‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 56 sur 59 · DE Z ET S · texte numérisé non relu

DE Z ET S

A SES DI8CIPLI8.

Vous aues tousiours S à mettre

A la fin de chesque (sic) plurier,

Sinon qu'il y ait une lettre

Crestee an bout du singulier :

Et quant £ y ha son entier.

Bonté vous guide a ses bontés: 9

Si vous suyues autre sentier,

Vos bonnes notes mal notes.

(Recueil des œuures de feu Bonaventure des Periers, Lyon, Jean de Tournes, i544> in-8.°, page 182.)

puLïtJltï. . J

àf/Brt. t

tive très étoit toujours unie à l'adjectif auquel elle se rapportait , de manière à ne faire avec lui qu'un mot: trèsgracieux , tresbelle, treshon, tresmauvais , etc. Mesme s'unissoit aussi à mojr, toj, sojr, lujr: mof mesme , tofmesme , sojrmesme , lujrmesme.

VII. L'emploi des lettres initiales majuscules étoit beaucoup plus fréquent que de nos jours; il n'y a presque aucun passage de Louise Labé où il ne se trouve plusieurs de ces lettres que nous n'y mettrions pas actuellement. H n'existait aucune règle précise soi* ce point, si ce n'est à l'égard des noms propres, des noms abstraits personnifiés, et des mots commençant une phrase ou un y ers, dont l'initiale étoit toujours une majuscule. Le même signe se voit quelquefois aux principaux mots d'une période, à ceux sur lesquels l'auteur veut fixer l'attention du lecteur, à ceux qui sont pris dans un sens absolu , aux adjectifs qui indiquent le pays ou la nation ; mais le plus souvent il est placé sans autre motif que le caprice de l'écrivain ou de l'imprimeur.

VIII. Les seuls accents employés dans les trois anciennes éditions de Louise Labé, sont l'accent aigu et l'accent grave : du moins l'accent circonflexe ne s'y montre-t-il que sur l'exclamation 6 , signe du vocatif. Mais l'usage de ces accents n'est pas toujours le même que celui qu'ils ont aujourd'hui. L'accent aigu remplace souvent l'accent circonflexe, comme dans ces mots ; hâté, été, reuétu , vêtement, il se vét; il a aussi un emploi particulier dans les interrogations ; il y est placé sur la dernière syllabe du verbe , lorsque ce verbe

est suivi du pronom personnel ie : assemblera/ ie,éjr ie , crois ie , véus ie. L'accent grave figure sur les prétérits en u : îafpu , iqjr sa , vay vu. Beaucoup de mots suA$prquels nous mettons aujourd'hui des accents , n'en ont aucun ; tels sont les mots en ée : par exemple , aymee, entrée , formée , fumée , ramee, Enee, Orphée, Promethee , trofee , Thesee ; les mots en ère , Homère , manière, chère, mère, père , frère, première , seuere ; les adverbes et prépositions près, auprès, après, ex- , près, très, ou (adverbe de lieu), etc. ; tels sont aussi les mots suivants : aliéné, désir, désirer, déclarer ou declairer, défendre, caméléon, égaler, débat, edenté, Diomede, libéral , misérable , présent, priuilege , seiour, véhément, etc., etc., etc. Souvent Y s placée après un a ou un e tient lieu d'accent : creste (crête), desplaisir, empescher , eschaper, eschaufer, escrire , espandre, espee , espinette , espouser , estre , estant, esté, lestojr ou Vestois, estrange^sueiller , fiesche,fr esche (fraîche), gresle , honneste , lascher , lescher , mastin , mesler , mesme, mespriser, paste(pâte), resiouir, respondre, teste (tête), trespas, etc. *. Mais es et as pour â, é ou

* Jj's suppléoit également l'accent circonflexe que nous plaçons sur la dernière syllabe des verbes à la troisième personne singulière de l'imparfait du subjonctif: Qu'il aymast ) qu'il dust , qu'il fust, qu'il sust f qu'il vinst , qu'il voulust, qu'il ust (eût), etc. La même lettre figuroit encore dans coustume, acoustumer, coste, costeau, costé, hoste , hostesse t adiouster, deuxiesme , t'roisiesme^etc. , oster, bientost, plustost, etc. On trouve pourtant dans Louise Labé cote, coté, hôtesse, dizième i oter, bientôt , plus tôt.

i5o INTRODUCTION AU GLOSSAIRE.

é ne sont pas constamment mis en usage par Labé; elle écrivoit presque toujours comme nous (et c'étoit alors , je crois , une nouveauté ) : dédaigner, détresse , émojr, témoignage , témoin , etc., a^lieu de desdaigner, destresse , esmojr , tesmoignage* tesmoin ou tesmoing, qui, de même que les mots cités plus haut et tous les autres mots semblables, n'ont cessé toufr-à-fait de s'écrire de la sorte que dans le XVIII.* siècle.

IX. La ponctuation n'avoit pas atteint non plus le degré de perfection qu'elle a maintenant, quoiqu'il y reste encore beaucoup d'arbitraire; un de ses signes principaux étoit même absolument inconnu : je veux parler du point-virgule , qui n'a été inventé que longtemps après, et qui sert a marquer une pause plus forte que la virgule, mais moins forte que le point. La virgule, et plus souvent encore les deux points, en tenoient lieu.

Telles sont les observations qui m'ont paru nécessaires pour compléter le Glossaire de Louise Labé. Les exemples que j'y citerai , achèveront de faire connoître l'ortbographe qu'elle a suivie, en même temps que les règles de syntaxe auxquelles elle s'est soumise, et le sens des mots dont elle s'est servie, dans tous les cas où cette orthographe , ces règles et ces mots n'ont pas été conservés par Fusage , roi ou tyran des langues.

[tmï5 hna7 « m h» !^

*5a GLOSSAIRE

familièrement, comme le dit Nicod, « quod modestis verbis, « ajoute-t-il, de lasciviâ effertur. »

Qu'alors qu'elle- s'aoointa ^

D'Anchise , près du riuuage , pagCT43 >

c'est-à-dire, que lorsqu'elle se livra à Anchise, près du rivage. Voy. M. Pougens, Archéologie françoise (tome i, page 4)*

Acort, te, adroit, habile, complaisant, doux, d'une humeur facile et agréable, de l'italien accorto. Nos poètes marotiques ont accueilli ce mot avec empressement :

Une fillette/occorfe et bien apprise.

(J. B. Rousseau , Épigr.)

ACOVTBEB, acoustrer, habiller, orner, ajuster, arranger, du latin ad , augmentatif, et cultura , culture.

AdestreR (s'), s'adextrer, se dresser, se rendre adroit, .habile à, du latin dextra, main droite. Voy. Destrier. ■ ADONQ, adonques, alors, du latin ad tune,

ADRESSER CONTRE ( S' ) , s'adresser à. Tu t'adresses contre Jupiter, tu attaques Jupiter.

Afaire, affaire. Ce substantif est tantôt masculin, tantôt féminin, dans Louise Labé et dans les autres écrivains du même temps. Vne personne dont plusieurs ont afaire, page. 47» une personne qui se livre, qui se prostitue à plusieurs. Auoir afaire de , avoir besoin de.

Ainçois, mais, même, plutôt, au contraire, de l'italien anzi.

Anvs, mais. « Qui pourroit rendre raison de la fortune de « certains mots et de la proscription de quelques autres? Ains « a péri : la voyeUe qui le commence, si propre pour l'élision, « n'a pu le sauver; il a cédé à un autre monosyllabe. (mais) t « qui n'est au plus que son anagramme. » (La BruïÈJŒ , Caractères, chap. i4, -#* quelques usages).

Ainsi que, selon que. •

AlOVRNER, adiourner, faire jour. H aiourne, il fait jour, le jour commence. Ce mot, pris dans cette acception, ayoit déjà

DE LOUISE LABÊ.

vieilli do temps de PasqmVr, paisqu'il dât (HerbeTck. âV la France, 1. Ylii, c. 3) : « Noos usons dm mo( « nous faisons appel 1er on hwr en imstioe par la « d'nn sergent, le Roman de Pépin en a usé poor d*xe «fae le « ioar estoit venu : qui n'était pas trop mat|«oj«i : mai es « aiions perdn la naïfveté, poor la tonner en <iirment.*J'A> chim du Bellay ( Illustration de la lancae française ,1-D.ci , fait la même observation; il regrette également, an nW pitre, le mot anuiter, dont on s'étoit servi antres*:*» po ûer faire nuit. Nous avons conservé on d-mé d * t le sens de citer en justice; notre Code de p r océd ure ci*.-* appelle ajournement l'assignation donnée pardevant an tr tiail de première instance.

Alaigre, alegre, dispos, atile, vif. dm la*in mUcrr. <-jm vient aussi allégresse. On en avost lait éeaJesnrnt le alaigrir. Du Verdie r, art. Jean le Sem, cite an a* Trace médecin, intitulé, Opuscule de Galieu. £+l+*rrw le interprété en franc ois , Paris, Estieune Gro«ilcaa . \~/*.. •m-iÂ* Un auteur moderne a hasard ; le scbslaatif mimera* . «u n m ym encore reçu la sanction de l'Académie franc oiar,

AxEWCOWTBE, a l'enconfre, contre.

AleïTER, kaleiner, wespirer, soafler, cxnaâW.

ALIÉNÉ, privé de, dn latin t/mu. 'frauder, la '»*** * «* tous êtes privé , vous devenant étranere. y m i w> ^- *w s* «0» £oit entendement. On dit encore mleme derpn* «mprû mu+m„

ALLER, fn a//er pensif f une désnarebe tn.«re O-t r»am«cni fréquemment dans nos vieux anteurs des ia&ai~»f » de xi V j y m substantivement, à l'imitation des Grec§ et 4+% im^mm -. L* dormir acompagné de toux; mm le mer pesmmt Le m.sr* «* *«> le plorer. Louise Labé. Cest le iomir et mmm heureux. (MowTAIGTTE.) Ce m 9 est pas im mmr le mourir. ( Le même. )

Amiable, aimable, doos, crariear*.

Amjablemeht, d'une manière aimable, etc.

»&f GLOSSAIRE

Amie (a'), sa mit, son amie. Vomie, ta mie, ton amie.

« Ces termes abrégés, s' amie, m'omit, pour son amie, mon mmie,

m ont été par ignorance écrits en deux mots ta mie, ma mie 9

« ce qui fait qu'on appelle mie la gouvernante d'un enfant :

« Oà est votre mie, voici votre mie, et qu'on nomme anssi

« mies les maîtresses des anciens paladins. Oriane étoit la mie

« d'Amadis; Maguelonne, celle de Pierre de Provence.» (La

« Monnote, Glossaire bourguignon, v.° Caidémie.) Marot a

dit par une contraction semblable: M* amour, V amour, s' amour y

pour mon amour, ton amour, son amour; ce dout il a été repris

par Thomas Sibilet (Art poétique françois, chap. vi). Louise

Labé a dit aussi m' amour (sonnet xv/n).

AmONIC ion, admonition, action d'admonester, avertissement. « Il (M. de Vaugclas) a fort bien décidé qu'on prononçoit ad- « monester et admonition , et Bèze , qui veut qu'on dise amo- « nester et amonition , se trompe assurément. » ( MÉNAGE , Observ. sur la langue franc. , chap. CXLin.) La manière dont Louise Labé écrit ce mot, fait voir qu'elle le prononçoit comme Bèze. Voy. Svtil.

Amovbs, Amour. L's n'empêche point que ce mot ne soit au singulier. La Monnoye a blâmé Benoit Court, auteur d'un commentaire sur l'ancien ouvrage des Arrests d'Amours , d'en avoir traduit en latin le titre par ces mots Arresta Amorum , tandis qu'il falloit Arresia Amoris ; Amours , à l'antique, étant là un singulier pour Amour, Notes sur du Verdier ( art. Benoit Court).

Animant, animal, du latin animantes, animaux.

ApABEILLER, préparer, accommoder, approprier, fournir.

ApAROIB, paroi tre. S'aparoir, s'aparoitre, se faire voir, se montrer. Apparoir, infinitif, qui n'est plus usité qu'au palais, où on a conservé aussi la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif employée impersonnellement, il appert , se disoit encore du temps de la Bruyère : « Ne faire qu'apparoir « dans sa maison* » Caractères (chap. vu , De la ville). Com-

pmroir, Teifae de 1> ■

ArtMSOr, à fart m . *» ?

Ambt, i fart. V^. iki.

APETIT, Ae»t.t.Ii«* V

M.* JteaCotBrB:

lia Fontaine a coto- îi »raw Pajiaa qei aruct uS-n*- m *

Ca ï«W ttiwu; & ni- ii-- • u dam ta Dtl* d-an W/i Hijou, (oai Le r»pH ot V-

•> Ardre, « mtrni ■"» Jfl»*- t

« modem*); et il wn*t a m;?»

de liltér. , art. C«f!,, Oa )« a— a" .-»— « «,

il'iinîri i lanli ij»i ami an— ji ai *«•!«;«

J'ai regret ç/ue ee mot eoit trop vieux aujourd'hui : Il m'a toujours eemblé d'une énergie extrême.

(Livre IV, fable il.)

AREDîE, arène, sable.

Du large Rhin le* roulantea areines.

(Élégie H.)

« Jules César, dans ses livres de l'Analogie, vouloit que le « mot are na ne fut pas usité au plurier. Aulugelle ( liv. XV, « chap. 8) : C. Caesar in libris quos ad M. Giceronem de Ana- « logia scripsit, arenas yitiosé dici existimabat. Nous disons « arènes en vers fort élégamment. J'ay dit dans mon Pescheur :

« Et qui pourroit conter le nombre de met peines, ■ Pourroit conter aiuai le nombre des arènes.

* Les Italiens disent de mesme arène en poésie. Le Casa :

« Ma lasso me ! per le deaerte arène , etc. »

MÉNAGE ( Observ. sur la lang. franc. , chap. GXLIT ). Arène , avec le sens de sable , ne s'emploie plus qu'en poésie et au singulier.

Ariadne , Ariane. Voy. note 44*

Assemblement, union, assemblage, conjonction.

AssEVRANCE, assurance.

Assez. Plus qu'assez , beaucoup. C'est un latinisme : les latins disoient de même , plus quant satis.

AsSYRER(s'), s'asseurer, être certain, assuré. M*asseurant 9 étant assuré. Asseuré , assuré.

Mais ie say bien et de tant ie m'assure,

( Sonnet xxi ) ,

c'est-à-dire, mais je sais bien et je suis si certaine.

Atache, affiche.

Atalanta, Atalante. Voy. note 98.

Atovrné, orné, du latin adornatus.

Atrope , Atropos , une des trois Parques , celle qui coupe le

DE LOUISE LAfiÉ. *5?

fil de notre vie, comme réprime le fimtiii Ter» d'Eberbard

de Bé thune:

Qotao colnm bajolat»

Avcvwemewt , parfois, en quelque manière.

AyCTNS, quelques, quelques-uns.

Phèdre était si Mcciact ^'«w l'ea mat

( Là Fovtaot , fi» n , £ i )

AVECQVES , avec. Peletier écrivoit ****** t. En disoit plus ordinairement ouec ; on allonfcoit ce mot d on* syllabe , par une licence poétique , lorsqu'on en mwozt he-Kjam pour la mesure : usage qui a subsiste long-temps arces IViue Xiabé:

Aidant Tandroît s'être mvecawe Que d'être avec Mtdtmtr qm

Cl-A POMTAMMK , le

Ne bouc «suMpont qn*ieverfBe ne* éapma.

(Le mzkz , fi». ▼,!».)

Qu'on est diane m'amria

Quand avecque la force on perd aussi la rie.

(P. Coutiille , le Cîd, aet. il, ne. 7.)

Avenir, aduenir, arriver. On connoit l'ancienne et bella devise : Fais ce que dois f aduienne que pourra»

AVENTVBEVS, EVSE, heureux. Avventuroso a le en italien. — Hasardeux , sujet aux arenrorra» - >/*»» «< n'auroit-il pas dû se soutenir à coté dTavtnturr ' » M^BHOau TEL, Élém. de littér., art, Ct*ge.)

Aveesaibe, adversaire. BaJxae ^erivut *i««« *m>^ •*»#»—,

Avis. M'est oui*, il me sem&Je ,e peaa* ;r toi*, .'«M*-*sion conserrée par le pennU».

Avises, drm«r *»i<*. *p-rnr

AvOLE. étAnrti toi je yrrrvl -svunl *%^ V- «»->^-- « » :* grec eboÊsléit «1» *at «an* *****#•?• ,** *% a** <*w-*#»-

a58 GLOSSAIRE

m sis pour si vis, ainsi les François au' ou* pour aués vous» » (Muret, Commentaire sur les Amours de Ronsard.) Avtrefois, une autre fois. Autrefois elle fera rire*

B aller, danser, du grec ballo, d'où les mots bal, ballet, baladin, ballade. On appelle dans plusieurs provinces /e*fe* baladoires, les fêtes patronales des villages, dans lesquelles il est d'usage de danser.

Il fat dansé , sauté , bali.

( La Foutaise , Joconde , conte. )

.... Il sait danser , baler.

( Le même , liv. ix, f. 3. )

Baste, il suffit, n'importe, de l'italien basta, ou du latin bene s toi.

