‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 25 sur 59 · EPITRE DEDICATOIRE · texte numérisé non relu

EPITRE DEDICATOIRE

i. — A Mademoiselle Clémence de Bo pages, lion-

NOIZE, page I. — Les trois anciennes éditions ne portent que ces lettres initiales : A M. C. D. B, L. Nous n'avons pas cru devoir les suivre, et commencer l'ouvrage, en quelque sorte, par une énigme. Les éditeurs de 176a, et celui de Brest, i8i5, ont fait comme nous. Je n'ajouterai rien à ce qui a été dit de Clémence de Bourges et de ses liaisons avec Louise Labé , dans la Notice de M. Cochard et dans les notes dont elle est accompagnée : on peut y recourir. On y trouvera aussi des remarques et des citations applicables au sujet de cette épltre dédicatoire, et à la manière dont Louise Labé y défend la cause des (lames contre le préjugé qui veut leur interdire la culture des sciences et des lettres.

. a.— Mais l'honneur que la science nous procurera, sera entièrement notre : et ne nous pourra estre oté , ne par finesse de larron, ne force d'ennemis, ne longueur du tems, même page, — ■ On reconnoît là la pensée d'Ovide (Metam. XV, 873-3) :

Jamque opus exegi , quod nec Jovia ira , nec ignés , Nec poterit feinun > nec edas aboiera vetuataa.

et celle d'Horace (Od. m, 3o):

Exegi monumentum «re perennius, etc.

Mais le passage suivant de Pline le jeune (Epist I, 5), a un

rapport encore plus frappant avec la phrase de Louise Labé,

qui semble en être la traduction: « Efiînge aliquid et excude,

« quod sit perpétua tuum. Nain reliqua rerum tuarum alium

i56 NOTES.

« atque alium dominant sortientur. Hoc nunquam taum desinet « esse, si semel cœperit. » — « Travaillez à vous assurer une « sorte de bien que le temps ne puisse vous ôter. Tous les au- « très, dans la suite des siècles, changeront mille et mille fois. «. de maître ; mais les ouvrages de votre esprit ne cesseront « jamais d'être à vous. - (Trad. de Sact.)

Z.— Le plaisir que Cestude des lettres ha acoutumé donner. „:qui est autre que les autres recreacions, page a. — Ici Louise Labé se rappeloit l'éloge que Cicéron a fait des lettres dans son immortel Discours pour le poète Archias (n> 6) ; éloge magnifique et vrai que tous les littérateurs et tous les hommes de goût savent par cœur. Voy. Cicéroniana, ou Recueil des bons mots et apophthcgmes de Cicéron, suivi d'anecdotes et de pensées tirées de ses ouvrages, etc. (par M. PÉRICAUD aîné, de Lyon, et par l'Auteur de ces notes), Lyon, 1812, in-8.°, page Ma»

4. — - De/mis que quetcuns de mes amis' ont trouue moyen de tes lire sans que V en susse rien, page 3. —Le privilège du roi, daté du i3 mars i554, qui se trouve- à la fin de l'édition de i556, in-8.°, est précédé de l'exposé suivant : « Reçue avons l'humble « suplication de notre chère Louïze Labé, Lionnoize, contece nant qu'elle auroit des long tems composé quelque Dialogue « de Folie et d'Amour : ensemble plusieurs Sonnets, Odes « et Epitres, qu'aucuns ses Amis auroient soustraits et iceux « encores non parfaits, publiez en diuers endroits. Et doutant « qu'aucuns ne les vousissent faire imprimer en cette sorte, « elles les ayant reuuz et corrigez à loisir les mettrait volon- « tiers en lumière, à fin de suppremer les premiers exemplaire res, etc. » Ces termes annoncent que les amis de Louise Labé avoient mis au jour, à son insu, soit séparément, soit dans des recueils de poésie, une partie de ses productions; on ne trouve cependant aucune trace de ces publications anticipées. Il est aussi à remarquer qu'elle mentionne, parmi les ouvrages qu'elle veut faire imprimer, des Odes et des Épltres, et qu'il n'existe aucune pièce de ee genre dans ce qui nous reste d'elle. Il est

NOTES. i5 7

vrai que, par compensation, le volume qu'elle nous a laissé, contient trois Élégies dont le privilège ne dit mot.

