Vie de Jésus, Introd., p
de l'Evangile de saint Jean. Il n'existe rien de pareil sur la terre. Des millions et des millions d’âmes y ont puisé la confiance en Dieu, le sentiment de leur dignité, le courage de la vertu... Erreur que tout cela! Théologiens, philosophes, littérateurs, tous s y sont trompés : c’est M. Renan qui l’affirme. Ces discours de Jésus-Christ dans saint Jean, que la foi médite, que la science creuse et auxquels la piété s’alimente depuis dix-huit siècles, ces discours, dont chaque mot est une lumière et une force pour les âmes, ces discours ne sont que des firades prétentieuses, lourdes, mal écrites, disant peu de chose au sens moral, des discours remplis d'une gnose obscure, d'une métaphysique contournée, des discours raides et gauches, au ton faux et inégal, ele, etc. !. Voilà ce qu’un membre de l'Institut ose écrire en France au XIX° siècle, et, ce qui est plus blessant encore pour notre amourpropre national, il trouve des sots qui l’admirent. Quand M. Renan composait cette page dans son cabinet, il s’attendait sans doute à ce que personne ne lui répondrait là-dessus, et il a bien jugé. Si quelqu'un venait me soutenir que les discours de Démosthène sont des tirades prétentieuses et lourdes, et les oraisons funèbres de Bossuet des discours raides et gauches, je ne lui répondrais pas, parce qu'il manquerait d'un sens pour m’entendre; et si un candidat osait émettre sur le discours de la Cène le jugement que se permet M. Renan, j'ai trop de confiance dans le discernement de mes collègues de la Faculté des lettres pour ne pas penser qu'ils l’admettraient difficilement au grade de bachelier.