Ibid., p. 133, Quelle merveilleuse découverte
même travail pour les mots qu’il cite, il éurait vu que chacun d’eux revient quantité de fois dans les trois premiers Evangiles, et cela dans le même sens que chez saint Jean; qu’en particulier le mot « ténèbres, » pris au sens moral, est employé douze fois par les synoptiques, et sept fois seulement par saint Jean. Voilà comment ceux-là #’ont pas la moindre idée de la langue dont se sert celui-ci! Pour être en droit d'affirmer, il faut savoir ; et lorsqu'on sait, il n’est pas permis de dissimuler la vérité.
J'insiste sur ce procédé, parce qu’il est habituel à l’auteur de la Vie de Jésus : toute la nouveauté du livre est là. Jamais on n'avait poussé aussi loin le secret de suppléer à l'insuffisance du savoir par l'audace des affirmations. C’est surtout à propos de saint Jean que des infidéktés manifestes font naître un doute pénible sur le sentiment qui a inspiré le choix d’une pareille méthode. Je n’en citerai, pour le moment, qu’un exemple entre cent. M. Renan attaque le caractère historique de la naissance de Jésus à Bethléem : à cet effet, il cherche à s'appuyer sur l’Evangile de saint Jean. « Jean, dit-il, ne sait rien du voyage de Bethléem ; pour lui, Jésus est simplement «de Nazareth » ou « Galiléen ‘; » et il allègue deux circonstances (r, 45- 46; vu, 41-42). En vérifiant les citations, on trouve que ce n'est pas l'évangélisie qui parle, mais les Juifs et Nathanaël, encore imbu des préjugés de sa nation. Cela n'empêche pas M. Renan d'écrire en toutes letires : Pour Jean, Jésus est simplement «de Nazareth » ou « Galiléen. » Le lecteur ignorant ou crédule sera induit en erreur par deux textes que l’on cite, en se gardant bien de les reproduire ; et c’est probablement tout le résultat qu'on voulait obtenir.
Passons sur ces détails, qui nous mettraient en face