‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 29 sur 139 · LE MENSONGE RÉCOMPENSÉ · texte numérisé non relu

LE MENSONGE RÉCOMPENSÉ

Ch. I^, V. 7-22, un nouveau Pharaon règne sur rÉgypte. Effrayé de voir les descendants de Jacob se multiplier, et non content de les opprimer, il ordonne à deux sages-femmes israélites, lorsqu'elles seront appelées pour accoucher les femmes de leur race, de tuer tous les enfants rààles qui viendront à naître. Les tyrans ne sont pas aussi maladroits dans le choix des instruments de leur cruauté; ils savent trouver des moyens plus expéditifs et plus sûrs d'arriver à leurs fins. Imaginez en effet que les sages-femmes se fussent mises à tuer les enfants mâles des femmes qu'elles accouchaient. N'est-il pas évident qu'après deux ou trois de ces abominables infanticides, en admettant même qu'elles les eussent commis impunément, les Israélites

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ne les eassent plus appelées, et que dès lors le projet du Pharaon, d'arrêter par cette voie la multiplication des Hébreux, ne pouvait pas aboutir (l)? Aussi, comme on s'y attend bien, les sages-femmes israélites n'exécutent-elles pas l'ordre sanguinaire qu'elles ont reçu. Le roi leur ayant reproché de conserver les enfants mâles des Hébreux, elles répondent que les femmes israélites ne ressemblent pas aux Égyptiennes, qu'elles sont robustes (2) et accouchent toujours avant l'arrivée de l'accoucheuse. Mais alors la fonction de sage-femme eût été sans objet et par conséquent n'eût pas existé chez les Hébreux, ce qui est contradictoire avec le début du récit. Le mensonge des sages-femmes était dicté sans doute par la peur d'encourir les effets de la colère du roi. Mais ce n'en était pas moins un mensonge, c'est-à-dire une chose mauvaise de sa nature. Quand on excuserait leur frayeur, on n'excuserait pas pour cela le mensonge qu'elle leur suggère, encore moins pourrait-on le convertir en bonne action. Ce qui eût été bien, c'eût été qu'elles répondissent qu'elles n'avaient pas dû se charger du rôle criminel qui leur avait été assigné. Lorsqu'un tyran nous ordonne de faire le mal, notre devoir, en lui désobéissant, est de subir toutes les conséquences de notre désobéissance, et non pas de le tromper pour nous soustraire à ces conséquences. Je conviens que le courage nécessaire dans

(1) L'historien juif Joseph, comprenant tout ce qu'il y avait là d'invraisemblable, dit expressément que le Pharaon ne commit pas la faule de se fier aux sages-femmes israélites, mais qu'il chargea les sages-femmes égyptiennes de surveiller l'exécution de ses volontés. Il atténue par là les objections que soulève le texte sacré, mais il lui fait violence après avoir déclaré qu*il le suivrait religieusement, (iovtfoùx:^ à|5xato^o7*«» livre 2, ch. 9, tome I", Amsterdam, 1726.)

(2) V. 49. Saint Jérôme a rendu très -inexactement cet adjectif par une périphrase. Les Septante ne l'ont pas rendu.

