SACRIFICE D*ABR\HAM
Ch. 22, V. 1-18, Dieu ordonne à Abraham d'aller lui immoler son jeune fils Isaac sur une montagne. Aussitôt Abraham se rend avec la victime au lieu indiqué. Il \a exécuter Tordre qu'il a reçu lorsqu'un ange l'arrête. .Un bélier est substitué à Isaac. Abraham est loué et béni pour avoir obéi'aussi aveuglément. Cette histoire, qu'on nous donne pour très-édiflante, l'est excessivement peu. On se demande lequel est le plus opposé à la morale, de l'ordre que reçoit Abraham ou de la ponctualité avec laquelle il se dispose à l'exécuter. Le fait d'un père qui tuerait son fils, et un fils innocent, est un crime au premier chef. Ce fait ne change pas de nature pour être exécuté sur une montagne au lieu de l'être dans une plaine, pour être commandé par Dieu au lieu de l'être par un homme ; car les actions sont bonnes ou mauvaises par l'essence même des choses et non par la volonté divine. Je suppose qu'au lieu de prendre si lestement son couteau et de faire porter à son fils le bois avec lequel il allait le brûler, Abraham eût dit à Dieu : « Ce n'est pas sérieusement que vous m'ordonnez une « action aussi criminelle. Vous ne m'avez pas donné « un fils pour que je Tégorge comme un mouton, quand <* d'ailleurs vous m'avez promis qu'il en sortirait un « peuple avec lequel vous feriez un pacte éternel « (ch. 17, V. 19, et ch. 21, v. 12) (1). Vous voulez sans
(1) Celte objection, tirée Je la promesse divine, se présente >j naturellement, que l'auteur de ÏÉpUre aux Hébreux^ ch. i i , v. i 7-1 9. a cru devoir y faire une réponse. Il nous apprend qu'Abraham accepta de si bonne grâce le rôle qui lui était assigné parce qu'il croyait que Dieu pouvait ressusciter Isaac.
« doute m'éprouver; vous voulez voir si je serai assez « sot pour croire que vous donniez tout de bon un pa- « reil ordre , ou assez cruel pour l'exécuter. J'entre « donc dans vos vues secrètes en refusant de vous - obéir, » Je ne vois pas ce que Dieu eût pu répondre de sensé. S'il se fût fâché comme étant le plus fort, la raison n'en eût pas été davantage de son côté. Mais, dit-on. Dieu voulait seulement éprouver l'obéissance d'Abraham ; il avait l'intention de l'empêcher de consommer le sacrifice qu'il lui commandait, et l'événement le prouve bien. Cette justification revient au fond à cette autre : <« Dieu faisait semblant de vouloir le sau crifice qu'il ordonnait et qu'il se proposait d'empè- M cher. » En supposant que Dieu puisse dissimuler et s'amuser à jouer av^c nous, encore ne commandera-t-il que des choses bonnes ou au moins indifférentes, et non des choses essentiellement mauvaises. Éprouver un être intelligent et libre comme il éprouve ici Abraham, ce serait exiger une obéissance passive, se réglant uniquement sur la volonté du maître et faisant abnégation de toute idée de juste ou d'injuste ; ce serait imiter les tyrans qui exigent de l«urs esclaves qu'ils soient toujours prêts, au moindre signal, à faire le mal comme le bien et à témoigner ainsi une soumission absolue.
§12. — CONDUITE DE JACOB A lV.GARD DE SON FRÈRE ÊSAU.