CHAPITRE PREMIER
Dans cette première partie, j'aborde directement renseignement chrétien, et j'examine ses dogmes fondamentaux dans l'ordre suivant : Péché originel, Trinité, Esprit-Saint, Divinité de Jésus, Incarnation, Rédemption, Réversibilité des mérites du Christ, Rémission des péchés, Justification, Grâce, Prédestination, Miracles, Prophéties, Présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques. Résurrection des corps. Éternité des peines (1).
Mais, avant d'entrer en matière, je crois nécessaire de fixer le sens de quelques expressions.
(i) Outre ces dogmes fondamentaux, il est une infinité d'autres croyances d'un ordre inférieur et dont Texamen trouvera place dans les nombreux détails de la seconde partie de cet ouvrage, particulièrement à la seconde section.
La Raison» comprise selon Tacception la plus générale du mot, est Tensemble des facultés au moyen desquelles nous distinguons le vrai du faux, le bien du mal. Demander s*il faut consulter et écouter la raison, ce serait demander si nous devons user de cette vue intérieure que Dieu nous a donnée pour reconnaître notre route intellectuelle et morale dans cette vie, ce serait faire par conséquent une question impie ou plutôt une question folle, puisque la langue universelle donne le nom de folie à Tabsence de la raison. Et pourtant les docteurs chrétiens ne se lassent point de déclamer contre la raison. La plupart de leurs dogmes étant en guerre ouverte avec les plus simples enseignements de la raison, ainsi qu'on le verra dans le cours de cet ouvrage, ils avaient besoin en effet de protester d'avance contre son autorité. Saint Paul fait profession de prêcher ce qu'il appelle la folie de la croix, et il établit un antagonisme essentiel entre la raison humaine et la raison divine (1). Tertullien, tirant les conséquences légitimes de cette doctrine de l'apôtre, en vient à donner comme motifs de crédibilité des dogmes chrétiens leur ineptie même et leur impossibilité (2). Saint François de Sales ne voit dans les doutes contraires à la foi que des suggestions de l'esprit tentateur; il veut qu'au lieu d'écouter l'ennemi et de lui répondre, on oppose, par un acte de la volonté, des affections et des passions aux raiso^is et aux considéra-lions, c'est-à-dire que l'on subordonne la lumière et le calme de l'intelligence aux ténèbres et aux troubles de la sensibilité (3). Ecoutez avec quel insultant dédain la raison est traitée par un illustre géomètre chrétien :
(1) !'• Êpttre aux Corinthiens, ch. i", v. 23, 25 et 27, et ch. 3, V. 18 et 19.
(2) De came Chrisli, ch. 5, tome III. Paris, 1650.
(3) yoici ce qu'il écrit à une dame veuve qui le consulte sur
<« Humiliez-vous, raison impuissante ; taisez-voos, na- « ture imbécile (1). «• J'entendais naguère un prédicateur s'écriant en présence d'un nombreux audi-
les tentations que k malin lui fait contre la foi et F Église : a II ne « faut nullement répondre ni faire semblant d'enlendre ce que « l'ennemi dit. Qu'il dabaude tant qu'il voudra à la porte, il ne « faut pas seulement dire: Qui va là?... Surtout tenez-vous bleu « fermée dedans et n'ouvrez nullement la porte, ni pour voir qui « c'est ni pour chasser cet importun : enfin il se lassera de crier et < vous laissera en paix... Savez- vous ce que vous ferez pendant « que Tennemi s'amuse à vouloir escalader Fintellect ? Sortez par tf la porte de la volonté et lui faites une bonne charge. C'est- « à-dire comme la tentation de la foi se présente pour vous en- « tretenir: mais comment se peut faire ceci? mais si ceci? mais « si cela? faites qu'en Heu de disputer avec l'ennemi par le dis- « cours, votre partie affective s'élance de vive force sur lui, et « môme joignant à la voix intérieure l'extérieure, criant : Âhl « traître, ahl malheureux, tu as laissé l'église des anges, et tu '( veux que je laisse celle des saints I Déloyal, infidèle, perfide, tu « présentas à la première femme la pomme de perdition, et tu « veux que j'y morde !... Je ne sais si je me fais bien entendre. Je « veux dire qu'il faut se revancher avec des affections et non pas c avec des raisons, avec des passions et non pas avec des considéra^ « tions. 11 est vrai qu'en ce temps de tentation la pauvre volonté « est toute sèche. Muis tant mieux, ses coups seront tant plus ter- « ribles à l'ennemi. » (Épttres spifitfieUes , livre 2, Êpitre i^, œuvres complètes, Paris. 