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une pareille -situation est difficile et qu'il n'est pas donné à tous d'en faire preuve. Si, en nous parlant de ces sages-fefnmes qui, s'abstenant de commettre les crimes qu'on attendait d'elles, manquent du courage nécessaire pour refuser directement une pareille mission et pour recueillir tout le mérite de leur abstention, Iff narrateur sacré nous laissait au moins libres de supposer qu'il n'approuve pas leur mensonge ! Mais il n'en est pas ainsi. Non-seulement il ne les blâme point, mais il les approuve en nous disant, v. 20 et 21, que Dien leur fit in lien et qxiïl leur édifia des maisons. Do quoi Dieu les récompensa-t-il donc? Ce ne pouvait pas être de ce qu'elles s'abstinrent de tuer des enfants : il n'y a point de mérite à ne pas être assassin; c'est là un fait purement négatif et dans lequel on ne peut rien trouver de positivement digne de récompense. Ce n'était pas non plus du courage , qu'elles n'eurent point, de répondre au despote, à leurs risques et périls et comme c'était leur devoir, qu'elles refusaient d'exécuter ses ordres exécrables. Reste donc, comme la seule chose dont Dieu ait pu les récompenser, le mensonge par lequel elles trompèrent le Pharaon, en lui faisant croire qu'elles étaient disposées à commettre les actes odieux qu'il leur avait demandés, et que cette disposition criminelle ne manquait son but que par des circonstances indépendantes de leur volonté. Ces leçons de dissimulation porteront leurs fruits naturels dans l'esprit de ceux qui attribueront une origine divine aux livres où elles sont consignées. Sans parler des doctrines de certains casuistes, relatives à la justification des moyens par l'intention, voici un jurisconsulte chrétien qui, dans un livre dédié à un grave magistrat, à un premier président du parlement de Paris, après avoir tracé les règles à suivre dans l'instruction des procès de sorcellerie, et conseillé expressément l'emploi de divers moyens mensongers, cite l'exemple

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des sages-femmes d'Egypte et de la courtisane Rahab, qui, dit-il, reçtirent loyer de Dieu pour avoir menti (l). ,

Le Pharaon, mal secondé, comme il aurait dû s'y attendre, par les femmes Israélites, et avisant enfin à des moyens un peu moins éloignés du but qu'on lui a supposé d'abord, charge ses propres sujets de précipiter dans le Jleute tous les enfants moles qui tiendraient a nattre (2). C'est dans cette circonstance critique que nait le libérateur de la race de Jacob. Tout lo monde connaît la charmante légende du chapitre 2, v. 1-10, qui a fourni aux arts de si gracieux sujots, et relative à Tex^ position de Moyse enfant sur lo Nil et à son adoption par la fille même du Pharaon : c'est assurément ce qu'il y a de mieux et de plus intéressant dans son hictoire (3).

jj 2. — MOYSE, LÉGISLATEUR RELIGIEUX

Devenu grand, Moyse débute dans sa vie publique par un crime, v. 11 et 12. Il aperçoit un Egyptien frappant un Israélite. S'il se contentait de défendre son compatriote, il n'y aurait rien que de louable dans ce fait, en supposant toutefois qu'il Taccomplît par un

;1) Bodin, Delà Démonomanie des sorcierSy 4' livre, ch. 1", Taris, 1580.

(2) Parmi les Hébreux sans doute, quoique l'ordre d'extermination soit conçu en termes généraux qui semblent atteindre tous les garçons qui viendront au monde.

{'^) Joseph, trouvant sans doute peu couveuable que la fiUe d'un

mouvement spontané de généreuse indignation, sans intention de meurtre et sans acte de brutalité pire que celui qu'il avait 'pour but de réprimer. Mais les choses se passent autrement. Le verset 12 contient des détails et des circonstances qui convertissent le meurtre de l'Égyptien en véritable assassinat. Au lieu de voler au secours de l'opprimé , sans se cacher comme d'une mauvaise action, Moyse commence par regarder de tous côtés, et c'est quand il croit s'être assuré qu'il n'est