BendEj bande, troupe. On trouve aussi dans Louise Labé bande comme nous l'écrivons actuellement. On peut voir Pasquier (Recherches de la France, liv. Vin, chap. 5i, intitulé : « Du mot de bande , dont les François usent pour assemblée .y*)

Bewivolence, bienveillance, bonté affectueuse. ; Besongne, affaire, occupation, travail. Faire leurs besongnes, faire leurs affaires, leur fortune, gagner de l'argent, s'enrichir. Il se prenoit quelquefois dans le sens vague que nous donnons en langage familier au mot chose ou à celui d'affaire.

Vous chercheras vos besognes demain.

( La FoWTAiHE , la Gageure des trois Commères.)

BesONGNER, qu'on a écrit aussi besoingner, besoigner, et enfin besogner, s'occuper, travailler, faire de la besogne, de l'italien bisognare. Besongner au point, page t>4 , travailler au point.

■ ^ Si cet eniant avoit plusieurs oreilles»

Ce ne seroit à vous bien besogné.

( La Fontaine , le Faiseur d'oreilles , conte. )

Voy. M. Pougens (Archéologie franc oise, tom. i, pag. 61 et 6a).

DE LOUISE LABÉ. a59

BjzARRIE, bizarrerie.

Blandissant, flattant, caressant, du latin blandiri. Voy. M. Pougens (Archéologie françoise, tome i, page 63 et 64).

Blondissant, qui deyient blond, qui tire sur le blond. C'est le participe prisent du verbe blondir dontMarmontel (Éléments de littér., art. Ifcage) a dit: «Quel goût assez bizarre auroit pu « rebuter blondir! » et qu'il a placé dans le vers suivant pour montrer l'heureux emploi qu'on en pourroit faire :

Les épis oadoyans commençoieat k bjondir.

L'auteur du Roman de la Rose, v. aao55 , a fait usage de blondoyer dans le même sens, ainsi que Ronsard (liv. I des Amours, sonnet lxvi):

Vallons bossas et plages blondoyantes .

Bois , le bois de la lance.

Porter la lance et bois faire voler.

(Élégie m.)

« Les anciens chevaliers appeloient bois, leurs lances. C'est en « poésie un terme de guerre et de tournois... Leurs bois volè- « rent en éclats. Et on disoit qu'ils portaient bien leur bois f « lorsqu'ils couroient en lice de bonne grâce » (Dictionnaire de Trévoux, au mot Bois. Voy. aussi Matinées Sénonoises, pag. 373, n.° 347.)

Bond (de premier), d'abord, de prime abord, au premier moment.

Bovlette, petite boule. Deus boulettes d*iuoire, page ia5. Boule } suivant Ménage, vient de bulla 9 bulle d'eau, à cause de sa forme sphérique et de la rondeur de la boule. Ce mot auroit 'produit à son tour celui de boulanger, s'il falloit en croire Sir "Walter Scott, qu'on sera peut-être étonné de voir cité iei. Le célèbre romancier dit, en effet, dans son roman intitulé, Quentin Durward (voy. la traduction françoise qui en a été publiée à Paris, chez Ladvocat, i8a3, 4 vol. in-ia, tome I, page 71):

a6o GLOSSAIRE

« Le pain étoit aussi blanc que délicieux , et avoit la forme de m petites boules, ce qui a fait donner le nom de boulangers à * ceux qui le préparaient. » Mais, d'après des autorités plus respectables en matière d'étymologie , telles que celle du savant président de Brosses (Traité de la formation méchanique du langage, édit. de Tan IX, tome H, page i3o), le mot boulanger seroit dérivé de polentiarius (qu'on a écrit paient jarius ) , dont la racine est polenta , gâteau de farine, farine cuite.

Branc, sorte de sabre ou d'épée, du mot franoois blanc, à cause du brillant de son acier, suivant Le Duchat (notes sur Rabelais, Pantagruel, liv. rv, chap. 34, not. 1); ou, suivant d'autres, du lalin frange re , fractum ; la lettre /changée en £• Ces étymologies me parois sent au moins douteuses.

BRAVANTE , partie, présent fém. du verbe braver. Dans le XVI.' siècle, le participe présent pouvoit se décliner, et. notamment prendre la terminaison féminine , lors même qu'il étoit suivi d'un régime direct. C'est ainsi qu'on lit, page i5o -

Et tendrement gémissante La grand' cruauté d'Amour;

page 109 : A D. Louïze , des Muses ou première ou dixième couronnante la troupe , et page 58 : S* adressons tousiours à eus , et leur faisant visage plus riant,,. Dans ce dernier exemple, le premier participe est décliné, et, par une bizarrerie remarquable, le second ne l'est pas. Du reste, les exemples qu'on pourrait citer de passages où le participe est resté invariable, seraient plus nombreux que les exemples contraires. Souvent Louise Labé, de même que les autres écrivains de son temps, donne la marque du pluriel aux participes se rapportant à des sujets féminins pluriels, sans leur donner la terminaison féminine , comme : Tant de commodités prouenans aus hommes , page 3a ; grandes chausses de laine venons à my cuisse , page 35 ; leurs afeccions estons plus grandes , page 60; les pourettes. %m%m n'ayons la commodité de s'eslongner,.,,, chassons Amour aueç autre Amour, page 65.

DE LOUISE LABÈ. *6i

Brave, beau, bien paré. Nos paysans emploient encore le mot brave dans ces deux acceptions.

En étoit-il quelqu'une de plus brave!

(Là FONTAINE, le Calendrier des vieillards, conte)

Bhiare , Briarée , géant fabuleux. Malherbe a dit aussi Briare pour Briarée dans, ses fragments :

Briare avoit cent mains , Typhon avoit cent testes.

Brief (d'où brièveté) qu'on écrivoit d'abord brief uetê), bref, court. En brief t en abrégé, en peu de mots.

BroyillEe, brouilleries , troubles, divisions. Brvwettes , sorte de fleurs. Voy. note a3a.

Canace , Ganacé. Voy. note 58.

Carme, vers, du latin carmen, tiré lui-même du grec chaire , je me réjouis.

Garoler, danser, du latin chorus. Caroïe , danse. Videtur dici quasi choreola y NiCOD. Voy. M. Pougens ( Archéol. franc., tom. I, pag. io3.) Caracoler vient peut-être de caroler.

Cas, condamnation, disposition d'un jugement. Si vous ordonnes quelque cas contre Folie, page 46, si vous prononcez quelque condamnation contre la Folie. — Hasard, accident, événement , circonstance. Vous aportant tous i ours quelque cas de nouueau pour rendre vos banquets plus plaisons, même page , faisant toujours naître quelque circonstance nouvelle pour rendre vos banquets plus agréables. Quelque cas d'importance, quelque affaire importante, quelque chose d'important.

Cavt, cayte, prudent, fin, rusé, subtil, du latin cautus , d'où le vieux substantif cautele , et l'adjectif cauteleux dont nous nous servons encore tlans le style comique ou familier. Le caut de son parler, page i3o, l'adresse, la finesse ds SQU langage.

Cavtement, prudemment, etc.

Ji

i6* GLOSSAIRE

Ce. Ce pendant, cependant. On trouve sourent dans les Anciens auteurs , ce temps pendant , dont ce pendant paroit être l'abrégé. Outre ce , outre cela. Pour ce , pour cela. A ce que , afin que. De ce vient , de là Tient.

CELVY, CELLE, ce, cette. Celle gentile Damoiselle , page 117, cette gentille demoiselle. Celle harpe Methimnoise , page i54, cette harpe Méthymnoise. Voy. note s58.

CERIM ONIEVS , EVSE, cérémonieux. On disoit aussi cerimonie, conformément au latin et à l'italien cerimonia. (Ménage, Observ. sur la langue franc. , chap. lit. )

Cerne, rond, cercle, tour, du latin circinus, d'où cerner et cerneau,

Cerverin, sorte d'arbuste. Voy. note 228.

CESSER. Les ieunes Dames ne cesseront qu'elles n'ayent, etc. , page 57, les jeunes dames s'impatienteront, n'y tiendront pas , jusqu'à ce qu'elles aient, etc.

Cestvy CY, geste cy, ou CETTE CY, celui-ci, celle-ci.

Chacvn, chaque. Chacun soudart estranger, page i^6. Chacun Prince la louoit, page i36. La Fontaine (liv. if, fabl. 20) a dit de même chacune sœur pour chaque sœur.

Chaloir, se mettre en peine, s'inquiéter, se soucier. // ne me chaut, je ne me soucie pas, je ne m'embarrasse pas, il ne m'importe. « Ce vieux mot yient du latin calere; et il est sur- « prenant que Ménage qui veut bien que non-chalant vienne de « non calens f ne veuille pas que chaland vienne de calens; quoi- « que le forum aleatorium calefacere d'Auguste dans Suétone , « soit proprement achalander un breland. » (La MOWNOYE. ) Voy. Nonchaloir.

CHAPON. Se coucher en chapon le morceau au bec , proverbe dont j'ai donné l'explication, note 46.

CHARACTERE, caractère. Faiseurs de char ac ter es i charlatans, qui font des caractères magiques.

Chef, tête, du grec képhalé , suivant Henri Estienne, ou de l'italien capo s dérivé du latin caput, suivant Ménage,

Ctam. Voy. Cm.

Ctt., «loi. - Cil • été .fan» ^ '*" ■ de la lan«w fiançai» : il ert «"W - BitTÎeilK.- (LtBMttM, tem

. Mais M. de Voit.™ ■ *.! i. ■--•'

» serves mail « prose il &tf Aitt Cf*r---- Vztjt" l'****- - * BUT la langue (Vint. . riuifk Cit. lr,i.»;l":j ;*■■:-. r . — m. et aucun de nos écriTiiai i'wm àm CVrst.

Citbe, gnitarre, do la'ja 7-i»*.

Clan, ririère. Voj. aotr aîi ClEOpàWa, Cleopalrr. ïni. bon Fh.

COLOMBELLE, dinunwtuT il lùati . jr-un tllluI ^ „ a emploj^ re mL

Coaf QjETi qte , bien que , uooique. £< -««,>.-, B Tint, page 57, et bien qu'il poaue l'oar.

C0MM4BD (1 DtEV TE), je le rcoOMuJ* , D*». C- lC l'antienne manière de dire adit», répondut m tW* i 1 I*. geoi da peuple et Jei parian* ,•« yen w f * ~^' T.el.pe, pr^ipee.. Le SB | ut , fe, on ^ ^ ^ FHM.I par Ae„ „ gW , Oieu „o U , *.,< C W «

—, « rwti de gnr j,, COffitte CM(>Mrf . - — '

.»*fc, cimmtudo. Je tn*Kt&-J iei ua6 m% 1

de M. Courier an sujet de la seconde de ces expressions: « Dieu « te gard. — Ancien souhait ou salut. Molière : Dieu te gard , « Cléanthis. Cette locution a été* souvent méconnue par les « éditeurs de nos poètes. Dans un quatrain à la louange du « prince de Coudé, chef des Huguenots, sous Henri ni: •

« Ce petit homme tant joli ,

• Qui toujours cause et toujours rit, « Et toujours baise sa mignonne.

• Dieu gard de mal le petit homme.

« Voltaire lui-même a cité Dieu garde mal le petit homme , « croyant que c'étoit une allusion à la mort de ce prince , qui « fut tué à Montcontour. Mais c'est une faute d'imprimeur. La « Fontaine , à la fin du conte des Troqueurs :

« Or n'est l'affaire allée en cour de Rome»

« Trop bien est-elle au sénat de Rouen* « LA le notaire aura du moins sa gamme e En plein bureau. Dieu garde tire Oudinet a D'un conseiller barbon et bien en femme , a Qui fasse aller la chose du bonnet.

« Ces vers sont ainsi rapportes dans la nouvelle Vie de LaFon- « taine. Lisez, pour le sens et la mesure, Dieu gard tire Ou- « dinet , comme La Fontaine lui-même a dit: Dieu nous gard m de plut grand' fortune. Faut-il s'étonner que les textes grecs « et latins soient altérés, quand nous voyons nos auteurs même m estropiés de cette façon?» (Pastorales de Loogus, ouDaphnis et Chloé , traduction de Messire Jacques Amyot , 5. e édit. , Paris, in-8.°, notes, pag. 275.)

COMME, que. Aussi bien comme moy t aussi bien que moi. Aussi loin comme, aussi loin que. Autant de bien, comme mérite , etc. , autant de bien qu'en mérite , etc. Ainsi comme , ainsi que. Voy. le chap. CCXXXV des Observ. de Ménage, sur la lang. franc. , intitulé : « Si et aussi comparatifs, suivis de comme , » où sont cités des auteurs qui se sont servis de la même locution beaucoup plus récemment que Louise Labé.

1K 3-OTflBBE Ufflfc. **

Gonm , penpk, Tulsanr . Tnriïln:. £> le Tiriçuire , le peupk , fa popum»- ?im» àmm*

Ccwfokt, aide. ŒKamnçpflmrs*. «uawLtfMa .

{ JIWr« IWma Ci«>r«*jr> . <T«i «toit à r«tf~ d« U m« St-Dominique, et <p* fat démolie à l'époque *« »<>«"*«« é* cett* rue, e» .5fe Cest de là que U place A* /"**'" s «ppeloit place (Ml „ et qu'une me aboutissant m$ eerte place cowerte le nom de me Cou/orl. On înmwe te mot <Uiw le Dictionnaire de V Académie, ainsi que les whes nn/Wf*r. décomfcrter et recoa/orfer, et les substantifs diconfvrt et réconfort.

Congsot (ie), dn rerbe congnoiir*, je eonnois.

CoitGBEGACiON, rassemblement , attroupement. Il ne «e dit plus que dans le sens d'assemblée ecclésiastique ou irligiiite.

Conqverbe, conquérir.

Cowsistoibe, assemblée. Lé coiuirtoire H*t /)i>Mr, P<i««emblée des Dieux , devant laqnMl*» a 1i«»n le f>*bit J* P*H* *t d'Amour. La Fontaine (Belphé^or, fonte) 4pp*Me r*n t *rfn*r* l'assemblée des démons. Ce nom ne .4e Hoone ;>l»n ni' t **<»»•* taines réunions ecclésiasf iques , «V*f-*-'tirr. a <*A\+* f?. ^»-^ et des cardinaux pour les affaire * de !'• *Im#. *>t , ^i!#, v» *<,. ni s très protestants pour W»<* aiîtnr** A* .*>ir .-«•* • : !*•»*»

Consommer, consuma, wsro»>r . Mr ir» .1 .«. „

plus aujourd'hui que p**f**iïo**n**. t*u~. ** ***,.*. ,

lorsqu'on l'applique #vx d^nr-''* w* #*#»«•• Long-temps après Louise f,*b«* «> ' •*• *•»- r* sens de temsttmer y »\ ph*- >rru* *» mm* «n *♦*•".# f cite plusieurs exemple; Ow«" »»»• * "*<~, J'y ajouterai le nM* r ?nt . ' f*r.->f*> <% «**»,.... « uriroit les yeux v\nr /*m*s -»»t»**v */• r*--* - « somme i'caihum» ,«► .»/^« *a* »»'»*• # r

fol* MO rerj<v

a<56 GLOSSAIRE

CoifTE ! /. m, f compte. Faire conte de quelcun, compter sur quelqu'un.

Conté, comte*, terre dont le seigneur porte le titre de Comte,

Contenances , plur. , gestes , postures! dispositions du corps. Il n'est plus usité qu'au singulier.

Conter, v. a., compter* hep que nous mettons actuellement dans ce mot et dans ses dérivés , ne se prononce pas ; mais il sert à faire distinguer compter, n ombrer, de conter, raconter. Ces deux verbes, dont le sens est si différent, ayant une origine commune, on ne doit pas s'étonner qu'on les ait confondus : ils viennent l'un et l'autre du latin computare, dont nous avons tiré aussi, mais .plus directement, computer.

Contovrnem ent , contour, action de contourner.

Du rif mourant conJtournement dea yen» , page 107.

Contrefovdbe , seconde foudre, second tonnerre émule ou rival du premier. Contresenteur se lit dans un écrivain du même temps pour signifier une odeur destinée à neutraliser l'effet d'une autre.

Contegarder, défendre, garder.

Contre INDRE , contraindre. le contrein, ie contreingnoy, contreingnant.

CONVERSER, v. a. , fréquenter, vivre avec, du latin conversari m Conuerser priuèment et dôme stiquement les personnes qu'il aymera , page 43.

COQVTLLES. Ce n'est à moi à qui tu dois vendre tes coquilles , page 8, ce n'est pas moi que tu tromperas. On ne trouve l'origine de cette expression proverbiale encore usitée, ni dans les excellentes Matinées Sénonoises de l'abbé Tuet, ni dans le Dictionnaire des Proverbes, publié en 18a 1.

Coral, corail. Ronsard dans une de ses chansons :

Douce Maistresse , touche , Pour soulager mon mal > Ma bouche de ta bouche »

Plus rouge que coral.

CoiULLm, de corail. Ta bouche eoralline 9 ta bouche vermeille comme le corail.

CordELLE , diminutif de corde. j

Cobket , cor , cor de chasse , du latin cornu.

Covlomne, colonne, du latin columna.

CovlpABLE , coupable , de coulpe , du latin culpa.

Covp. A ce coup, cette fois. Tout à un coup, tout- à -coup, tout à la fois.

Covple , s. f. Ce mot est actuellement masculin. Voy. Ménage (Observ. sur la lang. franc. , chap. lxxiv).