1652.) Faire des charges contre des doutes, s'élancer de vive force sur des raisonnements, ce n'est pas chose facile; bien plus, repousser l'ennemi de cette façon, ce serait un moyen à peu près infaillible de l'avoir sans cesse en croupe. Aussi le saint évèque ajoute-t-il aux remèdes précédents une recette qui est toujours à la disposition de la volonté : « Il sera bon a d*appliquer quelquefois 50 ou 60 coups de discipline, ou 30, « selon que vous serez disposée. C'est grand cas comme cette re- « cette s'est trouvée bonne en une âme que je connais. C'est sans « doute que le sentiment extérieur divertit le mal et afOiction inté- « ridure et provoque la miséricorde de Dieu. Joint que le malin, « voyant que l'on bat sa partisane et confédérée, la chair, il craint « et s'enfuit. Mais de ce troisième remède il en faut user modéré- « ment et selon le profit que vous en verrez réussir par l'expé- « rience de quelques jours. » (Ibidem.) (1) Pascal, Pensées, 2* partie, art. 6, S 3, tome 11, La Haye, 1779
toire et de hauts dignitaires de TÉglise : « Plutôt <« que d^adorer votre raison, adorez une pierre, un « morceau de métal, un reptile. *» Comme il est impossible d'adorer véritablement sa raison et que cela n'a même pas de sens, ces paroles signifiaient trèsclairement : « Nous aimons mieux avoir affaire à un « homme qui ensevelit sa raison dans le plus grossier « fétichisme qu*à celui qui la consulte et qui Fécoute. « Je le crois bien. Pour faire des fidèles comme ils les veulent, il 7 a en effet beaucoup plus d'étoffe dans des idolâtres que dans des hommes qui raisonnent ; car de pauvres êtres, bien ignorants, sont très-avides de pratiques superstitieuses et de cérémonies, et Ton sait que leur attachement à leurs croyances religieuses croit en raison directe de Tabsurdité même de ces croyances. Il va sans dire que ceux d'entre les docteurs chrétiens qui sont conséquents à leur point de vue, reportent sur les plus nobles conquêtes de la raison la haine qu'ils lui ont vouée. La lettre du dernier pape» Grégoire XVI, adressée à toute la chrétienté, et qui contient une déclaration si pleine de colère contre la liberté de conscience et la liberté de la presse, a été souvent citée et ne saurait l'être trop (1). Mais on n*a pas assez fait remarquer que le pape actuel, qui est arrivé au souverain pontificat avec des apparences libérales, apparences démenties encore plus vite que ne pouvaient s'y attendre ceux mêmes qui ne s*y étaient pas laissé prendre, avait publié une lettre où l'on retrouve au fond les mêmes déclamations, sous des formes qui essaient d'être plus doucereuses et qui n*y réussissent pas toujours. Vous ne savez peut-être pas où veulent en venir ceux qui, ne croyant pas aux dogmes chrétiens, osent le dire et l'écrire, et placent l'autorité de la raison au-dessus de celle de rEglise. Le bon et
(i^ Lettre encjciiquo du 15 août tS39.
ibéral Pie IX vous apprend que leur but secret, leur plus ardent désir est de couvrir la terre de toutes les espèces imaginables de crimes et de désastres (1). Dans son encyclique du 8 décembre 1849, datée de Portici, Pie IX n a plus gardé aucune mesure, et s'est déchaîné contre la raison humaine dans un langage qu'eût pu employer son prédécesseur (2).
On croit communément que le protestantisme a plus de respect que le catholicisme pour les droits de la raison. Cela devrait être au moins, puisque son point de départ est un appel à la raison contre l'autorité extérieure. Voici pourtant en quels termes un de ses organes les plus éclairés répond à un prêtre catholique qui prétend que le bon sens le plus vulgaire découvre des contradictions dans les doctrines fondamentales de la Réforme : « Nous dirons avec l'Évangile que les ques- <* tions chrétiennes , les vérités révélées ne sont justi- « ciables ni de la raison ni de la science ni de la philoso- ^ phie ni du bon sens,au8si peu sous la forme protestante •« que sous la forme catholi(iue ; nous dirons que la vie «* religieuse jette ses racines, sinon ses fruits, ailleurs » que dans le terrain de l'intelligence pure ; nous dirons <« que devant le bon sens, la philosophie et la science, « pour peu qu'il s'y mêle de réflexion et de sincérité, -l'Incarnation, la Rédemption, la Grâce ne peuvent •* pas mieux se justifier que la Transsubstantiation ou la ^ Prédestination. Ce ne sont pas seulement les dogmes ^ du catholicisme ou les doctrines de la Réforme, qui, «• par leurs contradictions, choquent lé bon sens le plus
;1) Lettre encyclique du 9 novembre 1S46.
(2) Cette déclaration de guerre à la raison a été solennelleoienl confirmée par rallocution que Pie IX a prononcée dans un consistoire de juin 1862, et plus encore peut-être par la réponse qu'ont faite à cette allocution les cardinaux, archevêques et évêques, réunis à Rome de tous les poinis de la catholicité pour assister à la canonisation des martyrs japonais.