Pharaon allai se baigner en rivière sans redouler ni le rcgaiil des passants ni la dent des crocodiles, s^est borne à la faire se promener sur le rivage. 11 a du reste peut-ôlre plus g&lé la simplicité de la légende biblique par ce qu*il y a ajouté qu'il ne Ta embellieparce qu'il en a retranché, se montrant ainsi doublement inGdèie au texte sacré. Voici quelques-uns des autres points sur lesquels il 8*en éloigne le plus. Il assigne pour cause de l'ordre d'extermination émané du Pharaon une prédiction qu'un prôlre aurait faite de la naissance, parmi les Hébreux, d'un enfant qui devait abaisser les Égyptiens en exallant la race de Jacob. Recueilli par Thermulhis, Bloyse, quoique âgé de trois mois seulement, dislingue fort bien les seins égyptiens des seins Israélites, et refuse de teter tant qu'on ne lui présente que les premiers. A trois ans, il était si lieau et avait t:int d'esprit que tous ceux qui le rencontraient oubliaient le soin de leurs affaires pour rester en contemplation devant lui. Sa mère d'adoption le présente alors au Pharaon, qui devenu subitement aussi bon que jusque-là il s'était montré barbare, le prend entre ses bras et lui met son diadème sur la tête. Mais l'enfant jette ce diadème à terre et le foule aux pieds, ce dont le roi ne se fâche aucunement. Devenu adulte, il est mis h la tète d'une expédition contre les Éthiopiens; il a recours aux ibis pour frayer un passage à son armée à travers des contrées infestées par des serpents ailés dont l'espèce n'est pas encore connue des erpélologistcs. Il fait un grand carnage des Éthiopiens et arrive jusqu'à leur capitale dont il fait le siège. Tharbis, fille du roi d'Ethiopie, l'apercevant du haut des murailles, en devient amoureuse et lui envoie offrir sa main. Moyse accepte, à condition qu'elle lui livrera la place. Il rentre en triomphe à Memphis, où sa gloire jette un tel éclat que le Pharaon, redevenu barbare aussi brusquement qu'il avait cessé de l'être, vcul le faire mourir. C'est alors qu'a lieu la fuite à Madian. {Ibidem, oh. 9-tl.)

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en vue de personne, qu'il fond sur l'Egyptien, le tue et Tenfouit dans le sable. Et c'est cet homme souillé de sang, qui va se donner pour l'interprète des volontés de Dieu et se dire choisi entre tous pour fonder une société religieuse ! L'historien Joseph passe ce meurtre sous silence.

Moyse, apprenant que son crime est connu du Pharaon, qui veut le faire mourir, se réfugie chez un prêtre payen de Madian, dont il avait secouru les filles, que maltraitaient des bergers. Cette fois sa générosité n'est point entachée de meurtre. Il épouse Séphora, l'une des sept filles du prêtre madianite, V. 15-21 (1). Ce beau-père , qui a été appelé d'abord Raguel au verset 18 du chapitre 2, n'est plus appelé que Jéthro au verset 1®^ du chapitre 3, au verset 18 du chapitre 4 et aux versets 1, 5, 6, 9, 10 et 12 du chapitre 18; mais il est de nouveau appelé liaguel au versel 29 du chapitre 10 des Nombres. On a essayé d'expliquer ces deux noms, en disant que le Raguel du verset 18 du chapitré 2 de Y£xode, quoiqu'il fût appelé le père des allés madianites, pouvait être seulement leur grand-père et par conséquent le père de Jéthro. Mais cette supposition est peu d'accord avec le verset 21, où l'on voit ce Raguel accorder en mariage sa fille Séphora, ce qui constituait un acte d'autorité qa*on ne saurait guère attribuer qu'au père même.

Pendant que Moyse fait paître sur le mont Horeb les brebis de son beau-père, l'ange de Jéhovah (Jéhovah lui-même dans la Vulgate) lui apparaît dans une flamme au milieu d'un buisson, ch. 3, v. 1-3. Mais, à partir du verset 4, cet ange est changé en Jéhovah Idi-même. Au chapitre 28 de la Genèse, v. 11-13, Jacob avait vu aussi Jéhovah sur une échelle ; mais l'auteur sacré

( i) Oa a vu, dans la note précédente, que, selon Joseph, il était éjà marié à une Éthiopienne.