Coybage , courage, cœur, du latin cor, auquel on ajouta dans la basse latinité la terminaison agium , ou de cordis actio , ou de l'italien coraggio. M. de Maistre' ( Soirées de St-Pétersbourg, îéai, in -8.°, tom. 1, pag. 1*3 et 189) parolt avoir trouvé ces étymologies trop vulgaires , et en donne une autre que je crois plus ingénieuse que solide : « Êtes-vous curieux, « dit-il, de savoir comment nos ancêtres unissoient les mots à « la manière des Grecs? je vous citerai celui de courage , formé « de cor et de rage, c'est-à-dire, rage du cœur, ou, pour mieux « dire', exaltation, enthousiasme du cœur (dans le sens Anglais « de rage). Ce mot fut, dans son principe, une traduction très « heureuse du ihymos grec qui n'a plus aujourd'hui de syno- « nyme en françois. •— Je disois en mon courage : Si le Roy s'en « alloit , etc. (Joinville, dans la collection des Mémoires, etc., « tom. r.) Cette phrase est tout- à-fait grecque, Ego de en to m thym 6 mou elegon, etc. —Au milieu du XVI. a siècle, ce mot « de courage retenoit encore sa signification primitive. Le vouloir « du Dieu tout ^puissant lui changea le courage (voy. le Sauf- « conduit donné par le Souldan au sujet du Roi tres-chrestîen , « à la fin du livre intitulé : Promptuaire des conciles , etc. , • Lyon, de Tournes, i546, in-16, pag. 208). Cor, au reste, a « fait cœur, en vertu de la même analogie qui de bos a fait bœuf ; « àejlos, fleur; de cos, queux; de votum, vœu; de ovum, œuf; « de nodus, nœud, etc. » Toutes ces remarques sont justes,

pté la première ; car je ne pense pas qu'on accorde facile t à leur auteur que le mot de rage soit pour quelque chose » la composition de celui de courage. Courage se troare i les oeuvres de Louise Labé arec le sens qu'il a dans les iB%es des Mémoires de Joinville et du Promptuaire des con- « , citée par M. de Maistre.

30VBT, cour. Faire la court, faire la cour.

CovBTfNE, rideau de lit, du latin cortina.

CovflTTMJEB, ebe, habitué, qui a l'habitude, la coutume. Qor, COTE, quoy, quoye, adj. t tranquille, paisible, en rets, du latin quitta*.

CREWnBE, craindre. le crein, te creingnoy, creingnant. Cbespes, bouclés, crêpés, du latin crispu*.

Cbespillon, boucle de cheveux, frison.

Cboibe (faibe a), faire accroire. Ailleurs on trouve faire tcroire,

Cboitbe (avec le sens actif), augmenter, faire croître, accroître. On en trouve des exemples dans des auteurs beaucoup plus récents que Louise Labé s

Qa'à àê§ cœur» bien toaehe* tarder la joaiaseaee , C'eet infailliblement leur eroistre le deair.

(Malherbe.)

Mai* la pliu belle mort touille wottt mémoire , Quand non* avoue po vivra at croître notre gloire.

( P. COBJTEItLC. )

Cvtdeb, penser, croire. // cuida tomber, il faillit tomber. Le ciel et la terre cuiderent brûler f le ciel et la terre faillirent

brûler.

Ctdipee, Cydippe. Voy. note 84»

Ctjte, cigne, cygne. Voy. Introduction, page a^i. CtfABMSIEJV, de C y paris sus. Voy. note 229.

DE LOUISE LABÊ. 1169

Damas, sorte de fleurs. Voy. note ?33.

Damoiselle, demoiselle. Ma damoiselle , mademoiselle.

Davantage (au commencement d'une période), de plus, en outre. On disoit aussi dans le même sens, d* abondant, (Voy. du Verdier , Bibl. franc. , art. Philippe des Portes et passim. )

Declairer, déclarer.

Défaillir, manquer. S'il défaut, s'il manque; il de faudra, il manquera.

Defensable, qui peut être défendu, facile à défendre. On trouve aussi dans nos vieux auteurs défendable et defensible 9 indefensible , indéfendable et indef ensable. M. Pougens (Archéol. franc. , tom. 1, pag. 119 et a8o-i) regrette le premier de ces mots.

Deformité, difformité.

Délivre, débarrassé, affranchi, libre, délivré, dégagé.

DEMEVRANT , reste. Au demeurant de la face , au reste du visage. Le demeurant de mes cours iours, le reste dn pen de jours que j'ai à vivre.

Mainte veuve pourtant fait la décnerelée,

Qui n'abandonne pas le soin dn detneuramt,

Et dn bien qu'elle aura fait le compte en pleurant.

( La Foi» ta ire , U Matrone d'Épatée. )

Au demeurant, adv. , au reste. J. J. Rousseau a réhabilité cette ancienne expression , ainsi que quelques autres qu'il avoit lues dans Amyot et dans Montaigne , auteurs favoris de sa jeunesse. Avant lui, on retrouveroit peut-être difficilement au demeurant dans un auteur moins ancien que Costa r , qui s'en est servi dans sa Défense de Voiture, imprimée en 1664.

Demowstrance , démonstration.

Demovree, demeure.

Désarçonner en ras, désarçonner, mettre hors â*$ arçons, jeter un cavalier par terre.

a 7 o GLOSSAIRE

DesATELER , dételer. Atteler et dételer viennent , suivant quelques auteurs, du grec telos , fin, but.

Desclos, se, ouvert. Voy. note a43.

Descoevyre, découvre.

Desconfort, affliction, tristesse, abattement d'esprit. Voy. Confort.

Desemplvmer, plumer, dégarnir de plumes» On disoit anssi desempenner,

DesfACHER , desfascher, appaiser, calmer une personne irritée. Ce mot est un de ceux qui mériteroient d'êtres restitués à notre langage moderne.

DesiA, déjà. Voy. IA.

Desioindre, désunir, disjoindre.

Despendre, dépenser. le despen, je dépense; despendu, dépensé.

L'aaoir n'tit liât que pour descendre.

( Le Roman de U Rose. )

Desmté (le front), le front marquant la colère, le dépit Desserrer, détendre. — Lancer, envoyer, décocher.

Dont Amour eee fréta noua desserre, page i*4,

c'est-à-dire , d'où l'Amour nous lance ses traits.

DESSVS, prép. , sur. Dessus lui, sur lui.

Destre , dextre, main droite, du latin dextra, Boileau a employé ce vieux mot avec bonheur dans le vers suivant du Lutrin :

II tire do manteau aa dextre vengeresae.

Destrement, dextrement , avec adresse, d'une manière adroite. Voy. Adestrer (s').

Destrier, dextrier, cheval de main, de bataille. 11 est opposé à palefroi, cheval de parade, de cérémonie, et qui servoit principalement de monture aux dames. Le chap. 43 du liv. I des Essais de Montaigne est intitulé, des Destriers; on y lit ce qui suit : « Il me semble auoir ouï dire que les Romains auoient

DE LOUISE LABÊ. » 7 i

« des eheuauz qu'ils appelloient funales ou dextrarios, qui se « menoient à dextre, ou à relais, pour les prendre touts frais « au besoing : «t de là vient que nous appelions destriers les « cheuaux de service : et nos romans disent ordinairement odes- « trer, pour accompaigner. »

Destbovsser, dépouiller, voler, désarmer, vaincre, du latin destruere, ou de l'allemand tross, bagage 'd'une année, dont on auroit d'abord tiré trousse , troussel, trousseau»

Devis, conversation, entretien.

Devise.

loutes et ieas , maintes belles deuUe* En ma faneur sont par eus entreprises.

(Élégie xiO

Deuise signifie proprement une courte pensée, ou une figure allégorique accompagnée d'une pensée , qu'un chevalier faisoit graver sur son bouclier en l'honneur de sa dame. Dans les deux vers que nous venons de citer, il est pris par métonymie pour les faits d'armes des chevaliers porteurs de deuises.

Deviser, causer, converser, s'entretenir.

DlDO, Didou. «... De Iuno, lunonis, lunone, Dido, Dido- « nis y Didone, nous disons lunon , Didon. Et quand nous avons « dit Dido, c'a esté de Dido, Didûs, et non pas de Dido, Dim donis. n (MÉNAGE, Observ. sur la langue franc., chap. CLV.) Voy. Saphon.

Die (QV'il), qv'ils dient, qu'il dise, qu'ils disent, troisièmes personnes du présent du subjonctif du verbe dire. On se rappelle le fameux quoiqu'on die des Femmes savantes de Molière (act. ni, se. a). Ils dient, troisième personne plurielle du présent de l'indicatif du même verbe.

Dîne, digne. Voy. Introduction, page ?4**

Disciplines, instructions, études, sciences, du latin disco, j'apprends. S'apliquer aus sciences et disciplines , page i. Les auteurs latins ont dit disciplina, au pluriel, dans le même sens.

Nous n'employons plus ce mot qu'au singulier, et nous lui donnons d'autres significations.

DlSCORD, x. m., brouillerie, désaccord, discorde*

Onq ne mil noise on discord entre amis.

(Élégie m.)

m Discord, dans ses trois sens, ne devoit-il pas être insépa- « rable de discorde; et ne devroit-on pas dire encore un ca- « ractère inégal et discord, des esprits divers et discords , les • discords qui troublent le monde? » (JVLaRMONTEL, Élém. de littér. , art. Usage, ) « Si Ton disoit :

« Ils ont de leurs discords fatigué l'univers , .

« parleroit-on une langue étrangère? » (Le même, ibid.) DiscovriR, v. a., raconter, narrer, exprimer par le discours.

Et la sienne destinée

En songe il lui discourut t page ity.

DlSCOVBS, narré, récit, scène. Le Débat de Folie et d'Amour est divisé en cinq discours,

DlSGREGiON, distinction, différence, du latin discret io,

DONQ, donques, doncques , donc.

Dont, d'où. Dont est-il venu, que de Folie! page 54, d'où cela est-il venu, sinon de la Folie?

DOVCELET , diminutif de doux,

Dovcerevs, doux. Cet adjectif ne désignoit point, comme à présent, une douceur fade.

DOYCINE, flûte douce, du latin dulcisonus,

Dovs, doucement. Tout dous, tout doucement. En dous coulant, en coulant doucement. On avoit fait de ces deux mots l'adjectif verbal doux-coulant; « La Poésie de Philippe des Portes « est doux-coulante, » (Pasquier, Rech. de la France, liv. vu, chap. 6) ; et le verbe doux-coulèr : « Il me semble que quand m Ronsard a voulu doux-couler , . comme vous voyez dans ses « Elégies , vous n'y trouuerez rien de tel en l'autre. » ( Lç MÊME, ibid,)

DOVSONDOTANT , douxondoyant , mqt composé de dous (doux) et ondoyant. Notre langue se ploie difficilement à ces compositions de mots , si communes dans la langue grecque , dont elles augmentaient la richesse; elle n'en admet qu'un très petit nombre. Ronsard, contemporain de Louise Labé, puisqu'il naquit un an plus tôt ou la même année qu'elle, a créé beaucoup d'expressions semblables quin'ontpas fait fortune, etqui même nous paroissent barbares. Je citerai, pour ne pas sortir des mots auxquels l 'adjectif doux sert d' élément , douxamer (voy. ses Amours, liv. I, sonn. LXVll), et douxinhumain , dont il s'est servi plusieurs fois. Estienne Pasquier a créé douxâpre, dans le second livre de son Monophile. Lazare de Baïf a été plus heureux en formant le composé aigredoux , qui lui survit encore, et que l'usage a définitivement sanctionné.

Dovteb, craindre, redouter.

Dveil, deuil.

Dvire , convenir, être au gré, plaire, instruire, conduire. Duit, dressé, instruit, du latin duc ère , venu lui-même du grec dokein. M. de Maistre (Soirées de St-Pétersbourg , tom. I, pag. ia3 et 188) découvre plus de finesse dans la création de ce mot: «Voyez, s'écrie-t-il, comment nos ancêtres opérèrent « jadis sur les deux mots latins duo et ire , dont ils firent duire, «aller deux ensemble, et, par une extension très naturelle, * mener, conduire... Charron a dit... : « Celui que je veux duire « et instruire à la sagesse (De la Sagesse, 1. ir, c. V, n. i3).» « Ce mot naquit à une époque de notre langue où le sens de « ces deux mots duo et ire étoit généralement connu. Lorsque « l'idée de la simultanéité s'effaça des esprits, l'action onoma- « turge y joignit la particule destinée en françois à exprimer « cette idée, c'est-à-dire, le cum des Latins, et l'on dit con~ » duire. Quand nous disons aujourd'hui en style familier : Cela « ne me duit pas, le sens primitif subsiste toujours; car c'est « comme si nous disions : Cela ne peut aller avec moi, m'ac- « compagner , subsister à côté de moi; et c'est encore dans un

« sens tout semblable que nous disons : Cela ne me Ta pas. «

Se non è vero , è ben trovato.

EbaïOYEB (s'), s'esbanoyer, s'égayer, se divertir. Voy. "La.

Monnoye (Glossaire bourguignon, y.° Ebanée). On lit dans un

vieux roman cité par Pasquier (Rechcrch. de la France, liv Vil,

chap 3) :

Quand li Roy ot mangié, s'appella Helinand, Pour Ij esbanoyer commanda que il chant. . . ,

c'est-à-dire: Quand le Roi eut mangé, il fit appeler Helinand, et pour se divertir lui commanda de chanter.

Eli/, elle. Cette apocope n'étoit permise que pour le besoin de la mesure.

EU' sembloit parmi l'armée

Vn Achile , ou un Hector, pages i56 et 137.

On trouvera cependant elV ut f page 109, où IV muet s'élidant de lui-même, la suppression en devenoit inutile. Voy. la xxxiii.* et la LXV. e remarques sur le Chef-d'œuvre d'un inconnu.

EmmantelÉ, couvert, enveloppé d'un manteau, ou comme d'un manteau. Voy. M. Pougens (Archéolog. franc., tom 1, pag. 19a)* L'opposé de ce mot est démanteler, que nous avons conservé, et qui signifie abattre les murailles d'une ville ou. d'une forteresse. L'un et l'autre viennent de manteau, autrefois mantel , les murs d'une ville lui servant comme de manteau.

EmmiELEVB, qui emmielle, qui amadoue, doux, doucereux, flatteur.

EMMVBÉ, entouré de murs. Peletier écrivoi tammuré. '

Empenne, garni de plumes, du latin penna. Peletier écrivoi t ampanné : ce qui fait connoltre la manière dont il prononçoit ce mot. Empenné se trouve dans Rabelais ( Pantagruel, liv. ir, chap. 16), et dans ce vers de Garnier (tragédie d'Hippolyte , i573) , où il parle de l'Amour :

Il porte comme oiseau le dos empenné d'aisles.

C'est d'après ces auteurs que La Fontaine a dit :

Mortellement atteint d'une flèche empennée,

(Liv. n,«abl. 6.)

Empesché , embarrassé , ne sachant quel parti prendre. Vn seul.,, est bien empesché alencontre de deus, page 9*

Employer (s'), faire son emploi , son occupation, s'occuper.

En. S'il en y ha, s'il y en a. — A. Paruient en tel degré , parvient à tel degré. Se fiant en toy, se fiant à toi. Peletier et Meigret écrivoient an.

EnamovrÉ, rendu amoureux. Voy. M. Poogens (Archéol. franc., v.° Enamourer et s'énamourer, tom. I, pag. 164 et i65). Ronsard (liy. II, od. 16) a dit amourée pour amante;

Comme un taureau par la prée Court après son amourée.

S'amouracher, usité aujourd'hui, n'a ni la même noblesse, ni la même harmonie, ni tout-à-fait le même sens que s'énamourer. Molière a créé le composé dé s énamouré.

Mais est-ce un coup bien sur que votre seigneurie Soit désenamourétf ou si c'est raillerie!

(Le Dépit amoureux, act. i , se. 40

ENCERCELÉ, entouré d'un cercle, ou comme d'un cercle.

EnchargÉ, confié, mis à la charge de quelqu'un.

Eivcliner (s'), s'incliner.

Encores, encore. « Gomme les poètes ont souvent besoin « d'accourcir ou d'allonger les mots, il ont dit encor et encores; « les prosateurs, à leur imitation, se sont servis des mcsmes « mots. Encores n'est plus en usage ny en prose ny en vers : « pour encor, il est toujours usité en y ers. » (MÉNAGE, Obsery. -sur la langue franc., chap. xxxvn.)

Endroit, égard, point. En cet endroit, à cet égard, sur ce point. A l'endroit de , à l'égard de.

Jà l

a 7 6 GLOSSAIRE

Je suis ton Quinaica, Toujours le même à l'endroit de sa femme.

( La Fontaine, le Calendrier des vieillard*.)

Et le peuple inégal à l'endroit des tyrans , ~ S'il les déteste morts* les adore vivants.

( P. Corneille, Cinna, set. i, se. S.)

Cette expression se trouve aussi plusieurs fois dans Molière.

EngrAVÉ, inscrit, gravé.

Enrovillé, rouillé, dévoré par la rouille.

Enseigne, signe, souvenir. — Marque d'amitié, chose qui rappelle l'objet aimé, du latin insignis,

Ensemblement , ensemble.

Enserpenté, garni de serpents.

Ensvivre (s'en), s'ensuiyre.

