‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 30 sur 139 · EXODE LO'Ô · texte numérisé non relu

EXODE LO'Ô

brin d'herbe (ch. 9, v. 25), viennent des sauterelles qui dévorent tous les végétaux et tous les fruits épar-gnés par la grêle, qui n'avait rien épargné, ch. 10, V. 15. Au verset 14, il est dit que ces sauterelles étaient en si grand nombre que jamais on n'avait vu une telle invasion et que par la suite il n*y en aurait jamais de pareille (1).

Il reste ici à nos adversaires une ressource, c'est de dire que des expressions hyperboliques, des métaphores ne doivent pas être prises à la lettre. Mais ce système de défense est d'un emploi délicat, et les plus téméraires seulement osent y avoir recours. En effet, lorsqu'une fois on se sera permis de retrancher quelque chose des affirmations bibliques, de les modifier, de les transformer en assertions qui puissent concorder avec les faits de Tordre naturel et les exigences de la raison, où s'arrôtera-t-on dans cette voie, et que deviendra le nrerveilleux? Si vous ôtez l'exagération, que reste-t-il d'étonnant dans ces eaux du Nil rougies par leur crue et leur débordement, dans cette grande quantité de reptiles ou d'insectes dont, à certaines époques de l'année, un soleil ardent favorise l'incommode multiplication, dans ces maladies épidémiques et ces pestes qui établissent dans certaines latitudes leur séjour de prédilection? Pour opérer en Egypte et ailleurs de pareils miracles, il n'est nullement besoin de faire intervenir extraordinairement Dieu ou ses

(1) Ce fléaa n'est que trop fréquent dans certaines contrées. Entre des milliers d'exemples, je citerai ces nuées d'insectes de la famille des acridiens, qui dévastèrent la Moldavie, la Yalacliie et la Transylvanie en 1747 et 174S, les côtes du Maroc en 1780 et 1 799, l'Afrique méridionale de 4789 à 1791, et la Provence en 1813, 1815, 1832, 1824 et 1825. (Voir le iHcHonnaire universel d'histoire naturelle, article ilmditim de M. Emile Blanchard, tome IV,

Paris, 1844).

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saints, le démon ou ses suppôts, il suffit de laisser agir le climat.

4, — LES ISRAÉLITES DÉROBENT LES VASES d'OR ET d'aRGENT ET LES VÊTEMENTS DES ÉGYPTIENS. MASSACRE DES PREBnERS- NÉS ÉGYPTIENS. PASSAGE DE LA MER ROUGE. MARCHE D.VNS LE DÉSERT.

Ch. 11, V. 2, et eh. 12, v. 35 et 36, Moyse renouvelle, de la part de Jéhovah, Tordre qu'il a déjà donné aux Israélites, ch. 3, v. 22, d'emprunter aux Égyptiens leurs vases d'or et d'argent et leurs vêtements avec r intention de les emporter dans leur fuite. Cet ordre est fidèlement exécuté. Une pareille conduite réunit toutes les conditions d'un vol bien caractérisé et d^autant plus coupable qu'il suppose un abus de confiance, puisque c'est comme hôtes et comme toisins que les Israélites demandent ce prêt aux Égyptiens.

L'historien Joseph ne dit mot de ce vol; il prétend au contraire que les Égyptiens honorèrent les Hébreux \ia,T des présents (\). M. Grandpierre assure également que les Égyptiens avaient donné et non pas prêté les objets que les Hébreux emportèrent en fuyant (2). Outre ce qu'il y a d'invraisemblable à ce que, dans la situation décrite par la Bible, situation d'hostilité déclarée entre les Égyptiens et les Hébreux, les oppresseurs aient pu penser à donner aux opprimés leurs vases d'or

(1) louJatxTÎj UpyjiioktrftoLy livre 2,cb. 14.

(2) Essais sur lePentntenque, ch. i7, Paris, 184i.

et d*argent et leurs vêtements, il est constant que le texte parle formellement d'emprunt et de spoliation. M. Graudpierre est obligé d'avouer que le mot dé-^ pouiller est dans Thébreu comme dans le grec et le latin; mais il le prend figurément et dans un bon sens. M. Cahen reconnaît aussi que les Israélites dépouillèrent véritablement les Égyptiens; mais il trouve que Ton a eu tort de les en blâmer : « On conçoit, dit-il, ^ que des esclaves, parvenant à rompre leurs chaînes, M ne se fassent point scrupule de tromper leurs anciens M oppresseurs (1). >* Cela peut se concevoir en effet; mais la chose n'en est pas plus morale pour cela, sur* tout si elle s'aggrave des circonstances d'emprunt simulé et d'abus de confiance, qui caractérisent le fait des Hébreux d'après la narration même de l'auteur sacré. Saint Irénée pensait également que les Israélites avaient puisans injustice spolier les Égyptiens (2). Saint Grégoire de Nysse n'était nullement de cet avis. Il se livre à ce sujet à une critique pleine de ^ens (3). Mais, comme il n'était pas le maître de rejeter la narration ))iblique, et qu'il ne voulait pas de l'interprétation littérale, il se voyait obligé d'y substituer une interprétation allégorique. Or quelle est cette interprétation, que saint Grégoire appelle ^/i^5 élevée et plus convenable? Il prétend que l'ordre donné aux Hébreux par Moyse, et qui serait immoral s'il était entendu au sens propre et naturel, doit être pris dans un sens figuré : par là les fidèles sont invités à s'approprier les richesses intellectuelles, les sciences profanes dont les infidèles abusent, et à les en priver même, si c'est possible, pour en mieux user qu'eux. Il est clair qu'avec ce

