Vie de Jésus, p
M. Renan n’est pas très-rassuré sur la valeur de son système : nous l’en félicitons, et nous prions ses lecteurs de ne pas rester moins inquiets que lui-même. De plus, il a vu en Galilée d’épais massifs de fleurs, des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus, des alouettes huppées, de petites tortues de ruisseaux, des cigognes à l’air pudique et grave, et enfin, pour compléter la faune et la flore du pays, des mules dont le grand œil noir a beaucoup de douceur‘. Loin de nous la pensée de vouloir contester aucune de ces découvertes. Seulement, nous prendrons la liberié de demander au voyageur en vertu de quel procédé il a pu découvrir Jéricho dans la Galilée ?? Seraït-ce qu'une mule au grand œil noir lui aurait fait franchir d’un bond la Samarie ou la Pérée, de Jéricho à Nazareth? Comme le moindre détail évangélique nous intéresse infiniment, nous tiendrions beaucoup à savoir si c’est vraiment en Galilée, et non pas en Judée, comme tout le monde l'avait cru jusqu'ici, que Zachée eut le bonheur de recevoir le Seigneur dans sa maison. Il nous semble qu'un second voyage de M. Renan en Palestine ne pourrait manquer de répandre une vive lumière sur cette question.
Après la géographie, l’histoire. C’est ici que l’imagination du romancier se donne une libre carrière. Jamais peut-être on n'a vu un écrivain se donner moins de peine pour rester d’accord avec lui-même et pour ne pas se dédire d’une page à l’autre. Ainsi, d’un côté, on nous dépeint la Galilée comme une contrée où régnait « une /ermentation extrême, comme une vaste fournaise où s’agitaient en ébullition les éléments les plus divers, comme une brélante atmosphère où la révolution faisait travailler