Entortillonné , tressé , entortillé. Le vert entortillonné , page 100, la couronne de verdure.

Entrepris, entreprise.

O féminin entrepris

De l'immortalité gage, page 1*9:

EpANIR, espanir, épanouir, sans doute du latin expandere. Erein, airain.

Erre , route , chemin , hâte , promptitude. Grand 1 erre , à grand' erre f à grande hâte.

Aucuns à coups de pierre

Poursuivirent le Dieu qui s'enfuit à grand' erre.

(La Fontaine , le Fleuve Scamandre, conte.)

Es, dans, en. Es viles, dans les villes. Esquels, dans lesquels. Il est encore usité au palais. On l'a conservé aussi dans quelques locutions, comme dans maître es arts. Es s'est dit par syncope, au lieu d'en les, comme des pour de les.

Eschange, changement, métamorphose.

Esclaver, rendre esclave. Ronsard a dit: Esclauer ma liberté. Esclauer se trouve aussi dans Montaigne (Essais, 1, 29), et dans les poésies de Desportes.

EsCRIZ, écrits. Escriz de diuers poètes à la louengede l^uïte Labé. On trouve ailleurs le même mot ainsi orthographia, */crits, Voy. notamment page 3, ligne ai , et page 8i, ligne 3.

Esle , aile. On a écrit aesle , aele , aille.

Eslokgkœr, éloigner. •

Esmoy, chagrin, peine, affliction. «Ne falloit-il pas laisser « à émouvoir, émoi! » (Mabmowtel, Élémens de litlér., art. Usage. )

Espajtdbe , répandre. Espandre larmes , verser des larmes. Larmes espandues, larmes versées. Espandre son regard , regarder, regarder au loin, autour de soi.

Je ne ini d'homme ■eeeateire Qae celai deat le lœ éptmd beaucoup de bien.

(La Fout aime, lit. rut, febl re.)

Voy. la note 4 de M. N. S. Guillon sur cette fable dans son Idi Fontaine et tons les fabulistes, Paris, i8o3, a vol., in-8. # , tan. n, pag. i4 7 .

Esfessevb, épaisseur. On trouve espoisseur dans d'antres auteurs du XTi. e siècle.

EsPLCrGYE, espingle, épingle, du latin spinula: «Il faut dire • épingle. C'est comme on parle à Paris. Eplingue est de pro- « râce, - (Mé*age , Observ. snr la langue franc., chap. cxl.)

E*fOVXyrÉ y espouuenté , épouvanté.

EsfOVTEVT ABLE , épouvantable.

Estime,.*.*»., estime. £/» r>/ estime, page 3*, en telle estime.

E*TOVB r ehoc, mêlée, combat, assaut, du latin exiurbatio ; étoà vient, dit Borel, le mot estourdir t étourdir.

fSTBLÊSKwE, adj. des deux g. t étranger, d'où le substantif estramgeté , qui a grande envie d'être réhabilité , et sur lequel on peut consulter M. Pougens (Archéolog. françoise, tom. r,

EjTBikJVGER , rendre étranger, aliéner, changer.

, saisir, serrer fortement en liant. JVons disons étreindre, étreinte; mais ces mots ne sont pas des plu*

usités^ quoique nous ayons conservé l'ancien proverbe : Qui trop embrasse , mal estreint.

Estvde, soin, application, dans le même sens que le studium des latins.

Ewre, œuvre. Ce substantif est tantôt masculin, tantôt féminin , dans Louise Labé. Il paroi t qu'il avoit le premier de ces genres au singulier, et le second au pluriel. L'édition de i556, in-8.°, est intitulée : Euures de Louïze Labé Lionnoize, reuues et corrigées par ladite Dame ; et on lit dans l'épître dédicatoire à Madamoiselle Clémence de Bourges; Ce mien euure rude et mal bâti; et dans le Débat de Folie et d'Amour : L' euure fait par Praxitelle. Quant à la manière d'écrire ce mot, La Monnoyé (Glossaire bourguignon, v.° Euvre) remarque que « tous « nos livres , excepté ceux de quelques anciens et modernes rét formateurs de notre orthographe, ont toujours œuvre. Je ne « sache, ajoute-t-il, qu'un petit in-8.°, imprimé à Lyon chez « Jean de Tournes, i555, où il y ait euvre , tout le reste de « l'impression y étant presque conforme à l'orthographe com- « mune. Le livre a pour titre : Euvres de Louise Labé. »

Faillir et Falloir. Ces deux verbes dont le sens est bien différent, ont, dans Louise Labé, quelques temps qui leur sont communs. Ilfailloit s'y trouve pour il falloit. Ilfaudroit signifie également il manqueront f et dans ce sens appartient au verbe faillir , et il seroit nécessaire-, et alors il vient de falloir. — Qu'ils j aillent , qu'ils manquent, ou qu'ils tombent en défaillance. On ha failli, on a fait une faute. Ilfalut, il fallut. Qu'il fallust, qu'il fallût.

Famé, renommée, réputation, du latin fama. Il existe encore des enseignes de marchands ou d'hôteliers , où on lit : A la bonne famé. Nous avons plusieurs dérivés de ce mot, diffamer, diffamation y infâme , inf amie , fameux. Ce sont, comme

DE LOUISE LABÉ. a?9

Voltaire le dit quelque part , des enfants qui ont perdu leur père.

Fantasie, fantaisie, imagination, du grec phantasia, dont la racine est phainô, je parois.

Farsevr, farceur, comédien qui jouoit des pièces bouffonnes appelées farces, telles qu'étoit, par exemple, l'ancienne Farce de Maistre Pierre Patelin, faite, à ce 'qu'il paroît, du temps de Louis xi.

Feingnant, partie, présent du verbe feindre.

Félon, traître, rebelle, cruel, inhumain. « Pourquoi félon « et félonie ne se trouvent-ils plus que dans le Code crimi- « nel? » (Marmontel, Élém. de littér., v.° Usage.)

Femmelle , femelle , petite femme. Il paroît que ce mot n'avoit rien d'ignoble, etpouvoit se placer même dans la haute poésie.

Tant de flambeaus pour ardre une femmelle.

C Sonnet u, v. ir.)

Fiance, foi, confiance.

Fiancer, confier, promettre, donner sa foi. Se fiancer , croire, s'assurer, se confirmer, se fier.

Filozofe, philosophe. Voy. Introduction, page 244.

FlNER, finir. Fineroit, finiroit.

FLEVRER, flairer, sentir. Il signifient aussi exhaler une odeur, témoin ce vers de Régnier (Sat. x) :

Qu'il fleurolt bien plus fort» mais non pas mieux que roses.

Flofloter, flotter tumultueusement, agiter ses flots. Pasq'uier (Recherch. de la France, liv. VIII, c. Vi) n'oublie pas de citer au nombre « des mots qui par leur prononciation représente tent le son de la chose signifiée, que les Grecs appellent ono- « matopeies (onomatopées), » \efioflotter, «mis, dit-il., en usage « parles Poètes de nostre temps, pour représenter le heurt tu- « multuaire des flots d'une mer, ou grande rivière courroucée. »

FiuOVET, fluet, mince, grêle, délicat, diminutif. du vieux mot

a8o GLOSSAIRE

flou, encore usité en peinture, peindre flou, peindre d'une manière légère, délicate, tendre, mot qui peut avoir été formé du latin fluere, couler, s'amollir, se liquéfier.

Fois (a), parfois, quelquefois. Plus de fois, plus souvent.

Fol, fou. Le plus présomptueux fol du monde, pageio. Fol ne se dit plus que lorsque le substantif qui le suit commence par une voyelle, un fol amour, un fol espoir: il en est de ce mot comme il en a été de celui de vieil. Voy. Vieil. Il parott, d'après un passage du livre de Théodore de Beze, De Francicae linguae recta pronuntiatione (i584), rapporté par Ménage (Observ. sur la lang. franc., chap. CXi), que, quoiqu'on écrivît fol et col, on prononcoit/ou etco», comme nous le faisons maintenant, sauf quelques cas exceptés. Cependant Henri Etienne, dans ses Hypomneses de Gall. lingua ( i58a) , citées au même endroit, regardoit cette prononciation comme vicieuse.

Font, fontaine.

Près la font se vint assoir , page i4«»

c'est-à-dire , se vint asseoir près de la fontaine.

Forcener, devenir furieux, forcené, perdre la raison, de for, hors, dehors, et de sens. Ce mot a été employé par P. Corneille :

Je forcené de voir que sur votre retour

Ce traître assure ainsi ma perte et son amour.

(La Veuve > comédie, act. V, se. 9) ;

et , avec plus de bonheur, par Fénélon : « L'autorité du peuple « est une puissance foible et aveugle qui se forcené contre elle- « même, qui ne se rend absolue et ne se met au-dessus des « loix , que pour achever de se détruire. » Voy. M. Pougens (Archéol. franc., t. 1, p. 207 et 208). Ce savant parolt n'avoir pas connu le beau passage de Fénélon que je viens de citer.

Fors, hors, hormis, excepté, si ce n'est. Le fameux mot de François l. er : Tout est perdu , fors l* honneur, sera cause que de long-temps on n'oubliera le sens de cet adverbe. Tout le monde

DE LOUISE ITABÊ. a8i

sait que François i. cr , après la bataille de Pavie, envoya à la duchesse d' Angoulême sa mère , régente , une lettre qui ne contenoit que ces paroles si éminemment françoises. La princesse étoit alors à Lyon, dans le cloître de St-Just. (Voy. Colonia, Hist. littér. de Lyon, t. il, p. 5o6.)

Forsaire, forçat. s

Fort, fortement.

Forviere, Fourrière. On trouve tantôt Foruiere, tantôt Fouruiere , dans Louise Labé* et dans les auteurs de son temps. C'est' une corruption de For vieil, Forum vêtus, Voy. notes 195 et 249.

Franchise, liberté. Oter la franchise a enlever la liberté. — Droit d'asyle, asyle. Polluer la franchise , yioler un asylc, un lieu de franchise.

Fresghe, fraîche, féminin de frais.

Freschement, fraîchement.

Froisser. Un des poètes qui ont écrit à la louange de Louise Labé, donne à ce mot plus d'énergie que nous ne lui en donnons maintenant , puisqu'il dit :

Froisser tout le labourage, page i35.

Froisser a été créé par onomatopée , à moins qu'il ne soit dérivé defressus ou fresus, participe passé du verbe latinfrendeo. Il est très ancien dans la langue. Il paroi t que c'est récemment que sa signification primitive s'est un peu aflbiblie. Ou lit dans le traité de la Critique, par l'abbé de St-Réal (tom. IV de ses Œuvres, pag. a35) : « Je ne crois pas non plus que la faute m que font les Lyonnois en disant froisser } pour chiffonner un u rabat , mérite qu'on y prenne garde. »

FyiR. Louise Labé fait ce mot de deux syllabes :

Ou sont fuiz tes coursiers furieus, page 75, c'est-à-dire, où se sont enfuis tes coursiers, etc.

Pouuotr fuir par ce moyen ma flame , page 8a.

Cependant Sibilet (Art poétique franc. , chap. Vm) Y oui oit que

a8a GLOSSAIRE

dans ce mot ui fût une diphtonge (diphtongue). Malherbe a fait comme Louise Labé :

Ou fuir ou mourir.

Mais les grands poètes modernes , nos maîtres actuels , ne comptent dans fuir qu'une syllabe:

Et mec derniers regards ont vu fuir les Romains.

(Racine, Mithridate, act. Y, se. 5.)

Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avoit fui.

C BOILEA.U , Epit. vi. )

GAIGNER, gagner. La place qui parlemente , est demi gaignee, pages 60 et 61. Gomme on le voit, ce proverbe est ancien. ( Voy. l'abbé Tuet, dans son curieux ouvrage des Matinées Sénonoises, pag. 277.) L't que nous ayons retranché de gaigner est resté dans gain, qui en est la racine. Dès le temps ou Théodore de Beze publia son traité De Gallicae linguae recta pronuntiatione (i584), on prononçoit gagner; il n'y avoit que les Picards qui continuassent de dire gaigner.

Gaillarde , s. f, f terme de musique et de danse. Espèce de danse ancienne qu'on dansoit tantôt à terre, et tantôt en cabriolant, tantôt allant le long de la salle, et tantôt à travers. Onl'appeloit aussi Romanesque, à cause qu'elle venoit de Rome. Thoinot Arbeau, dans son Orchésographie (Langres, i5<)6, in-4»°)> dit que c'étoit une danse composée de cinq pas et de cinq assiettes de pieds que faisoient les danseurs l'un devant l'autre, avec plusieurs passages dont il donne la tablature, qui est de six minimes blanches et de deux mesures ternaires. (Dictionnaire de Trévoux, art. Gaillarde.) Voy. PAVANE.

Garce, jeune fille. Du temps de Louise Labé, ce mot (anagramme de grâce) ne signifioit pas une femme de mauvaise vie > et n'ayoit rien de déshonnéte. Quantum mutatus ah illo !

DE LOUISE LABÉ. a83

GARGOVILL ANT , murmurant. Le gargouillant ruisselet, page 116, le petit ruisseau murmurant. Gargouiller est actuellement un des mots les plus ignobles de la langue.

Garniment, garnement. Ce mot ne s'emploie que précédé du mot mauvais. Du temps de Ménage (voy. ses Observ. sur la langue franc., chap. CCCLlll), on disoit encore garniment dans les provinces.

GARSONNEAV, diminutif de garçon, qui lui-même est un diminutif dé gars } petit garçon. On a dit aussi garsonnet ou garçonnet. (Voy. M. Pougens, Archéol. franc., tom. 1, pag. 224O

Génial, ale, agréable, joyeux, divertissant, fait pour le plaisir, du latin genialis , dont la racine est Genius, divinité tutélaire , génie qui pré si doit à la naissance. Chacun avoit le sien qu'il fétoit le jour anniversaire de sa naissance. Ce jourlà on recevoitdes cadeaux, et on rcgaloit ses amis. On lit dans Perse (Sat. V, y. i5i): Indulge Genio , donnez -vous du bon temps, divertissez -vous. Voy. note 102. M. Pougens a trouvé génial digne d'être réintégré dans le langage moderne, et l'a employé dans cette phrase de ses Contes du vieil hermite de la vallée de Vauxbuin, Paris, 1821, 3 vol. in -12, tom. 11, pag. 110, lign. i3: « Que d'esprit! que d'idées pures et génia- « les! s'écria Alfred. »

Génie, le dieu Genius. Voy. le mot précédent.

GennÉ, tourmenté, mis à la gène, à la torture. On disoit primitivement géhenne, du mot gehenna, la gêne , l'enfer, employé dans la Bible, et venu de Gehennon (vallée d'Enna), vallée près de Jérusalem, où l'on avoit brûlé des victimes humaines, et qui devint ensuite une voirie. (Voy. Pasquier, Recherch. de la France, liv. YIH, chap. 3i.)

Gent, te, aimable, agréable, joli, mignon, gentil. Les poètes marotiques en font souvent usag -.

Gentile, féminin de gentil, gentille. Le mot gentil, employé dans le sens de laborieux, actif, diligent, est un lugdunisme. ,

Gehtïlesse , gentillesse.

Gebjou, Gérjon, géant fabulera. Voy. note 100. Gettteb, ietter, iecter, jeter. — Calculer, compter, d'où le mot gecton, iecton, jeton. «lies anciens se serroient pour compter de petites pierres qu'on appeloit jsalculi (de là nos mots calcul , calculer) ; elles forent remplacées à Rome par des jetons d'ivoire. Le mot jeton vient, à ce que dit Ménage, du mot jactus, action de les jeter, ce qui avoit lieu en faisant les comptes *. Saumaise les appelle jactones. — Sous Louis xn, les jetons serroient encore à compter, ce que prouve un jeton de Louis xn, dont la devise est : Qui bien iettera, son conte trouuera. —Les rois, les princes, les seigneurs, les différentes corporations firent frapper des jetons pour cet usage; mais l'art de compter s'étant perfectionné, les jetons n'ont plus servi qu'à payer honorablement le droit de présence dans les réunions de diverses sociétés. Les académies ont eu aussi leurs jetons, et les tables de jeu ont réuni tous ces jetons de différentes dénominations. » Cette note est extraite du journal de Dijon et de la Côte-d'Or (n.* du a3 octobre 1822), journal rédigé avec soin , dans lequel M. C. N. Amanton insère de temps en temps d'excellentes recherches philologiques et biographiques, sous le titre de Lettres bourguigonnes.

Gettevbs DE POINTS, faiseurs de calculs magiques et astrologiques.

GlâSSER, glisser; se glasser, se glisser.

Mercure auentnreus

De ciel en ciel, de lieu en lieu se glasse.

(Sonnet XXix.)

« Tout ainsi que Sannazar Italien en son Arcadîe, fait parler

* a Jet , suivant le Dictionnaire de l'Académie , se dit du calcul qui se fait « par les jetons (Calculer au jet...)

« Jeter» calculer avec des jetons. (Jetés ces sommes-là.... Je les ai je— dt tees , et j'ai trouvé qu'elles montent à... Apprendre à jeter» > o

(Note de M. C. N Ama.wto*.>

DE LOUISE LABÉ. a85

* des pasteurs en prose, dedans laquelle il a glassè tonte sa « Poésie Toscane : Aussi a fait le semblable nostre Belleau dans « sa Bergerie. » (Pasquier, Recherch. de la France, 1. vu, c. 6.) Glasser, dans ce sens, vient de glace, parce qu'on glisse sur la glace, ou bien ce verbe, de même que celui de glisser, qui le remplace aujourd'hui, n'est qu'une simple onomatopée.