5. — Voyez sur le mérite et le sujet de cette composition ingénieuse, et sur les imitations qui en ont été faites, la Notice sur Louise Labé, et les notes que j'y ai ajoutées.

DISCOVRS I.

6. —Et rauir les filles à leurs mères , page 9. — Allusion à l'enlèvement de Proserpine, fille de Gérés, par Pluton, dieu des enfers.

7.—// n'y ha œil d'Aigle } ou de serpent Epidaurien, qui me sache aperceuoir, page il. — On sait que l'aigle a la vue très perçante. Il en est de même du serpent. Celui d'Épidaure étoit consacré à Esculape , comme le symbole de la vigilance nécessaire aux médecins. Louise Labé a emprunté l'expression dont elle s'est servie à Horace (liv. I, Sat. 3, v. a6 et 27):

Cur in amicortun vitiis tam eernis acatum, Qaam aut aquila aut serpens Epidaurius

ou plutôt à Érasme, qui a mis en prose ces deux vers d'Horace dans son Encomium Moriae (Éloge de la Folie). Voyez page a8 de l'édition d'Amsterdam, Henri Wetsten , i685, in-ia, où on lit : «Ut qui in amicorum vitiis tam cernunt acutum, quam aut « aquila aut serpens Epidaurius.» D'autres rapprochements que je ferai plus bas, prouveront que notre aimable Lyonnoise avoit lu avec fruit l'ouvrage du savant Hollandois.

8. — Et ne plus ne moins que le Caméléon , ie pren quelquefois lasemblance de ceus auprès desquels ie suis t même page. — C 'étoit autrefois une opinion très accréditée que le caméléon prenoit la couleur des objets dont il s'approchoit; et de là est venu l'usage de comparer à ce reptile les hypocrites et les flatteurs. « Le

i58 NOTES.

« flatteur, dit Plutorque, pareil au caméléon, qui peut revêtir « toutes les couleurs, excepté la blanche.» (Traité de la manière de discerner un flatteur, page 39 , trad. de DUTHEIL.) On oonnoît ce vers de La Fontaine sur les courtisans :

Peuple Caméléon, peuple singe do mettre.

(Livre Vin , fable i4 )

Mais, d'après les observations de nos naturalistes modernes, qui , préfèrent la vérité aux fictions même le s plus ingénieuses, les anciens se trompoient : le Caméléon n'a point la propriété qu'on lui supposoit, et ce fait doit être mis au nombre des erreurs de la fabuleuse antiquité avec le prétendu chant du cygne mourant/ et la prudente prévoyance de la fourmi qui, disoit~on, faisoit des provisions en été pour se nourrir pendant l'hiver..

9, — Tu as fait aymer Iupiter : mais ie Vay fait transmuer en C igné 9 en Taureau , en Or t en Aigle ; en danger des plumas sier s y des loups , des larrons , et chasseurs f page 12.— La Folie se dit l'auteur des métamorphoses de Jupiter : Jupiter, dans Lucien (u. e Dialogue des dieux), impute ces métamorphoses à l'Amour : «Examine, petit scélérat, si c'est peu de chose que « les outrages que tu me fais, car il n'est rien en quoi tu ne « m'aies transformé, satyre, taureau, or, cygne, aigle.» (Trad* de Belin de Ballu.)

La phrase entière de Louise Labé peut s'appeler une phrase rapportée: les plumassiers se réfèrent au cigne t les loups au taureau , les larrons à l'or, et les chasseurs à V aigle. Un inconnu, dans l'Anthologie de Planude (1. 1, c. 38, ép. a), a employé le même genre de figure pour indiquer les maîtresses de Jupiter et les métamorphoses qu'il avoit subies pour chacune d'elles. C'est un distique qui a été ainsi rendu en latin :

Fit cycaûe , taurtts, satyrna, fit Juppiter aurum, Ob Ledam , Europea , Antiopen , Danaën.

