‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 119 sur 139 · JÉSUS INVITÉ CHEZ UM PHARISIEN · texte numérisé non relu

JÉSUS INVITÉ CHEZ UM PHARISIEN

Le discours contre les pharisiens, que Jésus adressé i la foule dans ce chapitre 23 de Matthieu, qui passi à uste titre pour un des meilleurs de cet évangéliste, se 'etrouve en partie chez Luc, ch. 11, v. 37-48. Mais jUC fait tenir ce discours dans la circonstance la plus aalencontreuse. Jésus, invité par un pharisien à venir hier chez lui, accepte. Mais à peine à table, il accable ^s pharisiens et les docteurs de la loi de reproches et ft malédictions. Choisir," pour jeter l'outrage à la face un homme, le moment où l'on est assis à sa table, je » dirai-pas que c'est manquer aux premières exigences 1 savoir-vivre et de la politesse (il s'agit bien ici de >litesse!), mais je demanderai si ce n'est pas fouler IX pieds les lois de la bienveillance la plus vulgaire et i< droits sacrés de l'hospitalité. La confusion dont on t saisi à cette vue augmente quand on se rappelle mbiences droits de l'hospitalité étaient respectés chez ; anciens et particulièrement chez les Juifs. Si l'on refuse à admettre, de la part de Jésus, une pareille

grossièreté, il faudra de toute nécessité que le discours ou le diner chez le pharisien soit une fable.

§ 24. — RAFFINEMENT d'oRGUEIL SOUS APPARENCE D'aCMOITÊ

Dans rÉvangile , de Luc, ch. 14, Jésus, assis de nouveau à table avec des pharisiens qui se pressaient aux premières places, leur adresse cette leçon : «Lorsque tu auras été invité à des noces, ne t^assieds « pas à la première place, de peur qu un autre plus diN- « tingué que toi n'ait été également invité, et que celui «qui vous a appelés tous deux ne vienne te dire : « Donne-lui cette place ; car alors tu aurais à rougir er. « descendant à la dernière place. » V. 8 et 9. Jusqu'ici il n'y a rien à dire, sinon que ce conseil, ainsi motiv^-. est un simple conseil de prudence humaine, et qne i e n'est pas ainsi qu'interviennent ordinairement les enseignements de Jésus. Voici la seconde partie de la leçon; par la manière dont elle est motivée eUe n'e^plus aussi innocente que la première : «Mais, lorsq .t «tu auras été invité, va t'asseoir à la dernière pW*^. ^afin que celui qui t'a invité vienne te dire : An. «monte plus haut; alors tu seras glorifié aux yeux à'^^ « assistants. *> Il n'y aurait, dans un pareil calcul, rit qui ressemblât à de l'humilité. Celui qui se inettr?: ainsi à la dernière place, non dans Tintention d*y è'rlaissé mais dans le but caché d'attirer lattention •d'obtenir des marques de distinction, serait un i rgueilleux raffiné, ce qui est assez différent d'an hoinrsvéritablement modeste. Ce passage de Luc parait im:'

ERREURS, INVRAISEMBLANCES, DÉRAISON &0t

assez maladroitement du livre des Proverbes (ch. 25, v.6et7).

Dans les versets 12-14, Jésus adresse à son hôte cette autre leçon, où perce un sentiment mêlé également d'orgueil et de calcul raffinés : « Quand tu donneras à « dîner ou à souper, n'invite ni tes amis ni tes frères

