DE CAILLES
Les Israélites se plaignent des privations qu'ils endurent dans le désert. Jéhovah fait périr par le feu ceux qui étaient à l'extrémité du camp, les traînards sans doute, c'es^^-à-dire ceux parmi lesquels devaient se trouver le plus de femmes, d'enfants et de vieillards. Le peuple murmure encore. La manne, sa seule nourriture, qui lui tombait du ciel avec la rosée tous les matins, les jours de sabbat exceptés, cette manne, véritable énigme pour les naturalistes, lui est devenue nauséabonde ; il demande en pleurant de la chair, et il se met à regretter les poissons, les concombres, les melons, les porreaux, les ognons et les aulx de l'Egypte, ch. 11, V. 1-6. Jéhovah entre dans une grande colère. Moyse vient à son tour se plaindre d^s difficultés de la charge qui lui a été imposée, et quoique son langage ne semble pas témoigner une confiance plus forte que celle du peuple, ce qui, de la part d'un chef, constituait une faute plus grave , Jéhovah fait droit à sa plainte en lui donnant 70 aides, par un procédé qui mérite d'être remarqué : il lui enlève une partie de son esprit, absolument comme si l'esprit était une chose solide, étendue, composée de parties qui pussent se compter, se peser, se séparer les unes des autres, et il distribue ce fragment qu'il vient d'en détacher entre 70 vieillards qui se mettent aussitôt à prophétiser, V. 10-17 et 25. Voilà assurément une grande merveille psychologique. On a dit que c'était une manière de faire entendre que les aides donnés à Moyse furent gratifiés de l'esprit de sagesse dont il était pourvu luimême. Mais alors que peut signifier ce fait de retran-
cher, ainsi que cela résulte expressément du texte sacré , une portion d'un esprit qui ne pouvait que perdre à cette mutilation ? Si Jéhovah ne sévit pas contre Moyse, il va se dédommager sur ceux qui avaient désiré de la viande : « Vous n'en mangerez « pas, leur fait-il dire, un jour, ni deux, ni cinq, ni dix, « ni vingt, mais pendant un mois, jusqu'à ce qu'elle ^ vous sorte par les narines et que vous en so^'ez dé- « goûtés, »» v. 19 et 20. Quel langage! Le despote le plus violent, le plus irascible s'exprimerait-il autrement et imaginerait-il une plus cruelle dérision pour se venger du mécontentement de sujets affamés? L'effet répondit aux paroles. Jéhovah fait souffler de la mer un vent qui couvre de cailles le camp et ses alentours dans l'espace d'une journée de marche, sur une épaisseur de près de deux coudées (1). Au livre de \ Exode (ch. 16, v. 8, 12 et 13), il était aussi arrivé des cailles en nombre considérable, mais qui avaient pu être consommées utilement. Cette fois leur accumulation devait en faire une horrible calamité. Les Israélites se mirent à en ramasser, et il est dit, ce qui est très-croyable, que celui qui en avait aipassé le moins en avait dix mesures. Mais la chair était encore entre leurs dents lorsque Jéhovah les frappa d'une tThs-grande p/aie-dont la nature n'est pas spécifiée, v. 31-34. Etaitce indigestion de gibier ou peste causée par la putré- • faction de celui qui ne pouvait être consommé? D'après le verset 31 du psaume 78 [77], il paraîtrait que le fléau n'aurait atteint que les plus gras et les plus distingués d'entre les Israélites.
(1) L*auteurde La Vtt/g«f^, évideraraent embarrassé de ce déluge de cailles, a faussé le sens du texte origÎDal, en les faisant simplement voler à une hauteur de deux coudées au-dessus de la terre. L'hébreu porte que la surface de la terre en était couverte de près de deux coudées.
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