( Hier. Angeriauus. )

Le cygne répond à Léda, le taureau à Europe, le satyre à Antiope } et l'or à Danaé. M. Peignot, dans ses Amusements philo*

NOTES. i59

logiques, sans contredit le meilleur des Ana (page i3a de la seconde édition, Dijon, 1824, in-8.°), cite plusieurs exemples de yers rapportés ; ilauroit pu ajouter le distique qu'on yient de lire.

10. — Qui fit prendre Mars au piège auec ta mere } si non moy, qui Vauois rendu si mal auisé , que 'venir faire un pour* mari cocu êedens son lit mesme, page la. — Rien de si connu que cette fable , racontée d'une manière très piquante par Ovide, de Arte amatoriâ (il, 56l et seq.), fet par Lucien (xYM» e Dialogue des dieux), et sur laquelle roule l'épigramme suivante, due à un poète du temps de Marot, ou peut-être à Marot luimême:

Bîars et Venus furent tons deux surpris Par Vulcataus conciles dedans un lict, Qui de liens qu'il forgea, les a pris»

Puis aux hauts Dieux va conter lenr délie & JLà viennent tous : lors un d'eux riant dit; Mon compàignon » si tu te sens fasché De ces liens , dent tu es attaché , Je suis content de les porter «pour toy :

Qne plenst aux Dieux <jue sans estre caché , J'eusse m'amie ainsi auprès de raoy.

Quant à l'emploi du mot cocu, qu'un auteur, et surtout une femme, ne se permettrait pas aujourd'hui, nous renverrons à ce que nous ayons dit sur l'ancienne liberté du langage dans une des notes qui accompagnent la Notice de M. Cochard; nous ajouterons seulement une citation qui complétera notre pensée, et qui pourra servir aussi à justifier Louise Labé et son siècle : « Le mot de cocu si souvent employé par ces deux auteurs (Mont- « fleury et Molière), mais surtout par le premier, est depuis « long-temps proscrit au théâtre, et même dans la société. Ce « n'est pas qu'il y en ait moins : c'est au contraire parce qu'il « y en a davantage; car plus la société est corrompue, plus on « est attentif à proscrire tous les termes qui en rappellent les * dérèglements.» (L'abbé SabAtieb, les Trois Siècles, article Montfleury.)

i&> NOTES.

il. — Défendre sa querele iniuste contre toute la Grèce , page ta. — C'est le sujet de l'Iliade.

ta. — Qui ust parlé des Amours de Dtdo, même page.— > C'est le sujet du IV. e livre de l'Enéide.

l3.— Mile autres hôtesses qui font plaisir aus passons, page-l5. — Brantôme parle quelque part d'une Romaiue complaisante (Lucia Hostilia, femme de Caligula), qui faisoit à un amant « quelque plaisir et gracieuseté de son gentil corps. »

i4« — le crois qu'aucune mencion ne seroit oVjirtemise, si ie ne lui usse fait boire les cendres de son mari, même page.— Artémise, soeur et femme de Mausole, roi de Carie, ayant perdu son époux, lui fit élever un superbe monument qu'on appela le Mausolée , et que l'on comptoit au nombre des sept merveilles du monde. Parmi les marques qu'elle donna de son désespoir, on raconte qu'elle parfuma d'essences les cendres de Mausole , les mit dans de l'eau, et les avala. Voy. Hérodote, Histoire (liv. Vil), et Aulugclle, Nuits Attiqucs (liv. x, c. 18). Jacques Yver, dans son Printemps d'Yver, Paris, 157a, in -16, fol. 109 v.°, dit en parlant d'une vefue nommée Cari te, « qu'elle « portoit son époux mieux au cueur que ceste Royne Artemise, « qui beuuant les cendres de son mary, luy bastit en sa poi- « trine un si précieux tombeau.»

