L'AUTORITÉ DES ACTES DES APOTRES
S'il est un livre au monde qui ait le caractère d'une histoire authentique et véritable, ce sont les Actes des Apôtres. L'auteur est contemporain des faits qu'il raconte ; M. Renan est obligé d'en convenir : « Une chose hors de doute, c'est que les Actes ont eu le même auteur que le troisième Évangile, et sont une continuation de cet Évangile (2). » Pour une grande partie de son récit, il est témoin oculaire : il rapporte ce qu'il a vu de ses propres yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles ; à partir du verset 10 du chapitre XVI, il apparaît dans la compagnie de saint Paul, et il se sert du pronom « nous, » indiquant ainsi que, depuis lors,
(!) Yie de Jésus^ p. 263.
(3) ^s Apôtres j Introd., x.
il a voyagé à la suite de l'Apôtre. H. Renan n*a pas pu le nier : « Nous pensons que Tauteur du troisième Évangile et des Actes est bien réellement Luc, disciple de Paul (1). d Quant à la première partie de sa narratioii, il était dans la meilleure situation que Ton puisse désirer pour un historien exact et bien informé. Laissons même de côté le sentiment d'Eusèbe, de saint Jérôme et de Tauteur du canon de Muratori, qui étendent, pour saint Luc, la qualité de témoin oculdre à tout l'ensemble de son ouvrage (2). <]lertes, ce sont là des autorités respectables, auprès desquelles l'assertion contraire d'un écrivain du dix -neuvième siècle ne serait d'aucun poids. Mais admettons que saint Luc n'ait point vu par lui-môme tout ce qu'il rapporte dans les premiers chapitres des Acteh. Disciple et compagnon de saint Paul pendant plus de dix ans (52-63) , il était mieux placé que tout autre pour apprendre de la bouche même de son maître, et jusque dans les moindres détails, tous les faits relatifs à la jeunesse de ce dernier, à sa conversion, au martyre de saint Etienne, à l'établissement du christia- ,nisme à Antioche, au concile de Jérusalem, aux premières missions de Paul et de Barnabe, etc. (Gh. vu à ch. xv.) Cette source de renseignements eût suffi à elle seule pour permettre à saint Luc d'écrire en parfaite connaissance dé cause l'histoire du christianisme naissant. Car il est impossible d'admettre que saint Paul, qui avait vécu à Jérusalem avant sa conversion, qui était retourné à Jérusalem trois ans après, n'ait pas su par lui-même ou appris des autres Apôtres ce quis'était passé dans cette ville depuis la résur-
(1) Les Apôtres, xyhl
(2) Eusèbe, H. E., m, ii. — S. Jérôme, de Vir. illust., ch. vu : Evangelium sicut audierat, scripsit; acta autem apostolorum sicut viderat composuit. — Le canon de Muratori (Antiq* ital., m, 8/|5) : Sab praeseotla ejus singola gerebantur.
rectioD du Seigneur. (Ch. i à ch. tiî,) Maûs là ne se bornent point les informations de saint Luc. Toutce qu'il relate concernant rÉglise primitive, il a pu le recueillir sur le théâtre même des événements. Eusèbe, qui travaillait sur d'anciens documents, déclare en propres termes que le disciple de saint Paul était originaire d'Antioche, n et qu'il avait conversé assidûment avec les autres Apôtres (1). » A Jérusalem, où il fait un long séjour dans la compagnie de saint Paul, et où il entre en relations avec l'apôtre saint Jacques, l'auteur des Actes a pu consulter les témoins oculaires des faits qu'il rapporte au commencement de son ouvrage (2) . A Gésarée, nous le trouvons dans la maison du diacre saint Philippe, chez lequel il demeure plusieurs jours (3) : lors donc qu'il raconte au viu"* chapitre la mission de Philippe en Samarie, la conversion de l'eunuque de la reine d'Ethiopie, ce n'est pas sur des bruits vagues qu'il compose sa relation, mais d'après le témoignage de celui-là même qui avait joué le principal rôle dans ces événements. C'est encore pendant son séjour à Gésarée, aux lieux mêmes où s'était accomplie la conversion du centurion Corneille, que saint Luc a pu se renseigner sur les détails qui avaient accompagné ce fait si important dans les annales de TÉglise primitive. A Rome, où il reste pendant la captivité de deux ans qu'y subit saint Paul, son maître, il se rencontre avec Jean Marc, chez lequel saint Pierre demeurait à Jérusalem : autre source de renseignements pour tout ce qui est rap-
(i) Eusèbe, H. £. ui, U.
(2) Actes des Apôtres^ xxi, 17, 18 : « Quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, les frères nous reçurent avec Joie. Le Jour suivant, Paul entrait avec nous chez Jacques, et tous les anciens s'assemblèrent. »
(3) IbicL, XXI, 8, 9, 10 : « Et, entrant dans la maison de Philippe, révangéllste, qui était un des sept, nous demeurAmes chez lui j»
porté au chapitre xu des Actes (1). Donc, dans les douze premiers chapitres comme dans lesjaeize derniers, l'auteur des Actes conserve le caractère d'un historien qui, s'il n'a pas tout vu par lui-même, écrit à une faible distance des événements et sur la foi des témoins oculaires (2) ; qui a séjourné dans les villes où se sont passés les faits qu'il mentionne; qui s'est trouvé en rapport personnel avec plusieurs de ceux dont il raconte les actes ; qui, en un mot, remplit dans toute sa rigueur la première des conditions requises pour la fidélité d'un récit,
M. Renan ne nous accusera pas de vouloir déserter le terrain de la critique historique. Nous appliquons tout simplement à saint Luc les règles que la science a coutume de suivre à l'égard de tout autre historien : nous examinons son caractère, sa situation personnelle, ses sources d'informations. Et maintenant cet* écrivain si bien placé pour connaître les faits de l'histoire apostolique, a-t-il apporté tout le soin nécessaire dans l'exécution de son œuvre? Luimême nous l'apprend en tête de son premier livre : a Je me suis informé diligemment (àxpeêcSç) de tout ce qui s'est passé dès l'origine (3) . » L'ouvrage répond-il à cette déclaration? Y trouvons- nous cette exactitude scrupuleuse que cherche et qu'annonce l'auteur? M. Renan est bien forcé d'avouer que <( les Actes forment un ouvrage très-bien rédigé, composé avec réflexion et même avec art, écrit d'une même
(i) Que Jean Marc, cousin de Barnabe, ait séjourné à Rome, en même temps que saint Luc, pendant la captivité de saint Paul, cela résulte de TÉpître aux Golossiens, iv, 10, 1/i : « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, et Marc, cousin de Barnabe... Luc, le médecin bien-aimé, vous salue. »
(2) S'il fallait, pour être véridique, qu'un historien eût vu par lui-même tout ce qu'il raconte, pas un ne remplirait cette condition, et l'histoire serait impossible.
