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la porte du confessionnal s’entr'ouvre de nouveau. Pour la fermer définitivement et rendormir son public, le prêtevoix des deux Socins éprouve le besoin d'écrire cette phrase : « Jésus n’énonce pas un moment l’idée sacrilége qu’il soit Dieu. — Que jamais Jésus n’ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, c’est ce dont on ne saurait douter!. » Quoi! le monde civilisé en doute si bien qu’il affirme le contraire par trois cents millions de voix, et vous osez écrire que le doute même n’est pas possible ! Franchement, c'est trop d’outrecuidance et de fatuité; les deux Socins, oncle et neveu, étaient plus modestes. Lorsqu'ils essayèrent, il y a trois siècles, d’amoindrir ce qu’on appelle aujourd’hui « la haute affirmation de lui-même, » voici ce que catholiques et protestants leur répondaient de toutes parts.
Que Jésus-Christ ait énoncé l’idée qu'il est Dieu, c’est ce qui ne ressort pas seulement de tel ou tel texte isolé, mais de l'Evangile tout entier, depuis le commencement jusqu'à la fin. Ce n’est pas un pur homme, ce n’est pas un simple envoyé de Dieu, c’est Dieu incarné qui seul peut dire, sans sacrilége ou sans folie : « Vous pratiquerez la vertu en mon nom, à cause de moi, ?n nomine meo, propter me. — Qui aime son père ou sa mère plus que mot, n’est pas digne de moi. — J’enverrai mes anges, et ils enlèveront de mon royaume tous les scandales. — Je rendrai à chacun selon ses œuvres. — Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. — Quiconque aura quitté, ou maison, ou frères, ou sœurs, etc., à cause de mon nom, aura pour héritage la vie éternelle. — J'enverrai mes anges et je rassemblerai mes élus, des quatre vents, de l’extrémité de la terre, jusqu’à l'extrémité du ciel. — Je vous donnerai moi-même une bouche et
1, Vie de Jésus, p. 75, 242.
une sagesse à laquelle vos adversaires ne pourront résister. — Vous prêcherez, en mon nom, la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations. — Tout ce que le Père fait, je le fais pareillement. — Comme le Père réveille les morts et les rend à la vie, je vivifie ceux que je veux. — Tous doivent m'honorer comme ils honorent le Père. — Je suis le pain de vie, je suis le pain. vivant, moi qui suis descendu du ciel. — Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, ef moi je le ressusciterai au dernicr jour. — Je suis le principe, moi-même qui vous parle. — Je suis la résurrection et la vie. — Avant qu'Abraham fût, moi je suis. — J'ai possédé la gloire dans le scin de mon Père avant que le monde füt. — Tout ce qu'a mon Père est à moi. — Moi et mon Père nous sommes une seule chose‘... Si ces paroles de Jésus- Christ ne contiennent pas une affirmation claire, formelle, constante de sa divinité, il faut renoncer à vouloir trouver une idée quelconque sous des mots, Dans la bouche de tout autre que du Dieu tout-puissant et éternel, un tel langage serait le blasphème le plus révoltant que l’on puisse imaginer. Aussi personne ne s'est mépris sur le sens et la portée de cette affirmation : ni les Juifs, qui voulaient lapider Jésus-Christ, parce qu'il se faisait égal à Dieu, parce qu'il se faisait Dieu*?, disaient-ils; ni le grand conseil de la nation, s’écriant par la bouche de Caïphe : Il a blasphémé, vous l’avez entendu; qu’avonsnous encore besoin de témoins $? ni le monde chrétien,
4. S. Marc, 1x, 36, 40; vin, 35; S. Matth., xix, 29: x, 37 ; XI, MA; xvi1, 27; xviu, 205 xix, 29; S. Marc, x, 27 ; S. Luc. xxi, 15; S. Jean, v, 19; v, 21; v, 23; vi, 35, 51, 55; vin, 25; x1, 25; vin, 585 xvir, 5 5 xvE, 45 5 x, 30. |
2. Saint Jean, v, 18; x, 33. — Æqualem se faciens Deo, — quia tu, homo cum sis, facis te ipsum Deum.
3. Saint Matth., xxvt, 65; S. Marc, xiv, 53 S. Luc, xxu, 74. :
qui, depuis dix-huit siècles, trouve dans cette affirmation l’une des basés de sa croyance : personne ne s’y est mépris, ei ce n’est les Ariens, les deux Socins avec leurs partisans, et finalement M. Ernest Renan.
Encore ce dernier s’y est-il bien mépris? J'en doute fort, et je ne voudrais d'autre preuve à l'appui de mon doute que le besoin qu’il éprouve de se créer une théorie particulière sur l’imposture et sur la folie. Que Jésus- Christ se soit cru et se soit dit Dieu, c’est ce dont l’auteur est si bien convaincu, qu’il cherche à tourner la difficulté en proposant sur le charlatanisme et sur l’hallucination des vues toutes neuves, qui témoignent d’une situation morale dont il est important de tenir compte. Depuis longtemps je soupçonnais M. Renan de n’avoir pas sur le bon sens et sur la sincérité les idées de tout le monde: mais je n’osais pas croire qu'il en viendrait à manifester son sentiment avec une telle crudité d'expressions.
« L'histoire est impossible, si l’on n’admet hautement qu’il y a pour la sincérité plusieurs mesures !. » Voilà une maxime que nous réprouvons hautement, et tout honnête homme fera de même. Il n’y a pas deux sincérités, pas plus qu'il n’y a deux morales. En Orient comme en Occident, bonne foi et imposture sont deux mots qui ne se concilient à aucun degré. Il vous plaît de dire « que la sincérité avec soi-même n’a pas beaucoup de sens chez les peuples orientaux, que la vérité matérielle a très-peu de prix pour l’Oriental *. » Si, au lieu de confondre le peuple juif avec les Chinois, vous vous étiez donné la peine d'ouvrir l’Ancien-Testament, vous y auriez lu, à côté de cent maximes analogues : « Les lèvres menteuses sont en ahomination devant le Seigneur. — Que la véracité précède
4, Vie de Jésus, p. 253.