avait eu soin de nous avertir que c'était en songe qu'avait lieu cette vision délirante, qui n'a dès lors rien de surprenant, tandis qu*ici Moyse nous est représenté comme étant bien éveillé. Appelé par Jéhovah, il répond : « Me voici. »» Mais il lui est défendu d'approcher. Noua savions déjà, et nous en aurons d'autres preuves, que le Dieu de Moyse ne veut pas être regardé de trop près. Il lui ordonne de se déchausser, parce qu'il foule une terre sainte : c'est ce que font encore les Arabes d*aujourd*hui en entrant dans leurs mosquées. Jéhovah charge Moyse d'aller trouver le nouveau roi d'Egypte et de délivrer les Israélites. Moyse se déclare incapable de remplir une pareille mission, v. 4*11. Les apologistes ne manquent pas de faire ressortir ce trait d'apparente humilité, dans lequel ils voient un garant irrécusable de la sincérité de Moyse et de la véracité de son récit. Au chapitre 4, v. 10, il s'excuse encore sur ce qu'il n'a pas le talent de la parole. Cet(e excuse est exprimée d'une façon singulière ; en voici la traduction littérale : « Je ne suis un homme à h « parole facile ni depuis hier ni depuis avant-hier ni •« depuis que tu as parlé à ton serviteur; car je sais « lourd de la bouche et lourd de la langue (1). » Cela est en désaccord avec ce que nous lisons au livre des Actes des apôtres y ch. 7, v. 22, où il est dit que Moyse éi^xi puissant en paroles aussi bien quen œuvres. Il est vrai que, comme c'est Moyse lui-même qui, dans V^xode, est censé parler de lui, on peut rejeter sur sa modestie cette discordance. Jéhovah lui promet de l'assister, igoutant, après s'être un peu mis en colère

(1) Saint Jér6tne a dénaturé en partie cette réponse, en faisaat dire à Moyse que, depuis que Jéhovah Jui a parlé, sa langue est encore plus embarrassée et plus lente qu'auparavant. L'explication q»ic donne le traducteur latin de l'infirmilé de Moyse, en la préseulant comme le résultat de l'entretien avec Jéhovali, ne se trouve nullement dans l'hébreu.

selon sa coutume, que Torateur de la famille, Aaron, parlera à sa place, v. 11-16. Moyse prend congé de son beau -père, met sa femme et ses enfants sur un àne et retourne en Egypte, v. 18-20. Il n'est pas dit pourquoi il n'avait point fait part à Jéthro de sa merveilleuse aventure. Non-seulement il l'avait laissé ignorer le motif de son départ, mais il l'avait trompé en lui disant qu'il retournait vers ses frères d*Egypte pour voir s* ils vivaient encore. Puisqu'il venait de recevoir la mission d'aller les délivrer , il les savait vivants. Dira-t-on qu'il craignait que son beau-père ne le retint, s'il lui faisait connaître le but véritable d'un voyage qui pouvait en effet, jugé au point de vue de la simple prudence humaine, paraître offrir plus d'un péril? Ce serait faire agir un mandataire divin connne un mortel ordinaire. Mais Moyse savait bien que nul obstacle ne serait assez fort pour l'empêcher d'aller remplir une mission qu'il tenait de Jéhovah lui-même : et puis, s'il eût craint d'être retenu, cette crainte n'eût pas justifié son mensonge. On voit du reste plus loin (ch. 18, v. 1-12) que Jéthro, apprenant le rôle qu'avait pris son gendre,vient l'en féliciter en célébrant la supériorité de Jéhovah sur tous les dieux. Le législateur des Hébreux avait débuté dans sa vie publique par un meurtre ; il débutait maintenant dans sa vie religieuse par une tromperie. Chemin faisant, il rencontre dans une hôtellerie Jéhovah, qui cherche à le tuer^ et qui ne le laisse aller qu'après que Sépbora, ayant circoncis son fils, a dit à Moyse : «< Tu « es pour moi un époux de sang. >» V. 24-26. Ainsi voilà Dieu travesti en querelleur, aux prises avec son serviteur au moment où celui-ci exécute ponctuellement ses ordres 1 Assurément on ne saurait rien imaginer de plus extravagant que cet épisode (1) ; il l'est à tel -- - — - ~

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point que les orthodoxes substituent au sens direct, que rien dans le récit n*autorise à abandonner, un sens détourné, en disant que Dieu envoie à Moyse une maladie qui le retient en route jusqu'à ce que son fils ait été circoncis. On se rappelle qu'au chapitre 32 de la Genèse, Dieu avait aussi lutté contre Jacob , et avait même eu le dessous.

