‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 6 sur 59 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

SAPPHO

*Gardez*vous de le croire, V amour platonique chez les femmes est le sophisme de la pudeur. Sans tous arrêter sur mon mari, Cercale d'Ândros, que j'aimois au moins autant que tous ayez aimé le bonhomme Perrin, ce cordier dont votre beauté * immortalisa la profession et le domicile, j'eus, comme tous, d'assez nombreux adorateurs^ mais leurs succès sont notre secret, et dans leur docte et curieuse incertitude, nos biographes feroient bien de .garder sur ce point un silence respectueux pour notre sexe et pour 'nous. •

LOUISE

Sans doute, si nos actions d'éclat n'avoient pas été trop indiscrètes. Il est fâcheux qu'en montrant ma bravoure au siège de Perpignan, j'aie montre aussi mon attachement pour l'amant que j'y suivis ** ; et le saut

- * La tradition a consacré la beauté de Louise Labé. Tous les auteurs ses contemporains ont vanté ses attraits et ses charmes, et bien que son portrait ne soit pas arrivé jusqu'à nous, on a recueilli d'agréables détails sur sa taille et sur sa figure. Beaucoup de gens consciencieux doutent, au contraire, que Sappho fût aussi célèbre par sa beauté que par son génie. Les images qui nous restent de cette Muse lesbienne , ne nous donnent pas même l'idée d'une figure passable, et l'indifférence de Phaou, ses- refus obstinés de répondre à la passion de Sappho, sont parfaitement d'accord avec l'iconographie : mais le génie embellit tout.

** Quelques personnes pensent que. Louise conçut dans les* camps cette première et vive passion. Mais il est bien probable que, dans l'âge le plus tendre, une fille doit sa valeur à son

ENTRE SAPPHO ET LOUISE LÀBÉ. xxj

périlleux que tous avez fait à Leucade , n'a pas laissé ignorer votre passion désespérée pour Phaon.

SAPPHO

Pouvons-nous changer la marche de la nature ? Les passions sont chez les hommes, comme le souffle des vents, nécessaires pour mettre tout en mouvement, quoiqu'ils causent des orages *.Si j'en crois un de vos sublimes orateurs**, qui eut souvent des inspirations lyriques, les passions ont une infinité gui se fâche de ne pouvoir être assouvie. Je me trouvai dans ce cas à l'égard de Phaon qui me refusoit son hommage. L'infinité de nota passion se fâcha un peu des dédains de ce jeune Lesbién, que les parfums de Vénus avoient rendu si beau. Mais les poursuites du turbulent Alcée ne me firent point sortir des bornes du devoir , et- lorsqu'il m'écrivit qu'il voudroit s'expliquer, mais que la honte le retenoit, vous savez ce que je lui répondis. .

LOUISE

Non, je ne m'en souviens plus*.

SAPPHO

« Votre front n'auroit pas à- rougir, lui répondis- « je, si votre cœur n'étoit pas coupable. »

LOUISE

C'est fier et beau. Ainsi ce n'est que par amour pour la liberté qu' Alcée vous engagea dans la conspiration contre Pittacus, et que vous fûtes bannie de Mitylène?

amour , plutôt qu'elle n'est transportée d'une ardeur guerrière «ans motif et sans objet.

* Fontenelle*

** Bossue^

xxlj DIALOGUE ENTRE SAPPHO, etc.

SAPPHO

Ah! cet amour sacré de la liberté fat sans doute mon premier titre à la vénération de mes concitoyens.

LOUISE

LorsquV>n cherche à se soumettre des esclaves , est-il convenable de prêcher la liberté? Pour moi, je ne me suis jamais mêlée d'affaires publiques. JTai toujours cru que les hommes aimoient mieux voir une quenouille dans les mains d'Hercule, que d'entendre des théories politiques dans la bouche d'une femme.

SÀPPHO.

Voilà justement pourquoi on n'a point frappé de monnoie à votre effigie, ni dressé votre statue sur les bords du Bhone et de la Saône.

LOUISE

Oui ; mais votre monnoie n'a plus de cours, votre statue de Sicile est en poudre , vos écrits même ont disparu 9 et, comme vous l'ayez dit vous-même, ma patrie consacre eu ce moment à ma gloire un sixième monument que le temps ne sauroit détruire.

sappho.

Bendez-en grâces à cet art merveilleux, inconnu de? mon siècle, qui changera progressivement la face do globe, en assurant la liberté des peuples et l'immortalité des bous vois.

NOTICE

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