(3) Év. de s. LuCf I, 3.
main et d'après un plan suivi (1). h La profession de médecin qu'exerçait le disciple de saint Paul {'!), la culture intellectuelle que révèlent ses écrits, Tétendue et la variété de son savoir, tout dénote un homme peu disposé à se contenter d'un examen superficiel des faits et à prendre des fables pour des réalités. M. Renan est étonné « des remarquables connaissances nautiques » que supposent certains chapitres des Actes (3) ; mais en fait d'histoire et de géographie, les connaissances de l'auteur ne sont pas moindres. Dans l'espace de quelques chapitres, nous parcourons avec lui presque tout le monde connu des anciens ; et il n'est pas un seul point sur lequel on ait pu le trouver en défaut. Qu'il s'agisse de la Palestine ou des autres contrées de l'Empire romain, saint Luc est également exact et précis. Depuis l'Ascension du Seigneur jusqu'à la première captivité de saint Paul (33 à 63), l'état politique de la Judée s'est modifié quatre ou cinq fois. Un historien moins attentif, moins instruit des choses de son temps que saint Luc, se serait exposé à commettre les plus graves bévues. Il aurait confondu l'époque où la faiblesse de Pilate, l'éloignement et la complaisance de Yitellius permettaient aux Juifs de persécuter les premiers fidèles (&) , avec celle où les persécuteurs, tremblant pour eux-mêmes sous les menaces de Caligula, ne pouvaient plus guère songer à inquiéter les autres (5). Il n'aurait pas marqué avec tant d'exactitude la différence entre les trois années du règne d'Hérode Agrippa, où le droit du glaive, rendu momenta-
(i) Les Apôtres, IntrocL, xl
(2) Ep. aux Coloss.^ iv, lA.
(3) Les Apôtres f latrod., xvin, note 3.
(4) Actes des Ap.^ viii, 1-3; ix, 1 et 2. — Josèphe, Antiq. 7ud., XVm, IV, 1, 3; v,3.
(6) Actes des Ap., ix, 31. — Josèphe, Antiq. 7W., XVIII, vni, 2-9; VI, 10 ; Guerre des Juifs^ 11, 10.
nément aux Juifs, permettait à ce prince de faire exécuter l'apôtre saint Jacques (1) , et la période suivante, où le rétablissement des procurateurs romains obligeait les Juifs de suivre les voies légales pour le procès de saint Paul (2). Toutes ces vicissitudes dans la situation de la Palestine, ces alternatives de soumission et d'indépendance, si propres à engendrer la confusion dans un récit, sont observées par l'auteur des Actes avec une fidélité qui ne se dément pas un instant. Sans parler d'une foule d'autres critiques, les docteurs Lardner et Paley ont suivi la narration de saint Luc jusque dans les moindres détails, pour montrer combien elle s'accorde avec ce que nous savons d'ailleurs sur l'état de la Judée et des provinces étrangères, sur les coutumes juives ou romaines, sur les noms, les titres, le caractère des princes et des magistrats qui figurent dans les Actes (3). Lorsque donc M. Renan affirme gravement que « pour saint Luc la fidélité historique est chose indifférente (4), » il se permet une assertion tellement exorbitante qu'elle ne vaut pas la peine d'être relevée ; et quand il lui plaît d'ajouter que « saint Luc connaît mal les affaires de Palestine (5) , » on se demande s'il a jamais lu les Actes des Apôtres.
* Resterait à établir que saint Luc, si bien placé pour connaître les faits qull rapporte, et si attentif à les recueillir sur le théâtre même des événements, n'a pas voulu
(1) Actes des Ap,^ xn., l-û. — Josèphe, Antiq. jud*^ XVIII, Vf, iO;XIX, V, 1.
(2) Actes des Aj5.,*xxn, xxvi.
(3) Lardner, Credihility of tke Gospel^ Londres , 1838 ; Paley, Horœ Paulinœ (trad. sur la 10* édition, Paris, 1821) ; Tholuck, Glaubwûrdigkeit der Evang,, Geschichte^ T édit, p. 289 et suiv., etc., etc.
(h) Les Apôtres, Introd., xxiv.
(5) Ibid., xviiL
tromper ses lecteurs. Mais est-il nécessaire de discuter ce point ? M. Renan l'avoue : o Le casactëre dominant des Actes est une piété tendre (1) ; » ailleurs il reconnaît à l'auteur le mérite de la loyauté (2). Dès lors, la question est tranchée : un homme pieux et loyal ne saurait être un fourbe ni un imposteur. Sans doute M. Renan a sur la sincérité une théorie qui lui est particulière : on peut le dire aujourd'hui, le public en a été frappé; msds qu'il nous permette, au nom de la morale, de ne pas l'accepter. Jusqu'à preuve du contraire, nous estimons que la loyauté et une piété tendre excluent l'imposture, a Modifier la couleur de certains faits selon ses vues personnelles, raconter comme autant de miracles des inventions à priori^ arranger une histoire dogmatique pour appuyer certaines doctrines (8). » nous semblera toujours une fourberie, n'en déplaise à M. Renan. Il évite de prononcer le mot, mais il insinue la chose. £h bien, la physionomie morale des Actes permet-elle une pareille supposition? Sommes-nous en présence d'un écrivain qui veut tromper ses lecteurs par « des inventions d/)wn? d S'il règne quelque part un ton de sincérité, c'est dans le récit de saint Luc. L'auteur retrace ces grandes scènes du christianisme naissant avec un naturel, une simplicité, un calme et un oubli de soi-même qui ne peuvent manquer de frapper tout esprit non prévenu. Bien qu'il ait pris part à plusieurs des événements qu'il raconte, il s'efface constamment derrière les autres prédicateurs de l'Evangile. Si, à partir du chapitre xvi, il ne se servait du pronom « nous, » on ne se douterait pas qu'il eût joué un rôle quelconque dans les missions de
(1) Les Apôtres, xxv.
(2) ibid., XXIV : « Trop loyal pour condamner son maître Paul, etc. »
. (3) Ibid., XXVI, xxTiii, xxix.
saint Paul. Cette façon désintéressée et tout impersonnelle d'écrire l'histoire montre que sa préoccupation unique, c'est de rapporter les faits tels qu'ils se sont passés, sans jamais y mêler ses réflexions propres. Il laisse parler et agir saint Pierre et saint Paul, se coutentant de reproduire leurs paroles, d'enregistrer leurs actes, comme la chose la plus simple et la plus ordinaire du monde. Rien ne ressemble moins à l'enthousiasme d'un homme qu'une imagination exaltée porterait à grossir les faits ou à forcer les couleurs. Sa narration pourrait même paraître sèche en quelques endroits, tant elle est sobre et concise. Qu'on ouvreles Evangiles apocryphes et les faux Actes des Apôtres par Abdias, pour comparer ces procédés d'amplification, de remaniement, d'ajustage, avec la précision rigoureuse de saint Luc, et l'on verra la différence qui existe entre la légende et l'histoire. M. Renan prétend que le disciple de saint Paul est un « narrateur complaisant, » qui u écrit l'histoire sur un ton d'apologiste à toute outrance (1). » Cela n'est pas exact. L'auteur des Actes ne songe nullement à dissimuler le désaccord qui éclate entreleschrétiens judaïsants et les chrétiens hellénistes à propos de la distribution des secours (2) ; les discussions longues et répétées qui agitent l'Eglise naissante au sujet des observances légales (3) ; le dissentiment à la suite duquel Paul et Barnabe se séparent l'un de Tautre pour aller prêcher chacun de son côté (A). Les textes sont là pour exclure ce prétendifiparti-pris de vouloir effacer toute dissidence, au risque de fausser l'histoire. Y a-t-il du moins'dans les Actes «cette . préoccupation extrême du surnaturel (5) » que le nouveau
(1) Les Apôtres^ Introd., xxiv.
(2) Actes des Apôtres^ Vl, 1.
(3) Ibid., XI, i et ss., XV et ss.
{h) Ibid., XV, 39.
(5) Les Apôtres^ Introd., xxv.
critique a cra y trouyer 7 Pas le moins du monde. Le compagnon de saint Paul raconte sans fard ni déguisement les miracles de l'histoire apostolique ; mais il ne cherche nulle part àfaire passer pour miraculeux ce qui ne l'est pas. Quand c'est une vision qui détermine saint Paul à se rendre en Macédoine, saint Luc ne se croit pas obligé de le taire (1) ; mais quand c'est le fils de la sœur de ssdnt Paul, qui sauve les jours de l'apôtre en l'avertissant d'une conspiration tramée contre lui, saint Luc ne songe pas un instant à transformer en miracle ce fait tout naturel (2). Témoin des guérisons merveilleuses que saint Paul opérait dans l'île de Malte, le médecin d' Antioche ne craint pas de dire ce qu'il a vu ; s'agit-il au contraire de l'incident de la vipère que l'apôtre secoue dans le feu, le narrateur n'écrit pas une syllabe qui oblige de croire à une intervention divine (3), D'excellents critiques, Tholuck entre autres, ont cité une quantité de passages où « une préoccupation extrême du surnaturel» aurait pu facilement altérer la couleur des faits (â). Rien de pareil* chez saint Luc. Les il c^^^ dénotent d'un bout à l'autre cette liberté d'esprit et cette absence de préjugés, qui font qu'un écrivain tient d'une main ferme le fil de l'histoire, conserve aux événements leur vrai caractère, et, sans effacer le merveilleux là où il se trouve, ne s'avise pas de le placer là où il n'est pas.
Si donc, nous le répétons, il existe un document historique qui soit de nature à inspirer la confiance par le caractère, la situation personnelle et les sources d'informa-
(1) Actes des Apôtres^ xvi, 9.
(2) Ibîd., XXIII, 16 et ss.
(3) Ibid., xxvni, 3 et ss.
(4) Tholuck, Glaubwûrdigkeit Uer Evang, Geschichte, p. <389 et ss. 2* édition ; Maier, Einleitung in die Schriften des Netien Testaments, p. 192 et ss. Fribourg, 1852.
tions de Fauteur, ce sont les Actes des Apôtres. Ou Tfaistoire est là, ou elle n'est nulle part. Or, la véracité de saint Luc une fois établie, M. Renan peut jeter son livre au feu« Il Ta bien compris; aussi cherche-t-il, par quelques affirmations toutes gratuites, à ébranler l'autorité du disciple de saint Paul. Mais, avant de discuter ces frivolités, nous lui ferons observer qu'il rend lui-même un hommage forcé à l'auteur des Actes. Qu'est-ce, en effet, que cette prétendue histoire des Apôtres qui vient de paraître chez M. Michel Lévy ? Une contrefaçon du récit de saint Luc. Depuis la première page jusqu'à la dernière, M. Renan s'appuie constamment sur un livre dont il essaye d'infirmer la valeur historique. Si Ton supprimait dans sa narration tout ce qu'il emprunte à saint Luc, il n'en resterait pas une ligne : preuve évidente que, pour lui comme pour nous et comme pour tout le monde, le compagnon de saint Paul est un historien sûr et bien informé. Sans doute, le romancier taille et rogne à son gré dans les Actes des Apôtres^ retranchant ce qui lui déplaît, et retenant ce qu'il juge favorable à sa cause. Mais y a-t-il dans ces fantaisies une ombre de méthode critique? Un historien cesse-t-il d'être véridique, du moment que son técit ne cadre plus avec les idées de M. Renan? Ces procédés violents, arbitraires, qui n'ont d'autre règle que le caprice, l'auteur de la Vie de Jésus les avait déjà employés au sujet des quatre Evangiles ; or, adversaires et amis, tous lui ont déclaré que cette façon de traiter les documents du passé est inouïe dans l'histoire des lettres (1). Encore récemment, le docteur Schenkel, qui forme en ce moment avec MM. Strauss et Renan le triumvirat du blasphème, s'affligeait de voh: que son associé « ne porte pas sur le terrain de la critique comparative
(1) Voir notre Examen critique de la Vie de Jésus 9 dernière édit,p. 152etsuiv.
la rigueur nécessaire (1). » Le biographe des Apôtres persiste à suivre les mêmes errements : libre à lui de vouloir qu'on ne le prenne pas au sérieux ; mais plus il fera de volumes, mieux il convsdncra ses lecteurs que la doctrine des écrivains sacrés est la seule raison qui le porte à contester l'exactitude de leurs récits.
C'est ce que Ton voit clairement par les pauvretés qu'il débite sur l'auteur des Actes. « Saint Luc, dit-il, ne sait guère l'hébreu (2) . » Il y a trois ans, a saint Luc ignorait totalement l'hébreu (3) . » Depuis lors, il parait l'avoir appris un peu ; à la vérité, il ne le sait encore guère; maià espérons que, dans trois nopvelles années, et M. Renan aidant, saint Luc aura achevé ses études d'hébreu; et alors, nous n'en doutons pas, il le saura parfaitement. Est-ce pitoyable? — « Le mot de Juif est toujours pris chez lui en mauvaise part el comme synonyme d'ennemi des chrétiens (&) . » Est-ce que par hasard saint Luc aurait dû remercier les Juifs d'avoir crucifié Notre-Seigneur et persécuté les Apôtres? Il se borne à constater leur acharnement contre les premiers fidèles; mais, du reste, il rend pleine justice à ceux d'entre eux que n'aveugle pas la haine du nom chrétien. Nous prions M. Renan de pousser ses études sur les Actes des Apôtres jusqu'au verset 5 du chapitre u : ce n'est pas trop lui demander. Il pourra y lire : « Or, habitaient dans Jérusalem des Juifs, hommes religieux de toute nation qui est sous le ciel (5). » Voilà comme quoi le mot de Juif est toujours pris chez saint Luc en mauvaise part. — Mais a l'auteur écrit un demi -siècle après les événe-
(1) Dos Charakterbild Jesu, von Schenkel, p. 394. Wiesbaden, 186Û.
(2) Les Apôtres f Introd., xvui.
(3) Vie de Jésus, Introd., XL.
(ù) Les Apôtres, Introd., xix.
(5) Actes des Apôtres, ii, 5.
ments (1). » Et qu'iàiporte, du moment qu'il raconte ce qu'il a vu par lui-même, ou ce qu'il tient directement de ceux qui ont été témoins oculaires ou acteurs dans toute cette partie de l'histoire?— « 11 écrit loin du pays où les événements se sont passés (2). » Soit; mais ce pays, il le connaît, il l'a parcouru ; il s'est arrêté successivement à Antioche, à Jérusalem, à Gésarée, recueillant les faits sur les lieux mêmes où ils s'étaient accomplis. -^ Mais « il est très-peu Juif (3). »Nous espérons bien qu'il ne l'est pas du tout; faut-il être Juif pour dire la vérité? — « Il est presque étranger à Jérusalem et aux secrets de la vie juive (&)• » Nous avons vu plus haut ce qu'il faut penser de ce presque. Un savant qui, comme le docteur Dœllinger, par exemple, aurait passé sa vie à étudier les antiquités juives et chrétiennes, dirait « que saint Luc montre une exacte connaissance des mœurs et de la situation des Juifs, qu'il emploie, dans les Actes^\dk manière juive de calculer le temps; » qu'il décrit avec une fidélité irréprochable l'organisation du temple, le caractère des sectesjuives, les pratiques religieuses et, en particulier, les différents vœux usités chez les Hébreux, etc. (5) ; Mais M. Renan n'est pas tenu de connaître tous ces détails. — Au moins « l'auteur des Actes n'a-t-il pas touché la primitive société chrétienne ; à peine en a-t-il connu les derniers représentants (6). » Vraiment ! « Ceux qui lui ont transmis les choses qu'ils avaient vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les
(1) Les Apôtres, Introd., xxviiL
(2) IbidT.
(3) Ibid.
(U) Ibid.
(5) Dœllinger, Le Christianisme et V Église à Vépoqae de leur fondation^ il, § 6. — Actes des Apôtres^ m, 1, 10, 11 ; iv, 1; v, 2/i, 25; xxm, 6; xvni, 6; xvui, 18; xxi, 23, 26.
(6) Les Apôtres, Introd., xxviii.
ministres de la parole (1), » c'est-à-dire les Apôtres, et en particulier saint Paul, dont il a été le compagnon de voyage pendant plus de dix ans, saint Jacques, avec lequel il a conversé à Jérusalem, n'appartenaient donc pas à la primitive société chrétienne? Où donc M. Renan place-t-il cette société? Est-ce avant la naissance de Jésus-Christ? -^ Toujours est-il que « les personnages de saint Luc se ressemblent ; Pierre ne diffère en rien de Paul, ni Paul de Pierre. Les discours qu'il met dans la bouche de ses héros sont tous du même style (2). » Pourquoi ne pas ajouter que saint Luc fait de saint Pierre un citoyen romain, et qu'il le montre recevant à son tour un coup de soleil sur le chemin de Damas 7 Un orientaliste, comme Hicbaëlis, par exemple, ferait observer au contraire, ce qui d'ailleurs saute aux yeux, « que, dans les Actes^ ssdnt Pierre parle autrement que saint Paul, et saint Paul autrement que saint Etienne (3); il constaterait ici une couleur fortement hébraïque, là un grec plus pur, et il conclurait de cette diversité même que saint Luc a reproduit fidèlement les discours de chacun, avec leur caractère et leurs nuances propres. Mais ne serait-ce pas se montrer trop rigoureux envers M. Renan que d'exiger de lui un pareil discernement? — En résumé, « la fidélité historique est pour lui chose indifférente (4). » Et la preuve? On ne la devinerait jamais. L'auteur des i4c^^5, dit M. Renan, écrit t pour que Théophile reconnaisse la vérité de ce que ses catéchistes lui ont appris (5). » N'est-ce pas une preuve évidente
(1) Ev. de saint Luc^ l» i> 2.
(2) Les Apôtres, Introd, xxvin.
(3) Mîchaëlis, Introd, aux livres du Nouveau- Testaments Traa. par Chénevière, II, viii, 3.
(il) Les Apôtres, Introd., xxiv.
(5) Ibid. — S. Luc, I, U.
qu'il se soucie peu de dire la ?éritéf Ainsi, parce qu'on écrit à quelqu'un pour lui montrer la solidité, la certitude (car c'est le mot de saint Luc, tyîv àa^aîleeav) d'une doctrine dont il possède déjà les éléments, on se montre par là même indifiérent à la iQdélité historique. Non, jamais tant de niaiseries n'ont été entassées dans quelques pages; et je prie le lecteur d'être convaincu qu'à chaque ligne je suis obligé de relire plusieurs fois le texte avant d'en croire mes- yeux.
L'auteur de ces découvertes ne paraît pas lui-môme trèsrassuré sur leur mérite : aussi se décide-t-il à chercher en Allemagne un renfort contre saint Luc. Dans une note jetée au bas de la page xxx, il prononce les noms (de Baur, de Schneckenburger, de Zeller, etc. Nous regrettons pour M. Renan qu'il se soit cru obligé à faire un achat de livres aussi coûteux : eu égard au but qu'il se propose et aux difficultés qu'il soulève, il aurait pu s'épargner cette dépense, en retirant de quelque rayon desa bibliothèque l'un ou l'autre de ses anciens manuels de théologie, qu'il a conservés sans nul doute ; il y aurait trouvé toutes ses objections, y compris la réponse. Il ne peut pas ignorer avec quelle facilité l'on crève ces ballons germaniques. Hais, avant de le suivre sur ce terrain, il nous permettra de lui soumettre une observation. Personne, assurément, ne songe à lui en vouloir de ce qu'il refuse à l'auteur des Actes le titre de saint : que M. Renan écrive « saint Luc » ou « Luc )) tout court, peu importe à la mémoire de l'évangéliste. Hais, s'il nous écoutait, il s'abstiendrait, dans son propre intérêt, de dire : « Le bon Luc, le bon Pierre (1). » Nous lui demandons ce sacrifice, non pas à cause des convenances : là-dessus, chacun a sa mesure, mais par un pur scrupule littéraire. Nous trouvons ce style plat et de
(1) Les Apôtres, Introd, xxiii, xxivii.
mauvais goût. Appliquées à des noms que Thumamté est habituée à vénérer, ces plaisanteries nous paraissent de bas étage. Quand on a l'honneur de mettre au front d'un livre : « membre de l'Institut de France, » on s'interdit de pareilles facéties, ne serait-ce que par respect pour le corps auquel on appartient.
Suivons donc If. Renan dans son voyage en Allemagne, où il est allé demander une arme contre saint Luc, à MM. Schneckenburger et Zeller. Chaque fois qu'il lui plaira de mêler à ses romans une petite dose de science, quelque légère qu'elle soit, il nous causera un sensible plaisir : ces pages, malheureusement trop courtes, sont celles qui nous attirent davantage. Le reste semble destiné à un genre de lecteurs qui prennent M"* George Sand pour un métaphysicien et M. Alexandre Dumas pour un critique.
S'il fallait en croire le nouveau biographe des Apôtres, on remarquerait entre les derniers chapitres de l'Evangile et le premier des Actes une singulière contradiction. <( D'aprèsle dernier chapitre de TÉvangile, l'ascension sem-ble avoir lieu le jour même de la résurrection. D'après le premier chapitre des Actes^ l'ascension n'eut lieu qu'au bout de quarante jours (1). » Comme toute l'objection repose sur.un il semble^ nous pourrions nous dispenser d'y répondre, car M. Renan avoue lui-même que la contradiction n'est qu'apparente. En effet, tout se concilie sans la moindre difficulté. Saint Luc veut-il insinuer dans son Evangile que l'ascension a eu lieu le jour même de la résurrection? D'aucune manière. Après avoir raconté les événements de ce grand jour, il termine son Évangile en disant : « Or, il les amena dehors, jusqu'à Béthanie, etc. (2), »
(1) Les Apôtres, [ntrocL, xx, xxi.