Il y a, au chapitre 3, un autre incident par-dessus lequel j'ai passé tout à l'heure, me réservant d*y revenir. Au moment où il vient de recevoir sa mission, Moyse demande à Dieu, à ce Dieu qu'il dit être celai de ses pères, comment il s'appelle, v. 13. Quand on admet plusieurs dieux et déesses, il est nécessaire, pour les distinguer les uns des autres, de leur donner à chacun un nom particulier; alors l'un s'appelle Moloch, l'autre Osiris, celui-ci Jupiter, cette autre Ast5ï*oth, etc. Mais quand on n'en reconnaît qu'un, comme est censé le faire Moyse, c'est une question dépourvue de sens que de demander comment il s'appelle ; u ne peut pas avoir d'autre nom que le nom quelconque par lequel celui-là même qui fait cette question, a été habitué par ses parents à exprimer l'idée qu'ils lui ont donnée de la cause première.'Telle eût pu être la réponse de Dieu à la question toute payenne de Moyse. Voici celle que lui attribuent presque toutes les traductions : « Je M suis celui qui suis » V. 14. Que de fois cette définition de Dieu n'a-t-elle pas été citée comme la plus sublime et la plus parfaite de toutes? Qui est-ce qui n'a pas la, dans les traités des docteurs chrétiens, ces expressions d'admiration ou d'autres analogues? « Voyez comme a les livres saints définissent Dieu ! Quelle plus vraie et

scène grotesque. D'abord ils ont substitué un ange à Jéborah, V. 24, quand le texte hébreu parle expressément de Jéhovali; ensuite au reproche très-irrévérencieux que Scphora adresse à son époux, V. 25, ils ont substitue des paroles insignifiantes.

EXODE AOi

- plus grande idée pouvait-on donner de Tètre par ex- •« cellence, de l'être des êtres, de celui qui par son in- « finité comprend Tuniversalité et tous les degrés posu sibles de l'existence ? Moyse ne se sert ni du passé « ni du futur, mais du présent, indiquant par là que « la manière d'exister de Dieu ne comporte aucun « changement, et que son être toujours et partout •» présent embrasse l'éternité des temps comme l'im- « mensité des lieux. >» Il ne manque à la supposition sur laquelle roule tout cet éloge qu'un peu de vérité. Dans l'original, Dieu parle de lui au futur et non au présent. Le texte primitif, traduit exactement, signifie : « Je serai celui qui serai (l). »» Ramenée à la réa-

(1) L'interprétation reçue par les théologiens est l'œuvre des Septante d'abord, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ont faussé le sens de l'hébreu, puis de saint Jérôme, qui a partagé leur inGdélitc, quoiqu'il ait dû s'en apercevoir. Le root du texte original, que V%n traduit par je suis, est au futur, et il ne peut pas être au présent puisque la forme de conjugaison du verbe, que Ton appelle le présent dans d'autres langues, n*exisle pas en hébreu. Un très-savant rabbin, à qui je demandais un jour la raison de celte défectuosité de la langue de ses pères, sourit en entendant ce mot de défectuosiléy et me répondit : « Le présent n'a pas besoin <i d'avoir un signe dans le langage, car il n'existe pas. C'est la li- « mite idéale qui sépare le ps^sé de l'avenir, mais une limite ina saisissable, parce qu'elle se déplace sans cesse dans le temps ; « c'est une ligne purement mathématique et non perceptible pour « nos sens. » Celte subtile explication, tout en s'appuyant sur une idée qui n'est dépourvue ni de vérité ni d'une certaine profondeur, n'est pas pleinement satisfaisante ; car, quelle que soit l'idée qu'on se fasse du présent, quelque définition qu'on en donne, toujours est-il qu'on est bien obligé, en hébreu comme dans toutes les autres langues, d'imaginer quelques moyens de l'exprimer. On se sert le plus communément du participeoud'unadjectif, que l'on joint simplement au substantif ou au pronom, sujet du verbe. Si donc l'auteur sacré avait voulu dire je suis celui qui suis, i\ n'aurait pas pu le dire fH)us celle forme, je serai celui qui serai; car il n'y a pas, dans la Bible, un seul exemple qui autorise cette supposition, tandis qu'il y en a un grand nombre qui la coiilredisent. M. Cahen, après avoir

