Vie de Jésus, p
erreurs de détail qui peuvent échapper à tout écrivain, mais d’une ignorance constante ou d’une tromperie systématique, qui consiste à affirmer ou à nier sans l’ombre d’une preuve ; à citer, sans les reproduire, des texies qui disent tout le contraire de ce qu’on y place ; à passer sous silence tout ce qui pourrait donner l'éveil à une classe de lecteurs qu’on tient à mystifier en abusant de leur inexpérience ou de leur crédulité ; à opposer aux docnments historiques des contes imaginaires; à user tour à tour de formules tranchantes pour déconcerter les simples, et de vagues peut-être lorsqu'on est embarrassé ; à dissimuler enfin, sous un faux semblant d’érudition, l’absence de critique sérieuse et de science véritable. Voilà pourquoi, après les preuves que nous avons fournies, nous sommes en droit d’appeler la Vie de Jésus par M. Ernest Renan un misérable roman, une grave insulte au bon sens public et à l'honneur des lettres françaises.
Et cependant, quelque long que puisse paraître cet examen critique, nous ne le terminerons pas sans relever une assertion qui nous blesse dans ce que le sentiment chrétien a de plus délicat. Après la gloire de Jésus-Christ, rien ne nous est plus cher ni plus précieux que l'honneur de sa sainte Mère. Certes, nous comprenons parfaitement qu'un écrivain qui s’euthousiasme au souvenir «des fêtes d'Adonis et des mystères antiques que célébraient les femmes païennes dans la sainte Byblos {,» nous comprenons, dis-je, qu'un tel homme veuille dépouiller Marie de sa couronne virginale. Mais ce qu’on est en droit d’attendre, même de la part d’un blasphémateur avide de scandale, c’est qu'au moins il hasarde quelque chose qui ressemble à une discussion, pour établir une hypothèse que le monde chrétien repousse depuis dix-huit siècles