Gnidien, Gnidien, de Cnide. Voy. note 86.

Gradiye, Gradiyus, surnom de Mars. Voy. note a48.

Grasselet, diminutif de gras, grasset, un peu gras.

Grief, grave, sévère, rigoureux, du latin gravis,

Gverroyevr, guerrier.

GviDE, s. /. , ce qui sert à guider, à conduire, bride, gouvernement. Selon quelques étymologistes, guider viendroit du latin videre, voir.

..... Print la guide

Du Royaume trionfant, page i34>

c'est-à-dire , prit le gouvernement du royaume , etc.

II. existe un ancien ouvrage ascétique, intitulé, la Guide des pécheurs,

La Guide des péchturs est encore un bon livre.

(MoLikRE.)

GVOTDER, exhausser. On trouve re guindé r dans La Fontaine:

U deacend> et son poids emportant l'autre part, JUfuinde en haut maître Renard.

CLiv.xi,£abl. 60

Ha (il), il a. Quelques auteurs du temps de Louise Labé, et Louise Labé elle-même, écrivoient ainsi la troisième personne du présent de l'indicatif du verbe avoir, pour la distinguer de l'article à. Long tems ha, il y a long-temps.

Haim, hameçon, du latin hamus.

Halecver. Voy. Alener.

a86 GLOSSAIRE

HABQVEBVSADE , arquebusade , coup d'arquebuse , blessure faite par une arquebuse , combat à l'arquebuse.

Havt tonnant (le Diev), Jupiter, surnommé par les poètes latins Altitonans.

HAVTEisr, haut, e'levé.

Des Dieus hauteins tons puiasans, page i35.

Hautain ne se dit plus maintenant que pour exprimer une hauteur, une fierté insolente.

Havtesse, hauteur, fierté, grandeur. Il n'est plus usité que comme un titre d'honneur qu'on donne à l'empereur turc.

He, hélas. He moy misérable! hélas! malheureux que je suis.

Hebenin, d'ébène, de couleur d'ébène.

Hebriev, hébreu.

Heuconien , du mont He'licon. UHeliconien sommet , le sommet de l'Hélicon. M. de Gérando, de Lyon (Hist. comparée des systèmes de philosophie, 1822, 4 vol. in-8.°, tom. r, pag. 221, lign. i4), a pris cette montagne pour un fleuve: «C'est, dit-il, « des montagnes de la Thessalie que les arts descendirent dans « la Grèce. Là étoit le vallon de Tempe ; là couloit VHéli- « con, etc. : » ce qui rappelle la bévue du poète moderne qui a parlé des sentiers du Permesse, et ce qui n'empêche pas que le livre de M. de Gérando ne soit un ouvrage du plus haut mérite.

Herme, Hermès, Mercure.

Hersoir, hier au soir. Ronsard a dit dans le même sens harsoir (Amours, liv. n, chanson qui suit le Sonnet lxji) ,'et Cl. Marot, arsoir (Élégie Xlf).

HEVR, bonheur, félicité, du latin hora, d'où sont venus heureux, bonheur, malheur, malheureux , bienheureux, «Heur se*' « placoit où bonheur ne sauroit rentrer; il a fait heureux qui « est si françois, et il a cessé de l'être: si quelques poètes s'en « sont servis, c'est moins par choix que par la contrainte de la « mesure. » (La Bruyère, Caractères, chap. xrv, De quelques usages.) Du temps de Louise Labé, on é cri voit bon heur en deux

mots, et au pluriel bons heurs: mile bons heurs , page 60. Nous nous servons encore du mot heur dans ce vieux proverbe : « H « n'y a qu'heur et malheur en ce monde. »

Hevre (en pev d'), en peu de temps. Pibrac s'est servi de cette expression dans un quatrain que nous avons cité, note 95.

Hiacinte , Hyacinthe. Souvent , dans le recueil de Louise Labé, les mots dérivés du grec qui ont un y, sont écrits par un i: c'est ainsi qu'on y trouve cigne, Ciprien, martire, mirte, Satire, Zopire , etc. (Voy. Introduction, page a44)« C'est au ~ jourd'hui une faute , de même que d'écrire par un y les mots qui en grec s' écri voient par un i. On y tombe le plus communément dans les mots qui commencent par hip ou hyp, M. Boissonade donne sur ce point la règle suivante à ceux qui ne savent pas le grec : employez un i toutes les fois que Vi est suivi de deux/7, et un y, quand il n'y a qu'un p; dès-lors écrivez Hippolyte , et non Hyppolyte ; hippodrome , Hippocrate , Hipparque , Hippias , etc.; et hypothèse, hyperbole, hypothénuse , hypothèque, hypocrite, hypocondre , etc. Pour revenir au mot Hyacinthe, «Du Bellay, dans sa description de la Corne d'à- « bondance , a dit Hyacinth ; mais c'a este par une licence poë- « tique, qui ne nous seroit pas aujourd'hui permise. «(MÉNAGE, Observ. sur la langue franc. , chap. CLV. )

Hostie, victime. Ce mot, qui a conservé long -temps son ancienne acception que les poètes doivent regretter, ne signifie plus aujourd'hui que la victime par excellence, le pain consacré dans le saint sacrifice de la messe.

Hibernal, allé, d'hiver. M. Guéroult (Morceaux extr. de Pline) a rajeuni le vieux mot estival (d'été) , qui se trouve dans nos anciens auteurs, et par exemple dans la Porcie de Robert Oarnier (i58a). Automnal , qui est dans nos dictionnaires, est pareillement ancien. Estienne Pasquier s'en est servi en i583, Ht. Vin , lett. 3 , où il compare ses productions aux fleurs automnales fennèes (fanées).

a8g GLOSSAIRE #

Là , ià desià, déjà.

Iambette, croc en jambe.

IAN , Jean. Jo» de Tournes. On écrivoit plus anciennement lehan, comme en latin on a souvent écrit Iohannes pour Ioannes.

ICELLE, féminin d*iceluy t elle, la. Icevx, eux, ils.

IEVNESSES, ouvrages de jeunesse/ ce qu'on appelle en latin juvenilia. — Actes de jeunesse, actions qui conviennent à la jeunesse. « Pourquoi a-t-on perdu le pluriel de jeunesse , qui * exprimoit si bien d'un seul mot les illusions, les erreurs, les « folies de ce bel âge? » (Màrmontel, Élém. de littér., art. Usage.)

Image, s. m., image, s. f.

Contemploit encor l'image

Qui trop et trop lui fut beau , page 140.

Ailleurs on trouve image au féminin. Ce mot avoit quelques dériyés auxquels il a survécu : Imager, peindre ; imageur, peintre; imagerie, peinture.

Immveb, changer, du latin immutare.

Immvnde, immonde.

Impviss AWTER , rendre impuissant.

Indwacion, indignation. Indipœ, indigne. Voy. Dîne.

Individv, ve, qui ne peut se diviser.

Iivflamer, enflammer.

Ibtflvxion, influence, du latin influxio, racine influo, je coule dans.

Inflvz, influences.

Intebrogver, interroger. Voltaire (l'Ingénu, chap. i) a dit interrogant pour interrogeant , qui a la manie à? interroger; Vin." terrogant bailli. On appelle aussi point interrogant (mais plus souvent point interrogatif ou d' interrogation), le point grammatical qui sert à marquer l'interrogation.

lorjrGNANT, joignant, partie, près, du verbe joindre. le loin, j

ie ioingnoy. Les conjugaisons étoient en général plus régulières ,

qu'elles ne le sont aujourd'hui. Voy. Creindre , PleindrE , etc. *

Ire, colère. « Barbazan et La Monnoye s'étonnent beaucoup *

« de ce qu'on a banni le mot ire de notre langue, pour y sub- l

« stituer celui de colère , qui à peine y est analogue; choiera }

« signifie bile, débordement de bile , colique bilieuse; quel rap- « port a-t-il arec ire 9 mouvement yiolent de l'esprit, passion « violente? » ( J. B. B. Roquefort, Glossaire de la langue romane, v.° Ire.) Le même auteur reconnoit ailleurs que le mot ire, que Malherbe s'est efforcé de conserver à notre langue, est lui-même trop court et trop faible pour exprimer ce mouvement énergique de l'âme, qui se livre à une indignation voisine de la fureur.

Ire, ee, irrité, en colère, iratus. On disoit aussi ireux, sujet à s'emporter, furieux.

Issaivt , sortant, du vieux verbe issir, dont nous avons conservé le participe passé issu.

ITÉRÉ, répété, réitéré.

Ivrongnerie, ivrognerie.

lys, à bas, à terre, du latin j'usum.

Tu rueras vus les armes» page i5o,

c'est-à-dire, tu mettras bas les armes, tu les jeteras par terre. IWENiL, île, de jeunesse, qui appartient à la jeunesse.

Laberynter (se), s'égarer, se perdre dans un labyrinthe. On trouve dans le Grand dictionnaire des précieuses , de Somaize, Délabyrinther des cheveux, pour démêler des cheveux.

LAIDERON, s, m. Quelque petit laideron à la bouche torse, page 16. Ce mot est actuellement féminin, en dépit de sa terminaison : d'où vient qu'il n'est plus masculin , lorsque nous avons conservé ce genre au mot tendron , qui ne s'applique aussi qu'à

une femme? Du reste, il e'toit déjà féminin peu de temps après Louise Labé : « La bonne laideron ressemble à la poulie de qui « la plume est mesprisec, et la cbair estimée; mais la belle « femme ressemble à l'hermine, de qui on estime tant la peau, « et le corps n'en vaut rien,» (Printemps d'Yver, 1672, fol. 94 verso. )

Lairroit, laisseroit.

Lamenter, v. «c/., déplorer.

De lamenter ma peine et ma «outrance, page 75.

LAMPEGER, briller, du grec lampo, auquel nous devons lampe et lampion,

Lasseté, lassitude.

Le DE, Léda. Lede fille de Theste , page 146, Léda, fille de Thestius. Thestius (ou Thespius) étoit aussi le nom du père des cinquante filles qu'Hercule en une seule nuit changea en femmes (ce fut, selon quelques auteurs, le treizième de ses travaux).

LEVER, enlever, arracher. Lui l eue les y eus de la teste , page 28, lui arrache les yeux de la tête , lui tire les yeux.

LEZARD, qui blesse, du latin lœdo 4 lœsum. Ta langue lézarde.

Satyriques trop enuieux, Escriuaius de plume lézarde, etc.

( CL Mahot, Epit. xix. )

Lézard (animal) vient-il de ce mot ou de lacer ta! Jean Marot, père de Clément, a dit :

Faux détracteurs 4 langues de lexart, Qui de mesdire sçavea trop bien les ars...

Line, Linus.

Lion, Lyon, la ville de Lyon. On lit' ce qui suit dans les Observ. de Ménage sur la langue franc, (chap. cccxi) : «Lion, « dans la signification de Lugdunum , se doit écrire avec un y, « comme nos anciens l'ont toujours écrit. Cujas (liv. 27, chap. 33 « de ses Observations) : In arche typo Pandectarum Florentina- « rum scriptum est Lyndonenses libro ultimo de Gensibus.Utnon « abs re majores nostri scripserint Lyon et Lyonnois. » Il est vrai

qu'on a toujours écrit Lyon avec un y , et que ce n'est que par uue innovation des réformateurs de l'orthographe, que, du temps de Louise Labé, on remplaça dans ce nom Y y par un 1; mais c'est mal à propos que Cujas s'est appuyé sur 4a leçon Lyndonenses qu'il avoit trouvée dans le manuscrit des Pandectes de Florence : cette leçon est évidemment une faute de copiste , et on doit lire à l'endroit cité (c'est-à-dire, lib. L, tit. XV, leg. 8, $i), Lugdunenses , comme portent toutes les éditions. La véritable étymologie de Lyon est inconnue, ou du moins très incertaine. Les savants , qui veulent y voir une contraction du nom latin Lugdunum (Lutin), ne sont pas d'accord entre eux sur le sens de ce nom lui-même, tiré, à ce qu'il paroît, de la langue celtique. M. Cochard (Description historique de Lyon, 1817, in-ia, pag. a et 3) indique rapidement plusieurs des nombreuses conjectures qui ont été faites sur ce sujet ; mais il ne pense pas, que le mot francois Lyon dérive du latin Lugdunum, « On croit généralement, dit-il, que ce changement s'est moins « opéré par l'effet de la corruption des langues, qu'à cause du « lion que cette ville a constamment porté dans ses monnoies, « dans ses enseignes, et qu'elle adopta enfin, au temps des m Croisades, dans se* armoiries, comme une marque de sa re- « connoissance envers Marc -Antoine qui l'avoit comblée de m bienfaits , et dont le lion étoit le symbole. Colouia assure « que cette ville s'appeloit déjà Léona, au XII.* siècle. C'est « sans doute de ce nom que les Vaudois on Pauvres de Lyon « retinrent celui de Léonistes qu'ils ont porté. »

Lon (Isans apostrophe après 17), l'on, on. Et lui ha Ion oti le pouuoir et moyen de guérir, page a8,*et on lui a oté le pouvoir, etc. M. de Maistre (Soirées de St-Pétersbourg, tom. I, pag. ia4 et 191 ) dérive on de un, unus ; mais l'opinion la plus généralement reçue et la plus vraisemblable est celle qui le fait venir du vieux mot hom, homme, Homo,

Lovp - garov. Il est employé au figuré par Louise Labé, page 34. La phrase qui le précède, explique le sens dans lequel

ags GLOSSAIRE

il est pris. « On dispute sur l'origine du mot loup-garou. On l'a « tiré de lupus varias (loup bigarré, marqueté); de varosus « (yarare, fugere , d'où nous ayons fait gare, garouage, égaré, « evaratus)^ de l'oriental haraboth (noctivagus) ; du celtique « gur ou ur (vir). Il est fort aisé de voir que cette dernière « interprétation, fondée sur le préjugé du petit peuple, que les « méchants sorciers se transforment en loups, pour dévorer les m passants, est la véritable, et que le mot signifie loup-homme. « Il n'y a qu'à comparer la langue grecque, en laquelle loupât garou se dit lucanthropos (lupus homo) , ou l'allemande en la « quelle il se dit vrerwolf (vir lupus). La crédulité, à cet égard, « que Pline, dès son temps, appeloit fabulosa tôt sœculis, est « très ancienne chez les peuples Scythes, Celtes, Grecs, etc. m Wachter rapporte là-dessus des choses fort curieuses. » Le président de Brosses (Traité de la formation des langues, édit de l'an IX, tom. n, pag. 44* -3). Voy. aussi l'abbé Tuet (Matinées Sénonoises, pag. aoi).

Loz, los, éloge, louange, du latin laus.

Tous renonçoient au los des belles actions.

(La Fontaine, tir. su, fabl. i.)

Et s 'avec los de bon poCtiqueur, Aussi l'aves de bon hannoniqueur.

( J. B. Rousseau , Épitre à M. le comte D.+ C* )

LyCVLLE, Luculïus*

LviTTEVR, luicteur , lutteur. Luicte, lutte, lutte, du latin lucta. N'est-ce point de ce mot que viendroit celui de lutin, esprit follet, qui tourmente les hommes et lutte , pour ainsi dire, avec eux? On disoit anciennement luiton et luicton.Yoj. Rabelais, passim, et La Fontaine (la Chose impossible, conte). Cette opinion ne seroit pas conforme à celle du savant évéque d'Avranches , Huet , suivant lequel luiton se seroit formé par corruption de nuiton, parce que ceux qui croient aux lutins les font apparaître ordinairement la nuit.

Madrigaux, madrigal.

Maint, te. Voy. Meint.

Malhevre (a la), malheuresement, par malheur, dental» hora.

Malplaisant, déplaisant, désagréable.

MALVEVILLANT , malueuillant , malveillant, ennemi.

MABBB1N, de marbre.

MARTEL , marteau. Donner martel en teste, page 65, expression proverbiale que nous avons conservée, et qui signifie, donner de l'inquiétude, du souci, de la jalousie.

Mastis , sorte de fleurs. Voy. note a33.

Mavgré, malgré. Ce mot « s'est conservé dans maugrébieù, « jurement que le timoré Pellisson. déguise eu magrebi dans. « l'impromptu qu'il rapporte- fait par Blot contre Voiture. On « dft encore maugréer, pour jurer, blasphémer. » ( La MONNOYE , Glossaire bourguignon , v.° Maugrai. )

Meillevr. Tu n'auras du meilleur, page 8, tu seras mal traité, tu auras lieu de te repentir, tu ne triompheras pas. «Amour, « après maintes reprises, sonna la retraite, sans sçauoir qui « auoit du meilleur, et donnant à chascun sa moitié du triom- « phe. » (Printemps d'Yver, 167a, fol, 266 et 267. )

Meint, te, adject. collectif, maint, te-, plusieurs. On s'en sert dans le langage familier et dans la poésie fugitive. « Maint « est un. mot qu'on ne de voit jamais abandonner, et par la far « cilité qu'il y avoit de 1p couler dans le style, et par son ori- « gine qui est françoise. » (La BRUYÈRE, Caract. , chap. XIV, m D* quelques usages.) « Ménage fait venir maint de bien loin, « de multùm. Je ne lui sais actuellement point d'autre origine.» (Barbazan, Glossaire, page aaS.)

