‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 93 sur 96 · lbid., p · texte numérisé non relu

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près nature, ils ont inventé ce divin original ! Ils ont tiré d'eux-mêmes, tout simplement et sans avoir l’air de s'en douter, cette figure sans pareille, ce caractère unique devant lequel le monde civilisé est en adoration depuis dixhuit siècles ! Ce sont quelques pauvres ignorants, auxquels vous reprothez une foule de bévues, qui ont produit ca chef-d'œuvre, qui ont ratracé l'idéal du divin avec une vérité et une simplicité si teuchante et ai majestueuse | Et vous ne pouvez pas mème nous citer les noms de ces hommes doués d’une telle force imaginative ! L'histoire, d’après vous, ne sait rien de ces créateurs anonymes qui un beau jour ont doté l'humanité d'un Homme-Dieu ! Naissance, patrie, vie, tout est resté dans l'ombre; la saule chose qu'on connaisse d’eux, c’est qu'ils ont imaginé Jésus-Christ, et depuis ce moment-ls, le monde entier a véou de leur invention ! Tenez, vous ne mérites pas que nous discutions sérieusement avec vous; il nous suffra de vous renvoyer à l’un des vôtres qui, ce jour-là, se trouvait en veine de bon sens et d'humeur éloquente. Après avoir montré que la figura de Jésus-Christ ne saurait être une invention des évangélistes, M. Edgard Quinet appréciait ainsi le travail d'imagination et de transformation poétique dont parle M. Havet :

« Sans nous arrêter à cette observation, accepteronsnous, pour tout expliquer, la tradition populaire, c'estàa-dire le mélange le plus confus que l'histoire ait jamais laissé paraître, un chaos d’Hébreux, de Grecs, d'Égyptiens, de Romains, de grammairiens d'Alexandrie, de scribes de Jérusalem, d'Esséniens, de Sadducéens, de Thérapeutes, d'adorateurs de Jéhova, de Mithra, de Sérapis ? Dirons-nous que cette vague multitude, oubliant les différences d'origine, de croyances, d'institutions, s’est soudainement réunie en un seul esprit pour inventer le même idéal, pour créer de rien et rendre palpable à tout le genre

humain le caractère qui tranche le mieux avec le passé, et dans lequel on reconnaît l'unité la plus manifeste? On avouera au moins que voilà le plus étrange miracle dont on ait jamais entendu parler, et que l’eau ehangée en vin n'est rien auprès de celui-là ‘. »

Il est probable que ees paroles auront le privilége de scandaliser M. Havet, déjà fort mécontent du mot de Jean- Jacques : « Si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. » D'après lui, « la vie d’un Dieu, la mort d’un Dieu sont des assemblages de mots auxquels il est impossible d’attacher une idée nette ?. » Sans doute, quand on confond dans le Christ la nature humaine avec la nature divine, et qu’on rapporte à celle-ci des souffrances qui ne sauraient l’atteindre ; mais est-ce là l’enseignement chrétien ? Qu'est-ce que M. Havet trouve de peu net dans l’idée de deux natures conservant chacune leurs propriétés, et réunies en une seule et même personne qui les dirige et les gouverne ? Lui-même est une image frappante de cette haute réalité. Quand il écrit ‘dans la Revue des Deuxz-Mondes, il est à croire que sa main seule tient la plume, et cependant c’est M. Havet tout entier, corps et âme, qui commet l’article, et qui en est responsable. Il faut recemmencer le catéchisme avec ces profonds théologiens.

« La mort de Jésus, continue le critique, n’est si touchante dans le texte même de l'Evangile qu’autant que l'idée du Dieu en est absente. » Quelle aberration d'esprit! C'est précisément l'idée du Dieu qui rend cette grande scène si émouvante pour l’âme humaine. Le supplice d’un simple homme m'attendrit sans nul doute; mais quand je vois un Homme-Dieu condescendre à souffrir pour l'humanité;

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