‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 28 sur 59 · ANT. DE A BEN A · texte numérisé non relu

ANT. DE A BEN A

Presque tous les poètes, comme à l'envi, se sont exercés sur cette pensée, et l'ont présentée sous diverses faces.

9a. — Qui excusera Hercule deuidant les pelotons d' Omphale y page 66» — Hercule voyageant s'arrêta chez Omphale , reine de Lydie, et fut si épris de sa beauté, qu'il oublia sa valeur et ses exploits pour se livrer aux plaisirs de l'amour. « Tandis qu'Om- « phale, couverte de la peau du lion de Némée, tenoit la massue, « comme si elle étoit Hercule, celui-ci, habillé en femme; « vêtu d'une robe de pourpre, travaillent à des ouvrages de laine;

« et souffroit qu'Omphale lui donnât quelquefois de petits souf- « flets avec sa pantouffl e. » (Lucien, De quelle manière on doit écrire l'histoire.) On trouve Hercule ainsi représenté sur d'an* ciens monuments (Dictionnaire de la Fable). Il est aisé de percer le sens de cette allégorie, par laquelle les anciens exprimoient le pouvoir et la tyrannie de l'amour. Balthazar Gracien, auteur d'un livre intitulé, Il discret», traduit en françois parle P. de Courbeville, jésuite, sous le titre de L'homme universel, Paris, 1723, in-8.°, a, sur ce trait de la vie d'Hercule, une pensée bien espagnole : « Combien ont fini , dit - il , par « d'indignes actions qui ont flétri leur mémoire? Hercule s'avise « à la fin de filer comme une femme , et il devient ainsi lui- « même la Parque de son immortalité. »

93. — Le sage Roi Hebrieu auec cette grande multitude de femmes , page 66.

C'est Salomon, ce sage fortuné,

Roi philosophe, et Platon couronné,

Qui connut tout du cèdre jusqu'à l'herbe.

Vit-on jamais un luxe plus superbe!

H faisait naître au gré de ses désirs

L'argent et l'or , et surtout les plaisirs.

Mille beautés servaient à son usage.—

Mille ! — On le dit : c'est beaucoup pour un cage.

Qu'on m'en donne une, et c'est assez pour moi

Qui n'ai l'honneur d'être sage ni roi.

(Voltaire, le Mondain, satire.)

94. —Annibal s* abâtardissant autour d'une Dame , même page* — Ce trait n'est, je crois, connu que par une phrase de Pline l'ancien qui, faisant une description géographique de l'Italie dans le livre in de son Histoire naturelle , ajoute à la mention de la ville de Salaria, dans la Pouille Daunienne, que cette ville est célèbre par une aventure amoureuse d'Annibal : « Oppidum « Salapia Annibalis meretricio amore inclytum.»

95. — Le plus grand enchantement , aui soit pour estre aymé . c'est aymer. Ayez tant de sufumigacions , tant de characteres,

»8o NOTES.

adiuracions y poudres 9 et pierres , que -voudrez : mais si savez bien vous ayder $ montrant et déclarant 'votre amour ; il n'y aura besoin de ces estranges receptes'. Dont] pour se faire aymer, il faut estre aymable , page 68. — Louise Labë n'a fait que copier cet apophthegme d'Hécaton dans Sénèque (Epist. ix) : « Ego tibi « monstrabo amatorium sine medicamento , sine herba, sine « ullius veneficae carminé : si vis amari, ama. » Ovide ayoit dit auparavant (de Arte am,, H, 108) :

.Ut amerit , amabilis este.

Enfin, on lit dans Martial (vi, 11) :

Hoc non fit verbis : Marce, ut amena, ama. Pibrac a puisé aux mêmes sources la pensée de ce quatrain:

Je f apprendray , si tu yeux , en peu d'heure , Le beau secret du breuvage amoureux :

Aymé les tiens , tu seras aymé d'eux ; Il n'y a point de recepte meilleure.

96. — Zethe et Amphion ne se pouuoient accorder , pource que la vacacion de l'un ne plaisoit à l'autre , même page. — Zethe et Amphion, fils jumeaux de Jupiter et d'Antiope. La vacacion du premier étoit le soin des troupeaux, et celle du second la musique. Ce fut au son de la lyre de celui-ci que s'élevèrent d'eux-mêmes les murs de Tbèbes. Voy. les dictionnaires de mythologie. Horace se sert aussi de l'exemple de ces deux frères, et Louise Labé connoissoit sans doute le passage suivant de ce poète (Epist. f , 18, 4o*44) :

Nec , cum venari volet ille , poemata panges. Gratia sic fratrum geminorum Amphionis atque Zetbi dissiluit, donec suspecta severo Conticuit lyra ; fraternis cessisse putatur Moribus Amphion.

97. — Si la femme que vous aymez est avare , il faut se transmuer en or 9 et tomber ai isi en son sein } même page. — Allusion a la métamorphose en pluie d'or, dont Jupiter fit usage pour

NOTES, i8i

pénétrer dans la tour d'airain , où étoit renfermée Danaé par ordre d'Acrisius son père, roi d'Argos.

98.— Tous les seruiteurs et amis d'Atalanta est oient chasseurs . pour ce qu'elle y prenoit plaisir, page 68. — Atalante, fille de Schénée, roi de Scyros, étoit passionnée pour la chasse. Elle promit sa main à celui de ses amants qui la vaincroit à la course. Hippomène en vint à bout par un stratagème. Il laissa tomber trois pommes d'or, cueillies au jardin des Hespérides, et dont Vénus lui avoit fait présent. Atalante se baissa pour les ramasser, et Hippomène toucha le but ayant elle.