M'engor, moi encore. Baise m' e ne or (sonnet XVIU), baiser moi encore.

Menestrier, ménétrier, joueur d'instrument. » Quelques.

a9 4 GLOSSAIRE

m étymologistes dérivent le mot menestrier de mnèstères, parce . m qu'ils alloient aux noces; mais le mot grec mnéstér signifie « celui qui recherche une fille en mariage, et non pas celui qui m joue à sa noce. Bourdelot donne une autre étymologie ; il u prétend, que ce mot vient d'un célèbre pantomime, appelé m Mnester. Charles Bouvelle dit que ce mot a été composé de « mimut et A*hist>io. L'opinion la plus accréditée et la plus rem cevable (c'est celle de Ménage) est que ce mot vient de mite nisterialis, artisan, de ministerium, métier. On trouve souvent « dans les anciens écrits menestrier pour artisan; ce mot a été « ensuite appliqué exclusivement aux artisans en musique, aux « joueurs de flûte et' de violon ; menestrier fut composé de mim nisteriarius , et ménestrel de ministerialis ; les Anglois disent m minstre. Il n'est pas étonnant que le mot qui signifient un « artisan ait été appliqué aux joueurs d'instruments ; les Grecs « les appelaient de même technitas, et les latins artifices: qualis m artifex pejreo , dit Néron en mourant, c'est-à-dire, quelle « mort pour un si grand musicien ! » ( A. L. Millin. )

Merci, *./., miséricorde, pitié, grâce, discrétion. Il semblerait... que chacun tienne sa vie de ta merci, page 10, c'est-àdire, de ta gràee, de ta compassion.

Mesmement, vessies, adv. y même.

Mien, MIENNE. Cestuy mien estreme besoin, cet extrême besoin que j'ai. La naissance sienne , sa naissance. « De ces mots m moy, toy, soy, nos anciens firent uns moyen, toyen, soyen , « moye, toye et soye (comme nous voyons dans le Roman de « la Rose et autres vieux livres), que nous avons depuis eschan- « gez en mien, tien, sien, mienne, tienne, sienne. Ne nous es- « tant resté de cette antiquité que le mot de moitoyen que nous m approprions aux mœurs ( lisez : au mur ) , comme si nous « voulions dire qu'il fust mien et tien. » (Œuvres d'Estienne Pasquier, Amsterdam, 1723, in-fol., tom. u, pag. 59, Lettre à Ramus. ) Montre, pompe, représentation théâtrale.

DE LOUISE LABÉ. ao.5

MORESQVE , danse à la manière des Maures , avec des castagnettes, ou des tambours de basque.

Moyen (tenir), modérer, se modérer, tenir un milieu. Voy. Pratiqver le moyen.

Moyennement, médiocrement, d'une façon moyenne.

Moyenner desplàisir, faire de la peine, affliger.

Mver, v. a, f changer. Ce verbe est encore dans nos dictionnaires; mais il n'y est que comme verbe neutre, et avec des significations moins générales.

Mvliebre, de femme, qui appartient aux femmes, du latin muliebris.

Navrer, blesser, faire une plaie. Ce mot ne s'emploie plus qu'au figuré : Un cœur navré , navré de douleur.

Ne, ni. JYe plus ne moins, ni plus ni moins. J)T embrasser, ni embrasser.

Nécessitante , fém. de nécessitant, qui nécessite.

Nevf, newe, nouveau.

Le croissant neuue acroissance

De iour en iour reprendra, page i3&

Ninfe , nymphe. Voy. Introduction, pages *44 et a 45» Noise, querelle, dispute.

Onq me mis noise ou discord entre amis.

(Élégie ni.)

Parmi de certains coqs incivils, peu galants , Toujours en noise et turbulents.

(La Fontaiite, liv. x, &bL 8.)

Les si, les car, les contrats sont la porte Par où la noise entra dans l'univers.

( Le même , Belphégor , conte. )

On s'en sert encore aujourd'hui dans le style familier. NoNGHAiixANCE, négligence.

NonchALOIR, avoir peu de soin d'une chose, la négliger, ne la croire pas importante , la mépriser.

Aina lea ont à nonchaloir, page i45 >

c'est-à-dire, mais les négligent, en font peu de cas. « Il n'y a « point de plus certain signe d'un atheiste, que de mettre à « nonchaloir, ou commettre quelque faute à l' encontre de son « père ou de sa mère. » (Amtot, trad. de Plutarque, traité de l'Amitié fraternelle. ) « Encore que le style de Ronsard soit n beaucoup plus relevé que celui de Marot, si trouvera il (le « lecteur ) subiect , louant l'un , de ne mettre en nonchaloir « l'autre. » (PàsQUIEB , Recherch. de la France , 1. vm , c. 7 , ad fin.) Le participe présent de ce verbe, nonchalant , nous est resté, et nous en avons fait un adjectif qui signifie paresseux, négligent. Voltaire regrette quelque part que , d'une infinité de mots composés que nous possédons encore, les simples ne subsistent plus. « Ce sont , dit-il , des enfans qui ont perdu leurs « pères. Nous avons des nonchalands (paresseux), et nous n'a- « vons point de chalands autres que ceux qui achètent. »

Nowel ( de ) , de nouveau. La plupart des mots terminés actuellement en eau l'ont été primitivement en el: c happe t f chastel f mantel, martel , damoisel, bel, etc. De là vient la terminaison elle au féminin des adjectifs en eau. On dit encore au barreau titre nouvel.

NOWELET, diminutif de nouveau.

Nvbilevs, evse, nébuleux, couvert de nuages, du latin nubilus.

NviTEE, nuictee, nuit, l'espace d'une nuit,

Nynfe. Voy. Ninfe.

Obombrer, cacher, couvrir 4 e son ombre, du latin obumbrare , racine umbra. Brantôme s'est servi d'adombrer, en parlant d'Elisabeth de France, reine d'Espagne (tom. 1, pag. 193) :

«.Son visage estoit beau, et ses cheueux noirs qui adombroient '« son teint et le rendoient si attirant que j'ay ouy dire en Es- « pagne, que les seigneurs ne la pouuoient regarder de peur « d'en estre espris... »

Occire, tuer, du latin occidere. On employé encore le participe occis dans le style marotique et dans le langage familier.

OmbrEvs, [evse, ombragé, couvert d'ombre. M. Delille a 'cherché à restituer ce mot au langage moderne :

Dana la nuit ténébreuse

Dont un bois vaste entoure une v»114a ombreuse, D'un rameau précieux se cacbe le trésor.

( L'Enéide , trad. en vers.> liv. VI. )

M. Firmin Didot s'en est aussi servi dans sa traduction de la seconde Êglogue de Virgile :

Le berger Corydon, dès l'aube jusqu'au soir, Cberchoit des bois ombreux la vaste solitude.

m Ombreux n'avoit-il pas sa nuance à côté de sombre.' » (Mar- MONTEL, Élém. de littér. , art. Usage.) « Si l'on disoit,

a Respirer la fraîcheur des ombreuses vallées >

« parleroit-on une langue étrangère?» (Le même, ibid.)

Onq, onc , oncques , onques, jamais, du latin unquam. Oraison, discours. Voy. Orer.

Ordonner, arranger, mettre en ordre. -

Et du fier Dieu qui ordonne

Les puissans soudars en rang, page *47-

ORDRE, état. Me trouuerày ie..... en tel ordre! page l3, me trouverai-} e en tel état?

Oren AVANT (d'), dorénavant, adverbe composé d'ore, en et avant. Voy. Introduction, page a47-

Orer , faire un discours , une harangue , du latin orare. Nous avons conservé les substantifs orateur et oraison (même dans le sens de harangue , puisque nous disons les oraisons de Cici-

ron) ; et, ce qui est plus étrange, lé verbe composé pérorer servit aussi à orer , son principal élément. • ORES , ore , or 1 , maintenant. Répété, il signifie tantôt ; ores en guerre , ore* en troues, tantôt en guerre, tantôt en trêve.

Faisant ore on tendron ,

Ore on repli , pois quelque cartilage.

(La FoilTàiHE, le Faiseur d'oreilles, conte.)

Orgvtlleys, evse, orgueilleux.

Otbot, octroy, don, présent, concession. Octroi désigne aujourd'hui une sorte d'impôt mis sur certaines marchandises à l'entrée des villes , et qui appartient à ces villes en vertu d'une concession du prince ou du gouvernement.

Otroteb, octroyer, donner, concéder, accorder. Vousotroiriee , vous donneriez. Voy. Introduction, page a4i.

Oy, tandis que. Ou , quand on sort de ces sages assemblées, la teste fait mal, page 55, c'est-à-dire, tandis que, quand on sort, etc.

OviR, plus anciennement OïR, ouïr, entendre, rois ou Voy, il oit, ilsoyent, Voyoy ou Voyois , Vorray, C'est aujourd'hui un. verbe défectueux : il n'a ni présent, ni imparfait, ni futur. On ne s'en sert qu'au prétérit défini de l'indicatif fouis , tu ouïs, il ouït, à l'imparfait du subjonctif que fouisse, quil ouit, à l'infinitif ouir, et dans les temps composés , on se sert du participe oui, ouie , et de l'auxiliaire avoir, Théophile a dit :

Il ne voit que la nuit, il n'oit que le silence.

( Pyrame et Thisbé , tragédie . )

M. Delille s'est emparé de ce vers dans son poème de l'Imagination, en remplaçant seulement le vieux mot oit; il parle du jeune Robert égaré dans les catacombes de Rome :

Il ne voit que la nuit , n'entend que le silence.

La Fontaine a fait usage de l'impératif oyez :

Il ne faut jamais dire aux gens :

Ecoutes un bon mot, oyez une merveille.

( Liv. IV, fab. 9. )

DE LOUISE LABÈ. *99

A l'exemple de La Fontaine , M. Viennet a dit tout récemment dans son Épître à mes amis sur le premier jour de l'an (i8a4) :

Oyex ce jacobin , fraîchement converti, Qui, pour garder «a place, écrase «on parti.

Ovtrecvtder, oultrecuider, avoir de l'insolence, de la présomption , de la témérité , verbe composé des mots outre et cuider, croire. Si cette outre eu idée ha fait quelque desordre , page 20, c'est-à-dire , si cette téméraire, si cette insolente, etc.

Ovtrer, oultrer, outrager, maltraiter.

Paphe, Paphos.

Par (a). Voy. Aparsoy.

Par, parmi, au milieu de. Par tout, partout. Par ci après, dorénavant, à l'avenir.

PARANGOirNER , égaler, comparer, du grec paragkoni Montai, j'égale, je compare. Parangon, modèle, patron, comparaison.

Paraniœr, perpétuer, rendre éternel, du latin perennis. Ronsard a dit paranniser. On trouve louange perennelle dans la Bibliothèque frahçoise de du Verdier (art. Gabriel Chapuis, ad fin,)

PAREILLE. Receuoir pareille pour pareille , proverbe» Nous disons encore % Rendre la pareille , à l'exemple des latins : Par pari referre. Le chapitre XIX du livre V des Méditations historiques de M. Philippe Camerarius, trad. en françois par S. G. S. (Simon Goulard, Senlisien), Lyon, 1610, in-4. , est intitulé: De la pareille ou peine du talion.

Parmi, au milieu de.

Ell' aembloit parmi l'armée, etc., page i36*,

c'est-à-dire, elle ressembloit, au milieu de l'armée, ete.

PAROLER, parler, du latin parabolari,

Parpigran , Perpignan, ville de France, anciennement capi-

3oo GLOSSAIRE

taie du Roussillon, aujourd'hui chef-lieu du département des Pyrénées orientales. Quelques écrivains espagnols Pont appelée Parpinano. On a supposé qu'elle avoit été fondée par Perpenna, et que ce capitaine lui avoit transmis son nom. Une autre tradition veut qu'elle l'ait reçu d'un nommé Çierre Pigna ( en catalan Père Pinya ) gui en auroit bâti la première maison» M. A. J. Carbonell, auteur d'un poème inédit sur les Pyrénées, homme de lettres distingué, qui m'a communiqué des renseignements extrêmement curieux sur cette ville, au collège de laquelle il exerce les fonctions de professeur,, regarde la dernière des étymologies que je viens d'indiquer, comme celle qui offre le plus de vraisemblance. 4

Passemese, chant à l'italienne , propre à une danse du même nom. La passemese servoit autrefois d'entrée aux basses danses , et consistoit à faire quelques tours par la, salle, et à la traverser par le mijieu ; c'est de là qu'est venu son nom. ( Dictionnaire de Trévoux.)

Passionner, v. act. Passionner une personne, lui inspirer de la passion.

Pav (le), le Pô, fleuve d'Italie. Pau se rapproche davantage de son nom latin, Padus. Louise Labé lui donne l'épithète de cornu y parce qu'arrivé dans l'état de l'église, il s'y divise en deux branches.

Pavane, s. f. Danse grave venue d'Espagne, où les danseur» font. la roue l'un devant l'autre, comme les paons font avec leur queue, d'où lui est venu ce nom... C'étoit autrefois une danse sérieuse que les gentilshommes dansoient avec la cape. et l'épée, les gens de justice avec leurs longues robes, les princes avec leurs grands manteaux, et les dames avec les queues de leurs robes abaissées et traînantes. On l'appeloit le grand bal , parce que c'étoit une danse majestueuse et modeste. Il s'y faisoit plusieurs assiettes de pieds, passades et fleurets, et des * découpements de pieds, pour en modérer la gravité, dont la tablature est décrite dans Thoinot Arbeau . en son Orchéso-

DE LOUISE LABÉ. Soi

graphie. Elle est suivie ordinairement de la gaillarde. Ce mot est commun aux langues italienne , espagnole et françoise. La pavane , en musique , est une pièce grave et sérieuse , qu'on bat ordinairement en deux temps. Elle est du genre des sonates, et comprise dans la seconde espèce de sonates que les Italiens appellent sonate da caméra (Dictionnaire de Trévoux). Quelques auteurs font dériver pavane de padovana, et^prétendent que ce nom lui a été donné parce qu'elle étoit originaire de la ville de Padoue , en Italie. Voy. Gaillarde.

Pegasien, de Pégase, qui appartient à Pégase.

Penser, panser. On pense à un malade , page 36, on panse un malade.

Penthasilee, Penthésilée , reine des Amazones. Voy. note ?i8.

Per, s, m., paire, s, f. Deus ou trois pers, deux ou trois paires.

Perlette, diminutif de perle, petite perle.

PHEBE, Phébus. Phebé, Phébé. '

Phedra, Phèdre. Voy. note 58.

P^gne, peigné, du latin pecten, qu'on traduisoit pigne du temps de Louise Labé. « Le petit peuple de Paris dit pigne ; « et Villon qui étoit parisien , a rimé ce mot avec celui de m ligne ... Ce qui fait voir que c'étoit l'ancienne prononciation « de Paris. Aujourd'hui tous les honnestes gens de la ville et « de la conr prononcent peigne; et c'est comme il faut pro- « noneer.» (Ménage, Observations sur la langue franc., chap. GCXVIH.)

Pitevs, evse, triste, digne de pitié, de compassion. On se servoit aussi du négatif impiteux, dans le sens d'impitoyable*

Plaisant, agréable, qui plaît. Il ne signifioit pas encore, oui excite le rire, l'hilarité; seule acception qu'il ait aujourd'hui. Mal plaisant, désagréable, déplaisant.

PLEINDRE, plaindre. le plein, pleingnant.

PLEINT, s. m., plainte, du latin planctus. On a dit d'abord

3o4 GLOSSAIRE

PRATIQVEB LE MOYEN, faire en sorte, se procurer le moyen. Pree, s. /., pré. « Ce mot estoit autrefois fort en usage. m Marot, dans la i. re églogue de Virgile :

«i Heureux vieillard , désormais en tes prées, a Entre ruisseaux et fontaines sacrées, « A ton plaisir tu te ra frais chiras.

« Ronsard (liy. H, od. 16):

a Comme un taureau par la prée- « Court aprea son amourée.

« Noas le disons encore en Anjou où nous mettons différence m eûtre pré, prée et prairie. Nous appelions un pré, un petit « pré ; une prée, un grand pré ; et une prairie , une grande coin- • mune sans clôture , et le long d'une rivière. Mais on ne dit « plus /ire* e ni à la cour, ni à Paris. Il ne faut doue plus le dire.» (MÉNAGE, Observ. sur la langue franc., c. CCXXViii.)

Preschement, prédication, exhortation.

PRESENT (r»K), à prps«»nt.

PrevdHOMMIE, honnêteté, sagesse, probité, vertu, du latin prudens homo , dont on fit d'abord preudhomme. Sejiant sur la preudhommie de sa femme t page /\o t se fiant à la yertu de sa femme.

Prewe, épreuve.

PRINT, prit, troisième pers. sing. du prétérit du verbe prendre. Prinrent ou prindrent , au pluriel , prirent.

Pbitement, en particulier.

Prochasser, pourchasser , procurer. Ce verbe signifioit encore poursuivre t solliciter, s* efforcer d'obtenir.

Protraitvre. Voy. Povrtrait.

PrOVFIT , profit. Proufiter, profiter. Proufiter en publiq , profiter au public.

