‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 16 sur 96 · lbid., p · texte numérisé non relu

lbid., p

Le graud-prêtre adjure Jésus, par le Dieu vivant, de lui dire s’il est le Christ, le Fi/s de Dieu. Certes, le moment est solennel. Jésus répond : « Tu l'as dit. » Même affrmation, sous une forme encore plus directe, dans saint Marc (xiv, 62), et dans saint Luc (xxri, 70) : « Ego sum, Je le suis. » Enfin, si cela ne vous suffit pas, nous terminerons par ce passage de saint Matthieu (xxvnr, 19) : « Allez donc, enseignes toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et vous osez nous dire que « l'Evangile de saint Jean est le seul où Jésus se serve de l'expression de Fils de Dieu ou de Fils, en parlant de lui-même! » Franchement, avant d’écrire cette phrase, aviez-vous lu les Evangiles? Et si vous les aviez lus, pour qui donc écrivez-vous, et quelle idée vous faites-vous du degré d'intelligence de vos lecteurs? Quand la discussion en arrive à ce point, il est toujours pénible de la prolonger, parce qu'on touche involontairement à une question de bonne foi et de sincérité qui se pose d'elle-même. M. Renan ignore-t-il simplement, ou ticnt-il à ce qu'un public facile à tromper se méprenne sur le véritable état des choses ? Je ne veux pas répondre; qu’on en juge par ce que je vais citer : « Toute une nouvelle langue mystique se déploie dans saint Jean, langue dont les synoptiques n’ont pas la moindre idée (« monde, » « vérité, » « vie, » « lumières, » « ténèbres, » etc. !). Impossible d’avoir le ton plus tranchant, et j'ajoute, de mystifier son lecteur avec plus d'assurance. Si l’auteur, qui a eu le temps d'ouvrir une concordance, pour se donner le facile mérite de compter que le mot « Fils de l'Homme » revient quatre-vingt-trois fois dans les Évangiles? ; si, dis-je, ce profond calculateur avait jugé à propos de se livrer au

Page 1