‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 92 sur 96 · Revue des Deux-Mondes, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux-Mondes, p

2. Ibid., p. 589. M. Havet prétend connaître un aumônier d'une pension de demoiselles qui s’est trouvé embarrassé par le texte de saint Jean. Si cet aumônier n’est pas une libre création de l'esprit inventif du critique, il aura oublié : 1° que le mot femme ne renfermait pas chez les Hébreux l’idée de mépris qu'on pourrait y attacher en français; que, dans l'antiquité, on donnait le titre de femme à des princesses et à des reines en leur adressant la parole; 2° qu'il y a une grande différence entre cette version, qui est inexacte : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi?» et celle-ci, qui est la véritable : « Qu’a cela de commun à vous et à moi? » Cette dernière version, comme Grotius l'a fort bien observé, est justifiée par divers passages analogues de l’Ecriture sainte. (II° livre des Rois, xv1, 10; IIS Paralipom., xxxv, 21 ; Joël, ui, #; saint Matth., vu, 29). Pour ne citer que des noms peu suspects à nos adversaires, Calvin et Lamennais ont interprété le verset de la même façon que nous. Quant à la traduction brutale de M. Havet : « Femme, que me veux-tu? » elle lui appartient en propre; nul jusqu'ici n'avait eu la main assez lourde pour faire une pareille violence au texte. C’est chose vraiment pitoyable de voir une Revue qui se pique d’être sérieuse, ramasser des inepties dont il a été fait justice tant de fois.

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saisir de lui, car ils disaient : Il a perdu l'esprit. » Enfin, pour se débarrasser de l'Evangile selon saint Jean, il dira dans une phrase où le style est à la hauteur des pensées : « Tout est simple pour qu: admet que ce n "est pas Jean qui parle ici, mais bien une école qui, après la mort de Jean, se prétendait son héritière et se recommandait de son nom, et qu: cherchait en effet à donner de l’importance à l’apôtre d qui on rapportait ce quatrième Evangile, qu'on voulait faire accroire qu'il avait écrit !. » Style et pensée, tout témoigne de la maladie que je signale, et sur laquelle je me suis permis d'appeler l'attention de M. Havet.

On me demandera sans doute ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ est devenu dans l'imagination du littérateur dont je m'occupe. J'ai réservé cette question pour la fin. Car il m'est impossible de suivre l’auteur dans ses divagations sur les miracles possibles et les miracles impossibles, sur les menus miracles et les miracles extraordinaires (comme s’il y avait des miracles ordinaires’ !) Quand M. Havet aura mis quelque ordre dans ce farrago, à trois ou à quatre ans d'ici, on pourra entamer avec lui une discussion profitable. Arrêtons-nous, pour le mement, à la personne du Sauveur. Pascal disait : « Qui a appris aux évangélistes les qualités d’une âme parfaitement héreïque, pour la peindre si parfaitement en Jésus-Christ? » (Edit. Havet, p. 227.) Son ancien éditeur n’est pas embarrassé : « Ceux qui nous parlent de Jésus, dit-il, ne le connaissent pas, ts l'imaginent.…; la légende de Jésus est un travail d'imagination et de transformation poétique *.» Ah! ils l'ont imaginé ! Sans travailler sur le vrai, sans copier d’a-

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