lité, cette définition devient très-insignifiante, et Ton a ici un exemple remarquable de ces fréquentes admirations qui s'exercent sur le vide. Ajoutons qu'en admettant que la définition de Dieu, du chapitre 3 de VExodCy eût bien véritablement la signification que lui donnent* les traductions ordinaires, il resterait encore à dire que la Bible n'en a pas le privilège. Plutarque, parlant d'une inscription du temple de Delphes, ne veut pas qu'on dise de Dieu qu'i/ a Hé ou qu't/ sera, mais simplement qu'tV ^^^ (1).

Relevons en passant une contradiction. Au chapitre 6, V. 3, Jéhovah dit à Moyse qu'il est apparu à Abraham, Isaac et Jacob comme le Dieu tout-puissant, mais qu'il n'a point été connu d'eux sous son nom de Jéhovah. Or on voit au contraire, dans la Genèse, Abraham, ses deux femmes, Sara et Agar, et son serviteur (ch. 13, V. 4 ; ch, 14, V. 22; ch. 15, v. 2 et 8; ch. 16, v. 2, 5

donne du verset 14 du chapitre 3 de Y Exode (lome H, Paris, \%ZÏ} une traduction qui ne présente aucun sens en français, ajoute, dans \ii\o. note, que cela signifie grammaticalement je suis que je suis, tout aussi bien que je serai que je senU. Où a-l-il pris cela? Aur:iil-il pu citer des textes positifs à Tappui? Pour moi, j'en ai cherclic en vain; et partout au contraire où j'ai rencontré le mot qu il prétend pouvoir traiuirc en français par je suis aussi bien que par je serai (par exemple: Genèse, ch. 26, v. 3, etch. 31, v. 3; Exode, ch. 3, V. 1*2, et ch. 4, v. 12 et 15; Deutéronome, ch. 31, ▼. 23: Josué, ch. 1", V. 3, cl ch. 3, v. 7; Juges, ch. G, v. 16; i^ livre des/îoi», ch. 23, v. 17; 2« livre des Rois^ ch. 7, v. 14, ch. 1.5, v, 34. et ch. 16, v. 18 et 19; 1^' livre des Paralipomènes, ch. 17, v. 13. et ch. 28, V. 6 ; Job^ ch. 3, v. 16, ch. 7, v. 20, ch. 10, v. 10, el ch. 12, V. 4; psaume 50 [49], v. 21 ; Isaie, ch. 3, v. 7; Jérémie. ch. 11, V. 4, ch, 24, v. 7, ch. 30, v. 22, et ch. 32, v. 38 ; Êzéchiei, ch. 37, V. 23; Osée, ch. l**", v. 9, et ch. 14, v. 6; et Zackarie, ch. 2, V. 9 [v. oj, et ch. 8, v. 8\ je l'ai presque toujours Irouvé employé avec la signification du futur simple ou conditionnel, rarement avec celle du passé au moyen du vrtvconversif, mais jamais avec celle du présent.

0 Uze.\ TOj FI T«iO i'j AsA^otç, (nme H, 1624.

et 13; ch. L^l, v. 33; ch. 22, v. 14; ch. 24, v. 3, 7, 12, 27, 35, 40, 42, 44, 48 et 56), Isaac (ch. 26, v. 22 et 25; ch. 27, V. 7 et 27), Jacob et ses deux femmes, Lia et Riichel (ch. 27, v. 20; ch. 28, v. 13, 16 et 21 ; ch. 29, V. 32 et 33; ch. 30, v. 24 et 30), invoquer expressément le nom de Jéhovah.

