Ibid., p
homme) préfèrent l'expression de fils de Joseph !. » Evidemment, le « public d'élite » auquel il s'adresse va se figurer que ces deux évangélistes appellent Jésus-Christ fils de Joseph. Or, parmi les quatre passages cités, il en est trois où ce sont les Juifs qui parlent (S. Luc, rv, 22; S. Jean, 1, 45 ; vi, 42); et dans le quatrième, saint Luc a soin de dire : « Fils de Joseph, comme on le croyait » (ur, 23). Allez, supprimez toujours ce qui vous gène ; vous êtes un habile homme, et l’on vous en croira.
Poursuivons. Le disciple de Strauss veut bien nous apprendre qu'un passage des Actes des Apôtres (11, 22) exclut formellement a divinité de Jésus-Christ ?. Je n’ai guère besoin d'ajouter qu’il ne reproduit pas le texte : à quoi bon? Les lecteurs des romans de M. Michel Lévy savent l'Ecriture-Sainte par cœur. Où donc se trouve cette exclusion formelle ? Je vois bien que saint Pierre appelle Jésus de Nazareth un homme, et nous aussi nous lappelons un homme; nous distinguons en lui la nature divine et la nature humaine. Mais, pas plus que l'Eglise, saint Pierre n’appelle Jésus-Christ un pur homme, un simplé homme, comme le prétend M. Renan, ce qui seul exclurait formellement la divinité. L'auteur de ce petit arlifice littéraire se trompe-t-il, ou veut-il tromper ?
3. « Jésus de Nazareth, homme que Dieu a autorisé parmi nous par les miracles» (1, 22). Plus loin, saint Pierre dit de Jésus de Nazereth : « Ila répandu l’Esprit-Saïnt que vous voyez et entendez vous-même (v. 33). » Est-ce qu’il appartient à un pur homme de répandre l’Fsprit-Saint? De plus, dans le même discours, saint Pierre applique à Jésus de Nazareth ce passage des psaumes de David : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite (v. 34). » Enfin, il affirme que « chacun doit être baptisé au nom de Jésus-Christ » (v. 38). Est-ce là une exclusion formelle de la divinité du Christ”?
Voici une habileté (est-ce bien le mot ?) toute pareille. « Dans l'Evangile de Jean, l’accusation de se faire Dieu ou l’égal de Dieu est présentée comme une calomnie !. » Sur quoi l'on renvoie au chapitre v, 18etsuiv., et au chapitre x, 33 et suiv. En allant droit aux textes indiqués, on trouve que Jésus-Christ, bien loin de se dédire, renchéril encore sur ses déclarations précédentes : « Tout ce que le Père fait, le Fils le fait pareillement (v. 19). — Croyer que mon Père est en moi, et moi dans mon Père (v. 38). » Il y a bien une calomnie dans tout cela, mais elle est ailleurs que dans l'Evangile.
Un peu plus loin, notre Aristarque est choqué de voir que Jésus se corrige?. Comme d'habitude, il jette au bas de la page deux ou trois signes auxquels peu de personnes feront attention : Matth. x, 5, comparé à xxvin, 19. Lorsqu'on veut se rendre compte de la correction en examinant les textes, on voit que, d’une part, Jésus-Christ dit aux apôtres : « N’allez pas vers les gentils; » et de l’autre : @ Instruisez toutes les nations. » La simple indication des dates aurait tout expliqué : avant l’ascension du Sauveur, les apôtres ne devaient pas quitter la Palesline; après son ascension, il leur était ordonné de parcourir le monde entier. C’est à quoi se réduit toute la correction; mais, comme les textes ne sont pas reproduits, quelques lecteurs trop confiants soupçonneront une énormité, et le résultat qu’attendait l’auteur sera obtenu.
Je sens combien celte énumération est fastidieuse, mais Une me semble pas inutile de la prolonger, car rien ne saurait donner une meilleure idée des inqualifiables procédés de M. Renan. Il n’y a pas d'exemple d’un système de mensonge et de dissimulation poursuivi avec une telle