Eccli., xv
autres catégories qui pourraient grossir le groupe. Dire nettement à ce public de choix que Jésus-Christ à été un imposteur ou un extravagant, ce serait se tromper de date et employer un style qu’on pouvait risquer impunément il y a soixante ans, mais qui passerait aujourd'hui pour un slyle de mauvaise compagnie. Pour réussir, il faudra y mettre plus de formes. Exalter par un amas d’épithètes louangeuses le fondateur du christianisme, en le dépouillant tout doucement de sa divinité, voilà le joint qu’il s’agit de trouver pour ne pas trop choquer, d’une part, et, de l’autre, mettre à leur aise des consciences impatientes du frein, De cette manière, les convenances seront sauves, et les âmes auxquelles la religion pèse, affranchies de toute pratique gênante. Le Christ deviendra le premier des grands hommes, ce qui est fort poli et n'oblige à rien; ct il cessera d’être Dieu, ce qui permettra de tout faire. En se créant ainsi une sorte de juste milieu entre la foi et l'incrédulité, on pourra se tranquilliser à peu de frais, ét, tout en se disant chrétien, s'abstenir de lout acte qui le prouve. Voilà le calcul. Pour avoir une certaine actualité, le tour n’en est pas plus nouveau. Ce n’est pas le prernier coup de chapeau que le christianisme ait reçu de ses ennemis, habitués à ployer le genou devant lui pour mieux l’insulter. L’Ave Rabbt est vieux de dix-huit siècles; mais malgré les efforts qu’il tente pour faire revivre une mode que l’on croyait passée, M. Renan ne tardera pas à s’apercevoir que personne n'est dupe de ces cérémonies, et qu'à force de tirer la révérence à Dieu et à ses saints, on à fini par se rompre l’échine et par user le chapeau. ….
Si l'on ne tient pas compte de ce plan raisonné ou conçu d'instinct, je défie qui que ce soit de rien comprendre au livre de M. Renan. C’est par là seulement qu’on s'explique la contradiction qui en fait la base. Exalter Jésus-Christ
pour tromper les uns, rabaisser Jésus-Christ pour rassurer les autres, voilà l’idée de l'ouvrage. Eblouis par tant d’éloges, les premiers ne comprendront pas ; satisfaits de tant d'accusations, les seconds ne comprendront que trop, et le but sera alteint. Est-ce là une hypothèse ? Qu’on en juge par ce que nous allons citer.
Et d'abord, il s’agit d’étourdir par un fracas de grands mots ceux qui, se laissant prendre à des phrases retentissantes, ne vont pas au fond des choses. Ils auront leur part, et elle sera large. Jésus-Christ sera donc pour eux «un homme incomparable, à proportions colossales, un beau, un étonnant génie, une personne supérieure, une personne sublime, le créateur de la religion éternelle de l'humanité, le vrai créateur de la paix de l’âme, le grand consolateur de la vie, auquel chacun de nous doit ce qu'il a de meilleur ; le fondateur des droits de la conscience libre, le modèle accompli que toutes les âmes souffrantes méditeront pour se fortifier et se consoler !. » On parlera avec emphase « de sa grande âme, de sa haute nature, de son instinct dvin, de sa nature divine ©. » On dira de lui « qu’il a posé la base du vrai libéralisme et de la vraie civilisation : que la conscience universelle lui à décerné avec justice le litre de Fils de Dieu ; que la mort a fondé sa divinité; qu'il est devenu la pierre angulaire de l'humanité ; à tel point qu’arracher son nom de ce monde, serait l’ébranler jusqu'aux fondements ÿ, » On ira même jusqu’à « vouloir baiser l'empreinte de ses pieds, » et dans une apostrophe finale où le blasphème devient lyrique, l’on s’écriera : « Entre toi et Dieu, on ne distinguera plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends