XVII. PROPRIÉTÉS TERRITORIALES, ETC
« Chaque Indien a une portion de terre avec la- « quelle il pourvoit à sa nourriture et à son entretien, «On donne des cités en apanages. »
i° M. P. passe les mots 5B tfjC *5a'"mou' ((les gouverneurs.»
2° Il rattache le nominatif jgiË EzJ jou.-tch.in, « les ministres, » à la phrase précédente où il parle de soldats qui rentrent dans ï'mtèrieur; puis , divisant le mot composé jgjn n5 fou-tchin , « ministres , »
il traduit la première syllabe. , jjjjg fou , par « aider, » et la seconde tchin par «les ministres. »
3° Ii prend le nominatif fcth. » chou-houan , «les magistrats,» pour des accusatifs quil fait régir par son verbe jfijn fou, «aider,» lequel mot est simplement la première syllabe du nominatif j|j|| ^pfou-tchin , « ministres. »
&° Il a divisé en* deux l'expression composée 4|ïr n/+ liao-tso,
« les emp.oyés -, » il traduit la première syllabe 4^ Zfao par le mot
<( devoirs,» et le mot 'py fao (seconde partie du mot 'jJjT /j/|*
liao-tso, «un employé»), par le verbe «assister.» M. P. «ceux qui « les assistant dans leurs devoirs. »
5° Il coupe en deux la pbrase : « Les gouverneurs , les ministres , «les magistrats, les employés, ont chacun une certaine quantité de « terres. »
6° Il finit un paragraphe au mot «les employés» (mot composé quil traduit jar « ceux qui les assistent dans leurs devoirs » ).
7° Ensuite il commence son S xvu aux mots : « chacun a ou re- « çoit une ceriaine portion de terres , » qui font partie de la phrase précédente.
8° Il confond ensemble deux membres de phrase séparés, et rattache les mois *p[j "Èa* tseu-chi, «ils mangent, ils consomment «eux-mêmes,» aux mots -yy- jfu fen-ù> «terres réparties.» « Unusquisque , dit-il en note, Jiabet partitam terram ad sejpsvm nutriexdum. ~Les mots pff "ej tseu-chi, «ipsi comedunt,» commencent le membre de phrase suivant, et ont pour régime les mots -¥& rrt fong-i, que j'explique plus bas.
9° Il a commencé une phrase par les mots rcïf pot fon9^ •
« terres damées en fief, » qui sont le régime direct des deux mots
précédents p[j "â* tseu-chi, «ils consomment eux-mêmes, cest-
« à-dire seuls , les revenus des terres qui leur sont données en fiefs. » Littér. «ipsi comedunt terras jure beneficiario mancipatas . » Il traduit : « on donne des cités en apanage. »
io° Le mot pd i, ne veut pas dire ici «des cités,» mais «terres
« données aux magistrats. » (Cf. Khang-hi , clef i63, fol. 67 r. 1. 5 ; et Morrison , part. II , n° 1 o,4 11.)
m mm #j.*fi*o#0c.
#*■#*. si» #m.
« Comme les climats et les qualités du sol sont « fort différents , les productions de la terre offrent «aussi une grande variété. Les plantes à fleurs et « les arbres à fruits diffèrent autant par leurs espèces « que par leurs noms. »
M. Pauthier n'a presque rien compris à ce passage qui est cependant d'une clarté extrême ; il traduit : «On distribue des terres, à condition de partager les « produits du sol ,y compris même les fleurs , les herbes, «les fruits et les arbres de toute nature. Les produits « du sol sont très-variés ; ils portent différents noms , atels que, etc.»
i° Il passe le mot ïjfiC fong , «vent,» qui veut dire ici «climat. »
2° H rend les mots j|p Gjj jang-pie, «les sols (jang) sont «différents (pie),» par «distribuer ( Sll pie) des terres ( jËÊ. «jang).» Il ne fait pas attention que la position des mots s'oppose absolument à ce que le mot Si j pie, « être différent, » soit pris ici pour le verbe actif «distribuer,» gouvernant le mot jjfg jang, «sol» (le verbe doit précéder son régime). Du reste, jamais le mot Sjl pie n'a signifié « distribuer. »
3° Dans le passage : « Les produits de la terre sont également « différents, » il rend le mot yrfc tchou, « différent, » par « partager » (à condition de partager, etc.). C'est ici le lieu de répéter î'observa-
J. A. Extr. n° 8 (i84i). 9
tion que nous avons faite plus haut, à l'occasion du mot Slj pie. La position du mot yJK tchou, «être différent,» ne permet pas d'en faire un verbe actif et de lui donner pour régime direct le mot ^R|| li, «profit, » c'est-à-dire produits du sol. J'ajouterai encore que le mot yik tchou n'a jamais en chinois le sens de «partager. »
4° H ajoute «y compris même, » et fait régir les nominatifs 21/ ljfllj hoa-tsao , « plantes à fleurs , » -=P» À\ kouo-mo , « arbres à « fruits, » par le verbe actif partager, qui n'existe pas dans le texte.
5° Il n'a pas vu que, dans les mots Jy Wm hoa-tsao et -5?»
À^ kouo-mo, les mots )2w hoa, «fleurs,» et -T?* kouo, «fruits,»
étaient pour ainsi dire des qualificatifs des mots plantes et arbres, et qu'il fallait traduire «plantes à fleurs, » c'est-à-dire plantes qu'on recherche pour leurs fleurs , et non « fleurs et herbes ; » « arbres à « fruits, » et non « fruits et arbres. »
6° Il a commencé une nouvelle phrase par les mots 35tt; ^ni§
tsa-tchong, « espèces variées,» 4~+£. V? i-ming ,« noms différents,»
qui se rapportent aux quatre syllabes précédentes : « Les plantes à «fleurs, les arbres à fruits, sont d'espèces variées et ont des noms «différents.» Aussi, pour faire un sens, a-t-il été obligé d'ajouter : les produits du sol.
ail serait difficile de donner rénumération cornet plète de toutes ces espèces de fruits; mais j'ai cité a sommairement ceux que les hommes estiment le a plus. »
M. Pauthier traduit : « Fruits dont il serait difficile
( 131 ) « de déterminer l'espèce et la nature , mais qui paraissent «précieux et excellents dans leur genre. Les hommes « de notre siècle en parlent avec beaucoup d'éloges. »
i° Il a cru que les mots ifiê" jctr pi-tsaï, «rapporter, énumé-
« rer complètement, » signifiaient ici déterminer d'une manière scientifique à quelles espèces se rapportent ces fruits.
^° Il y a en chinois ^ î^ A 1Ê M* ^ ^ "==ï" 7EÊ niot à mot : « ceux qui — sont prisés — dans la générale *»*7o . .
«tion des hommes, c'est-à-dire parmi lès hommes, sommairement-
« ont été cités ( plus haut ) . »
M. P. a coupé cette phrase en deux , et a mis un point après È3
tT'X kien-tchin , «sont estimés.» Le mot E3 hien (vulgo voir)
est ici une marque du passif. (Conf. Rémusat, Gramm. chin. S 173.)
M. P. le rend par « paraître , » et il fait l'adjectif précieux du mot j^X
tchin, qui, par l'addition du mot E3 Men, est devenu le verbe
passif a être estimé. »
3° Il a recommencé une phrase par les mots Pi TM ^\
jin-chi-telie,et, oubliant, comme à l'ordinaire, la règle du génitif, il
prend le génitif TV jin, «hominum, » pour un nominatif, et le mot
\J) chi, « generatione » (qui est ici au cas locatif par position),
pour un génitif, et il traduit •. «les hommes du siècle,» au lieu de in hominum generatione , id est ab hominibus.
4° Il rapporte aux hommes le mot 3/5* tche, « ceux qui, » qui se
rapporte aux fruits et sert à rattacher le premier membre de phrase au second.
5° Il rend les mots wft "yjjjîs. -— j Ho-hu-jen , « en abrégé ils «ont été cités et énoncés, » par : « (les hommes du siècle) en parlent « avec beaucoup d'éloges ! »
« Quant aux fruits du jujubier, du châtaignier, du ukaki, ils sont inconnus dans l'Inde.»
M. Pauthier : « Quant aux fruits du tsao ( espèce de « cannarium) , à la châtaigne , aux fruits pi et chi, l'Inde « n'en a jamais entendu parler. »
i' M. P. s'est trompé en prenant le fruit de l'arbre J^Br tsao (le
jujubier) pour la datte. (Voyez les dictionnaires chinois de Basile et de Goncalvez )
2° Il fait ^eux arbres des mots /$& A^m pi~°hi- Ces deux syllabes désignent une seule espèce d'arbre (le kaki). (Voyez YEncycl. japon, iiv. LXXXVII, fol. 12.)