i5.— Tu as ofensé la Royne des hommes , page 14.— La jolie édition de l'Éloge de la Folie, traduit du latin d'Érasme, par M. Gueudeville ( traduction revue et presque entièrement refaite par de Querlon), 175a, petit in- 12, est terminée par un cul de lampe représentant la Folie appuyée sur le globe du monde, et assise sur un trophée composé de sceptres, de couronnes et de plusieurs autres attributs, et au bas duquel on lit ces mots dans un cartouche : « La Pazzia regina del mondo. » Le peintre n'a point oublié la marotte qu'on fait tenir ordinairement à cette reine du monde, en guise de sceptre, non plus que les grelots dont on garnit ses vêtements. J'ajouterai, puisque l'occasion se présente, que César Ripa, dans son Iconolo-

gie, dépeint autrement la Folie : il lui donne la figure d'une femme jetée à terre, riant aux éclats, et ayant à la main une lune, parce que les changements de cet astre exercent, dit-il ; une grande influence sur les fous.

16. — O qu'il n'est pas dit sans cause, qu'il ne faut point rcceuoir présent de la main de ses ennemis , page i5. — Louise Labé y oui oit rappeler le fameux y ers de Virgile (Enéide , il, 49) :

....... Timeo Danaos et dona ferentea ,

et ce proverbe des Grecs : Echthrôn adora dora , qui perd toute la grâce de son expression dans la traduction latine : Hostium munera non muncra.

discovrs m.

17. — Quand le fier Diomede me naura y page 19.— Voy. Homère (Iliade); Virgile (Enéide, XI, 276 et 277)4

18. — Pour sauner mon fils Enee , même page.— ■ Voy. Virgile (Enéide, passim),

19. — Si mes pleurs pour la mort de mon Adonis te murent à compas s ion y même page.— • Adonis, né du commerce incestueux de Myrrha avec son père Cynire , fut passionnément aimé de Vénus. Grand amateur de la chasse, il fut déchiré par un sanglier. Descendu aux enfers, il s'y fit aimer de Proserpine; et lorsque Vénus eut obtenu son retour à la vie, l'épouse de Pluton refusa de le rendre au jour. Le père des dieux ne voulant mécontenter aucune des deux déesses, les renvoya au jugement de la muse Calliope, qui partagea le différend, en ordonnant qu'Adonis serait alternativement avec l'une et l'autre déesse. Les Heures furent aussitôt députées aux enfers, pour ramener Adonis à Vénus. Celle-ci manqua bientôt à la convention ; ce qui causa entre ces déesses une grande querelle. Enfin Jupiter la termina, en ordonnant qu'Adonis seroit libre quatre mois de l'année, qu'il en passeroit quatre avec Vénus et le reste avec Proserpine. Théocrite et Moschus ont composé chacun une idylle sur la mort d'Adonis, dont M. Servan de Sugny, de Lyon, a donné

16a NOTES.

d'élégantes traductions, pages 148 et a3i de ses Idylles de Théocri te , traduites en vers françois, Paris, 1822, in- 18,

(La plupart des détails sur Adonis, contenus dans cette note, sont tirés du Dictionnaire de la Fable de M. Noël. Nous continuerons à puiser dans cet excellent livre, quelquefois même sans en prévenir, les explications mythologiques dont le texte de Louise Labé nous paraîtra avoir besoin.)

ao. — Croyez que si elle vous ha fait tort, que telle punicion en sera faite, etc., page ao. -—Cette phrase seroit irrégulière aujourd'hui, et devoit l'être aussi du temps de Louise Labé: le second que y est de trop.

discotrs un.

