POURQUOI JÉSUS PARLAIT A LA MULTITUDE EN PARABOLES
Chez Marc, ch. 4, v. 11 et 12, et Luc, ch. 8, v. 10, Jésus, à qui ses disciples demandent pourquoi il parle il la multitude en paraboles , répond qu'il leur a été ionné , à eux , de connaître le mystère du royaume ie Dieu,' mais que, pour les autres , ceux du dehors tout doit se passer en paraboles. Cette distinction est ié'yk peu raisonnable par elle-même; mais ce qui Test bien moins encore, c'est ce motif que les évangélistes ?n font donner à Jésus, pour qu'ils voient sans toir et }v- il s entendent sans co7nprendre. Marc ajoute: De peur m'ilsne se convertissent et que leurs péchés ne leur mnt pardonnes. Quoi! c'était pour que la multitude le le comprit pas, c'était de peur qu elle ne se converit que Jésus lui parlait en paraboles? L'explication lirectement contraire, et que semble vouloir donner tothieu, ch. 13, v. 13-15, mais en altérant le ie\.\e risaïe (ch. 6, v. .9 et 10), auquel il se réfère, serait âen plus naturelle. Le motif qu'on suppose ici <\ Jésus st non-seulement odieux mais absurde; car, pour elui qui, n'étant pas forcé de parler, aurait peur d'être ompris, il y a un moyen plus simple et plus infaillible ncore que les paraboles , c'est le silence. Chez Matliieu, lorsque les disciples de Jésus lui avaient delandé pourquoi il parlait au peuple en paraboles , il ïur avait d'abord répondu : « C est parce quil vous a ^é donné de connaître les mystères du royaume des leux, tandis que cela ne leur apns été donnée »• v. 11. ans ces paroles de Matthieu, mais surtout dans celles B Marc et de Luc, comme encore dans celles de Jean, 1. 12, V. 39 et 40, qui cite aussi Isaïe mais moins lexactement que Matthieu, se trouve déjà la théorie
fataliste de la prédestination au saint ou à la damnation que nous avons, vue (1) développée largement par saint Paul comme un des points essentiels de son « christianisme.
On doit conclure de tout ceci que renseignement sous forme de paraboles est non-seulement obscur, mais insidieux. Il platt généralement plus que renseignement direct aux grands et petits enfants, apparemment parce qu il amuse plus qu*il n*instruit et qui) provoque un jeu puéril de l'esprit plus que la réflexion sérieuse. Si l'on excepte les paraboles du samaritai:i miséricordieux, de l'enfant prodigue et du pharisien opposé au publicain, qui appartiennent exclusivement à Luc (ch. 10, V. 30-35; ch. 15, v. 11-32; et ch. lî^. V. 9-14), les autres, propres à Matthieu pour la plupart, sont généralement d'une insignifiance ou d'an»" platitude remarquable, et je veux parler du fond de< idées plus encore que des formes de langage de la nature de celles-ci : Lt royaume des deux est semUalk *un homme qui a sem^ de bonne semence, semilable à ur grain de sénevé, semblable à du levain qjuune fmv^i mêle à trois mssures de farine^ semblable à un trésor qui a été caché dans un champ, semblable à un marchera qui cherche de belles perles, semblable à un filet jeté i^^s la mer, semblable à un roi qui fait rendre des compft^ à ses esclaves, semblable à un père de famille qui es' sorti de grand matin afin de louer des ouvriers poy' sa vigne^ semblable à un roi qui célèbre les noces de .<«> fils, semblable à dix vierges qui vont arec des lawy' au-devant des époux (ch. 13, v. 24, 31 , 33, 44, 4'
ment
Christ, on peut voir une expression du dogme de ]a prédestina:)' i dans le verset 9 du chapitre 17 de Jean, où Jésus dit qu'il f^ seulement pour les siens et non pour le numde.
et 47; ch. 18, v. 23; cli. 20, v. 1«^ ch. 22, v. 2; et ch. 25, V. 1«^). Ce n'est pas seulement par leur insignifiance ou leur platitude que les paraboles de l'évangile de Matthieu sont généralement remarquables ; elles le sont aussi quelquefois , soit par leur application en porte à faux, soit même par leur peu de moralité. J'en citerai trois exemples. Au chapitre 13/ V. 47-50, dans la parabole du fllef jeté à la mer, des pêcheurs retirent de ce filet toutes sortes de choses ; ils mettent les bonnes à part dans des vases et rejettent les autres. Or celles qui sont réservées, et l'on sait dans quel but, figurent les justes que les anges, au jour du jugement, sépareront des méchants, lesquels étant destinés à la fournaise ardente, au il y aura des pleurs et des grincements de dents, sont au contraire figurés par les choses rejetées à la mer. Des poissons mis ainsi au rebut n*y sont pas plus mal à Taise que si on les entassait dans des vases et n'ont nullement à envier le sort qui attend les élus. On ne saurait donc imaginer allégorie allant à son but plus de travers. Au chapitre 22, v. 2-14, dans la parabole du roi qui célèbre les noces de son fils, non-seulement les invités n'arrivent pas , mais quelques-uns d'entre eux insultent et assassinent les messagers qui viennent leur annoncer que tout est prêt. Des armées sont alors envoyées pour les exterminer et incendier leur ville. Cela fait, et personne n'ignore qu'il suffisait pour cela de moins de temps qu'il n'en fallait au dîner pour se refroidir, on invite tout ce que l'on rencontre sur les routes, bons et mauvais. Le roi fait son entrée dans la salle du festin qui est enfin remplie; mais apercevant un homme qui n'avait pas revêtu l'habit de noce, il le fait jeter pieds et mains liés dans ces ténèbres extérieures où il y aura aussi des pleurs et des grincements de dents et où les théologiens voient une preuve de rétemité des peines. Il n'est pas douteux que ces gens
ramassés pèle-mèle dans les carrefours, n'eussent tons des habits de noce ou qu'on ne leur eût laissé le temps d'aller en faire confectionner. Ce luxe d'ineptiesapr but de nous apprendre, v. 14, qu'î7 y a beaumfi'^fpelés mais peu d'élus. Au chapitre 25, v. 14-30, on lit une autre parabole où un maître fait rendre compte à ses esclaves de l'emploi des fonds qu'il leur avait confiés pendant son absence. Ce maître, sousVimage duquel Tévangéliste a voulu représenter le juge suprême, est dur et il moissonna là oà il n'a pûs i^' V. 24 et 26. Un de ses esclaves a omis de prêter à intérêt le talent qu'il lui avait confié, ce qui pouvait ètr? une faute que des usuriers seuls qualifieraient de criise: il le fait jeter dans les ténèbres extérieures. Enfinil profère un immoral non-sens en déclarant qu'on donnera à celui qui a déjà, mais qu'à celui qui na pas on ô((i'' même ce qu'U parait avoir y v. 29. Là où il n'y a m on n'enlève rien, lors même qu'il paraît y avoir quelque chose. Ici donc, comme aussi dans Luc (ch. 8, v. 1^' on ne réussit pas à voiler, par ces mots î/ paraît, i' laideur de rapophthegrae, qui se montre d'ailleurs dai^ trois autres passages des évangiles (Matthieu, cli. 13 V. 12; Marc, ch. 4, v. 25; et Luc, ch. 19, v. 26>, av?»' toute la crudité de cette rédaction : « A celui qni n^ ** pas on ôtera même ce qu'il a. »» La même parabole?^ retrouve dans Luc. ch. 19, v. 12-27, mais avec ilsieurs variantes.