Revue des Deux-Mondes, p
quand je songe à la distance qui le sépare de ceux dont il subit, sans se plaindre, l'injustice et la violence ; et que j'entends néanmoins tomber de ses lèvres ces sublimes paroles : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! » c’est alors que le spectacle d’une si grande bonté jointe à une telle patience me saisit par le fond de mon être, et fait éprouver à mon âme une émotion que toute autre scène eût été impuissante à produire.
Mais, reprend M. Havet, « Jésus n’est plus un exemple, s’il devient inimitable, et si on ne peut lui dire à travers les siècles : Je suis ton frère, et je ferai comme toi !. » Et qui lui a dit que Jésus-Christ devient inimitable , s’il est Dieu, et que nous cessons dès-lors d’être ses frères ? Ce docte littérateur n’a donc jamais pris connaissance d'un livre assez répandu, ce me semble, et qui s'appelle l’mttation de Jésus-Christ. Si Platon, bien plus avancé que nos modernes païens, a pu assigner à l'activité morale pour règle et pour but «l’imitation de Dieu, » cette imitation deviendra-t-elle impossible, parce que l'idéal de la perfection s'offre à nous sous une forme humaine? N'est-ce pas, au contraire, ce qui la rend plus facile, en rapprochant de nous le modèle de la sainteté, et en le mettant à la portée de tous ? Vous admirez, dites-vous, « Jeanne devant l’inquisition de Rouen ; elle vaut pour vous Jésus-Christ devant Caïphe. » Le blasphème est gauche et maladroit. Jeanne est forte devant ses juges, précisément parce qu’elle se souvient de Jésus-Christ, parce qu'elle dira, l’héroïque jeune fille : « Je m'en attends du tout à Notre-Seigneur ; » parce qu'elle expirera le nom de Jésus sur les lèvres. Voilà le privilége de cette mort unique dont le caractère vous échappe, c’est d’avoir produit depuis lors les grandes résignations au milieu des grandes souffrances. À partir de