‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 79 sur 96 · Ibid., -p · texte numérisé non relu

Ibid., -p

Jui paraître originale; libre à lui d'ignorer que cette originalité se réduit à des vieilleries qui traînent depuis longtemps, je ne dis pas même dans le livre de Strauss, mais dans des productions bien plus anciennes, telles que l’Histoire du grand prophète de Nazareth, par Venturini ; l'Exécution du plan et du but de Jésus-Christ expliqués, par Babrdt ; les Six Discours de Woolston sur les miracles de Jésus-Christ; le plan de Jésus et de ses disciples, dans les fragments de Wolfenbuttel, par Lessing, etc., etc. M. Havet n'est pas précisément tenu de savoir ces choses ; mais ce qui ne lui est pas permis, à lui qui a mission d’instruire la jeunesse française, c’est d'ignorer l’histoire de son pays.

Quoi! vous.osez dire, dans une revue française, que la critique théologique se réduisait chez nous, avant l’avénement de M. Renan, à faire des concordances pour la commodité d’un lecteur édifié! Vous ne savez donc pas, ou vous avez oublié que dans cette même chaire d’hébreu du Collége de France, où M. Renan voulait faire monter l'hégélianisme au lieu et place de la philologie, se sont assis, dès le XV[° siècle, des hommes tels que Vatable et Génébrard, de vrais hébraïsants, ceux-là, et des prêtres catholiques, ce qui sans doute ne gâtait rien. Vous ne savez donc pas qu’encore aujourd’hui les notes de Vatable et les ouvrages de Génébrard sont consultés par tous ceux qui s'occupent sérieusement d'exégèse ? Vous ignorez sans doute qu'au XVI! siècle vivait en France un Oratorien qui s'appelait Richard Simon, et qui faisait autre chose que des concordances, un critique qui n’était rien moins que timide, et dont les nombreux ouvrages sont le répertoire où l'exégèse allemande a puisé ses premières données, et, il faut bien l'ajouter, quelques-unes de ses témérités. Vraiment! aucun théologien catholique, en France, ne s’est livré « à une étude patiente des textes sacréset de tout ee qui s'y

rattache ! » Et le magnifique commentaire de Maldonat sur les Evangiles! Et les cinquante volumes in-4° de Dom Calmet sur la Bible ! M. Havet n'en a donc jamais entendu parler ! ou bien n'y a-t-il là ni érudifion exacte, ni patience de travail? Les Allemands sont loin de professer le même dédain pour la science théologique de nos pères. Quand ils lisent les travaux de nos Bénédictins français et les mémoires de notre Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ils ne trouvent pas que la critique historique ait été tenue en servitude chez nous; ils profitent largement et sans rougir de ces ouvrages tant dépréciés par nos écrivains patriotes. Si M. Havet s'était donné la peine, comme nous, de parcourir les universités allemandes et d'interroger sur ce point les maîtres de la science, il saurait que ces derniers ne tiennent pas en médiocre estime l'éfude patiente qu'ont faite des textes sacrés les Vatable, les Génébrard, les Richard Simon, les Maldonat, les Huet, les Dom Calmet et tant d’autres dont les noms sont une gloire pour notre pays. En vérité, c’est chose étrange que d'entendre un professeur du Collége de France émettre sur notre passé des jugements qui scandaliseraient un Hollandais ou un Prussien.

Toutefois, ne soyons pas trop sévère pour M. Havet : évidemment, ce savant littérateur s'est égaré sur un terrain où le pied lui manque à chaque pas. Comme preuve de l'insuffisance de ses études préparatoires, nous n’aurions qu'à citer ce qu’il dit du Talmud; car lui aussi vient se heurter à cette pierre d’achoppement. « Quelle gène, s'écrie-t-il, malgré les traductions, pour celui qui veut étudier les origines chrétiennes , que de ne pas lire la Jangue du Talmud, de Jésus et de la Bible !! » Je prie M. Havet de vouloir bien nous dire où, quand et dans

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