Pvcelle, pris adjectivement. La bande pue elle , les Muses, les neuf sœurs. La Fontaine a dit puceau au masculin, dans Joconde :

DE LOUISE LABÉ. 3o5

le la tiens pue elle «ans faute, Et si pue elle qu'il n'est rien De plus puceau que cette belle.

Le chap. 22 du liy. vin des Recherches de la France, d'Estienne Pasquier, porte ce titre : « De ce que par manière de « gausse rie , on appelle puceaux ceux qui au soufle de leur ha- « leine, rallument une chandelle estainte. » C'est à cette plaisanterie, pour le dire en passant, que Scarron fait allusion dans ces yers de son ode burlesque sur Léandre et Héro 1

Trois fois en vain elle souffla Pour rendre vie à sa chandelle; Mais Héro n'étoit plus pucelU :

Il le faut être pour cela.

Qve, ce que. le dirois que c'est, page 19, je dirois ce que c'est. Pour te déclarer qu' il faut faire , page i3, pour te déclarer ce qu'il faut faire.

QVEL, lequel. Et toy, quel des Dieus choisiras tuf page 21.

Qvelcvw , VNE , quelqu'un , une. Quelcuns , quelques-uns.

Qvell' , quelle. QuelV amour, page 25. L'apostrophe marque assez inutilement l'élision de l'e muet, qui s'opère d'elle-même. Voy. Ell\

Qvenoille, quenouille.

QvESTION , cause , procès. Cette question est entre deus amis, page 61. On donnoit le même sens au mot latin quœstio, dans le temps que les procédures se rédigeoient en latin. « On écri- « voit sur le sac, est hic quœstio inter 2V. et If.; et souvent, « au lieu d'écrire quœstio tout au long, on mettoit seulement « quœst.: ce qui faisoit, est hic quœst.; d'où les praticiens ont « fait par corruption étiquette, » (Voy. l'Encyclop. , art. Étiquette, ou les Matinées Sénonoisas, pag. 386, n.° 364* )

Qviconqye sois, qui que tu sois.

3o6 GLOSSAIRE -

QviTTER. Celui qui quitta son espouse h son ami, page 34 , celui qui abandonna, qui laissa son épouse à son ami.

QVOY, YE, tranquille, en repos, du. latin quietus.Voy. COY.

Rafreschjr, refreschir, rafraîchir.

Rafreschïssement, refreschissemetït, rafraîchissement.

Rais, rayons. Marmontel (Éléments de littér., art. Usage) regrette ce mot, auquel il trouve une nuance propre qui le distingue de rayons. « Si Ton disoit, remarque-t-il au même en-

« droit,

« De ses rais argentés Diane se couronne, -

« parleroit-on une langue étrangère ! »

RAMELET, diminutif de rameau, petit rameau.

RAMENTEVOIR, faire ressouvenir, rappeler à la mémoire; se ramenteuoir, se ressouvenir, du latin rursus vocare ou revocare ad mentent.

Iamais ne te vacilles vanter D'auancement qu'Amours te face :

Amours de son papier efface Ceulz qui de leurs dames se vantent, Ramenteuans l'heure et la place , Quand, comment, et ou ils les hantent.

( Le Champion des Dames , par Maetik Franc , f. »38.)

On a dit aussi remémorer et se remémorer, vieux mot que Voltaire a employé dans son conte intitulé, Ce qui plaît aux Dames: Berthe au conseil alors remémora.

RARITÉ, rareté.

Rebovcher, émousser, s'émousser.

Recentement, récemment.

Recepte, recette.

Recveil, accueil. Le recueil que trouuera un fol, page 57,

l'accueil que Ton fera à un fou.

DE LOUISE LABÊ. 007

Redvibe en mémoire, rappeler à la mémoire, se ressouvenir. Refreschir, refreschissemeut. Vdy. Rafreschjr, ra-

FRESCHISSEMENT.

Regaigner, regagner.

Regard, égard.

Remirer, itératif de mirer, regarder de nouveau avec admi- •

ration. <

Remvneracfon, récompense, action de récompenser. Nous avons conservé le mot rémunérateur, qui a également pour racine le latin munus. ,

Renoweav, printemps, parce qu'au printemps la nature se renouuelle. On l'appeloit aussi primevère , du latin primut et

ver, nom qui est resté à une fleur qui fleurit au commencement •

de cette saison. « Guillaume de Lorry présuppose que ce fut en I

« la primevère , saison expressément dédiée à cest exercice. » (Pasqyier, Recherch. de la France, liv. Vil, chap. 3.) Toutefois le mot printemps dont nous usons actuellement, et qui est • dérivé de primum tempus , premier temps, première saison de l'année, est déjà ancien. Dès 1572, Jacques Y ver, jouant sur son propre nom, suivant le goût d'alors, publia un recueil de nouvelles, sous ce titre : Le Printemps d'Yver; et, 5a ans auparavant (en i5ao), Pierre Sergent, imprimeur de Paris, avoit publié un volume in-16, intitulé: Le livre de Sagesse, dont le prologue , qui est en rime , commence ainsi :

Ce fut d'auril le dix septième jour,

En ce printemps que la rose entre en flonr,

Gaye saison, que tout se renouuelle y

Le pré verdoyé, et toute fleur est belle ,

Lliyuer se passe, et la morte saison,

Et les oiseaux commencent leur chanson...

Du Verdier (Biblioth. franc. , lett. S. , éd. de Juvignr, tom. m, pag. 5 12).

Répétasse, rapetassé, raccommodé grossièrement avec des pièces mal cousues, suivant quelques étymologistes, du grec

3o8 GLOSSAIRE

raptein, coudre.' Rapetassé est un terme bas et ignoble qu'on est étonné de rencontrer dans la satire X de Boileau :

Ses soulier* grimaçant vingt fois rapetassés.

J. B. Rousseau l'a employé an figuré dans son Épître à Clément Marot :

Contre tons ceux qui sont assez sensés Pour mépriser leurs vers rapetassé*.

RESCOVS , partie, passé de rescourre , recouvré , délivré , dégagé, du latin recuperatus. Il signifioit aussi exempté:

Par vous » par votre 10801101169 Suis ie mis en la confirairie Saint Arnoul, le Seigneur des conx, Dont nul ne peut estre rescoux.

(Le Roman do la Rose.)

On a dit depuis recourre et recous. Voy. Ménage (Observ. sur la langue franc. , chap. ccxxii).

Resentir (se), se ressentir, sentir de nouveau.

RESPECT, rapport, relation, du latin respectus. Pour ce respect, sous ce rapport. BPauoir point respect aus noms, page 71, n'avoir aucun égard aux noms.

Retendre , tendre de nouveau.

Ton dous lut tu retendras, page i5r,

c'est-à-dire , tu tendras de nouveau les cordes de ton luth. Le vers est duriuscule.

REVOQVER, redemander, aller chercher. Comme iadis Orphée, reuoquer leurs amours perdues , page 6&.

Riens, rien, du latin rem, accusatif de res, chose. Voy. Pasquier (Recherches de la France, liv. Vin, c. 53, intitulé : De cette diction, Riens). Riens avoit le même sens que chose, et étoit primitivement féminin.

Sur toutes riens "gardes ees poinets t A donner ayes clos les poings, Et à prendre les mains ouuertes.

( Le Roman de la Rose. )

DE LOUISE LABÉ. 3og

ROBBER, dérober. Robber Vautruy, page 3i, dérober le bien d'autrui.

Robbon , petite robe.

RoMMAnf, Romain.

Romme, Rome. Romme est plus conforme à la prononciation que Rome: car le nom de cette ville, tel que nous le prononçons, rime parfaitement avec homme , et ne rime point du tout avec tome , par exemple. Il est cependant quelques mots, où orne simple se prononce omme.

Rone, Rhône, le Rhône, fleuve. On écrivoit aussi, et plus communément, Rosne et Rhosne. Ce fleuve s'appeloit en latin Rhodanusy d'où est dérivé sa dénomination actuelle. Suivant Pline (Hist. nat. in, 4) > Rhodanus viendroit à Rhodiis, des Rhodiens qui lui auroient donné leur nom : ce qui s'accorde avec l'opinion de ceux qui veulent , d'après un passage du Traité des fleuves, attribué à Plutarque, que deux princes grecs, originaires de Rhodes , nommés Momorus et Atépomarus , qui avoient été chassés du Languedoc où ils s'étoient d'abord établis, aient fondé la ville de Lyon (Lugdunum) , environ trois siècles et demi avant que Planous y amenât une colonie romaine. Bochart (Phaleg, m, 6) donne à ce nom une autre origine tirée de l'ancienne langue celtique ou de la langue phénicienne dont elle étoit la fille. Munster, dans sa Cosmographie, le fait venir du latin rodo , parce que ce fleuve ronge ses bords. Pétrarque avoit déjà adopté cette étymologie :

Rapido fiume , che d'alpestra. vena

Rodeudo intorao» onde '1 too nome prend» , etc.

(Part. I, son. 175) ;

de même que Maurice Sceve, dans le CCCCXVU.' dixain de sa Délie , ainsi conçu :

Fleuve rongeant pour t'attiltrer le nom De la roydeur en ton cour* dangereuse, Mainte riuiere augmentant ton renom, Te fût courir mainte rine amoureuse,

3io GLOSSAIRE

Baingnant le pied de celle terre heureuse

Ou ce Thuscan A polio sa ieunesse

Si bien forma, qu'à iamais sa vieillesse

Verdoyera à toute éternité,

Et ou Amour ma première lyesse

A desrobee à l'immortalité.

ROVTE. Mettre en route , mettre en déroute.

Rotne, reine. Voy. Svtil. '

Rver, t/. act. f jeter. Voy. Ivs.

RviSSELET, diminutif de ruisseau , petit ruisseau.

Sacrer, consacrer.

Sagette, flèche, du latin sagitta, La Fontaine employé ce vieux mot (liv. vin, fabl. 27). Voy. la note 12 de M. N. S. Guillon sur cette fable.

Saillir , sauter , faire sauter. Te saillir hors de V arçon , page i5o, te désarçonner. Saillir a perdu cette signification active' il n'est plus que verbe neutre.

S'ainsi est , s'il est ainsi. Aujourd'hui Vi ne s'élide plus dans la conjonction si f qu'avant le pronom masculin il, tant au singulier qu'au pluriel. Autrefois il s'élidoit devant plusieurs autres noms commençant par une voyelle ; on disoit s* elle pour si elle , s' on pour si on f s'un s s* une , pour si un, si une , etc.

Saltation, danse, pantomime. Ce mot a été employé par plusieurs écrivains de nos jours, et notamment par M. de l'Aulnaye qui a publie un ouvrage intitulé : De la S citation théâtrale.

Saphon, Sappho. Ronsard et Desportes ont également dit Saphon , manière de franciser ce nom qui pèche contre l'analogie, les anciens noms en o ne devant être terminés en on que lorsqu'ils prennent en latin une n au génitif, comme Cicero, Ciceronis, Apollo , Apollinis , Plato , Platonis } Dtdo , Didonis , farro, Varronis , Juno , Junonis } dont nous faisons Cicéron, Apollon j Platon , Didon, Varron, Junon, Voy. Ménage (Observ. sur la langue franc., chap. CLV). Le génitif de, Sappho est Sap-

DE LOUISE LABÉ. 3n

phds. Cependant il y a quelques auteurs chez qui ce génitif est $apphonis , et qui au pluriel disent Sapphones. Erasme (Encom. Moriae, page i3) : «Ego sum Venus illa cujus favore Phaon ille « repubuit, ita ut à Sapphone tantopere deamaretur. »( L'ablatif Sapphone suppose le génitif Sapphonis. ) Vossius ( De Poëtis^ graecis, page 17) : « Distingue vero duas Sapphones , unam Erece triam (lisez Eresiam), alteram à Phaone adamatam, ut est « apud Athenxum (lib. xili). » II est plus conforme à la manière dont les Grecs ë cri voient ce nom, de l'écrire avec deux;? (Sappho) qu'avec un seul, comme on le fait aujourd'hui communément. Néanmoins, comme Pontanus vouloit qu'en latin on écrivit Sapho, attendu que cette langue n'admettoit pas qu'un p ordinaire pût être suivi d'un p aspiré , on pourroit dire que la même règle ^st applicable à la langue françoise : du moins ne trouveroit-on , je crois, dans nos dictionnaires aucun mot qui offrit ces trois consonnes pph placées ainsi à la suite les unes

des autres.

Saye, s. m., Sayon, id., habit court, justaucorps, robe de dessus, capote, du latin sagum, habit de guerre que les Romains* avoient emprunté des Gaulois. Le Paysan du Danube, dans La Fontaine (liv. XI, fabl^ 7), porte un sayon de poil de chèvre. Voy. la note 5 de M. N. S. Guillon sur cette fable.

SCET (il) , il sait, tu scez t tu sais, du verbe savoir. Voy. Sv. C'est par erreur qu'on s'est obstiné long-temps à écrire scavoir par un c: on supposoit que ce mot venoit de scire t et on couservoit le c pour marquer cette étymologie, tandis que, dans la vérité, savoir dérive de sapere.

Seiovr, repos.

S'ellE, si elle. Voy. S* ainsi est.

Sellette, petite chaise, petit banc, petit siège, du latin sella , dont la racine est sedeo.

Semblable. Semblable qu'elle , page ifo , semblable à elle. Faire le semblable , faire la même chose, faire quelque chose de semblable.

3ia GLOSSAIRE

SemblANCE, ressemblance.

Sembler, ressembler.

EU' semhloit parmi l'armée

Vu Achile, ou un Hector, page t36,

c'est-à-dire, elle ressembloit, au milieu de l'armée , à un Achille

ou à un Hector.

Sembloit au plus «1er cristal , page »4°*

c'est-à-dire, ressembloit au plus clair crystal.

SEMfitAMiDE (ailleurs Semiramis), Sémiramis, reine de Babylone. Voy. notes 58 et a 16.

Senestbe, main gauche, du latin sinistra. M. de Roquefort, de Lyon (Glossaire de la langue romane , 1808, 1. 11 , p. 538), trouve ce mot bien expressif, et regrette qu'on l'ait retranché de notre langue pour y substituer celui de gauche , qui, dit-il, n'a pas plus de cent 'vingt ans, et dont on ignore l'origine. La remarque est juste, sauf que le mot gauche est plus ancien que ne le fait le savant lexicographe, puisque, dans le Trésor des recherches et antiquités gauloises et françaises , imprimé en i655, et par conséquent i53 ans avant 1808, Borel recherche déjà l'étymologie de ce mot, et le fait dériver du vieux verbe françois gu encher, se détourner, éviter, tourner; ce qui arrive, dit-il, quand on gauchit , quand on tourne à gauche. Ce mot remonte même plus haut : car on le trouve aussi dans le Grand dictionnaire françois -latin de Nicod, dont j'.-i sous les yeux une édition de 160 3; et je lis, page 210 du second volume des Méditations historiques de M. Philippe Camerarius, traduites en françois par S. G. S. (Simon Goulard de Senlis), Lyon, 1610, in-4. : « La main gauche est moins habile à l'œuure que la droite; » et dans la Continuation des Amours de P. de Ronsard, Paris, Jean Dallier, i55j , in-8.° (page g5) :

Agitoit le« rougnons gaillards De Catin à gauche et à dextre.

Montaigne (Essais, liv. 1, chap. a5 , et ailleurs) se sert de gauchir dans le même sens que Borel donqe à guencher, et enfin

i! DE LOUISE T.ABÉ. 3.*

* ^«"aiso Uyent le mot €>**** cHc > notamment liv. H, ch. îa :

* et * dext ^ st *"* P ot » deux anses qu'on peult saisir à gauche

^ e a, 1a ^^^ , sens, les cincr sens» Les plaisirs des sentiment ,

°*P, **«. ***-aisirs des sens.

de -Loc* ^

e > ch e ^ » *lu grec capHos , tortu, courbé, ou du latin caput,

es ^fytx^^^-^ *^Xi du latin c£pj**+<* 9 tronc. Quelle que soit celle de ^*F, ^ ^^^"mes qu'on adopte , cep y est plus conforme que sep. ^**fc:** ^^^"VE, esclave, dn latin «m«.

«•, ^^c^T ^^«Ter les fenestres , page 35 , fermer les fenêtres. *-^w » esclavage.

» ^^ ^^* ^ si étant.

^ ^^*- certain. Un des poètes qui ont écrit à la louange

^ S ' ^ ^1^ ^^«bé*, fait rimer ce mot avec grandeur et avec seur

\emp 8 » ^^ ^" ^ n a des exemples dans beaucoup d'autres poètes du

^ T °!%r^^ *^*iomas Sibilet C^ rt poétique françois, chap. vin)

^ ^ ^**tte rime, «pioi*!»** 1 P«w»«»e que seur (sûr) se pro-

^^^V^* ^^«tte nous prononçons aujourd'hui sûr.- ce qu'il y a

Vj^sa^T** ^* certain, c'est ern* on faisoit rimer le féminin seure

^ ^ ^r ec leg motg ett ure , tels que nature et dure. Voy. la

V^c* d* St-Gelais, citée note i46.

******, .ftreté.

Sf avec cela , néanmoins , «u moins , du moins. Voy. S'Aiifsi

^E# T ' .v-p, seigneur. C'est le signor des Italiens francisé. Sei-

*$ iC,Ti * tr ouve aussi dans Louise Labé. Ce dernier mot se rap-

4*f 6<S yaotage du latin senior, d'où il est dérivé , aussi bien

c k e * n signorm Si<***r, monsieur, ont la même étymologie.