ai. — Tout le bien qu'ay reçu, Vay plus tôt à par force et finesse, que par amour, page a4» *"* Jupiter adresse à l'Amour la même plainte dans le 11. e Dialogue des dieux de Lucien. Louise Labé avoit certainement ce dialogue sous les yeux, lorsqu'elle écrivoit son Discours IV , car on y retrouve le même sujet et les mêmes pensées. La ressemblance est frappante. Il est donc à présumer que la Belle Cordière avoit dans sa librairie un Lucien, sinon tout grec, du moins avec une traduction latine : il n'en existoit point encore, que je sache, de traduction complète en langue vulgaire. Quelques-uns des ouvrages du philosophe de Samosate avoient été translatés en françois par Simon Bourgoin, Gilles d'Aurigny, Loys Meigret, Estienne Forcadel, An-* toine Crappier, etc.; mais les Dialogues des dieux ne faisoient pas partie de ces translations. Il seroit néanmoins possible que le second de ces dialogues fut du nombre des trente Dialogues moraux de Lucien, dont Geoffroy Tory, au rapport de du Verdier, avoit publié la traduction à la suite de celle de la Table de l'ancien philosophe Gebes, Paris, Jean Petit, i5ag, in-ia.

aa. — • Amour se plait de choses égales, page a5. — Ceci rappelle la jolie pensée de Minucius Félix sur ^amitié : « Ami- « citia pares sempejr aut accipit, aut facit. » — « Toujours l'a-

NOTES. i65

« mitié nous trouve ou nous rend égaux. » Le nouveau traducteur de l'Octavius, M. Pericaud aine, nous apprend dans une note, que cette même pensée est une des sentences de Publius Syrus ; et il cite le mot de Pythagore : « Entre amis tous les « biens sont communs, et l'amitié est un commerce d'égalité.» (Cicéron, de Leg. I, 12.)

23.-— Ce n'est qu'un ioug , lequel faut qu'il soit porté par deut Taure aus semblables : autrement le harnois n'ira pas droit , page a5. — Ce que Louise Labé dit d'une liaison amoureuse, Ovide (Héroïd. IX, 29-32) le dit du mariage:

Quam maie inaequales vendant ad aratra juvenci,

Tarn premitur magno conjuge nupU minor.

Non honor est, sed onus : species lsssura fereatem.

Si qua voles apte aubère » aube pari;

passage qu'avoit en vue Jacques Yver, dans son Printemps d'Yver (157a, fol. 112 rect.), où ou lit : « Car encor qu'on die que ce « n'ttt pas vice d'aimer en bon lieu , si est-ce qu'il me semble (sui- « uant l'auis de Deianire en Ouide) que comme pour tirer bien « une charrue, faut apparier des boeufs les plus esgaux eu gran- *c deur de corps et en force qu'on puisse trouver, afin qu'ils « aillent d'un mesme front au labeur : ainsi en mariage doit «« auoir une égalité la plus parfaite, et unanimité la plus en- « tiere qu'on puisse trouuer: autrement l'un ne sert à l'autre « que d'espine au pied, pour l'empescher de s'aduancer. *•

a 4»"~" Q liana * tu voudras estre aymé, descens en bas t laisse ici ta couronne et ton sceptre , et ne dis qui tu es } même page. -—C'est le conseil que donne aussi l'Amour à Jupiter dans le H. • Dialogue des dieux de Lucien : «Si tu veux devenir aimable, cesse « d'agiter ton égide et de porter ta foudre > etc.»

25. — Tu dis beaucoup de raisons : mais il y faut un long temps , une sugeccion grande , et beaucoup de passions , page 26. — Jupiter répond aux mêmes raisons dans le Dialogue de Lucien ci-dessus cité : « Je veux aimer, mais je veux jouir plus « commodément de mes amours. »

DISCOVRS V.

a6. — Amour, la vraye ame de tout Wnivers, page 27. — « Amour, désir inné! âme de la nature! principe inépuisable « d'existence! puissance souveraine, qui peux tout, et contre « laquelle rien ne peut; par qui tout agit, tout respire, et tout m. se renouvelle ! divine flamme ! germe de perpétuité répandu « dans tout avec le souille de la vie! précieux sentiment, qui • peux seul adoucir les cœurs féroces et glacés , en les péné- « trant d'une douce chaleur! cause première de tout bien, de « toute société, qui réunis sans contrainte et par tes seuls at- « traits les natures sauvages et dispersées ! source unique et fé- « conde de tout plaisir, de toute volupté! Amour! comment « ne t'auroit-on pas divinisé? » (BuFFON.)

