‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 24 sur 96 · Études d'histoire religieuse, p · texte numérisé non relu

Études d'histoire religieuse, p

mais du simple fait de sa constatation. L’aveu est complet : « Ce n'est pas au nom de telle.ou telle philosophie, c'est au nom d’une constante expérience, que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle est impossible; » nous disons : «Il n’y a pas eu, jusqu'ici, de miracle constaté !, » Ces libres penseurs ont une peur singulière de la philosophie : ils s’en défendent comme d'un méfait; tout se réduit pour eux à l’expérience. En tout cas, la question se trouve bien simplifiée ; et, s’il est certain que les miracles de l'Evangile sont des faits dûment constatés, M. Renan devra, de son propre aveu, jeter son livre au feu.

Si l’auteur de la Vie de Jésus tenait autant à la répntation de philosophe qu’à celle de romancier ou de poëte, je n'aurais pas de peine à lui montrer qu’il se fait illusion à lui-même, ou qu’il veut donner le change sur son vrai sentiment. C’est bien au nom de tel ou tel système qu’il cherche à bannir le miracle de l'histoire; et ce système a un nom fort connu, il s'appelle le panthéisme. Or, que le miracle, ou l'intervention spéciale et directe de Dieu dans les événements de ce monde, soit un nonsens et une impossibilité dans une théorie qui ne voit dans la somme des existences et des phénomènes que les modifications nécessaires d’une substance unique, c’est ce qu'il est superflu de démontrer. Et, d'autre part, que M. Renan soit panthéiste dans le sens le plus rigoureux du mot, c'est ce dont son livre témoigne jusqu'à l'évidence. L'auteur de la Vie de Jésus nie la personnalité humaine, pour quiconque possède l'alphabet de la philosophie, lors-

4. Vie de Jésus, Introd., p. 51. Cela n'empêche pas M. Renan d'écrire un peu plus loin : « La notion du surnaturel, avec ses impossibilités, n'apparaît que le jour où naît la science expérimentale de la nature. » (P. 41.) Mais, pour lui, le out et le non semblent être deux choses parfaitement identiques.

qu’il énonce cette étrange proposition : le corps fait la distinction des personnes !. Il nie la personnalité de Dieu, bien qu’il s’en défende, et sa distinction réelle d'avec l'homme, quand il affirme, « qu’on limite Dieu par l’exclusion de tout ce qui n’est pas de lui ; » que « Dieu n’est pas un être déterminé hors de nous ; » que «la plus haute conscience de Dieu qui aît existé au sein de l'humanité a été celle de Jésus ©, » Nous savons ce que signifient ces formules hégéliennes, « ces manifestations spontanées du Dieu caché au fond de la conscience humaine, ces apparitions passagères dont aucune n’épuise la divinité °.» Il y a longtemps que Hégel avait dit : C’est dans l’homme que Dieu arrive à la conscience de lui-même, et cette conscience de Dieu n’a jamais été plus haute que dans Jésus. M. Renan ne trompera personne sur le vague panthéisme dans lequel se noie sa pensée, quand il oppose à ce qu’il appelle « un froid déisme, » « cette poétique conception de la nature, où un seul souffle pénètre l’univers, où le souffle de l’homme est celui de Dieu, où Dieu habite en l’homme, vit par l’homme, de même que l’homme habite en Dieu, vit par Dieu. » Un élève de philosophie n’aurait pas de peine à démèêler le panthéisme chez un écrivain qui fait TT Tomsister la haute conscience religieuse à croire « que la nature et le développement de l'humanité ne sont pas des règnes limités hors de Dieu, de chétives réalités, assujetties

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