1 '^uier (Recherches de la France, liv. Vin, chap. 5).

tf'ÏÏUiB, seigneurie. • .

$1#' Simoïs fleuve de 1 Asie mineure , dans la petite

^U faisoit en grec Simcentos, au génitif.

~KrfS**> simplicité

^ ^^ Saône , rivière qui traverse Lyon et se jette

^ f Saône,

3i4 GLOSSAIRE

dans le Rhône à l'extrémité méridionale de cette ville. Onl'appeloit Arar, et plus anciennement Brigulus. Voy. le traité des Fleuves, attribué à Plutarque. Son nom actuel, Saône, dans lequel l'a ne se prononce pas , parolt dérivé de celui de Sauconna, qu'elle a porté sous le Bas-Empire. Feu M. Claude-Xavier Girault, membre de l'académie de Dijon, et correspondant de celle de Lyon, a laissé un curieux Mémoire sur les noms et la source de la Saône, Paris, J. B. Sajou, 181a, in-8.° de 26 pages: j'y renvoie le lecteur.

Songe ART, sombre, rêveur, songe-creux.

SONGNEVSEMENT , soingneusement , soigneusement. On écriyoit autrefois soing pour soin, et soingner on s ongner pour soigner.

Sonner, jouer de quelque instrument de musique.

Sovcievs, qui prend souci à quelque chose. Soucieus de mon bien, s'intéressant à mon bonheur.

SOVDART, soudard, souldard , soldard , soldat; au pluriel, soudars ou soudarz*

SOVEF, soef, doux, agréable, du latin suavis. Souefuement , soefuement, d'une manière douce. Une souejJUiirante haleine (Muret, Commentaire sur le sonnet xxui du i. er livre des Amours de Ronsard).

Sovlacievs, recréatif, agréable, propre à consoler, à réjouir, du latin solatium , d'où l'on avoit d'abord tiré soûlas, récréation, plaisir, dont La Fontaine s'est servi plusieurs fois.

En grand soûlas cette nuit se passa. '

( La Gageure des trois Commères > conte. )

SOVLOIR, avoir coutume, avoir habitude, du latin solco.

Deux parts en fit dont il souloit passer L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.

(Epitaphe de La Fontaine , par lui-même. )

SovVENTEFOis , souvent.

Sovzris, souris, sourire.

SQVADRON , escadron. Les noirs squadrons des Ethiopiens t page 75. On trouve ailleurs (page i35) escadron, comme nous

DE LOUISE LABK. *• »

l'écrirons et le prononçons actuelle meut Ce mot t totl .\\\h y noureau: on disoit aupararant&a/mV/oii. Voy. LiHivm il Kxlu m»» Pasquier (Ut. n, lett. 1*. )

Sw (Tay, Atajtt), j'ai su, ayant su. /• »« , |«- »u*. Ou cm ▼oit alors plus communément /ce» ou «•<*, <« '< <« <»u <» «<•«<, et on a écrit ainsi encore long-temps apic». Voy. IuIumIim Imu page a^

S VC CEDEE, aroir dn succès, réu*»ir,

S VTYMIGACIO* , fumigation , sufJuuiiiffctiou |»io<luiUi »«u m.i) ( u de la combustion de matières odoiauU*, t>un»lo>» 1 |>uu< n-tli ment dans les opérations magique».

S'ViiE f si une.

STPERABOlfDAXT, très-aboncUflt.

SvPEJtXEL, elle, supérieur, rélctUf du Utiu im/'ci/hm. Sys, prép., sur. Z)e .m# f de <l<i«*u», j J «f tu*, ji4iit> mou-i Sttil, Œ, subtil. On tr<>uffs *<Mm<(* *uLltl t 1 <«uhih iimiw. l'écrirons. Apparemment /fh '4 I^mi li 4 ih. «f. |<i "ic-ih ni i,,, , dans ce mot: Estienne Pa*f uirt , <i«tt* »* li.Uc >\ \\>unu < (liv m lett. 4); blâme cette €>tt)*ftVi*\Att\ M m.Hi. |«i '«ii*'ii* ImImmi • (<• m courtisan aux mc>u ^iiill^U, dit il, wm>- f'/ii'lnix <(< 1. , « paroles , reyw* , alUt f l'nJf , ut. nui f tn> w'I < •fiii|in< imu « TÎsmes un de* fUti***, ^m ptrhê *'t,*hf >o 'tnl* ■ 1 s# > l'jm i> 1 n - tation {fa* Uj kiur. s**m,<«/« lr>^, rf</ fl''f'"'fi •! ¥»••••• 1 1 - <|« « Garnie r en «* 4*m:*t*t UiiïuiWikk \\* /• m le «| >|< | m

« Flores «fe Oui, <e j**vv* i*tititlt n> m>i\ i •"••

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« mwmesii* *.iMi**.Hn«* * y •></>/ >///»/»/»»/ f . ( /. . . | .1 . .

3i6 GLOSSAIRE

Tandis, tandis que.

Tandis du chef ainsi trenchi...

Distiloit du sang goûte à goûte, page m.

Tandis roetir la perdrix on raiaoît.

(Cl. Mjlrot. )

Tondu la nuit «'en va, te* lumières s'éteignent.

(Malherbe.)

TANT, autant. Tant bien, si bien. T'ait* plus t plus. /)* fan* />/wj, d'autant plus. Iusques à tant que, jusqu'à ce que. Tant que, jusqu'à ce que, au point que, de manière que. A tant , alors.

Tart, ARDE , adj. La tarde vetpree , page *49, 1« soir avancé. La tarde seree (RONSARD).

Le repentir est une chose tarde.

(Le MEME.)

TART (A), tard, tardivement, adv.

Temples, s./., tempes, les deux parties de la tête qui sont depuis chaque oreille jusqu'au front , du latin tempora. Temple se disoit encore du temps de Ménage (voy. ses Observ. sur la langue franc., chap. lxxiv), et on le trouve avec ce sens dans les anciens dictionnaires.

TENDRELET, diminutif de tendre, adj,

THRACIEN, de Thrace. Le Gradive Thracien, page i53, le Mars de Thrace.

Tovrbe, foule, du latin turba. J. J. Rousseau (Disc, sur l'inégalité des conditions) a dit: La tourbe philotophesque,

TOVRMENTEVB , qui tourmente. Tourmenteurs de monde , page 9, qui tourmentent les gens.

Tovrner, retourner.

Pour à ton château tourner, page 149 »

c'est-à-dire, pour retourner à ton château.

TOVT (DV), entièrement, omninb.

Transmveb, transformer, changer, du latin transmutare. TrattremeH T , traistrement t traîtreusement. Trebtcheb, v. a. y renverser, faire tomber. Aujourd'hui ce yerbe est toujours neutre , et signifie tomber.

Où 1* droite raison trébuche à chaque page.

(BoiLEAV.)

Tbempeb, tempérer, modérer, du latin temperare. On trouve souvent dans Montaigne attrempance pour modération , tempérance y continence. Attremper (adtemperare) avoit le même sens que tremper. « Abelard se joiioit de son esprit comme il « vouloit, et pour attremper ses plus sérieuses estildes faisoit « des vers d'amour en rime françoise, que l'on mettoit en mu- « sique , et se chantoient par uns et autres. » ( Pasquier , Recherch. de la France, liv. vil, chap. 3). On disoit aussi détremper : « Achile . . • revenant du combat ancore tout couuert « de sueur, d'armes et de poussière, prenoit sa lyre pour ra- « molir et détromper les fureurs et colères de son une, » (Plaidoyez de M. e Claude Ezpilly, Lyon, Laurant Durand, i636, in-4*° , page 80. )

Trevver, trouver. Ce mot étoit encore en usage du temps de Molière, puisqu'on lit dans le Misanthrope, représenté pour la première fois en 1666 (act. 1, se. 1):

Non, l'amour que je aana pour cette jeune reuve,

Ne ferme point me* yens aux défauts qu'on lni trouve.

La Fontaine en a fait pareillement usage (liv. IV, fabl. 4):

Diea fait bien ce qu'il lait. San» en chercher la preure En tout cet univers , et l'aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve.

Il s'en est encore servi ailleurs (liv. n , fabl. ao; liv. m, fabl. 7; et liv. V, fabl. a). On voit dans les Observ. de M%age sur la langue franc, (chap. cuuu), que c'étoit, de son temps, une question sujette à controverse, de savoir s'il falloit dire treuver

5i8 GLOSSAIRE /

ou trouver; il pensoit qu'en vers on pouvoit se servir du premier de ces mots. Suivant Poinsinet de Sivry, traduction de Pline l'ancien (note i4 du chap. a , et note 1 du chap. 3 du liv. xrx) , le vieux verbe gaulois truver t treuver, seroit la racine du mot truffe: conjecture que cet auteur appuie sur ce qu'en ancienne langue Thraciènne, la dénomination de la truffe expriment aussi une trouvaille, un fruit fortuit et de rencontre.

TwONFE, triomphe. Trionfer, triompher. Arcs trionfans, arcs de triomphe. Voy. Introduction, page 244*

TROP. Trop plus , beaucoup plus. Trop et trop , beaucoup trop.

TROVSSE, carquois. Ce mot ne s'emploie guères plus aujourd'hui que pour signifier l'espèce d'étui où les barbiers mettent leurs rasoirs, leurs peignes et leurs ciseaux. Cependant D. Le Brun lui a conservé son an*c ; enjie acception dans ce dixain sur Catulle et Martial :

Le dieu Moraus eut toujours deux carquois De traits naïfs à pointe vive et douce :

Le premier seul arme ce dieu narquois.

Plus brillantes dans la dernière trousse, Tant sont aigus» las ! qu'un rien les émonsse. A. deux mortels son secret il apprit ; Par ses mots fins Martial nous surprit; Mais la finesse a sa monotonie :

De l'épigramme il n'a voit que l'esprit; Catulle seul en avoit le génie.

Trousse vient de l'allemand tross. Voy. DestrOVSSER.

VacACION, occupation, emploi.

Vagant, qui dévague, qui erre, qui marche au hasard. Val , s. f. , vallée , vallon. Des vaux , des vallées , des vallons. ^ Cherchant les profondes faux, page i35.

Ce mot est masculin dans Ronsard (liv. i des Amours, sonnet CLXXTll) :

Au fond d'un val. ...

« Val,,, n'eût-il pas dû garder sa place dans de beaux vers, « comme va lion! «• (Marmontel , Éléments de litt. , art. Usage,) Le mot val entre comme élément dans plusieurs noms de lieux: la Valbonne , la Valteline , Laval , etc. Nous ayons conserve' le pluriel vaux dans cette locution: Aller par monts et par vaux, lu aval des bateliers et des ingénieurs , opposé d'amont, vient d'à et de val, du coté de la vallée , en descendant; d'où les verbes avaler; dévaler , descendre; ravaler, rabaisser. On dit aussi contre val, en bas, par opposition à contre mont, en haut. Quant à Vaval des banquiers, il n'a de commun que le son et l'orthographe avec celui dont nous venons de parler : c'est un abrégé des mots à -valoir, bon pour.

Vefve, veuve.

Venir, devenir. Se faire venir belle , page 76, se faire devenir belle. La licence des fols est venue si grande que , etc. , page 27, la licence des fous est devenue si grande que, etc.

Verdissant , quKverdit, partie, présent du verbe verdir,

VERFLORISSANT , composé des mots verd et florissant. Florissant est le part, présent du verhe florir, qui n'est plus en usage au présent de l'infinitif, et qui n'a conservé que quelques-uns de ses temps, dont encore on ne se sert qu'au figuré : car, au propre, on dit fleurir, « Esgayé de belles et verflorissantes prairies. » (Cl. BlNET, Vie de Ronsard, i586.) Voy. DOVSONDOYANT.

Vers , prép. , envers.

Il noua faut ores a qui ter

Vers ce docte et gentil Famée , page isi,

c'est - à - dire , il faut maintenant nous acquitter envers ce

docte, etc.

VESPREE, s. /., soir, soirée, du latin vespera.

VESQVI (lE) , je vécus, prêt, défini du verbe vivre. On trouve aussi dans les auteurs du temps, ie vescu, Mascaron, Fléchi er, Bossuet ont dit : Je véquis , je survéquis, Vaugelas admettent

3ao GLOSSAIRE

Tan et l'autre. L'Académie s'est décidée en fayeur de je vécus, je survécus , et sa décision a été sanctionnée par l'usage.

Vev (i*ay, ayant), j'ai, ayant vu. Le plus souvent, Louise Labé écrit vu.

Vevil, vouloir, volonté, vœu.

VlD (il) , troisième personne du prétérit défini du verbe voir, il vit. Quand Vlysse vid la fumée de son Itaque, page 6a.

La mien* tentant que iamaia vid Aurore.

C Sonnet VI. )

La première personne du même temps étoit ie vy.

Le reconnu quand vy premièrement,

(Sonnet xx),

c'est-à-dire, je le reconnus quand je le vis pour la première fois. On a écrit long-temps, il vid, et à la troisième personne du présent de l'indicatif, il void. Les premières éditions de La Fontaine offrent de nombreux, exemples de l'un et de l'autre. Le' d étoit là, en quelque sorte, un signe étymologique, voir dérivant du latin videre , video, vidi.

Vieil, vieux. Au vieil Saturne, page 9, au vieux Saturne. Depuis on a dit vieux devant une consonne, et vieil devant une voyelle; mais cette règle ne subsiste plus; nous ne disons plus que vieux, excepté dans cette locution : Dépouiller le vieil homme , le vieil Adam. Vieil est plus analogue au féminin vieille; mais il est un peu dur, surtout devant une consonne. Il existe à Lyon une rue qui a conservé son ancien nom de rue du vieil renversé. On appeloit encore, du temps de La Fontaine, le fameux Prince des Assassins, le Vieil de la Montagne:

Ver* le levant le Vieil de la Montagne Se rendit craint par un moyen nouveau.

(Féronde ou le Purgatoire, conte.)

Voy. Ménage (Observ. sur la langue franc., chap. xx).

Vogve. Estre à la vogue du peuple, page 53, être en vogue, être aimé, estimé par le peuple, être en grande estime 'auprès de lui.

Vo IS ( ' ^^e , du latin wr-*± m .

*T % Le * l *^ ** ^ ai8> dtt Verl>e «««-. le <»oy } je vois, du verbe

•il] dëriye ^%L ^ S irré & uliers «*«■ verbe «//er, 7 > *«/, ou je vas ,

e - **oi latin *«m*© , -zs<z<Z«? . On a (Jit autrefois <voise pour

^*"« au bal qui n'aymera la danse.

^° tT Btt C Pl»*AC , Quatrains.)

olu t * ^«^

«>-e % ^^me d'équitation , tourner, faire tourner, du latin

v ^ » volter le ch.eo.al gflori««».

***^^ C Élégie ni.)

V>Ur *^*^»> '^"^ (QU'ILS) , qz**Hs itoulsissent , qu'ils voulussent ,

^T a /-"^ -^^r-w^^*** plur.de V imparfait dusubj.du verbe vouloir.

A • ^* __ "* 7,r ^r t vraiment.

H ^**^ ^ *' u > tu us otJt **** » H ut, prétérit défini. Quei'usse,

«rç»V ^^ ♦ ^ , a ut QU gfcr£ imparfait du subjonctif. V, parti-

^Tl^^^i ^*»r *» /tt a * ~ * * Z Aa *' P rétërit ind ^ni. Ainsi se

^^V^^^ verbe avoir. Voy. Ha.

^ \^a\ C^VEIE), que je veuille , première pers. du présent

^ ^ >erbe vouloir'.

J***Aa* ^ Vulcain. « Pour F^^lcan et Vulcain, on dit l'un et

v V«nte«. î 4aquestion de savoir lequel des deux est le meilleur,

^ ^ eSté agitée dans l'Académie, sans y avoir esté décidée. L'o-

** . 'ûijdcM. Chapelain es toit qu'il faloit dire Vulcan en

P lBl et V^ cain cn P rosC - Cetle °P inion fot réfutée par M. de

-^ r5 ' * qui dit plaisamment que, selon cette distinction, il

^ 0C ^'t l'appeller Racan en vers, et Racain en prose. Mais

^U<* r01 arler sérieusement , je suis assez de l'avis de M. Cha-

>af C î dirois Vulcan. en vers, et dans des discours relevez;

il***' g le discours, familier, je dirois Vulcain. M. d'Ablan-

&* ^ fl flS les premières éditions de son Lucien avoit dit

^ mais dans la dernière il a dit Vulcain. - (MÉNAGE,

r *** '* M langue franc. , chap. Clv.) La Fontaine a dit aussi

ai

3aa GLOSSAIRE DE LOUISE LABÉ.

La tottue do prince étoit d'nn tel mérita Qu'il fat lait in petto confrère de Vulcan.

(Le roi Candaole et le maître an droit, conta. )

Celai da preux Achille aaroit été plus beau, Si Vulcan eut deccut gravé notre tableau*.

(Le Tableau, conte.)

L'usage actuel n'admet plus que Vulcain^ en vers comme en prose.

Vy (ie). Voy. Vn>.

Yeys. Faire passer deuant les y eus, page 10, expression proyerbiale qui signifie , faire accroire.

%% ***\vx..

AD Ï^XT

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