Revue des Deux-Mondes, art. cité, p
D'où il suit sans doute que Dieu n'étant pas dans la nature, ne faisant point partie de la nature, n'étant pas soumis aux lois de la nature, ne saurait être compté pour rien, st ce n'est pour une idée. L’athéisme de M. Havet est manifeste pour qui sait lire et comprendre. Mais ne pressons pas trop ces étranges propositions, dont l’auteur ne s'est peut-être pas suffisamment rendu compte. De quel droit M. Havet vient-il affirmer que le surnaturel équivaut à l’imagipaire ? Est-ce là un axiome évident de soi? Est-ce une proposition déjà démontrée ou accordée ? Singulier axiome qu'une assertion contre laquelle l'humanité en masse n’a jamais cessé de protester, en croyant de toutes ses forces à la réalité du surnaturel ! Mais, Monsieur, rien n’est plus contestable ni plus contesté que votre « principe dominant de la vraie histoire. » Il ne vous suffit donc pas de l’énoncer comme chose indubitable : la logique, et, laissezmoi ajouter le respect pour vos semblables, vous interdisent également de prendre pour base de votre démonstration ce qui est précisément en question.
Nous assistons à un spectacle vraiment curieux et peutêtre unique dans l’histoire des controverses religieuses. Ils sont là trois ou quatre qui répètent du matin au soir et en chœur : le surnaturel est impossible ; la croyance au miracle renferme une supposition inacceptable, etc., ete. Et quand nous les sommons de prouver cette prétendue impossibilité, de hasarder au moins l'ombre d’un argument, ils se retranchent dans un silence superbe, ou bien ils nous répondent en forgeant des axiomes ; ils montent sur le trépied peur débiter des oracles; ils veulent être crus sur parole; ils ne raisonnent pas, ils affirment. Qu'est-ce que cela, sinon du pur enfantillage ?
Je me trompe, il y a autre chose sous ce procédé pué. ril. On évite avec soin de s’engager dans une démonstration quelconque de l'impossibilité du miracle, parce qu’on
arriverait infailliblement à une profession d'athéisme franche et explicite. Refuser à Dieu le pouvoir defdéroger aux leis qu'il a librement établies, d'y poser des exceptions décrétées de toute éternité comme la règle elle-même, c'est limiter sa toute-puissance, c’est le nier. Ou Dieu n’est qu'un vain mot, qui sert à désigner dans leur ensemble la nature et l'humanité, ou il est l'Etre vivant et personnel qui, après avoir créé le monde par sa libre volonté, le gouverne suivant des lois dont il n’est pas, dont il ne saurait être l’esclave. L’impossibilité d’un ordre de choses supérieur aux lois et aux phénomènes de la nature implique la négation de Dieu, de son activité souveraine et pleinement indépendante. Nos athées modernes le comprennent aussi bien que nous. Voilà pourquoi ils refusent toute discussion sur ce point capital, et se contentent d'affirmer sans preuve des principes dont le développement les obligerait de jeter le masque qu'ils tiennent à conserver pour un public qui ne se soucierait peut-être pas beaucoup de les voir à découvert.
Et pourtant il faut lui rendre cette justice, l’on ne peut guère reprocher à M. Havet de se montrer trop circonspect. S'il affirme purement et simplement, sans en tirer la conséquence, l’impossibilitéet le néant essentiel du miracle‘ (quel style !), il ne se gêne pas autant pour la doctrine de l’immortalité de l’âme, qu'il déclare un rêve * Voilà qui est clair et net. Ainsi, tandis que M. le ministre de l’instruction publique exige de la jeunesse française, dans le nouveau programme de philosophie pour le baccalauréat èslettres, l'exposition des preuves de l’immortalité de l'dme*, nous voyons un professeur du Collége de France traiter