(2) Saint Luc, xxiy, 50 et ss. I^y^^ ^^ ^'^^^<i ^^<») ^tc. Saint Luc
sans marquer ni quel jour, ni à quelle heure. Pourquoi donc ne mentionne-t-il pas dans son Évangile Pintervalle qui sépara la résurrection de l'ascension? Parce qu'il se réserve d'en parler dans les Actes des Apôtres^ qui forment la continuation ou la deuxième partie de son Évangile. M. Renan l'avoue : « Une circonstance grave porte à croire que Luc conçut en même temps le plan de l'ensemble (1). » Si donc saint Luc conçut en même temps le plan de l'ensemble, qu'est-ce qui l'obligeait à dire dans la première partie de son ouvrage ce qu'il avait l'intention d'exposer dans la seconde? Ya-t-ildans toutcela uneombre de contradiction?
kmyoïi^ktEpîtreai^GalateSiqiXtVi. Renan voudrait mettre en opposition avec le récit de saint Luc. D'après lui, l'auteur des Actes aurait a resserré le temps entre la conversion de saint Paul et son premier voyage à Jérusalem, » avançant ainsi, dans l'intérêt d'un système préconçu, le premier séjour de l'apôtre en cette ville, contrairement à l'Epître aux Galates^ où saint Paul déclare qu'il n'est venu à Jérusalem que trois ans après sa conversion. Là-dessus, tout un pêle-mêle d'hypothèses et de conjectures. Or, tout cela est faux, et JM. Renan ne peut l'ignorer, s'il a lu les écrits dont il parle. La seule excuse qu'il lui soit possible d'alléguer pour une telle assertion, c'est qu'il se borne à hasarder des semble et des parait (2). La vérité est que
a coutume de commencer son récit par cette formule : i Or il arriva que, » sans relier pour cela ce qu'il va dire à ce qui précède immédiatement, et sans exclure Tintervalle plus ou moins long qui a pu s'écouler entre les deux termes de la narration. Vtir ch. V, 1, 12, 17; vi, 1, 6, 12 ; vu, 11; vin, 1, etc.
(1) Les Apôtres^ Introd., xx et suiv. — Ibid., p. 187, note 3.
(2) Les Apôtres^ introd., xxxii, xxxiy : « Le désir de faire de saint Paul un visiteur assidu de Jérusalem semble Tavoir induit.. Ces allées et venues paraissent avoir été racontées, etc. »
saint Luc ne détermine d'aucune façon le temps qui s'écoula entre la conversion de* saint Paul et son premier voyage à Jérusalem. {Actes ^ ix, 19, 26.) Après avoir raconté V accident de Damas (style de M. Renan) (1), rbistorien rapporte que Saul demeura quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas, qu'il prêchait dans les synagogues, se fortifiant de plus en plus et confondant les Juifs, et qu'enfin, après un intervalle de temps assez long (y)|xepa{ (xavat) » il échappa aux mains des Jui& qui voulaient le mettreàmort. Puis, sans autre forme de transition, saint Luc ajoute : « Lorsque Saul fut venu à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples; » pas une syllabe qui indique ni quand l'apôtre arriva dans cette ville, ni quand il en sortit. Dès lors, comment pourrait-il y avoir la moindre opposition entre saint Luc qui n'afiirme rien sur répoque de ce voyage, et saint Paul , qui en marque la date? SaintPaul dit qu'auparavant il s'étaitrendu en Arabie ; saint Luc nie-t-il ce détail ? Et s'U le passe sous silence, qu'est-ce qui luifaisait une loi de le mentionner dans une narration aussi concise que la sienne ? Encore une fois, où est la contradiction?
Cette discussion de textes est fastidieuse, je le sens ; mais comme c'est la seule partie du livre où notre adversaire ait tenté quelque effort pour dépasser le roman, on nous permettra de le suivre pas à pas, sans lui faire grâce d'aucune assertion. Après avoir parlé d'un premier voyage de saint Paul à Jérusalem {Actes^ ix, 26), saint Luc en indique un second, que Tapôtre entreprit, de concert avec saint Barnabe, pour aller porter aux fidèles de la Judée l'offrande des chrétiens d'Antioche, lors de la famine de l'an hh. {Actes^ xi, 30.) Or, il sembk à M. Renan que saint
(1) Les Apôtres, xxx.
Luc a prêté à l'apôtre un voyage de trop (1) ; car, dit-il, « Paul déclare expressément qu'entre le voyage qui eut lieu trois ans après sa conversion et le voyage pour l'affaire de la circoncision, il ne vint pas à Jérusalem, (Ga/., i et n.) En d'autres termes, Paul exclut formellement tout voyage entre ilc^v IX, 26, et Act.^ xv, 2.... Il est donc impossible de maintenir au voyage raconté Act,^ xi, SO, et xu, 35, aucune réalité (2). » Cette fois, M. Renan affirme, et j'en suis bien aise, parce qu'il me fournit une nouvelle occasion de montrer quelle est la valeur de ses affirmations. Ouvrons l'épître aux Galates, à l'endroit indiqué (ch. I et II) : qu'y trouvons-nous ? Saint Paul y mentionne deux voyages qu'il fit à Jérusalem : l'un, trois ans après sa conversion ; l'autre, quatorze ans plus tard (3). En exclutil un troisième ? Pas un iota qui permette de le supposer. Et M. Renan vient nous parler d'une déclaration expresse^ dune exclusion formelle ! Ou il n'a pas lu les textes, ou il trompe sciemment ses lecteurs ; il n'y a pas de milieu. Et pourquoi saint Paul passe-t-il sous silence, dans son épltre aux Galates, le voyage qu'il fit à Jérusalem pour y porter les offrandes des fidèles d'Antioche ? Parce que l'apôtre, si laconique^dans son récit, omet les détails inutiles, et que cette mission de pure charité n'avait aucun rapport avec son argumentation contre les chrétiens judsâsants de la Galatie. Au contraire, f( le voyage pour l'affaire de la circoncision » avait une importance capitale dans le débat : voilà pourquoi il parle de Tun et se tait sur l'autre. Quoi de plus naturel ? Il n'y a que M. Renan qui soit de force à
(1) Les Apôtres^ Introd., xxxii.
(2) Ibid., XXII, xxxni, xxxiv.
(3) Ep. aux Gai, i, 18 : « Ensuite, après trois aps, j^aliai k Jérusalem pour voir Pierre.... H, i. Quatorze ans après je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabe» ayant pris aussi Tite avec moi. »
prendre le silence pour une déclaration expresse^ et à trouver dans l'omission d'un détail une exclmion formelle (!)•
Déjà, dans sa Vie de Jésm^ l'auteur avait émis cette maxime: a Qu'il faut solliciter doucement les textes, jusqu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher (2) ; » et l'on sait avec quelle retenue il l'avait pratiquée. Depuis lors, nous devons l'avouer, il s'est perfectionné dans l'art d'employer ces douces sollicitations: témoin l'ardeur jalouse avec laquelle il caresse certains textes pour les aineDer à dire ce qu'il veut. Nous avions bien prévu que M. Renan ne résisterait pas à la tentation d'opposer aux Actes des Apôtres (ch, xv) le deuxième chapitre deYEpitreaux Galates^ en grossissant la discussion qui s'était élevée entre saint Pierre et saint Paul sur une simple question de conduite ou d'opportunité ; et ce qui nous portait à le présumer, c'était un précédent que nous avions remarqué dans l'histoire de l'Eglise.