20 En chinois, jamais on ne personnifie les noms de pays. Les
mots FlJ ES in-tou . « l'Inde,» qu'il met au nominatif, sont à
l'ablatif, ou plutôt au locatif (in India); et les mots ffiff f|3
won-wen, « ne pas entendre parler, » se rapportent, soit aux habitants de l'Inde, soit au voyageur Hiouen-tsang, et non à l'Inde personnifiée.
« Depuis que les deux espèces de poiriers li et naï, « le pêchers', l'amandier^, la vigne et autres arbres «à fruit, ont été apportés du royaume de Cache- «mire, on les voit croître (litt. «plantés» ) en tous «lieux. »
( 133 ) M. Pauthier : «La poire, la prune, la pêche, la « prune acide , les raisins et autres fruits , viennent du « royaume de Cachemire , oà ils croissent en abon- « dance. »
i° H rend ^N naï, sorte de poire, par le mot prune.
2° H a pris le mot >3> heny, « l'amande, » pour la prune acide.
3° Il a rendu au présent (ils viennent) les mots f— ^ 73(C i-laï.
« depuis qu'ils sont venus, » et s'est trompé principalement sur î'époque antérieure dont parle Hiouen-tsang.
4° H a cru que les mots fil 4Ë1 |«î JRM wang-wang-
kien-tchi, «ils sont plantés partout, » se rapportaient au pays de Cachemire.
4° Enfin il a lu kia M? KiNG-mi-lo , au lieu de kia >a2£ chi-
mi-lo , que porte le texte , et fait une note de huit lignes pour corriger une faute qui n'existe pas. Si l'on se donne la peine de comparer le
mot Y85 chi, «humide» (Basile, n° 5i5o), avec le mot V<y[
king, nom de rivière (Basile, n° 5ooi ) , on reconnaîtra pourquoi il a pris le son chi pour le son king. Dans le premier, le groupe phonétique
chi se compose, i° de la clef î — ■* , 2° de la clef 52 yr^ répétée,
3° de la clef 32 -p . Dans le second mot, le groupe phonétique
king se compose, i° de la clef î — — « , 2° de la clef 47 { (t , 3° de
îa clef 48 [ Kia-chi-mi-lo ( Cachemire ) .
^ m # tt m -à m.
«Tous les royaumes (de l'Inde) produisent des « grenades et des oranges douces. »
Littéralement : « Le grenadier, — l'oranger à fruits «doux, — dans tous les royaumes — l'un et l'autre o — sont plantés, c'est à-dire cultivés. »
( 134 ) M. Pauthier : a La grenade, les oranges viennent « d'autres royaumes.
« Toutes les plantes et les arbres, etc. »
i° Il a mis un point après les mots "^gr jjâ%| , qui sont au cas iocatif ( dans les royaumes ) , et sépare ainsi les substantifs grenadier, oranger, du verbe Tmvf chou, « être planté, » dont ils sont le sujet.
2° Il rend les mots yrenadier, oranger, par grenades et oranges,
mots qui ne peuvent cadrer avec le verbe passif Tn& chou, «être
a planté. »
3° Pour faire un sens, il ajoute les mots viennent de, qui ne se trouvent pas dans le texte.
4° Il a traduit le mot"pg tchou, «les,» par le mot «autres,» et
a compris que ces deux fruits venaient d'autres royaumes que celui de Cachemire.
5° Il rejette dans la phrase suivante les mots -gj^ TtgJ' kiaï-
chou, a l'un et l'autre » ( <& Mai, vulgo tous, se rend ainsi quand il
ne se rapporte qu'à deux noms) , c'est-à-dire le grenadier et l'oranger sont plantés, cultivés, et les rend par toutes les plantes et arbres. H
oublie que Jg* hiaï, «tous, l'un et l'autre,» se met toujours,
comme dans ce passage, après les nominatifs auxquels il se rapporte. (Conf. Rémusat, Grammaire chinoise, § 75.) C'est la position de ce
mot qui indique ici que yfcn± chou (vulgo arbre) , remplit le rôje
d'un verbe passif et signifie être planté, cultivé.
