Ibid., p
convenez-en, vous avez voulu plaisanter : jamais vous ne réussirez à nous persuader qu’un homme né chrétien et Français ait pu songer sérieusement à vouloir expliquer par de pareilles causes l'événement capital de l’histoire du monde. |
« Toute l’histoire du christianisme naissant est devenue de la sorte une délicieuse pastorale... C'était un milieu enivrant, un perpétuel enchantement, une fête perpétuelle..… Les apôtres étaient une bande de joyeux enfants qui accompagnaient Jésus au milieu des vertes collines et des claires fontaines , etc. , etc.!. » Vraiment! C’est ainsi que les choses se sont passées! Singulière pastorale qui commence par la prédication de la pénitence et qui finit par le supplice de la croix! Ni Théocrite, ni Bion, ni Moschus ne s'étaient doutés de ce genre d’idylle. C’est donc « une bande de joyeux enfants » qui a converti le monde à la mortification des sens et à la chasteté! Vous nous apprenez là des choses surprenantes, que personne n'avait soupçonnées jusqu'ici. Et puis, cette fête perpétuelle en Galilée, au milieu des vertes collines et des claires fontaines, qui donc vous en a donné le programme ? En lisant l'Evangile, je vois bien que cette fête perpétuelle souvre par un jeûne de quarante jours et de quarante nuits; je vois bien qu'à Nazareth « ces jeunes populations» s'apprêtent à précipiter Jésus-Christ du haut de la montagne ; j'entends bien, au milieu de «ce perpétuel enchantement, » ces apostrophes foudroyantes : « Malheur à toi, Chorozaïn! malheur à toi, Bethsaïde! et toi, Capharnaüm! » et le reste*. Quant au programme de la fête, il est clairement indiqué : « Si quelqu'un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il me .
4, Vie de Jésus, p. 67, 68, 164, 189, 176, 70. 2. S. Matth., 1v, 1 et suiv.; S. Luc, 1v,29; S. Matth., x1, 21 et suiv.
suive !. » Si néanmoins M. Ernest Renan trouve ce milieu enivrant, qu'il essaie de la pastorale : ce n’est pas nous qui l'en blämerons.
J'arrive maintenant à deux grosses calomnies que l’auteur juge à propos de répéter du commencement à la fin de son livre, et cela sans un mot de preuve. À l'entendre, Jésus-Christ aurait enseigné « que les pauvres seuls seront sauvés ; » et le péché d’avarice, dans la morale chrétienne, serait « le simple attachement à la propriété *. » Où a-t-il vu cela? Lorsqu'on lance des accusations de ce genre, la probité littéraire exige qu’on discute les textes contraires, ou au moins qu'onlesindique. M. Renan ne fait ni l’un ni l’autre. Il abuse grossièrement des passages où le Sauveur signale avec tant de vérité les dangers de la richesse égoïste et sensuelle; mais il a grand soin de passer sous silence les endroits où Jésus-Christ déclare que la grâce divine suffit à l’homme pour surmonter ces périls : « Aux hommes cela est impossible; mais à Dieu tout est possible$. » Est-ce là un procédé honnèêle? Y a-t-il l'ombre de bonne foi à présenter comme un précepte ce qui, dans la pensée du Maïtre, n’a jamais été qu’un conseil de perfection applicable au petit nombre : « St vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres #7 » Ce sontles pauvres en esprit que Jésus déclare bienheureux, c’est-à-dire les hommes détachés de cœur des biens d’ici-bas. Zachée garde en propriété la moitié de ses richesses, et n’en reçoit pas moins d’éloges de la part du Seigneur‘. Est-ce que le précepte de l'aumône, ré-