- ni tes parents ni tes voisins opulents, de peur qu'ils

- ne f invitent à leur tour et que tu ne reçoives ainsi

- ta récompense. Mais, lorsque tu feras un festin, invite « les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles, « et tu seras heureux de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le « rendre; car tu recevras ta récompense à la résurrection ** des justes. »» D'abord ce conseil de n'inviter ni ses amis ni ses frères ni ses parents ni ses voisins opulents, exprimé ainsi en termes généraux, est d'une sauvagerie poussée à l'extrême. Mais ce qui est mauvais surtout, c'est la manière dont il est motivé : s'abstenir de bons procédés envers ceux qui peuvent nous les rendre, et cela de peur qu'ils ne s'acquittent envers nous, c'est une disposition d'esprit et de cœur plus à blâmer qu'à recommander. En second lieu, la vraie bienfaisance doit s'exercer envers les pauvres de bien d autres façons et plus fructueusement qu'en leur donnant des festins, qui entraînent des dépenses déplacées et stériles, souvent même des excès de diverses sortes. Enân, quand nous leur faisons du bien, il ne faut pas que ce soit parce que, ne pouvant pas nous le rendre, ils demeurent nos humbles obligés, mais parce qu'il est bon en soi et que c'est d'ailleurs un devoir rigoureux ie secourir ceux qui ont besoin de notre assistance. Il le nous est permis de penser à la récompense qui doit, )lus tût ou plus tard, mais certainement couronner 'accomplissement du devoir, qu'en plaçant cette consilération en seconde ligne, et non en en faisant, comme ci, notre principal, bien plus, notre unique motif. On [ira que, dans la langue figurée de certains précepte?

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évangéliques, les signes ne doivent pas «être pris à la lettre, et que leur but est de rendre sensibles aux intelligenées peu cultivées des vérités morales sans s'astreindre H une justesse absolue d'expression. Soit; mais c'est à la condition que les images et les ôgorei^ dont on se sert conduisent naturellement à des condiisions où il n'y ait jamais rien qui blesse le sens moral, et cette condition qu on a le droit d'exiger de la parole purement humaine, devient d'une nécessité pliL< stricte encore quand il s'agit de la parole attribuée k Dieu.

Dans la parabole qui siiit, v. 16-24, les pauvres ne sont invités que comme pis-aller, parce que les richeir ne viennent pas et que, le dîner étant servi déjà, il faat bien le consommer. Au verset 23 se lit le célèbre e«trainS'les à entrer. Cette même parabole se trouvait déjà dans Matthieu (ch. 22, v. 2-14), avec cea diffé* rences de haut goût que j'ai mentionnées au § 20. Dan> Luc, si les gens sont forcés de venir s'attabler, il n'y a du moins ni massacre ni incendie ni grincements de dents. Mais il y a ce malheureux verset 24 : «Je TOu^ M dis qu'aucun de ceux qui ont été appelés ne gofttera. « de mon dîner, n Cela équivaut à cette naïve menace : M Ah! vous ne voulez pas de mon diner! Eh bien! M puisqu'il en est ainsi, vous n'en tàterez pas. »

§ 25. — PARABOLE DE l'ÉCONOME INFIDÈLE

La parabole de l'économe infidèle dans TËvan^U Ct^ Luc, ch. 16, V. 1-9, est immorale par ses concliisionj ^n maître reproche à son serviteur d'être infidèît-

Que fait celui-ci? Il va immédiatement commettre de nouveaux actes de friponnerie, afin de s'assurer un refuge chez les complices de son improbité. Vous supposez naturellement que le maître va être encore plus mécontent. Pas du tout. Il donne des éloges à cettf^ conduite, v. 8; et ce qu'il y a de plus incroyable, c'est que Jésus, non-seulement ne blâme ni le serviteur ni le maître, mais ajoute au contraire, v. 9, le conseil de se faire des amis avec l'argent mal acquis. Sans doute ce conseil contraste avec la haute moralité habituelle de Jésus et même avec les précentes qui viennent imméliatement après; mais ce contraste n'en prouve que lavantage l'incohérence du chapitre 16 de Luc. On se romperait du reste si l'on pensait que tous les doc? eurs laisseront prudemment dans l'ombre cet étrange onseil : H s'en trouvera qui, ayant pris d'avance le )ani d'admirer toute parole d'évangile, y puiseront les argimients en faveur d'actions manifestement crininelles. C'est ainsi que saint Irénée s'appuie sur le erset 9 du chapitre 16 de Luc pour justifier du môme oup les Israélites qui volèrent aux Égyptiens leurs ases d'or et d'argent, et les chrétiens, nouvellement onvertis, qui gardaient paisiblement des richesses dont origine payenne n'était pas, à ce qu'il paraît, toujours 'ès-pure (1).

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