mm ti mm jm
mAmmmik
« Ils cultivent les champs et se livrent aux travaux
( 135 ) «agricoles; ils sèment, récoltent, labourent, sarclent «et plantent suivant les saisons. »
M. Pauthiern'a presque rien compris à ce passage ; il traduit : « Toutes les plantes et les arbres à fruits qui « produisent ceux dont on vient de parler, sont cultivés « dans les champs. Les agriculteurs les plantent, et en «recueillent les fruits avec soin. Ils commencent par « bien nettoyer la terre des mauvaises herbes qui la «couvrent; ils sèment et plantent ensuite quand la « saison est propice. »
i ° Il fait précéder ce passage chinois des mots *p^ itjhf kiaï-
chou, «ils sont plantés,» qui font partie de la phrase précédente et en complètent le sens. Il les a traduits par toutes les plantes et arhres.
En chinois (Rémusat, Grammaire chinoise, S 75) , le mot -S5? kiaï,
«tous,» ne peut être placé avant le substantif; il le suit toujours.
Ainsi, pour dire «tous les arbres, on doit écrire yjiovf \St chou-
kiaï, et non *^5 mt kiaï-chou; car, dans cette dernière position ,
le mot yjijavf chou (vulgo arbre) , remplit le rôle d'un verbe passif et
signifie être planté, cultivé. (Voyez § 124, n° 5.)
2° II rend par plantes et arbres le mot /fwA chou, qui signifie proprement arbre quand la position des mots ne lui donne pas le rôle d'un verbe. L'idée de plante s'exprime par JjpT thsao.
3° Il rend les mots jjJI Ffl ken-thien, «(les Indiens) cultivent «les champs,» par « (ces arbres) sont cultivés ( ^^ ken) dans les «champs ( ff] thien).» Si le mot JJJ ihien, «champs,» était au cas locatif, « dans les champs, » il serait placé avant un verbe. De plus , le mot ^jm< ken, «cultiver,» se dit des terres, et non des arbres.
4° Il reno* les mots 7^S Pg wou-nong, « (ils se livrent à l'agri- « culture) sèment et récoltent (les céréales) ,» par : «les agriculteurs < ( j& i==| u>pa-nQiia.) les plantent (ces arbres) et en récoltent les
«fruits. » H ne s'est pas aperçu que les verbes jldF J^s kia-se ,
« semer et récolter, » se disent uniquement des céréales , à la culture desquelles s'appliquent les mots labourer et sarcler.
5° Il rapporte aux seuls mots « semer, planter, » les mots "
H3c souï-chi , suivant les saisons qui s'appliquent aux travaux agricoles énoncés plus haut.
6° Il a fait des mots j& J=| wou-nong, « ils s'appliquent à a l'agriculture , » qu'il traduit à tort par « les agriculteurs , » le nominatif de la phrase suivante, Ttap- /fôgf ^ETp jfôt ha-se-ken^yun, «ils sèment, récoltent, labourent et sarclent,» tandis qu'ils complètent le sens du premier membre de phrase.
« Chacun se repose après avoir travaillé. » Littéral. « En venant de travailler se repose. » M. Pauthier : Chacun retire de son travail le bon- « heur et l'aisance. »
i° Il traduit le mot /VU tsong, «en sortant de,» par le verbe actif « retirer. »
20 II rend le verbe J5& lao , « travailler, » par le substantif « tra-
« vail , » et le verbe 7$j, l- ■ se reposer, » par « bonheur, aisance. »
«Les ciboules et les aulx ne sont pas communs;
« aussi en mange-t-on rarement. Si quelqu'un en u mange dans sa maison, on l'expulse et on l'oblige <( de sortir hors des murs de la ville. »
M. Pauthier a divisé ce passage en deux parties, et, faute de le
comprendre, il a commencé son § xvm par le mot /fc!f yeou ,
« s'il y en a , » qui appartient à la première moitié de la seconde phrase.
I1H, ainsi !e texte: $ <^^i % 4&$% ^
tan-chi-i-hi-KiA. YEOU-chi-tche , etc. au lieu de tan-chi-i-hi. kiajeou-chi-tche , etc.
Il traduit : « Quoique les oignons et les poireaux « soient rares , on en mange cependant jusqu'à satiété
«(tan-chi Pù£ r£)» mais dans un Pe^ nombre de
« familles ( hi-kia Jffh 3^ ). »