouurir son souci, Tenant les vermeilles roses De sa bouche un peu descloses Elle parola ainsi :

Les Dieus n'ont voulu permettre Aus vains pensers des mortels, Que d'eus ils se pussent mettre A fin : bien que leurs autels Soient tous couuers de fumée, Ou pour gaigner leur faueur Ou pour leur ire animée

Faire tourner en douceur,

Tous les veus pas ils n'entendent

Qui deuant leurs yeus se rendent:

Ains les ont à nonchaloir.

Veu ni prière qu'on face

N'y font rien, si de leur grâce

Us n'ont un mesme vouloir.

Que penses tu fille chère, Penses tu bien résister Contre les dars de ton frère S'il lui plait t'en molester?

Il scet domter tout le monde De son arc audacieus ; L'Océan, la Terre ronde, L'Air, les Enfers, et les Cieus.

Onq fille n'ut la puissance De lui faire résistance, Et ses fiers coups soutenir:

Mais ie te veus faire entendre Pourquoy i'ay voulu descendre Du Ciel, pour à toy venir.

Les hommes, pleins d'ignorance, Citoyens de ces bas lieus, Te pensent de leur semence, Et non de celle des Dieus :

Mais par trop ils se deçoiuent (Bien qu'ils le tiennent pour seur) Et assez ils n'aperçoiuent De ta beauté la grandeur.

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Qui diroit, voyant ta face, Que tu fusses de la race D'un homme simple et mortel?

La Terre sale et immunde, Ne sauroit aus yeus du monde De soy produire riens tel.

Tout ainsi la beauté rare D'Heleine, chacun pensoit Engendrée de Tyndare:

Car on ne la connoissoit.

Toutefois si estoit elle Fille du Dieu haut tonnant, Qui sa maison supernelle, Le haut Ciel, abandonnant, Atourné d'un blanc plumage, Semblant l'Oiseau qui présage, En chantant, sa proche mort, En Lede fille de Theste De sa semence céleste, La conçut par son effort,

Avecques deus vaillans frères, Dont l'un alaigre escrimeur Domta les menasses fieres, Et la trop âpre rigueur Du cruel Roy de Bebrice, Àcoutumé d'outrager, Et meurtrir par sa malice Chacun soudart estranger:

L'autre de hardi courage,

Inuenta premier l'usage De ioindre au char le coursier:

Ou il se roula grand' erre, Etfroyant toute la terre • Des deus ronds bornez d'acier.

Ainsi, bien qu'on ne te donne L'honneur d'estre de mon sang, Et du fier Dieu qui ordonne Les puissans soudars en rang, Si m'est ce chose assenree, Que de Gradiue le fort En moy tu fus engendrée 9 Ioingnant le gracieus bord, Ou la Sone toute quoye Fait une paisible voye S'en allant fendre Lion :

Dens lequel on voit encore Vn mont % ou Ion me décore, Qui retient de moy son nom*

- Le lieu ou tu fus conçue Ne fut vile ny château, Ains une forest tissue De meint plaisant arbrisseau, Dont ie veux {en témoignage De ta race) te pouruoir, Ainsi que d'un héritage Que ie tiens en mon pouuoir.

Là autour sont meintes plaines,

* Le mont de Fourniere , anciennement apell Forum Venait.

r48 ESCRIZ

Esquelles les blondes graines De Gères pourras cueillir.

Et la liqueur qui agrée A Bachus, et meinte pree Ou l'herbe ne peut faillir.

Là aussi sont meints bocages Deçà delà espandus,' Ou en tout tems les ramages Des Oiseaus sont entendus.

Par fois tu y pourras tendre Le ret rare, à ton désir, Et quelque gibier y prendre Pour acroitre ton plaisir:

Ou t'exerçant à la chasse Tu poursuiuras à la trace Les Lieures fuians de peur, De chiens autour toute armée, Vagans dessous la ramee, Se guidans à la senteur.

Et si par trop tu te peines En trop violent effort, De meintes cleres fonteines Tu pourras auoir confort:

L'eau sortante de leur sourse Tes membres refresch ira, Et la murmurante course A son bruit t'endormira :

Apres chargée de proye, Tu te pourras mettre en voye

Pour à ton château tourner, Qu'en brief bâtir ie veus faire r Sufisant pour te complaire S'il te plait y séiourner.

Sur tout (fille) ie t'auise, Que d'un cœur tant odieus Ton frère tu ne mesprise, C'est le plus puissant des Dieus».

