‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 38 sur 139 · ANNÉES SABBATIQUE ET JUBILAIRE · texte numérisé non relu

ANNÉES SABBATIQUE ET JUBILAIRE

Ch. 25, V. 1-28, dans Tannée sabbatique, on ne devait ni semer ni planter ni cultiver. Cette institution laissait dans l'oisiveté, pendant une année entière sur sept, un peuple essentiellement agricole, et l'exposait périodiquement à la misère et à la famine. L'année jubilaire ramenait, tous les cinquante ans, le môme inconvénient et l'aggravait encore puisqu'elle tombait après la quarante-neuvième année, qui, étant sabbatique, était

déjà un temps d*inaction. Considérée superficiellement, elle semble avoir un beau côté, que Ton n*a pas manqué de faire ressortir : on a dit que, comme elle faisait rentrer chaque famille dans les terres de ses ancêtres, dont on ne pouvait alors en réalité vendre que l'usufruit, elle rétablissait, à chaque demi-siècle, l'égalité primitive des fortunes. Mais d'abord iLn'était pas nécessaire pour cela que tout un peuple, et un peuple presque uniquement agriculteur, demeurât oisif pendant deux années consécutives. En second lieu, quelle valeur pourrait avoir une mesure tendant à rétablir une égalité de fortunes qui ne peut pas se maintenir un seul instant, puisqu'elle est nécessairement et continuellement altérée par l'inégalité de. la capacité, du travail et du nombre des enfants? Aussi des auteurs Israélites ont -ils prétendu que cette disposition de l'année jubilaire ne fut jamais observée exactement. Elle interdisait en réalité toute aliénation de biens-fonds ; la vente n'eût été alors qu'un fermage à termes plus ou moins longs, selon qu'on eût été plus ou moins éloigné de l'année jubilaire future, et dont le fermier eût acquitté d'avance tout le prix, ce qui serait un des plus mauvais modes de fermage. Il y a du reste, au verset 23, une courte explication, qu'on n'a pas assez remarquée, et qui, en nous faisant connaître le vrai motif de l'institution du j ubilé, en amoindrit considérablement la générosité apparente : « La terre ne sera pas vendue à « perpétuité, parce qu'elle est à moi et que vous êtes M étrangers et habitez chez moi. » Ainsi les Juifs n'étaient pas les propriétaires du sol qu'ils cultivaient, mais seulement les colons de leur Dieu. Cette idée avait bien un avantage, celui de rabattre l'orgueil de la propriété ; mais, pour lui tenir compte de cet avantage, il faut faire abstraction de la mauvaise application que Moyse voulait en faire au profit de sa tribu. Le Dieu des juifs, comme celui des chrétiens, était représenté sur

terre par ses prêtres; un pieux israéiite devait donc toujours se considérer comme le simple tenancier de la caste sacerdotale, qui trouvait dans cette croyance un moyen d'inépuisable influence. On va voir bientôt (1) se dérouler quelques-unes des conséquences de ce système.

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