‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 37 sur 96 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Quelque simple et crédule qu’on le suppose, le bourgeois dont je parle n’hésitera pas à dire que la « grande élévation morale » ne consiste point à se prêter à un rôle dont on sent la fausselé, à affecter de savoir ce qu'on ne sail pas, à se laisser décerner des titres et des honneurs qu'on sait immérités, et qu’il n’y a que deux mots dans la Jangue française pour exprimer une telle conduite : imposture ou folie.

Oui, charlatanisme ou hallucination, voilà les deux hypothèses entre lesquelles l'apostasie vous laisse le choix ; et vous l’avez si bien compris, que vous adoplez les deux. Nous le savons, soit reste de pudeur, soit tout autre motif, vous avez évité de dire le mot dans votre livre; mais la chose y est, et il ne s’agit que de cela. Qu'importent vos révérences, vos dithyrambes et vos invocations? En style populaire, cela s'appelle de la graine de niais. Ce que nous devons chercher dans votre ouvrage, c’est la pensée qui en fait le fond; et ce que vous êtes en droit d'exiger de nous, c’est que, textes en main, nous vous fournissions la preuve.

Et d’abord, si l’on voulait tracer le portrait d’un impostés .comment s’y prendrait-on, si ce n’est en disant de lui « qu’il se laissait donner avec plaisir le titre de fils de David, sans lequel il ne pouvait espérer aucun succès, quoique ce titre lui causät quelque embarras, sa naissance étant toute populaire ; qu’il lasssait croire, pour satisfaire les idées du temps, qu’une révélation d’en-haut lui découvrait les secrets et lui ouvrait les cœurs; qu’il se plaisait fort à de petites ovations, élant bien aise de voir de jeunes apôtres, qui ne le comprometiaient pas, se lancer en avant el lui décerner des titres qu'il n’osait prendre lui-même; qu'on ne saurait lui demander n1 logique, ni conséquence, parce que le besoin qu’il avait de se donner du crédit et l'enthousiasme de ses disciples entassaicnt des notions

contradictoires ; qu'il jouait le rôle de thaumaturge, bien qu'il sentit fa vanité de l'opinion à cet égard ; qu’il a constitué sa rayaulé sur une grande équivoque, etc.; etc.1? » 1l se peut que tel journaliste qui a oublié sa langue voie dans des blasphèmes si odieux un be/ éloge de Jésus- Christ; mais nous ne sommes pas encore assez brouillés

- avec le dictionnaire de l’Académie pour ne pas désigner ces rues, ces artifices et ces supercheries par le seul mot qui lei résume, celui de charlatanisme.

M. Renan a donc beau répéter cent fois dans son livre ses deux mots favoris, délicat et discret, sa délicatesse est lourde, et sa discrétion laisse à chaque instant échapper le secret. C’est bien le caractère moral de Jésus-Christ qu'il s'efforce d’avilir et de dégrader avec une complaisance mal dissimulée. Il ne recule pas plus devant l'hypothèse de l’hallucinalion que devant celle de l'imposture, sans

toutefois prononcer le mot, pour ne pas trop choquer nos oreilles françaises, restées, grâce à Dieu, un peu sensibles à cet endroit-là. On se contentera donc d'emprunter aux panthéistes allemands leur jargon, et de dire « que l’idéalisme transcendant de Jésus ne lui permit jamais d’avoir une notion bien claire de sa propre personnalité; qu’une conviction absolue, ou, pour mieux dire, l’enthousiasme, couvrait toutes ces hardiesses, qu’il n'eut jamais une notion bien arrêtée de ce qui fait l’individualité, elc., etc.?, » Si je comprends bien, cela signifie, en bon français, être visionnaire ou fou. Se prendre pour ce qu'on n'est pas, étre possédé par certaines idées?, n’avoir pas une notion bien claire de sa propre personnalité, arriver à ce degré d’exallation où l’on perd le sentiment de ce qui fait l'individualité, voilà, ce me semble, des fantaisies dont on a

1. Vie de Jésus, p. 132, 238, 162, 192, 251, 265, 108. 2. Ibid., p. 244, 252, 305.

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