RÉVOLTES
Ch; 12, il paraît que Moyse traînait dans ses bagages, à travers le désert, les petites misères du cœur humain, et que, par le fait des femmes, Tharmonie ne régnait pas toujours entre les membres de la famille; car un beau jour, sa sœur Marie, soutenue par Aaron et jalouse de rÉthiopienne, femme de Moyse, s'écrie : « Est-ce que Jéhovah n'a parlé que par Moyse? N'a- « t-il pas parlé aussi par notre entremise ? »• V. 1 et 2. Cette dispute de ménage a pour résultat définitif de confondre l'orgueilleuse Marie, que Dieu couvre d'abord de lèpre, mais dont il commue la peine eu celle d'une exclusion du camp pendant sept jours, v. 10-15. Aaron, qui, en sa qualité de souverain pontife, était beaucoup plus coupable que sa sœur, n'est point puni. Nous l'avions déjà vu jouir de ce privilège d'impunité lors de Tadoration du veau d'or. Ici au moins, au lieu de chercher à se justifier, il confesse humblement qu'ils se sont comportés, Marie et lui, comme des sots, v.ll. Cette petite révolte fournit à l'auteur sacré,' qui, an dire des chrétiens, n'est autre que Moyse lui-même, une occasion de glisser son propre éloge entre parenthèse, en apprenant à la postérité, qui sans cela ne s'en serait pas doutée, qu'il était le plus doux de tous les hom mes rivant alors sur la terre, v. 3. D'après ce que nous avons déjà vu de la douceur de Moyse, cet éloge doit nous donner une bien triste idée des hommes de ce temps-là. Mais voici d'autres séditions, qui se terminent d'une façon bien autrement tragique. Au ch. Kk Coré, Dathan et Abiron, à la tête de 250 membres du conseil, s'élèvent contre Moyse et Aaron et méconnaissent l'autorité, à la fois spirituelle et temporelle, q«e
ceux-ci s'attribuent, v. 1-21. Jéhovah, dont Moyse et Aaron font d'abord semblant d'apaiser la colère, intervient de nouveau : la terre s'entr'ouvre et engloutit au milieu des flammes non-seulement les révoltés, mais encore, selon les usages de la justice biblique, leurs femmes et leurs enfants, v. 22-40. Le lendemain tout le peuple murmure. Nouvelle colère de Jéhovah qui aurait tout exterminé, si Aaron ne fût venu le calmer avec des parfums, en se plaçant entre les morts et les vivants. Il y avait déjà 14,700 tués, v. 41-50.
§ A. —DROITS DES PRÊTRKS ET DES LEVITES
Le livre des Nombres est, comme le Lévitique, plein de détails nauséabonds de sang, de chair et de graisse. Les prêtres sont de véritables bouchers, mais vivant somptueusement de leurs boucheries^ des prémices de toutes sortes et des dîmes des dîmes. On peut voir de curieux détails à ce sujet dans le Lévitique, ch. 6, v. 26 jet 29, ch. 8, v. 31, ch. 10, v. 13 et 14, et ch. 27, v. 30 et 32, et dans les Nombres, ch. 15, v. 4-20, et ch. 28 et 29. Mais le chapitre 18 des Nombres est la grande charte qui règle à cet égard les droits des prêtres, V. 9-19. Ils auront tout ce qui est consacré à Dieu, tout ce qui lui est offert en expiation des péchés, tout ce qu'il y a de meilleur dans l'huile, le vin et le froment, toutes les prémices des fruits de la terre, tous les premiers-nés des bètes et des hommes. Ces derniers partap:eront avec les animaux immondes le privilège d'être rachetés, au poids du sanctuaire ; mais les premiers-nés des animaux purs, tels que le bœuf, la brebis, la chè-
vre, etc., devront nécessairement être immolés; on en fera couler le sang sur l'autel, et l'on en brûlera la graisse, parce que Jéhovah aime beaucoup l'odeur de la graisse brûlée, V. 17 (1). Ce goût étrange du Dieu des Juifs a été partagé, comme on sait, par beaucoup d'autres Dieux. Pour achever ce tableau, il ne faut plus qu'un trait, etMoyse n'aura garde de l'omettre. Il a l'air de délaisser sa propre trDiU et cherche à nous apitoyer sur la condition qu'il lui réservait. Il déclare immédiatement, V. 20, et il répète plus loin, au Beutéronome, ch. 10, V. 9, et ch. 18, v. 1 et 2, que les prêtres et les lévites n'entreront point en partage de la terre promise avec les autres Israélites, parce que Bien est leur héritage. Au lieu de recevoir, comme chacune des autres trifcus, un douzième des terres, qu'il eût fallu cultiver, ils ne posséderont rien, iB ne recevront rien, absolument rien que le dixième au moins du revenu le plus pur de tout le pays, les morceaux réservés dans les sacrifices, et les prémices des fruits, c'est-à-dire qu en réalité il> auront le produit le plus abondant, le plus fin, le plus succulent de la terre promise, et cela sans être obligée de prendre la peine de la cultiver. A ces avantages ajoutez que la tribu de Lévi possédera 48 villes et leurs alentours (Nombres, ch. 35, v. 2-8, et Josuéj ch. 21, v. 2-8 et 41 [39]. A n'en juger que politiquement, il faut convenir que cette législation de Moyse à l'égard de sa tribu n'était pas maladroite. En n'assignant point de terres aux prêtres et aux lévites, en les distribuant parmi les autres tribus, et en les faisant vivre grassement du culte même, il les intéressait au maintien et à la perpétuité de ce culte par un lien très-fort, celui
(i) C'était au moyen de celle odeur, répandue dans des pro|H>rlions incalculables , que Noé , au sortir de l'Arche , avait mis lin à l'un des plus grands accès de fureur de Jéhovah. (Genèse, chap. 8 ''. 20 et 21.) ' r -
des nécessités et des commodités de la vie matérielle. Non-seulement il leur suffisait d'être sensuels pour avoir du zèle, mais plus ils étaient sensuels plus ils devaient avoir de zèle (1).
(i) Pour être juste, on doit reconnaître (jue les prêtres juifs ne sont pas les seuls qui se soient fait la part la meilleure dès cette vie périssable. Les privilèges exorbilants qui leur étaient attribués à cet égard sont mesquins à côté de ceux de la caste sacerdotale de rihde. Qu'on en juge par cet extrait des Lois de Mamy (Trad. de M. Loiseleur-Deslongchamps, dans la collection des Livres saa'és de l'Orient y publiée par M. Pauthier, Paris, 18i2. Dans sa préface de redit, de 1833, M. Loiseleur dit avoir souvent ajouté au texte de Manou le commentaire d'un savant scholias te indien, de KouUouka) : *
Livre 1", slancc 93. « Le Brahmane est de droit le Seigneur de toute cette création. »
99. 0 Le Brahmane , en venant au monde , est placé au premier « rang sur cette terre ; souverain Seigneur de tous les êtres, il doit a veiller à la conservation du trésor des lois civiles et religieuses. »