‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 84 sur 96 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

livre, en ajoutant : « J’en voudrais rester sur de telles paroles ‘. » Ce qui me peinerait surtout, ce sont des phrases comme celle-ci : « J'ai réclamé quelquefois pour ce qui me semblait la vérité ou la justice ; mais si je sentais jamais autour de moi ou en moi la vérité devenir banale ou la justice étroite, je m’échapperais volontiers du côté où s'envole la pensée de M. Renan *. » La vérité qui devient banale dans M. Havet : quel amphigouri! Enfin, je commencerais à douter de mon œuvre, si je la voyais appréciée dans ces termes : « Je ne sais si je ne voudrais donner à l’utopie autant que lui donne une page d’ailleurs bien séduisante, et que beaucoup adopteront peut-être plus hardiment que moi ; mais je ne croirai dire que la vérité loute pure en disant avee l’auteur, qu'à côté du royaume de Dieu apocalyptique, que Jésus n’a pu que rêver comme le rêvaient les hommes de son temps, il yen a un autre qui n'est pas imaginaire, et que Jésus l’a compris, l'a voulu, l’a fondé ?. » Il y a vingt ans, pas un rédacteur en chef n'aurait laissé passer un tel jargon à La quatrième page du plus mince journal; mais il paraît qu'aujourd'hui ce style va devenir classique dans la Revue des Deux- Mondes. Tant il est vrai que la langue elle-même se ressent, parmi nous, de l’abaissement du bons sens et de la raison.

Au moment où j'écris ces lignes, on veut bien me communiquer un article que M. Sainte-Beuve vieat de composer pour le Constitutionnel , et voici ce que j’y trouve : « M. Havet, un écrivain qui sort tous les trois au quatre ans de sa retraite et de son silence pour nous produire chaque fois un chef-d'œuvre de critique en son genre, —

Page 1