§ 3. — LES DIX PLAIES d'ÉGYPTE,

Le Pharaon, dont Jéhovah a endurci le cœur (ch. 4, V. 21; ch. 7, V. 3; ch. 9, v. 12; ch. 10, v. 20 et 27; ch. 11, V. 10; et ch. 14, v. 4, 8 et 17), refuse de laisser partirles Hébreux. Alors Moyse afflige TÉgypte de ces fléaux surnaturels, décrits dans les chapitres 7-12, et connus sous 1^ nom des dix plaies d'Egypte. Toutes les eaux sont changées en sang; le pays entier est couvert successivement de grenouilles, de cousins, de mouches de toute espèce, de sauterelles et d'épaisses ténèbres qui durent trois jours; il est ravagé par la peste, les ulcères, la grêle et enfin par le massacre des premiersnés (1). Je ne m'arrêterai pas ici à faire voir l'impossibilité des miracles considérés en tant que faits contraires aux lois de l'ordre naturel ; c'est une question que j'ai traitée déjà (2). Je me bornerai à quelques ob-

(1) En 1827, lors de la discussion de la loi contre la presse, à la chambre des Députés de France, le comte de Sallaberry, trouvant trop courte cette liste des dix plaies, soutenait que Moyse avait oublié dy joindre celle de l'imprimerie, qui, dans la pensée du fougueux défenseur du trône et de l'autel, valait sans doute à elle seule les dix autres.

(2) Dans un chapitre spécial,* le chapitre YI de la 1'* partie, j'ai eu à la traiter d'une manière générale. Je fais cette observation une fois pour toutes, priant le lecteur de l'appliquer à tous les

llOÙ SECONDE PARTIE

servations sur le peu de soin qu'a pris le narrateur sacré de coudre ensemble, tant bien que mal, les diverses parties dont se compose son histoire merveilleuse des plaies d'Egypte, histoire qui s'en va en lambeaux, pour peu qu'on y touche et sans qu'il soit môme nécessaire de s'attaquer à Tabsurdité du fond.

Ch. 7, 19-22, Aaron, suivant les instructions de Jéhovah, change toutes les eaux de l'Egypte en sang : il lui avait suffi pour cela d'un coup de cette baguette que les peintres mettent à la main des sorciers, dés fées, des astrologues et des enchanteurs. Aussitôt les magiciens du Pharaon en font autant. On se demande où donc ces magiciens avaient trouvé de l'eau pour faire leur expérience, lorsque toute celle de l'Egypte venait d'être convertie en sang par Aaron.

Ch. 9, V. 6, tous les animaicx viennent de périr de la peste. Or voilà que Moyse trouve encore le moyen de tourmenter les bêtes par les ulcères et la grêle, V. 10 et 25, et par l'extermination de leurs premiersnés, ch. 12, V. 29!

Après avoir vu périr tous les animaux et par conséquent leurs chevaux, les Égyptiens vont néanmoins poursuivre les Israélites avec 600 chars et une cavalerie formidable, ch. 14, v. 7, 9, 17, 18, 23, 26 et 28!

Enfin, après que la grêle a détruit absolument tout le règne végétal, au point qu'il ne reste pas môme un

faits réputés miraculeux que j'aurai à mentionner dans les deux sections de cette 2" partie.

Faut-il s'étonner que les faiseurs de miracles séduisent si facilement la multitude ignorante, quand ils trouvent encore aujourd'hui des dupes parmi les gens instruits? Un voyageur fraoçai?. M. Léon de Laborde, n*a-t-il pas prétendu avoir vu exécuter en Egypte, bien plus, avoir exécuté lui-même, mais sans savoir comment, des miracles aussi étonnants' que ceux d' Aaron et des magiciens? (Commentaire géographique sur V Exode et les Nombres, Paris, 1841 , note sur le verset 11 du chapitre 7 de VEsode,

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