‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 104 sur 139 · J 2 . — TK^NTATIONS DE JÉSUS DANS LE DÉSERT · texte numérisé non relu

J 2 . — TK^NTATIONS DE JÉSUS DANS LE DÉSERT

Dans l'Évangile de Matthieu, ch. 4, v. 1-11, Jéças amené au désert pour y être tenté par le Diable, jeûne pendant 40jours et 40 nuits; après quoi il a faim fl

(1) Le nombre 40 était sacramentel chez les Hébreux, comme ! nombre 7, dont j'ai eu à parler dans une note du ch. 5 de L f partie, page 176 du tome I*'. Moyse avait également jeûné peadant 40 jours et 40 nuits sur le Sinaî (Exode^ ch. 3i, v. 2S. ^: Deutéronome, ch, 9, v. 9 et 48). Le prophète Élie, après avor mangé un piin qui lui avait été apfiorté par un ange, arak parcouru le désert sans manger pendant 40 jours et 40 nuîls [T Ii*rf des nois, ch. i9, v. 8). La pluie du déluge avait duré 40 jours^e' 40 nuits (Genèse, ch. 7, v. i2). Les Tsraéliies avaient erré pend^u:' 40 ans dans le désert (Ueuféronome, ch. 8, v. 2). Les espitms envoyés pour explorer la Terre promise y étaient restés peodji 0 jours {Nombres, ch. 13, v. 26 \ Jésus monte au ciel 40 jou-^

Le tentateur Tinvite d'abord à convertir des pierres en pains; puis il Temmène à Jérusalem, le place sur le sommet du temple et l'engage à se jeter de haut en bas; enfin il le transporte sur une montagne trèshaute, de laquelle il lui montre tous les royaumes de Ja terre, en lui disant : « Je te donnerai tout cela, si «♦ tu veux tomber à mes pieds et m'adorer. » Jésus triomphe, comme on le pense bien, de toutes ces tentations. Marc, ch. V^, v. 13, se contente de dire que Jésus demeura dans le désert pendant 40 jours et 40 nuits, et qu il y fut tenté par Satan. Il ne spécifie point la nature des tentations ; mais il ajoute cette circonstance, que Jésus était avec les bêles. Luc, ch, 4, v. 1- 13, reproduit le récit de Matthieu, en intervertissant toutefois Tordre dans lequel ont lieu les deux dernières tentations. Jean ne dit pas un mot de cette histoire extravagante. Au point de vue chrétien, le Diable, h qui Ton attribue une intelligence et une science supérieures, ne devait pas ignorer que Jésus était Dieu en même temps qu homme, qu il était ce Messie prédit comme devant anéantir son empire (1). Et quand on voudrait supposer qu il l'ignorait alors, au moins eston obligé d'accorder qu il regardait Jésus comme un 3tre d'une nature surhumaine (Matthieu, ch. 8, v. 29; Marc, ch, l^^, v. 24, et ch. 5, v. 6 et 7 ;et Luc, ch. 4, i. 34, et ch. 8, v, 28). Comment donc aurait-il esjéré le rendre docile à ses vœux et même s'en faire irlorer, en lui offrant Tappàt d'une récompense ter- •estre? Ce nëst pas l'esprit qu'on refuse ordinaire-

près sa résurrection (Dans la relation des Actes de» Apôtreê^ h. i",v. 3-9).

(t) Cet empire, pour le dire en passant, n'en a pas moins coniniic, depuis rétablissement du christianisme, d'èlre assez florisant, et cela de l'aveu môme de nos adversaires, puisque leur octrine du petit nombre des élus assigne au Diable comme sujets énnitivement acquis l'immense majorité du genre humain.

ment au Diable : le rôle qu'on lui fait jouer ici t--' donc trop absurde. J'ai entendu un prédicateur de renom célébrer la force d'àme dont Jésus fit prenie en résistant au tentateur. Quel mérite pouvait-il r avoir pour un homme-Dieu à résister à des tentations? Bien plus, la tentation n'est-elle pas cho^ impossible dans une pareille condition? Que dire àc cette haute montagne, de laquelle on peut voir tousUj royaumes de la terre, et comment avec les yeux Jl corps embrasser à la fois toute la surface d'un sphéroïde? L'abbé Bergier écarte cette merveille en abandonnant le sens propre et naturel des relations sacrées: - L'évangéliste, dit-il, ajoute que du sommet d'ime « haute montagne le démon montra à Jésus- Christ tou- « les royaumes du monde et leur gloire, ch. 4, v. 8: ^ mais les montrer, ce n'est point les faire voir à Fceil; «« c'est en indiquer la situation, l'étendue , les riches- « ses, etc.; il n'est pas besoin pour cela de voir tout? « la surface du globe (1), »» A ce compte, ce serait nniquement une description verbale, une simple leçon ce géographie que le Diable aurait faite à Jésus. Mai-^ alors à quoi bon le faire monter pour cela sur uvi^ montagne très-haute ? Que penser enfin de ce pouvoir que Jésus laisse au Diable, de le mener d'un lieu danun autre, de le placer sur le sommet du temple et par conséquent de le souiller de ses impurs^ attouchements! L'imagination des légendaires chrétiens n'a donc pas reculé devant cette monstrupsité ?

Notons que ces choses sont rapportées par les troipremiers évangélistes comme s' étant passées en Taksence de tous témoins. Ici donc revient la diffîcultr que j'ai signalé en terminant le § 17 du 1^ chapitre dr cette seconde section.

(<) Théologie, dans V Encyclopédie méthodique, arliclc Tenietf neîll- Piïfîp iTûA

lomelll, Paris, 1790.

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