Au IP siècle vivait un hérétique nommé Marcion. Elevé dans les rangs du clergé de Synope, il tournait contre l'Eglise les enseignements qu'il en avait reçus. Cet homme n'était pas dépourvu de talent ; mais la rectitude du jugement n'égalait pas chez lui la vivacité de l'imagination. Gomme il arrive assez souvent, il cherchait à détruire dans les autres la foi qu'il avait reniée lui-même. Tertullien le lui reprochait avec sa vigueur accoutumée : « Parce que tu
(i) Si aous ne craignions d'occasionner une nouvelle dépense à M. Renan, qui s'est déjà .procuré, dit-il, les écrits de Schneckenburger et de Zeller, nous prendrions la liberté de lui recommander les ouvrages spéciaux qui ont paru en Allemagne sur la chronologie des Actes, entre autres celui d'Anger, de Temporum in actis apostolorum ratione^ Leipzig, 1833; et celui de Wieseler, Chronologie des Apostolichen Zeitalters, p. ISO et ss«
(2) Vie de Jésus^ Introd., lvi.
as cessé de croire, Marcion, tu travailles maintenant à anéantir ce que tu avais cru ; mais loin de la détruire, tu ne fais que confirmer cette foi qui naguère était la tienne (1) . » Pour assurer le succès de son œuvre, Marcion avait mis en pièces tout le Nouveau-Testament. Trouvait-il quelque passage gênant pour son système ? sa réponse était toute prête : Tel texte, disait-il, a été ajouté après coup ; tel autre- a été altéré par les chrétiens judaïsants | ici, il y a eu quelque remaniement ; là, une falsification manifeste. En élaguant ainsi ce qui lui déplaisait, pour ne retenir que ce qu il trouvait conforme à ses idées, il s'était fait un Evangile à lui, qu'il intitulait « Evangile de saint Luc. » Additions, suppressions, transpositions, tout lui était bon, pourvu qull parvînt à plier F Ecriture au gré de ses idées préconçues. Esprit chagrin et bizarre, l'ancien clerc de Synope, dans le Pont, faisait grand bruit de certaines contradictions qu'il prétendait avoir découvertes entre les écrivains sacrés. Surtout il était travaillé de la fièvre de l'antithèse: opposer le Nouveau-Testament à l'Ancien, la Loi à TEvangile, saint Pierre à saint Paul, les . Actes des Apôtres à A'Epitre aux Galates^ telle était sa constante préoccupation. Saint Irénée et Tertullien se sont donné la peine de lui démontrer que toutes ces contradic* lions n'ont jamais existé que dans son cerveau (2). Depuis lors, Marcion est resté un type fort curieux pour ceux qui étudient l'archéologie chrétienne.
D'après ce que je viens de dire, il était facile de prévoir que M. Renan reprendrait la thèse de Marcion : elle était trop neuve pour ne pas le tenter. Voyons si elle a gagné en force depuis seize siècles. L'ancien clerc de Synope et
(1) De Came Christi, IL
(2) Tertullien, Adv,^ Murcionem^ 1. V; saint Irénée, Adv. Bœ' reseSf 1. Ul,
son émule français prétendent que VEpUre aux Galates contredit les Actes des Apôtres sur la question des observances légales agitée au Concile de Jérusalem ; Tertullien leur répond que le récit de saint Paul confirme celui de saint Luc: Scripturam Actorum apostolicorum confirmât (1). Et en effet, les deux narrations concordent trait pour trait. Saint Paul parle de faux frères qui voulaient imposer ;aux fidèles le joug des observances mosaïques (Go/. , ii, &) ; saint Luc dit la même chose : a Or, quelques-uns de la secte des Pharisiens qui avaient embrassé la foi, s'élevèrent et soutinrent qu'il fallait circoncire les Gentils, et eur ordonner de garder la loi de Moïse {Actes^ xv, 5). » Diaprés saint Luc, dit M. Renan, Paul et Barnabe sont reçus avec empressement par tout le monde (2). Mais n'est-ce point là précisément ce que dit saint Paul ? u Jacques, Céphas et Jean, ayant reconnu la grâce que j'avais reçue, nous donnèrent la main, à Barnabe et à moi, en signe de communion {Gai. y ii, 9). » U n'y a ni plus ni moins de concorde d'un côté que de l'autre : M. Renan et Marcion ont beau se réunir pour chercher une contradiction, ils n'en trouveront aucune. Mais, dit le premier, n le récit des Actes est à peine vraisemblable, puisque, d'après ce récit, le Concile a pour occasion une dispute dont on ne voit plus de trace dès qne le Concile est réuni (3) . » Plus de trace 1 Et saint Luc commence par dire que le Concile une fois réuni, il s'engagea une a grande discussion (4) I » Est-il possible de ^porter une plus grande légèreté dans l'étude d!un auteur ? — Mais enfin « Paul ne parle pas au Concile de Jérusalem (5). » Ah 1 M. Renan a fait
(1) TertulL, Adv. Marc,^ 1. V, c. u.
(2) Les Apôtres, Introd., xxxiv.
(3) Ibid., zxxvii.
(4) Act. des Ap.f xv, 7, tcoXXSJç $è wÇtïtïJçêwç yevojiivïjc.
(5) Les Apôtres^ Introd.^ xxxy.
cette nouvelle découverte ? Qu'il prenne donc la peine de lire, non pas les écrits de Schneckenburger, de Zeller, de Kayser, etc., etc., mais tout simplement le verset 12 du chapitre XV des Actes: a Alors toute l'assemblée se tut, et l'on écoutait Barnabe et Paul racontant (eÇ/îyoufxsvcov) combien de miracles et de prodiges Dieu avait faits par eux parmi les Gentils : » ce qui était décisif pour le point en question; Ainsi, Paul fait l'historique de son ministère devant le Concile de Jérusalem, mais il ne parle pas^ ou il parle sans parler : pour M. Renan, c'est tout un. Et cet homme prétend trouver saint Luc en défaut !
Qu'on veuille bien le remarquer, nous discutons en ce moment la partie scientifique du livre, celle où l'auteur déploie toute son érudition. Jugez par là de ce que promet le reste. J'ai besoin de voir Marcion derrière M. Renan, pour me croire en face d'uô adversaire sérieux. Du moins, disait r ancien clerc de Synope, dans le Pont-, vous ne nierez pas que Paul n'ait reproché à Pierre, dans une certaine circonstance, de ne pas marcher droit, selon la vérité de l'Évangile ? « Assurément, répondait TertuUien au II* siècle, il le réprimanda, mais pourquoi? Uniquement {non ob aliud) pour son inconstance au sujet des aliments que Pierre permettait ou défendait selon la qualité des personnes, redoutant les hommes de la circoncision (1). ») Après tout ce qui a été écrit pour expliquer le différend d' Antioche, il me semble qu'on devrait une bonne fois renoncer à cette machine de guerre si vieille et si usée. jU. Renan n'est pas de cet avis : a il se réserve de traiter avec détail, dans son livre troisième, la question de fond engagée dans ces curieux incidents (2). » Nous voudrions pouvoir lui épargner cette peine inutile. Il n'y a pas de
. (1) TertuUien, adv. Macionem, v. 3.
