Medee fut aymee de Iason
Qui tôt après la mit hors sa maison , même page. L'amour de Médée et l'infidélité de Jason sont aussi au nombre des fables les plus connues. Plusieurs poètes célèbres y ont trouvé un sujet de tragédie.
D'après les règles actuelles de la versification, ce vers seroit défectueux; le mot Medee , placé comme il l'est, offrirait lui seul deux fautes, dont la dernière est répétée au mot aymee, La première consiste en ce que la césure tombe sur un e muet; la seconde, en ce que Ve muet étant précédé d'une voyelle, n'est pas mangé ou èlidé par le mot suivant. On trouve, de l'une et de l'autre de ces fautes , des exemples nombreux dans Louise Labé et dans les poètes qui sont venus avant elle, de même que dans ceux qui l'ont suivie jusque vers le milieu du dixseptième siècle; mais on ne peut leur adresser sur ce point aucun reproche, attendu que les lois qu'on leur appliquerait n'existaient pas encore , et qu'elles ne sauraient avoir, comme on le dit au barreau, un effet rétroactif.
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sg* NOTES.
i3g. — Parmi les fragments peu nombreux qui nous restent de Sappho, il en existe un qui pour la pensée diffère peu de ce sonnet. Ce fragment que nous a conserve le grammairien Héphestion, a été ainsi traduit en vers latins par Henri Estienne:
Jam pulchra quidem Diana a Jam Pléiades occiderunt, Jam nox média est , et hora Jam praeterit: ipsa vero Ah! sola cubo misella.
vr.
i4o. — Louise Labé paroît s'être rappelé le commencement; de l'ode célèbre de Sappho, imitée par Catulle (carm. li): Ille mi par esse deo videtur. . . . . , et peut-être la i36. e épigr. du liy. vu de l'Anthologie de Planude, dont je citerai l'imitation suivante :
Heureux l'amant que ta vue intéresse , Qui s'attendrit aux accents de ta voix , Et même au sein d'une trompeuse ivresse, Aime à gémir sous tes sévères loix!
Hais plus heureux l'amant qui se réveille Flatté par toi du plus teodre souris»
Et peut cueillir sur ta bouche vermeille Un doux baiser dont ton cœur est le prix !
Les deux quatrains du sonnet de Louise Labé roulent sur les mêmes pensées ; mais la fin lui en appartient.
vnr.
i4** — Ce sonnet a un grand rapport avec celui de Pétrarque :
Pace non trovo t e non ho da far guerra, etc.
(Part, x, Sonn. io5.)
î/fa.^Sauvigny, Parnasse des dames (tome il, page i44), remarque que « la pensée qui termine ce sonnet, a été répétée
« depuis, même par nos meilleurs poètes; » et rien n'est plus vrai : cette pensée est partout. Mais il est plus curieux de re-« chercher où Louise Labé a puisé le sujet de la pièce entière ; et, si je ne me trompe, je l'ai trouvé dans ce passage d'Ovide (Heroïd. XV, ia3-i 34) : c'est Sappho qui parle à Phaon, Sappho que Louise Labé a imitée plusieurs fois, et qu'elle semble, comme , je l'ai déjà dit, avoir voulu prendre pour modèle:
Ta mihi cura , Phaon : te somnia nostra reducunt ;
Somnia formoso candidiora die.
Illic te invenio, quamquam regionibus absis ;
Sed non longa «atis gaudia somnus habet.
Scpe tuos nostra cervice onerare laccrtos ,
Sa?pe tu* videor supposuisse meos.
Blandior interdum , verisque simillima verba
Eloquor ; et vigilant sensibus ora mei*.
Oscula cognosco, qu« ta committere lingue,
Aptaque consueras accipere, apta dare.
Ulteriora pudet narrare : sed omnia fiant:
Et juvat et sine te non libet esse mini......
xm.
i43. — C'est là un des plus beaux sonnets de Louise Labé; on peut le comparer au H. e baiser de Jean Second : Vicina quantum vitis lascivit in ulmo, etc. , qui offre absolument le même sujet.
i44« — Q ue to t empeste t Euripe, ne Courant, page 94. L'Eu ripe est un bras de mer qui séparoit l'Ile d'Eubée (aujourd'hui Négrepont) d'avec la Béotie (la Livadie). L'inconstance et l'irrégularité de son flux et reflux a souvent fourni aux poètes un objet de comparaison avec les mouvements d'une âme incertaine et flottante.
i45. — Comme du Lierre est V arbre encercelé , même page. Ce vers n'est presque que la traduction du commencement du II. e baiser de Jean Second, que nous venons de citer.
i46. — Et mon esprit sur ses teures fuiroit , même page. La même pensée se retrouve dans un distique attribué à Platon
ip4 NOTES.
par divers auteurs, et que Fontenelle a rendu avec beaucoup de délicatesse dans le dialogue entre Platon et Marguerite d'Ecosse :
Lorsqu'Agatbis , par un baiser de flamme , Consent è me payer des maux que j'ai sentis » Sur mes lèvres soudain je sens venir mon une
Qui vent passer dans celle d'Agatbis.
Aulugelle (Nuits Attiques, XIX, u), et Macrobe (Saturnales, If , a) nous ont conservé une imitation ou paraphrase latine du même distique, terminée par ces vers qui ont aussi le plus grand rapport avec le passage de Louise Labé :
Tum si mors» quid plosculae Fuisset in cœtu oseuli, Amofis igni percita (animula) Transisset, et me linqueret, Et mira prorsom res foret, Ut ad me fierem movtuus , Ad poerum ut intus viverem.
