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Ixx NOTICE SUR LOUISE LABÊ.
artificieuse, nous constituons bien mieux leur foiblesse que ne le fait la nature même. Aussi leur loisir est - il un tourment, leur travail une oisiveté. Ah! puisqu'elles partagent nos plaisirs , puisqu'elles contribuent si efficacement à notre bonheur., pourquoi ne les élèverionsnous pas jusqu'à nous? pourquoi n'ajouterions - nous pas à leur félicité, en occupant davantage leur raison? pourquoi ne donnerions-nous pas le plus grand essor au développement de leurs facultés intellectuelles , et ne dirigerions-nous pas vers un but utile leur ardente imagination, au lieu de l'user en l'assujettissant à des œuvres serviles , à des détails minutieux , à des études inconsidérées? U appartient à notre siècle de restituer à ce sexe enchanteur la part qu'il doit avoir dans toutes les opérations de l'entendement. C'est par l'instruction que nous pouvons parvenir à lui assigner le rang que les lettres et les sciences donnent aux personnes qui les cultivent , que nous épurerons ses mœurs , que nous ennoblirons ses passions , que nous exalterons ses sentiments, en lui faisant chérir ses devoirs, en l'attachant davantage à sa patrie , en lui rendant facile la pratique des vertus. Dans l'expression de ce vœu, je ne fais que répéter celui que forma Louise Labé elle-même: sa propre expérience lui avoit appris combien l'instruction est utile, combien elle ajoute aux attraits de la beauté, et elle désiroit d'y voir participer toutes les personnes de son sexe. Puisse un tel souhait se réaliser! Il doubleroit nos jouissances , et sèmeroit pour nous de nouvelles fleurs le chemin de la vie.
EVVRES
DE
LOVIZE LABE
A MADAMOISEIXE
CLEMENCE DE BOVRGES,
LIONNOIZB.
JLjSTANT le tems venu, Madamoiselle , que les seueres loix des hommes n'empeschent plus les femmes de s'apliquer aus sciences et disciplines : il me semble que celles qui ont la commodité, doiuent employer cette honneste liberté que notre sexe ha autrefois tant désirée, à icelles aprendre : et montrer aus hommes le tort qu'ils nous faisoient en nous priuant du bien et de l'honneur qui nous en pouuoit venir : Et si quelcune paruient en tel degré, que de pouuoir mettre ses concepcrons par escrit, le faire songneusement et non dédaigner la gloire, et s'en parer plustot que de chaînes, anneaus, et somptueus habits : lesquels ne pouuons vrayement estimer nôtres, que par usage. Mais l'honneur que la science nous procurera , sera entièrement notre : et ne nous pourra estre oté, ne par finesse de larron, ne force d'ennemis, ne longueur du tems. Si i'eusse esté tant fauo* risee des Gieus , que d'auoir l'esprit grand assez pour comprendre ce dont il ha ù enuie, ie seruirois en cet endroit plus d'exemple que d'amonicion. Mais ayant passé partie de ma ieunesse à l'exercice de la Musique, et ce qui m'a resté de tems l'ayant trouué court pour la rudesse de mon entendement , et ne pouuant