(3) Les Apôtres f latrod*, xxxix.
question de fond engagée dans des incidents qui ne sont curieux que pour M. Renan et pour les personnes dont l'érudition égale la sienne. Au fond^ saint Pierre était parfaitement d'accord avec saint Paul; et la preuve de cet accord, c'e^t saint Paul qui s* est chargé de la fournir, quand il dit au chef des Apôtres : « Si toi, étant juif, tu vis à la manière des Gentils ^ et non en Juif, comment forcestu les Gentils à judaïser? (Ga/., n, là.) » II résulte de ces paroles que saint Pierre, pas plus que saint Paul, ne se croyait obligé à suivre les observances mossaques, puisqu'il « vivait ,à la manière des Gentils (1). n A quoi donc se réduisait le différend ? A une simple question de conduite ou d'opportunité. Partant des mêmes principes, deux personnes peuvent très-bien différer sur la manière dont il convient de les appliquer selon les temps, les lieux et les circonstances. Ni Tunilé de foi ni l'union des cœurs ne sont compromises par cette diversité d'appréciation. Pierre, étant venu à Antioche, ne craint pas de manger avec les gentils, montrant ainsi que, par l'établissement du christianisme, le mur de séparation entre les Juifs et les autres nations était à jamais tombé. Arrivent les envoyés de Jacques, et alors, craignant de scandaliser des frères trop scrupuleux ou peu fermes dans la foi, l'Apôtre évite de prendre part au repas des Gentils. Bien qu'inspirée par un motif de charité, cette condescendance pouvait produire un fâcheux effet sur l'esprit des païens convertis : voilà pourquoi saint Paul n'hésite pas à la blâmer. (G«/., u, liai.) Mais, nous le demandons à tout homme non prévenu, était-ce là une question de fond? Le dissentiment portait-il sur un point de doctrine? Saint Paul n'a-t-il pas usé des
(1) IGvixwç, — îouBaixwç, a à la manière des gentils ou à la manière des juifs, » c'est-à-dire en évitant, ou nou, d'user des alimeuts défendus dans l'ancienne loi.
mêmes ménagements dans des circonstances analogues? Certes, personne ne prétendra que l'auteur de YEpître aux Romains et de YEpître aux Galates ait voulu imposer aux païens convertis le joug des observances mosaïques; et cependant il circoncit Titnothée, son disciple, « à cause des Juifs qui étaient en ces lieux. {Actes^ xvi, 3.) » C'est absolument le même motif qui faisait agir saint Pierre à Antioche. Ecrivant aux Corinthiens, il leur dit : « Si ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai plutôt jamais de chair, pour ne pas scandaliser mon frère (1). » Saint Pierre ne raisonnait pas différemment quand il refusait de participer aux repas des Gentils, afin de ne point scandaliser les chrétiens judaïsants. N'est-ce pas saint Paul, qui, dans le but d'éloigner tout soupçon d'irrévérence envers la loi mosaïque, se joint à des hommes liés par le vœu des Nazaréens et entre avec eux dans le temple pour se purifier? (ilc^e^, xxi, 23-26.) Saint Pierre a-t-il poussé plus loin son respect pour des observances abrogées, il est vrai, mais qu'il n'était pas défendu de pratiquer comme œuvres pieuses et de surérogation, pourvu qu'on ne les tînt pas pour obligatoires? Et enfin, quand saint Paul veut résumer sa ligne de conduite à cet égard, qu'est-ce qu'il écrit aux Corinthiens? « Je me suis fait comme juif avec les juifs, pour gagner les juifs (2) . » Saint Pierre a-t-il jamais fait ou dit autre chose ? Qu'on laisse donc de côté, une fois pour toutes, ces antithèses puériles, auxquelles s'amusait Marcion, et qui faisaient sourire de pitié TertuUien et saint Irénée. En retraçant l'histoire du Concile de Jérusalem, saint Luc afidèlement exprimé le sentiment unanime des Apôtres : d'accord sur ce principe fondamental, que la loi nouvelle avait affranchi les chré-
(1) r^ aux Cor., vin, 13.
(•2) /'• aux Cor., ix, 20.
tiens des prescriptions rituelles de l'ancienne, ils se réservaient de porter dans l'application les tempéraments que demanderaient les besoins divers et la situation respective des communautés naissantes.
Voilà donc, en résumé, tout ce ffue Tanti-christianisme a su inventer contre les Actes des Apôtres^ depuis Marcion jusqu'à M. Renan. On trouvera sans doute que c'est peu de chose. Pour notre part, nous ne croirons jamais qu'il fût venu en idée à personne de vouloir contester la valeur historique d'un pareil [document, si un système préconçu n'avait empêché certains esprits de suivre les règles d'une saine critique ; et, si nous avions pu conserver quelque doute à cet égard, le nouveau biographe des Apôtres se serait chargé de le détruire. Après ce long prélude, destiné à dérouter le public, M. Renan se décide enfin à donner sa vraie note; et, comme on va le voir, tout l'effort est dans la finale : « Comment, d'ailleurs^ prétendre qu'on doit suivre à la lettre des documents où se trouvent des impossibilités? Les douze premiers chapitres des Actes sont un tissu de miracles Or. une règle absolue de la critique, c'est de ne pas donner place dans les récits historiques à des circonstances miraculeuses (1). » Ah! voilà le mol de l'énigme : il fallait commencer par là; tout se serait expliqué. A quoi bon tant de détours et de circuits ? Mieux valait dire tout de suite que vous attaquez le caractère historique des Actes^ parce qu'ils contiennent des faits qui vous gênent. Là-dessus, M. Renan répète, avec une insistance risible, et sans même varier la forme, tout ce qu'il avait affirmé dans son Introduction à la Vie de Jésus sur les miracles, « qu'on n'a jamais constatés, qui ne se passent pas dans les endroits où il faudrait, etc., etc. (2). »
(1) Les Apôtres, Introdf , xliii.
(2) Ibîd., xliii et ss.
On n'a pas oublié la sommation respectueuse qu'il adressait à l'Être suprême, il y a trois ans, pour l'inviter à faire un miracle dans des conditions indiquées d'avance (1). Avait-il négligé de désigner le local? ou bien la commission formée ad hoc n'avait-elle pas été régulièrement convoquée? Nous l'ignorons. Le fait est que, depuis lors, M. Renan est resté là, demandant son miracle ; mais il a eu beau interroger tous les points de l'horizon, il n'a rien vu venir; jusqu'ici, pas de miracle. On conçoit que l'honorable membre de l'Institut ait fini par s'impatienter. Il s'est donc décidé à faire une seconde sommation. Cette fois, la ville, théâtre de l'expérience, est clairement indiquée : c'est décidément Paris qui obtient la préférence; il ne manque plus que de marquer le nom de la rue et le numéro de la maison ; mais cela viendra, a Quand on a un moyen si simple de se prouver, pourquoi ne pas s'en servir au grand jour ? Un miracle à Paris, devant des savants compétents, mettrait fin à tant de doutes ! Mais, hélas ! voilà ce qui n'arrive jamais (2). » Hélas I il faudra bien que M. Renan se résigne à attendre; mais, aussi, pourquoi tant se presser et ne pas remettre l'expérience jusqu'à la prochaine Exposition universelle? Le moment
serait si bien choisi Et Ton dira que nous manquons de
douceur quand nous appelons ces sommations une bouffonnerie 1 Que sont donc devenus l'esprit et le bon sens dans une partie du public français î
Je ne m'arrêterai pas à montrer que cette manière de traiter avec Dieu et de lui signifier qu'il ait à faire un miracle à Paris, sinon pas de foi, équivaut à une profession d'athéisme. Mais, comme il se pourrait que l'un on l'autre fût tenté de trouver très-simple le moyen proposé par
(1) Vie de Jésus, Introd., Li, Lii.