27. — De tous aymé 9 page 29. — Nous avons préféré cette leçon de l'édition de i556, in-8.°, à celle de toutes les autres éditions : De tout aymé.

2$. — Les roues des enfers soutiennent elles une ame plus détestable que cette cy! même page.— Allusion au supplice d'Ixion attaché dans les enfers à une roue environnée de serpens, qu'il devoit rouler sans relâche.

ag. — ■ Les montaignes de Sicile couurent elles de plus exécrables personnes! même page. — Allusion au châtiment infligé au géant Briarée , que Jupiter accabla du poids de l'Etna, montagne de Sicile.

3o. — Les Scythes déifièrent Pylade et Oreste , et leur dressèrent temples et autels , les apelans les Dieus d* amitié , page 3a. — Ceci est tiré du dialogue de Lucien , intitulé , Toxaris , ou de l'Amitié. Voy. pages 113-174 du tom. m de la traduction de Lucien , par Belin de Ballu.

3i. — Les uns le faisant sortir (l'Amour) de Chaos et de la Terre , même page. —Voy. Hésiode (Théogonie, vers le com mencement).

3a. — Les autres du Ciel et de la JVuit, même page. — - Selon

NOTES. i65

Aristophane (les Oiseaux, acte il), la Nuit pondit un œuf, qu'elle couva sous ses ailes noires, et d'où sortit l'Amour avec des ailes d'or; mais, suivant le même auteur, ce ne fut pas le Ciel qui féconda la Nuit, ce fut l'Érèbe.

35. — Aucuns de Discorde et de Zéphyr e , page 3a. —C'est la naissance que lui donnoit Alcée.

34. — Autres de Venus la 'vraye mère , même page. — Cette opinion sur la filiation de l'Amour étoit la plus répandue ; mais on varioit sur le père qui l'avoit engendré de Vénus. Suivant Sappho, c'étoit Cœlus; suivant Sénèque, Vulcain; suivant Simonide et le plus grand nombre des poètes-, Mars. Il existait encore sur ce point d'autres versions, sur lesquelles noua renvoyons à ta Mythologie de Noël le Comte (1. IV, c. i4), ou au Dictionnaire de la Fable, de M. Noël, au mot Cupidon.

35. — Les Grecs d'un seul surnom qu'ils t'ont donné , Iupiter t t*apelant amiable , page 33. — Les Grecs donnoient à Jupiter le surnom dePhilius, et l'adoroient sous cette dénomination comme présidant à l'amitié. Voy. le Toxaris de Lucien, et Suidas (Lexic. , v.° Philios).

36. — Plus parfait que les premiers hommes du banquet de Platon f même page. «Les dieux, dit Platon dans son dialogue « du Banquet, avoient d'abord formé l'homme d'une figure « ronde, avec deux corps et les deux sexes. Ces deux hommes « étoient d'une forme si extraordinaire, qu'ils résolurent de faire « la guerre aux dieux. Jupiter irrité fut sur le point de les faire « périr; mais, fâché de détruire le genre humain , il se contenta « de les partager en deux pour les affaiblir, afin qu'ils n'eussent « plus désormais ni tant de force, ni tant d'audace. Apollon « fut chargé d'ajuster ces deux demi-corps, et le nombril est « l'endroit où ce Dieu en arrêta et noua les peaux, a Voy* M. Noël, Dictionnaire de la Fable, au mot Androgynes .

§j t — Qui ne dira bien de l'amour fraternelle , ayant veu Castor et Pollux , l'un mortel estre fait immortel à moitié du don de sou frère! même page.— De ces deux frères éclos de l'oeuf de

Léda, avec Hélène et Clytemnestre , l'un (Castor) étoit fils de Tyndare, et par conséquent mortel ; l'autre (Pollux) étoit fils de Jupiter , et immortel comme son père. Castor ayant été* trté par Lyncée, Pollux demanda pour lui l'immortalité à Jupiter; mais cette prière ne pouvant être exaucée, l'immortalité fut partagée entre eux, de sorte qu'ils vivoient et mou roi en t alternativement.

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