Je placerai ici une petite pièce gracieuse et naïve, qui n'est guère connue, et qui roule pareillement sur le baiser : elle est citée, fol. 3a recto de l'Art poétique françois (par Thomas Sibilet) , Paris, i548, in-8.°, comme étant de Saingelais (sic) ; c'est une heureuse et libre imitation du choeur du n. e acte du Pastor fido, imité depuis par Voltaire, Questions sur l'Encyclopédie (art. Baiser) :
Ou mettra Ion un baiser fauorable , Qu'on m'a donné , pour seurement tenir ?
Le mettre en l'œil, il n'en est pas capable : La main n'y peut toueber ny aueuir:
La bouebe en prend ce qu'en peut retenir, . Et n'en retient qu'autant que le bien dure : C'est donc an cœur l'effet et garde seuro De ce présent, è luy seul appartient.
O dons baiser, estrange est ta nature, Bouebe te prend , et le cœur te retientv
147. — H y a quelque ressemblance entre ce sonnet et celui de Pétrarque :
Zefiro torna, e*l bel tempo rimena, etc.
(Part. ix, son. 4*-)
La conclusion seule est différente ; et je ne sais si elle n'est pas préférable dans la pièce de l'auteur françois.
i48. — C'est encore Pétrarque que la belle amoureuse prend ici pour modèle. Qu'on lise le sonnet de l'amant de Laure :
Solo e pensoso i più deserti campi, etc.
C Part. 1 , son. 38. )
et Ton en sera convaincu. Mais .quand Louise Labé imite,
Son imitation n'est point on esclavage ,
elle conserve toujours une allure libre et franche.
149.— « Il n'y avoit qu'une rivale de Sappho qui put faire de é pareils vers. Ce sonnet est beaucoup trop libre, je l'avoue. « F ail oit-il le supprimer ? Il nous reste encore des statues anti- « que s devant lesquelles la pudeur est peut-être obligée de baiser ser les yeux ; mais quel homme avec un peu de goût auroit « le courage de les mutiler? » (S AU VIGNY, Parnasse des dames, tome 11, page i47«)
Voyez une note sur ce sonnet, parmi celles dont j'ai accompagné la Notice sur Louise Labé.
l5o. -— Lors double vie à chacun en suiura.
Chacun en soy et son ami viura , page 97.
Les remarques que j'ai faites sur ce vers du sonnet xïiiï
Et mon esprit sur ses lèvres fuiroit,
peuvent s'appliquer ici. Je citerai de plus le xxxi. e baiser de
Bonnefons : Panchari, virgineos... , et le xni.' de Jean Second: Languidus è dulci certamine... , où J. B. Rousseau a puisé, sans en avertir, le fond et les pensées du dixain suivant;
Prêt à descendre eu manoir ténébreux, Jà de Caron j'entrevoyois la barque, Quand de Caliste un baiser amoureux Me rendit l'âme , et vint frauder la Parque.
Lors de «on livre Eacus me démarque , Et le nocher tout seul l'onde passa.
Tout seul ? je faux , mon une traversa Le fleuve noir ; mais Caliste , Caliste En ce baiser dans mes veines glissa Part de la sienne, avec quoi je subsiste.
i5l.— Tousiours suis mal, viuant discrettement f Et ne me puis donner contentement , Si hors de moy ne fay quelque saillie , page 97. Un poète, Quinault, si je ne me trompe, a dit:
Il faut souvent, pour être heureux , Qu'il en coûte un peu d'innocence.
i5a. — Un goût exquis règne daife cette charmante petite pièce ; elle exhale, s'il est permis de le dire , un tel parfum d'antiquité, qu'on la croirait traduite d'Anacréon, ou du moins de Bion, ou de Moschus. Elle ne perdrait rien à être mise à côté de l'Amour Oiseau du second de ces poètes, et peut-être même y gagneroit-elle.
xxir.
i53. — 'Et toy f sa seur, qu*Endimion embrasse, page 100. Endymion, fils d'Ethlius , eut, selon Pausanias, cinquante filles de la chaste Diane. C'étoit dans les bras du sommeil où le bel Endymion étoit enseveli, qu'elle jouissoit tous les soirs des faveurs de son jeune amant. Le mont Latmus, dans la Carie, fut le théâtre de leurs voluptueuses caresses.
l54« — Voilà du Ciel la puissante harmonie
Qui les esprits diuins ensemble lie, page 100. Le tneilleur commentaire d'un auteur se trouve souvent dans ses ouvrages. Louise Labé dit ici en vers à peu près ce qu'elle a dit en prose par l'organe d'Apollon , Débat de Folie et d' Amour (Discours. Y > page 27): « S'il est permis à chacun atenter « sur le lien qui entretient et lie tout ensemble : ie voy en peu « d'heure le Ciel en desordre, ie voy les uns changer leur cours, « les autres entreprendre sur leurs voisins une consommacion « uniuerselle : ton sceptre, ton trône, ta magesté'en danger;» et un peu plus bas (page 28) : « Si tout l'Vniuers ne tient que « par certeines amoureuses composicions , si elles cessoient, « l'ancien Abîme reuiendroit. Otant l'amour, tout est ruine'.»
l55. —Louas iadis et ma tresse dorée ,
Et de mes yeus la beauté comparée
A deus Soleils , même page.
L'éloge de la tresse dorée de Louise Labé, et la comparaison de ses yeux à deus Soleils y se retrouvent plusieurs fois dans les Escriz de diuers poètes à sa louenge.
i56. — Tira les trets causes de ton tourment, même page. On lit causez dans les éditions antérieures à celle-ci : j'ai pensé que c'é toit une faute d'impression qui, s'étant glissée dans l'édition primitive, -s' é toit perpétuée dans toutes les autres.
157. — Jfais U m'assure, quelque part que tu sois., page îou Ce vers a une syllabe de trop.