En ta beauté excellente Meint homme il rendra transi,.

Mais sa main ne sera lente À te tourmenter aussi..

Prens bien à ce propos garde-, Car ia desia il te darde Son tret âpre et ri goure us :

Dont il t'abatra par terre, Rendant d'un homme de guerre Ton tendre cœur amoureus..

En ce il prendra bien vengeance Du bon Poète Rommain, Auquel sans nulle allégeance Ton cœur est trop inhumein.

Bien prendra à ta ieunesse Âuoir apris à soufrir Des durs harnois la rudesse, Et à meint trauail s'ofrir:

Souuent seras rencoutree Depuis la tarde vespree lusqu'au point du prochein iour,

i5o ESGKIZ

Parmi les bois languissante, Et tendrement garnissante La grand' cruauté d'Amour.

Alors pour estre asseuree

Point en femme tu n'iras,

Ains d'une lance parée

Cheualier tu te diras.

la en ton harnois brauante

le te regarde assaillir

Meint cheualier, qui se vante

Hors de l'arçon te saillir :

Puis dextrement aprestee,

Ayant ta lance arrestee,

Le désarçonner en bas,

Lui tout froissé, à grand* peine

Leuer son ame incerteine,

Chancelant a chacun pas.

A si grans trauaus ton frère Durement te contreindra, .

Iusqu'à ce qu'à la première Liberté il te rendra:

Alors laissant les alarmes, Et les bazars perilleus, Tu rueras ius les armes, Et le courage orguilleus, Dont tu soulois mettre en terre Meint Taillant homme de guerre Renuersé sous son escu, Qui repentant en sa face,

DE DIVERS POETES. jSi

De sa première menasse Tout haut se crioit vaincu.

Donq laissant dague et espee Ton habit tu reprendras, A plus dous ieus occupée Ton dous lut tu retendras :

Et lors meints nobles Poètes, Pleins de célestes esprits, Diront tes grâces parfaites En leurs tresdoctes escriz :

Marot, Moulin, la Fonteine, Auec la Muse hauteine De ce Sceue audacieus, Dont la tonnante parole ^ Qui dens les Astres carole, Semble un contrefoudre es Gieus»

Toutefois leur fantasie Ton loz point tant ne dira, Gomme d'un la Poésie, Qui de Tonde sortira Du petit Clan, dont la riue Priuee de flots irez, Ha en tout tems l'herbe viue Autour des bors retirez.

De cil la Muse nouuelle Rendra ta grâce immortelle :

Du Ciel il est ordonne Qu'à lui le bruit de la gloire De t'auoir mise en mémoire,

,5 2 ESCRIZ

Entièrement soit donne.

Qu'à ton cœur tousiours agrée Du Poète le labeur :

Son escriture est sacrée A tout immortel bonheur.

Ayant qui ton loz escriue, Mourir ne peus nullement:

Ainsi Laure, ainsi Oliue Viuent éternellement.

Vn Bouchet en façon telle, Met en mémoire immortelle De son Ange le beau nom:

Sacrant l'Angélique face, Sa beauté, sa bo»ne grâce, Au temple du saint renom.

A tant la Déesse belle Mit fin à son dous parler:

Son chariot elle atelle Toute preste à s'en voler :

Les mignonnes colombelles Par le vague doucement Esbranlent leurs blanches esles D'un paisible mouuement.

Louïze estant esueillee Resta toute esmerueillee I De la sainte vision :

Ignorante si son songe Est vérité ou mensonge,' Ou quelque autre illusion.

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i54 ESCRIZ DE DIVERS POETES.

Ce que nous disent les Dieus ,

Qui par la nuitée noire

Se montrent ans dormans y eus.

Ainsi Hector à Enee

En un songe s'aparut,

Et la sienne destinée

En songe il lui discourut.

Souuent la future chose

Du sain esprit qui repose

Est preuuè* de bien loin :

Ce songe presque incroyable,

Qui après fut véritable ,

En pourra estre témoin.

Mais il est tems douce Lire, Que tu cesses tes acors.

Si assez tu n'as pu dire, Si as tu fait tes effors.

' Celle harpe Methimnoise, Qui peut la mer esmouvoir, N'ut la Ninfe Lionnoize Chanté selon son devoir:

Non pas toute la Musique .

De celle bende Lirique Qui (longtems ha) florissoit ' En la Grèce : qui meint Prince, Meînt païs, meinte province, De son chant resiouissoit.

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