99» — Ees tristes se fâchent d'ouir chanter, même page.

Oderunt hilarem tristes tristemque jocosi.

( Horace , Epl«t. 1, 18, 89.)

100. —Le Gerion à trois- corps, page 69. — Géryon fut un géant à trois corps, qui avoit pour garder ses troupeaux un chien à deux têtes, et un dragon à sept. Hercule le tua ayec ses défenseurs , et emmena ses bœufs. Voy. l'explication de cette allégorie dans le Dictionnaire de la Fable de M. Noè'L

loi. — Ignorance, nonchaillance y espérance et cécité t qui sont *

toutes damoiselles de Folie, page 70. — Érasme, Encom. Moriae (pages 9 et 10), ne donne pas tout-à-fait le même cortège à la Folie: il suppose qu'elle est toujours accompagnée de l' Amourpropre ^Philautia) , de la Flatterie (Colacia}, de l'Oubli (Lethe), de la Paresse (Misoponia), de la Volupté (Edone), do l'Irréflexion (Anoia), de la Débauche (Truphe), de Cornus, et du Sommeil. Il ajoute que, secondée et servie fidèlement par ces esclaves, elle règne sur l'univers, et que les monarques euxmêmes sont soumis à ses lois.

10a. -*- Génie r page 71. — Le dieu Genius, qui présidoit '

à la nature et don 11 oit le mouvement et la vie à tous les êtres. Il étoit surtout regardé comme l'auteur des sensations agréables et voluptueuses : de là cette expression qu'on trouve dans Perso (Sat. V, i55), Genio indulge, pour signifier, divertissez-vous,,

donnez-vous du bon temps. Chaque homme avoit son Génie. Les villes et les empires avoient aussi le leur.

I0 3. Jeunesse, page 71. — Nous ayons vu qu'Érasme et Louise Labé en font la mère de la Folie. Cette déesse étoit adorée par les anciens sous les noms de Juventa, de Juventua et d'Hébé.

1(> 4 # — Ce gentil Gardien des iardins , même page. — Priape, fils de Bacchus et de Vénus. Il étoit l'emblème de la fécondité, et sa statue, véritable épouvantait, étoit placée dans les jardins pour les défendre contre les voleurs et les oiseaux. On ne voit pas ce qui a pu lui valoir , de la part de Louise Labé ou de Mercure qu'elle fait parler, Fépithète de gentil, à moins qu'on ne dise que Mercure, en habile orateur, devoit flatter les juges devant qui il plaidoit, et au nombre desquels étoit Priape: excuse qui, je crois, n'auroit pas satisfait Ménage ; car dans ses observations sur l'Aminte (act rv, se. 2, v. 5a), il blâme le Tasse, seulement pour avoir nommé Priape : « Par non dovesse « il poeta, dit-il, metter in bocca d'un uomo, che parlava a « vergine cosl onesta, cosl schiva, cosl ritrosa, corne era Sil- « via, uua cosi oscena, cosi brutta, cosi sfacciata parola, corne « è quella di Priapo. Ne puô essere scusato con dire , che ne i « tempi antichi non era disouesta, e significava sol ameute ildio « de' giardini; dovendo il poêla giudizioso aver riguardo ezianm dio a' tempi suoi. » Il est vrai que Louise Labé a évité de désigner par son propre nom le dieu dont il s'agit ; mais n'at-elle pas détruit l'effet de cette sage réserve par la qualification de gentil qu'elle lui a donnée? L'innocence, ou plutôt la simplicité du temps où elle éc ri voit, est la meilleure excuse qu'on puisse invoquer en sa faveur.

lo5.— Pour apointer le diferent, va prononcer un arrest interlocutoire, même page. — Louise Labé a sans doute consulté quelque avocat de son temps sur ces termes de pratique qui sont ici fort heureusement appliqués, lu arrest, placé à la suite, est aussi dans la forme usitée au barreau.

NOTES. iS3

106. — JVous auons remis votre a/aire d'ici à trois fois, sept fois y neuf siècles , page 73. — A dix- huit mille neuf cents ans. Les nombres impairs étoieni dans l'antiquité des nombres mystérieux. J'ignore s'il y a quelque autre finesse cachée dans cette multiplication de siècles par trois, sept et neuf.

107. — Les Elégies de Louise Labé n'ont d'autre défaut que d'être trop courtes et trop peu nombreuses ; elles ont tout ce qui donne du prix et du charme à ce genre, dans lequel peu de nos auteurs ont réussi; elles sont tendres, touchantes, passionnées. Le cœur seul y parle, suiyant le précepte de Boileau. Nulle affectation, nulle recherche dans le style; mais une exquise naïveté de sentiment et de langage, qui n'exclut point l'énergie. Louise Labé y gémit sur les chaînes qu'elle porte ; elle déplore l'absence de son amant; elle exhale de douces plaintes; elle peint l'excès de ses tourments et de ses peines. La troisième de ces pièces, adressée aux dames lyonnoises , et ou leur belle compatriote se justifie en rejetant sur l'Amour tous les reproches qu'on pourroit lui faire, me paroît remporter la palme sur les deux autres. Les rapprochements que j'indiquerai, et que j'aurois pu multiplier bien davantage, seront destinés à montrer que la nouvelle Sappho n'avoit pas lu en vain les meilleurs auteurs qui existoient avant elle, et que sa mémoire étoit, pour me servir des expressions de Pétrone, « ingenti flumine litte-

rarum inundata. »

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