(2) Les Apôtres, Introd., xliv.
M. Renan, je désirerais lui prouver que rien n'est au con^ traire plus compliqué. Notre compatriote exige que Dieu fasse pour lui un miracle à Paris, « devant des savants compétents ; » mais, un instant, est-ce que les a savants» de Berlin, de Pétersbourg, de New- York, de Rio-Janeiro n'auraient pas, aussi bien que M. Renan et ses amis, le droit de réclamer à leur tour un miracle? Il faudra donc que Dieu se soumette au caprice de tous ces messieurs. Ou bien la commission parisienne revendiquerait-elle seule le privilège de constater le miracle 7 Mais, dans ce cas, comment le reste du genre humain saura-t-il que M. Renan et ses amis se trouvaient dans de bonnes conditions physiques, intellectuelles, morales, pour voir et pour rapporter fidèlelement ce qu'ils auraient vu? Pas d'autre moyen que de parcourir leurs écrits, d'interroger leurs antécédents, de discuter leur conduite, afin de s'assurer que les témoins réunissent toutes les qualités nécessaires pour mériter la confiance. Eh bien, franchement, cet examen ne me paraîtrait ni court ni facile. Il y a surtout telle théorie sur la sincérité dont on ne se cache pas, et qui, pour ma part, m'inquiéterait beaucoup (1). Et enfin, mettons les choses au mieux : quelle sera la situation de ceux qui vivront à trois ou quatre siècles de M. Renan et de sa commission? Dieu sera-t-il obligé, après chaque génération, défaire un nouveau miracle à Paris, « devant des savants compétents, » pour convertir les incrédules ? Pourquoi pas chaque année ? Car la foi de ces messieurs pourrait bien chanceler d'une année à l'autre. ,0u enfin le miracle constaté par la société parisienne devra-t-il faire loi pour toute la suite des siècles ? Mais, alors, par quelle voie nos arrière-neveux pourront-ils apprendre que cette société a réellement existé,
(1) Vie de Jésus: u L'histoire est impossible si Ton n'admet hautement qu'il y a pour la sincérité plusieurs mesures, etc. »
qu'elle s'est réanie en temps et lieu, qu'elle était composée de membres jouissant du plein usage de leurs facultés ? Par le témoignage de Thistoire. Vous voilà donc forcément ramené, vous aussi, au témoignage historique comme à la seule source de renseignements possible pour tous ceux qui n'ont pas vu par eux-mêmes. Or, c'est précisément un pareil témoignage que nous vous offrons, un témoignage scellé du sang de ceux qui l'ont rendu. Que voulez-vous de plus? Oui, Dieu a fait des miracles pour convertir les incrédules ; mais il a pris son heure, et non pas la vôtre ; pour faire éclater sa puissance, il a choisi le moment le plus solennel de l'histoire; il s'est rendu, non pas à l'appel de l'orgueil qui défiait sa force, mais au vœu des âmes qui le cherchaient avec humilité. Il a pris pour témoins de ses œuvres des natures simples et droites, incapables de fraude ou de dissimulation. Ces hommes s'en sont allés par le monde, répétant ce qu'ils avaient vu, entendu, touché de leurs mains, et donnant leur vie pour confirmer l'exactitude de leur récit. Le monde lésa crus et il s'est converti. M. Renan et sa commission feraient-ils- mieux ? J'en doute. Des « savants compétents 1 » On dirait, en vérité, qu'eux seuls ont des yeux pour voir ou des oreilles pour entendre. Est-ce que les parents de l' aveugle-né guéri par Jésus- Christ n'étaient pas compétents pour savoir si leur fils avait joui jusqu'alors du don de la vue ou non (1) ? Est-ce que les Juifs incrédules convertis par la résurrection de Lazare n'étaient pas compétents pour juger si le cadavre sentait déjà mauvais (2) ? Fallait-il l'autorité d'un savant pour décider le cas ? Qui mieux que le paralytique, auquel le Sauveur rend d'un mot l'usage de ses membres, était à même de savoir si jusque-là il avait pu remuer ses jam-
(1) s. Jean, ix, 20.
(2) Ibid., XI, 39, /i5.
bes (1) ? Il en est ainsi de la plupart des miracles rapportés dans le Nouveau-Testament. Tous ces appels faits à la science, dans ce qui est de sens commun, sont de pures échappatoires pour éluder des arguments auxquels on désespère de répondre et des témoignages qu'il est impossible de détruire.
M. Renan essaie de donner le change à ses lecteurs sur sa vrûe opinion touchant les miracles. Sachant bien que limiter la puissance de Dieu, c'est la détruire, il voudrait nous faire accroire que ses négations ne <c sont pas la conséquence d'un système métaphysique (2). n Nous ne lui permettrons pas de changer ainsi les termes de la question. A l'entendre, il ne dit pas : « Le miracle est impossible ; » non, mais il dit que c'est une impossibilité (3). Or entre une chose impossible et une impossibilité, nous ne voyons pas trop où est la diJBFérence. C'est donc bien a priori^ au nom d'un système préconçu , qu'il repousse toute intervention directe de la Divinité. Et maintenant que le biographe des Apôtres, embarrassé de sa thèse, se rejette sur des détails étrangers au sujet ; qu'il vienne nous parler des sirènes et des centaures; qu'il oppose sérieusement l'Acropole d'Athènes aux merveilles de sainteté opérées par le christianisme; qu'il cherche à montrer comment la formation du premier homme a pu être « le résultat d'un progrès lent continué durant des périodes incalculables (â), » il n'y a dans ces divagations du matérialisme
(1) s. Matth., IX, 2etss.
(2) Les Apôtres, IntrocL, xliii.
(3) Vie de Jésus^ Introd. : « Nous ne disons pas : le miracle est impossible. » Les Apôtres^ Introd. : « Gomment, d'ailleurs, prétendre qu'on doit suivre à la lettre des documents où se trouvent des impossibilités? Les douze premiers chapitres des Actes sont un tissu de miracles. »
{tx) Les Apôtres^ Introd., xlv-li.
absolument rien qui puisse nous surprendre. Ce qu'il s'agirait d'expliquer par des causes purement naturelles, pour être en droit de rejeter une intervention particulière de la Divinité, c'est la résurrection et l'ascension de Jésus- Christ, la transformation des Apôtres par le miracle de la Pentecôte, la conversion du monde à l'Evangile, etc., etc. Rendons cette justice à M. Renan : il a tenté de le faire, et nous allons voir comment.