Revue des Deux-Mondes, 4° août 1863, p
rend plus sobre de détails? Excepté M. Havet, personne n'ignore que le propre de saint Marc est précisément d'appuyer, dans la plupart des faits qu'il rapporte, sur certaines circonstances omises par saint Malthieu et par saint Luc ‘? Serait-ce enfin que la priorité d’origine ou de date fût acquise sans conteste à l'Évangile de saint Marc ? M. Havet ne se doute pas qu'il a contre lui la presque unanimité des critiques, y compris l’école rationaliste de Tubingue °. Il me semble qu’en pareil cas une affirmation pure et simple équivaut à une plaisanterie. Mais j'allais oublier que, dans la Revue des Deux-Mondes. .il est reçu « d’énoncer sans le prouver ce qu’on pense. » Alors, pourquoi M. Havet a-t-il quitté sa retraite ? Qu'est-ce qui l’empéchait d'attendre une année de plus pour compléter son essai de premier ordre?
Si je suis assez heureux pour voir clair dans la prose de l’auteur, voici peurquoi il accorde à l'Evangile de saint . Marc l'estime qu'il refuse à celui de saint Jean. Ce dernier document contient l’histoire de la résurrection de Lazare ; or, « ce signe éclatant de Jésus, » qui a déjà été l’écueil de M. Renan, embarrasse fort son panégyriste. «Il y a dans les Evangiles un miracle, mais un seulement, qui ne comporte aucune illusion : c’est la résurrection de Lazare. Mais aussi ce miracle unique, ce signe éclatant de Jésus, est précisément celui dont il n'est pas dit un mot dans aucun des trois premiers Evangiles ; il ne se lit que dans le
1. Comparez, par exemple, pour la guérison du paralytique, saint Matth., 1x, 2, et saint Marc, 1, 4; — pour la guérison du possédé dans le pays des Géraséniens, saint Luc, vin, 29, el saint Marc, v, 3-6; — pour la guérison de l'hémoroisse, saint Matth., 1x, 20-22, et saint Marc, v, 25-33; — pour la guérison du lunetique, saint Matth., xvur, 44-17, et saint Marc, 1x, 16-26, etc.
2. Schwegler, Nachapostolisches Zeitalter., 1, p. 455 et suiv.; Baur, Cristiche Untersuchungen über die canon. Evang., p. 562 et ss.
dernier !. » Donc il faut, coûte que voûte, nier l'authenticité de l'Evangile de saint Jean. Ceci fait, M. Häÿet se croit hors de danger : il s’imagine sans doute qüe leé autres Evangiles ne mentionnent aucun miracle de ce genre. Et la résurrection de la fille de Jaïre, où donc se trouvet-elle rapportée ? Dans saint Jean ? Non : dans saint Marc, dans saint Matthieu et dans saint Luc *. Et celle du fils de la veuve de Naïm, opérée en présence de tout un peuple, est-ce encore saint Jean qui la raconte? Non, c’est saint Luc 5. Vraiment, M. Havet n’a pas la main heureuse : il a beau fuir d’un Evangile à l’autre, les morts le poursuivent partout ; et pour un ressuscité qu’il cherche à éviter, il s’en dresse deux attres devant lui. Ai-je et raison de dire qu'il devra consacrer la prochaine période triennale à une lecture attentive des quatre Evangiles ?
Voici d’autres raisons qui prouvent combien cette lecture pourrait lui être utile. Ge qui attire notre critique vers l'Evangile de saint Marc, c'est qu'il a cru y trouver, . « à la place d’une profession de foi véritablement universelle, » un esprit étroit et exclusif *, À l’entendre, le Sauveur refuserait à tout autre qu'aux Juifs l'entrée de son royaume. M. Havet, qui pense beaucoup, a le tort de lire peu et trop vite. Il aurait pu s’épargner cette étourderie, 8’il avait ouvert l'Evangile de saint Marc aux passages suivants, que je prends la liberté de lui signaler ! « Il faut que l'Evangile soit prêché chez toutes les nations. — Partout où sera prêché cet Evangile , dans le monde entier. Alles dans tout l'uñivers, et prêchez l'Evangile à toute
4, Revue des Deux-Mbohdes, p. 584.
3. Saiht Marc, v, 35-439; Saint Matth., rt, 18-26 ; saint Luc, vin, 41-56.