‹ Examen critique de l'ouvrage intitulé des variations du langage français depuis le douzième siècleChapitre 3 sur 6 · II. {Deuxième série · texte numérisé non relu

II. {Deuxième série

poètes altéraient les mots à leur fantaisie pour versilier plus aisément. C'est un fait reconnu par ?il. Génin lui-même (p. 244).

La preuve tirée des dérivés bosquet, bocage, est encore plus faible. Tout le monde sait qu'un mot, en prenant des créments, modifie toujours sa constitution intérieure. Facere en latin ne produisait point re facere, mais bien reficere , etc., etc.

Mais je veux que ces preuves soient excellentes et qu'on ait parfois prononcé bos. Toujours est-il que ce n'était point une prononciation générale, et qu'on ne saurait ériger ce fait en règle; car je pourrais citer bien des exemples comme celui-ci :

Par devers le boais de Saint-Souplet.

(Charte de 1252. Oissery (Seine-et-Marne) (l).

Il est impossible qu'un mot ainsi écrit se soit prononcé bos. M. Génin devrait donc nous dire, pour nous apprendre quelque chose , où et quand on a prononcé bos , où et quand boais. De plus, il aurait dû nous prémunir contre les conséquences que l'on doit tirer de son assertion. Si bois se prononçait bos, mois se prononçait mos. La langue de nos aïeux était si logique , si régulière, si bien ordonnée, qu elle ne pouvait avoir, comme on dit, deux poids et deux mesures, et \i de mois n'étant pas plus étymologique que celui de bois , nos pères ne l'ont évidemment introduit là que comme ornement. Cependant , je trouve dans la charte précitée et dans une autre de 1256, et du même lieu : ou moaisde mars,—oumoaisde maie, — ou moais de novembre. Puis, en 126.3, et toujours à Oissery : ou mois de septembre. Je n'opposerai pas à M. Génin le maijs de gienvier. C'est du langage de Vaucouleurs, en 1299; mais le langage d'Oissery, c'était du langage du centre , probablement.

Crouler, Grouiller sont absolument la même chose, suivant M. Génin ; et ici nous sommes parfaitement d"acct)rd. Je crois seulement que M. Génin aurait pu ajouter deux ou trois exemples qui auraient rendu sa démonstration plus nette. D'abord ce petitarticle de du Cange : « Grollare. Movere, gallicè, groui- 1er, miracula S. Zitœ, t. III, april. p. 522. Ipse multoties videbat eam grollantem capite, tanquam insanientem. » — Voilà qui explique fort bien le passage de Molière : « Madame Jourdain

(I) Arcliives du royaume, spcl. liist. M. 874 , u" 8.

est-elle décrépite, et la tête lui fjrouille-i-e\le déjà?» {Le Bourgeois gentilhomme.) M. Raynouard, au mot CroUar, donne aussi d'excellentes citations :

Li Rois croie \e chef. (Roman du Renaît, t. III, p. 145.) Nus ne fu puis si iiardiz qui s'osast croller contre l'enipereor.

(fiec. des historiens de France, t. VI, p. 14'».)

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