‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 83 sur 96 · Revue des Deux-Mondes, art. cité, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux-Mondes, art. cité, p

ceptons sans parti pris, après un examen préalable, sur la foi d’une attestation authentique et solennelle. Je vous laisse à juger de quel côté se trouvent la logiqne et le droit. Car si Pascal, que vous avez édité, ce me semble, a pu dire avec raison : « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger, » on peut négliger sans crainte l'opinion de sophistes qui se dispensent d'examiner.

Si je ne me trompe, les erreurs de M. Havet proviennent en grande partie de ce -qu'il juge les autres d’après lui-même. À l’entendre, « la science économique serait bien près d’être toute la religion d'aujourd'hui !.» Si, par unesuite plus ou moins naturelle de ses longues et savantes études, M. Havet en est arrivé à adorer le melen ou le coton, nous ne pouvons pas l'en empêcher; mais, de grâce, qu'il parle pour lui seul. Dieu merci, le monde chrétien n’en est pas encore là : jusqu’à présent il sait distinguer assez bien la cuisine de l'Eglise, et rien n’indique qu’il confonde de si tôt la question du pot-au-feu avec l’immortalité de l'âme. M. Havét est en avance de beaucoup sur ceux dont il voudrait diriger l'appétit sensuel.: il ferait bien de ralentir un peu le pas.

Quoi qu’il en soit, l'écrivain de la Revue des Deux- Mondes ne se sent pas d'aise. « Il aime également, dans le livre de M. Renan, la largeur philosophique de la pensée, la sagacité qui pénètre le passé, l'imagination et le style qui de font vivre, l'âme qui l'anime (qui anime quoi, le livre ou le passé? ) et /e fait aimer *. » Eh bien, n’en déplaise à M. Renan, si je me trouvais à sa place, je n’aimerais pas à être loué dans un pareil style. Il me semblerait qu'on ne raisonne pas juste lorsqu'on écrit si mal. Je n'aime/ais pas même qu’on citât un long passage de mon

Page 1