Ibid., p
moral que l'humanité ait reçu, » était « un homme à chimèrcs, à idées fausses, froides, impossibles, acceptant les utopies de son temps et de sa race, un révolutionnaire transcendant, dont la soumission aux pouvoirs établis était dérisoire au fond, un anarchiste à quelques égards, dont il est probable que beaucoup de fautes ont'été dissimulées, qu'on doit féliciter de n'avoir rencontré aucune loi qui punit l'outrage envers une classe de citoyens, ef de n'avoir pas été gêné une seule fois par la police dans sa course vagabonde *. » Tel a été Jésus-Christ.
Ah ! pour le coup, vous nous mettez à l’aise, répéteront en chœur les lecteurs de M /a Quintinie. Voilà bien le Christ qu’il nous fallait. Nous devons vous l’avouer, votre « pierre angulaire » nous gênait un peu : cela donnait à réfléchir. Ce jeune villageois de la Galilée, « qui chaque jour encore préside au destin du monde ?, » ressemblait fort au Dieu des chréliens : avec ces imprudents contrastes, vous laïssiez la porte du confessionnal entrebäillée. A présent vous parlez clairement, et nous sommes soulagés. Désormais, quand certains préceptes de l'Evangile nous pèseront, nous pourrons dire avec vous : c'était un moraliste exalté ! Lorsqu'on viendra nous parler d’humilité, de chasteté, d’instincts à maitriser, de passions à vaincre, nous tiendrons la réponse toute prête, et vous nous l’aurez fournie : c'était un homme à chimeres, à idées fausses, froides, impossibles, qui dépassait toute mesure, et méprisait les saines limites de la nature de l'homme! Peut-être même nous sera-t-il permis d’aller plus loin, sans rompre cependant avec le Code pénal, car vous nous l’avez appris : c'était un révolutionnaire transcendant, un anarchiste à quelques égards, qui « interdi-
41. Vie de Jésus, p. 282, 284, 116, 119, 458, 327, 62. 2. Ibid. p. 457.
sait la propriété et enseignait que les pauvres seuls seront sauvés !, » Par conséquent, débarrasser les riches de ce qui fait obstacle à leur salut, serait, ce semble, leur rendre un grand service. Îl n’est rien tel qu’un habile homme pour supprimer les difficultés, lever les scrupules, et mener gaîment les gens en paradis, sans fatigue comme sans crainte,
Misérable comédie qui vient de se jouer devant le public françaisd Si M. Renan était un écrivain sérieux, je prendrais la peine de lui montrer que sa haine l’a mal servi, puisqu'elle ne lui a pas même permis de cacher son jeu. Lorsqu'on veut faire dévorer une contradiction de cette espèce à une classe quelconque de lecteurs, je n’en excepte pas ceux de M°° la Quintinie, il faut au moins se donner la peine de ménager les transitions, et ne pas sauter brusquement du génie à la sottise, de la sainteté à l’imposlure. À moins d'avoir un triple bandeau sur les yeux, le bourgeois le plus épais devra s’apercevoir qu'on a voulu se moquer de lui en appelant «une sublime personne » celui dans la vie duquel des traits d'illusion ou de folie ont tenu une grande place *. À moïns de ne plus savoir distinguer la main droite de la main gauche, il verra clairement qu'on ne mérite pas d'occuper « le plus haut sommet de la grandeur humaine ÿ, » lorsqu'on « inéprise les saines limites de la nature de l’homme, qu’on veut tout réduire à un affreux désert, qu’on porte atteinte aux conditions essentielles de la société humaine, qu'on se laisse entraîner par sa mauvaise humeur à des actes inexplicables et en apparence absurdes, et qu’on est convaincu de mensonge dès la première génération. »