(1) Traduction nouvelle , note sur le versai 22 du '*'

\ Exode, ^

(2) Contra hœrese», Hvre 4, ch. 30 anllre à do

'3) Bswct'a iiç tôv Mw*

cirt.2, Pan«, ^'î*^^-

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système d'explication allégorique, les relations auxquelles les auteurs de la Bible ont le plus évidemmeut voulu donner un caractère de récits historiques, disparaissent complètement, et qu'on se débarrasse ainsi avec la plus grande commodité de tout ce qui blesse la raison dans ces récits. Ce système, Tautorité ecclésiastique rayait condamné dans la personne d*Origène, et Ton a le droit de demander pourquoi elle Ta toléré dans Grégoire de Nysse et dans d'autres Pères.

Enfin d'autres interprètes avouent simplement qu*à en juger d'après les notions ordinaires, il y a ici un vol manifeste ; mais ils prétendent que Dieu était bien le maître de transférer aux Israélites le droit de propriété des Égyptiens.

Parmi les incidents qui signalent le départ des Israélites, figure le massacre que Jéhovah fait, au milieu de la nuit, des premiers-nés égyptiens, ch. 12, v. 29. C'est le pendant et la revanche de l'extermination des enfants mâles nouvellement nés parmi les Hébreux, extermination que le chapitre P^ avait attribuée au roi d'Egypte. Quant à la mer Rouge qui, sur un signe de Moyse, s'ouvre pour laisser passer à pied sec les Israélites et qui se referme ensuite pour engloutir l'armée égyptienne, ce miracle, tel qu'il est rapporté au chapitre 14, V. 21-29, est un de ces contes qui offrent à l'imagination des artistes du pittoresque à foison. L'historien juif Joseph, après l'avoir raconté, le compare à celui d'Alexandre traversant à pied sec la mer de Pamphylic avec son armée, par une faveur spéciale de Dieu qui voulait se servir des Macédoniens pour détruire l'empire des Perses, et comme si ce rapprochement seul ne suffisait pas pour dévoiler sa pensée intime, il ^oute qu'il laisse le lecteur croire ce qu'il voudra de ^' vient de lui être raconté (1). Le'plus fort de la

2, cil. 16.

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merveille du passage de la mer Rouge, même au point de vue de la possibilité des miracles, est certainement la prodigieuse ineptie qu'il faut attribuer aux Égyptiens s' aventurant sur les pas des Israélites entre deux murailles liquides et comptant par conséquent sur la continuation à leur profit d'un miracle évidemment fait pour protéger contre eux la fuite de leurs ennemis. L'écrivain sacré parait avoir senti que c'était là le plus difficile à faire passer; car, au verset 17, il avait dit que Jéhovah avait promis à Moyse d'endurcir le cœur des Égyptiens. Il fallait en eflfet, pour se conduire comme ils le font, qu'ils eussent le cœur bien dur et l'intelligence aussi.

D'après V Exode, ch. 12, v. 40 et 41, lorsque les Israélites s'enfuirent d'Egypte, il y avait quatre cent trente ans qu'ils y étaient établis. D'après la Genèse, ch. 15, V. 13, et les Ades des Apôtres, ch. 7, v. 6, ils y auraient été réduits en servitude pendant quatre cents ans. Il n'y a pas précisément encore contradiction entre ces deux chiffres, parce qu'on peut dire que la Genèse et les Actes donnent seulement la durée de l'asservissement des Israélites et que cet asservissement n'a pas commencé dès l'époque même de leur arrivée en Egypte. Mais il n'en est plus de même du témoignage suivant : Au ch. 5, v. 9-12, de la traduction latine que saint Jérôme nous a donnée du livre de Judith d'après l'original chaldéen qui ne nous est point parvenu, on ne compte que quatre cents ans pour tout le temps compris entre l'arrivée des Israélites en Egypte et leur départ. Ce chiffre est bien en contradiction avec celui de \ Exode. Enfin aucun des précédents renseignements n'est d'accord avec celui que donnent les Septante (ch. 12, v. 40 de \ Exode) et l'historien Joseph, qui font remonter jusqu'à la venue d'Abraham dans la terre de Chanaan le chiffre de quatre cent trente ans, donné par V Exode pour le temps de

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séjour en Egypte (1). De plus, Joseph prétend que les Israélites sortirent d'Egypte deux cent quinze ans après l'arrivée de Jacob (2).

Au chapitre 13 de Y Exode, v. 21 et 22, il est dit que Jéhovah marchait devant les Israélites, pendant le jour en une colonne de nuée, et pendant la nuit en une colonne de feu, afin de leur montrer la ronte qu'ils devaient suivre, et l'on voit en effet, au chapitre 9 des Nombres, v. 17-23, tous les détails de leur marche dans le désert réglés par ce moyen : ils ne partaient, ne s'arrêtaient et ne campaient qu'au signal de la nuée miraculeuse. Conduits ainsi par Dieu même et ne pouvant par conséquent s'égarer, il est évident qu'ils n'avaient pas à chercher un autre conducteur. Mais voilà qu'au chapitre 10 de ce même livre des Nombres y v. 31, Moyse prie son beau-frère Hobab de les accompagner, afin d'être leur gmde et de leur indiquer les lieux où ils devront camper. Après avoir fait intervenir Dieu lui-même pour assurer la marche des Israélites, leur chef cherche un guide comme il l'eût fait au milieu da plus complet abandon I Comment Jéhovah prit-il cette injure, qui lui substituait un simple mortel, un Madianite? Jamais narrateur s'est-il trahi avec une telle ingénuité? Le rôle de censeur et de conseiller que prend, au chapitre 18 de V Exode, verset 13-24, le beaupère de Moyse, fournit matière à une môme observation. Un législateur qui prétend tenir directement de Dieu ses instructions les plus minutieuses, et qui a besoin de recevoir d'un prêtre de Madian des directions sur l'art de gouverner ! Un chef suprême, pourvu de tels pouvoirs et de tels secours, qui a besoin qu'on lui apprenne

(1) Le texte samaritain comprend également, dans le chiffre de 430 ans, le temps passé en Chanaan. {Bible polyglotte, tome VI, Paris. i632.)

(2) Ibidem, ch. 45.

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que, ne pouvant pas tout faire par lui-même, il est dans la nécessité de se choisir des aides ! Serait-ce parce que l'abbé Guédier de Saint-Aubin aurait senti ce que cela avait d'étrange, qu'il s'est cru permis, dans son Histoire sainte (1), de supprimer tout le chapitre 18, l'un des plus importants de VExodef

§ 5. — MOYSE s'entretient AVEC DIEU SUR LE SINAI.

Moyse a des entretiens particuliers avec Dieu sur le sommet du Sinaï. Mais, pour prévenir, de la part des Israélites, la tentation fort légitime de vérifier le fait de ces entretiens, et la curiosité assez naturelle de voir aussi Dieu de leurs propres yeux, il trace au pied de la montagne des limites que personne ne peut franchir sans encourir la peine de mort, ch. 19, v. 12, 21, 23 et 24. Les prêtres eux-mêmes doivent respecter cette défense; le frère de Moyse, Aaron, qui bientôt va être fait grand-prêtre, est le seul qui obtienne la faveur de monter avec lui sur la montagne, et encore ne le suitil pas jusqu'au bout. Au ch. 24, v. 1 et 2, Aaron, Nadab, Abiu et 70 vieillards semblent donnés à Moyse pour témoins de ses entretiens avec Dieu sur le Sinaï. Mais cela n'aura rien de gênant pour Moyse ; car ils reçoivent en même temps l'ordre d'adorer do loin et de ne pas approcher, dans les moments décisifs sans doute. Moyennant toutes ces précautions, le texte dit, v. 10, qxiils virent Dieu (2), qui avait sous ses pieds comme

(l)Toine !•% Paris, 1751.

(2) La version des Septante dit seulement qu'ils virent le lieu où se tenait Dieu.

un ouvrage de saphir et comme le ciel lorsqu'il est serein. Aux versets 13 et 14, Josué semble aussi être admis à la faveur d'accompagner Moyse ; mais, dans le reste du èhapitre, il n'est absolument plus question qtiO de ce dernier, qui reste seul, pendant quarante jours H quarante nuits, en conférence avec Dieu. Là il reçoit des instructions détaillées sur le lin et Thuile de bonne qualité, les pierres précieuses, For pur, les parfums de bonne odeur et les victimes bien grasses, que Jéhovah veut qu'on lui offre par l'intermédiaire des prêtres. On peut voir ces détails dans les ch. 25, 26, 27, 28, 29 et 30.

§6. — DÉCALOGUE. MEURTRE IMPUNI ET SIMPLES DÉLITS PUTtlS

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