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~ vulgaire, cest le christianisme lui-Tnême (1). » De pareils aveax, sortis de la bouche d'hommes véritablement distingués par leur science et que nous sommes loin de mettre sur la même ligne que de furieux déclamateurs, nous ont paru bons à enregistrer; car ils n'en montrent que mieux Texcès du mal auquel nous nous attaquons. Nos adversaires ont coutume de demander laquelle d*entre tant de raisons il faut consulter, si c'est celle de Platon ou d*Aristote, celle de Fourier ou de Lamennais; ils parcourent avec une joie insensée la longue liste des erreurs de l'esprit humain, et ils les attribuent à la raison, au lieu de les attribuer à leurs seules véritables causes, à Tignorance, aux préjugés, aux passions, aux influences des institutions, des temps et des lieux, etc. S'il y a des millioni^ d'individus humains, consultant et faisant parler la raison dans des circonstances et de mille manières diverses, il n'y a pas pour cela plusieurs raisons ; il n'y a pas la raison de Pierre, la raison de Paul, etc.; il y a tout simplement la raison, qui est absolument la même chez Pierre, chez Paul, chez tous les hommes, et qui, interrogée dans des conditions semblables, fait toujours et partout les mêmes réponses : les faits bien observés le proclament, et l'on conçoit en principe qu'il doit en être ainsi ; car la raison, considérée en elle-même, dans ce qui la constitue véritablement et non dans ce qui lui est étranger, n'est pas autre chose qu'une émanation de l'intelligence suprême, qu'un rayon de la lumière divine montrant la vérité à notre intelligence. Or il n'y a pas deux vérités, pas plus qu'il n'y a deux intelligences suprêmes, deux lumières divines : il n'y a donc non plus qu'une raison. Nous y participons tous à quelque degré, les uns plus, les autres moins, selon les circonstances infiniment variables au milieu desquelles nous vivons, et
(i) Le Semeur y n» du {•'janvier 1845.
C'est dans cette participation croissante que consiste la perfectibilité humaine. Ce qui est perfectible, ce qui progresse ou doit progresser, ce n*est pas la raison , qui par son essence est parfaite comme tout ce qui est divin, mais c'est la science et la moralité de chaque homme et par suite de l'humanité en général, à mesure que nous apprenons à mieux interroger la raison et à l'écouter davantage. Les égarements de Tesprit humain ne viennent donc pas d'elle, mais au contraire de ce qu'on ne la consulte point ou de ce qu'on ne le fait pas dans les conditions nécessaires. Tous les arguments tirés des erreurs humaines contre l'autorité de la raison se réfutent d'ailleurs par ce seul mot, que c'est la raison elle-même qui voit ces erreurs et les fait reconnaître. Il faut remarquer cette tactique des docteurs chrétiens : ils n'ont recours à l'injure qu'après avoir d'abord employé vainement les caresses. Ils tâchent bénignement de persuader à la raison qu'elle doit elle-même s'abjurer, et que lé plus bel usage qu'elle puisse faire de ses facultés, c'est de ne pas s'en servir : comme s'il y avait d'autres voies pour arriver à la vérité que les facultés naturelles dont Dieu nous a doués dans ce but ! Comme s'il pouvait exister quelque chose qui fût la vérité pour celui qui ne voudrait pas ouvrir les yeux de son intelligence ! Comme si le christianisme lui-même ne venait pas de temps en temps et par la plus flagrante des contradictions faire appel aux principes de la raison et lui emprunter ses notions et ses procédés ! Comme s'il n'était pas toujours obligé de s'adresser à elle en définitive pour peser et contrôler les témoignages et constater l'existence des faits matériels sur lesquels il prétend reposer! Répétons-le donc, la raison est, en matière spéculative, la seule autorité que nous puissions reconnaître, le seul guide que nous devions suivre. Si donc, après un examen ar profondi des dogmes de la religion chrétienne , n^
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venons à y découvrir autant d'erreurs , force sera bien de conclure qu*il serait déraisonnable de professer ces erreurs, et qu'il est sage au contraire de les rejeter. Examinons donc ces dogmes.
« Arrêtez, téméraires , nous crient les théologiens. M Ces dogmes sont des mystères, c*est-à*dire des vérités K au^ssî^ de la raison. Dieu lui--mème les a révélés; « sans cela Thomme n'eût jamais pu les connaître. Nie- H rez^YOus que Dieu sache beaucoup de choses qui sont tf maintenant inaccessibles à notre intelligence, et qu'il M puisse, si cela lui plaît, nous en faire connaître quel- « ques-unes dès cette vie? N'y a^t-il pas d'ailleurs des «mystères dans les connaissances rationnelles, tout « aussi bien que dans la science de la religion ? Vous M croyez en Dieu, à votre âme et à ses rapports avec le « corps. Eh bien ! Comprenez- vous Dieu parfaitement? « Comprenezovons mieux Votre &me et ses rapports avec M le corps? N
Tout le monde reconnaîtra, j'espère, dans ces pa*
rôles, un résumé fidèle de leur langage habituel. Reprenons.
Zes dogmes chrétiens sont des mystères, c'est^-dire des iférités au-dessus de la raison et révélées à r homme. Dieu sait beaucoup de choses inaccessibles m^aintenant à notre intelligence ^ et il peut, si cela lui plaît, nous en faire connattre quelques-unes dès cette vie. Personne assurément ne pense à nier que Dieu sache beaucoup de choses inaccessibles à notre intelligence. Mais voyons s'il est permis de tirer de là quelque conclusion en faveur des mystères chrétiens. Je pourrais demander d'abord s'il serait digne de la sagesse infinie de faire, je ne dis pas voir des faits dont la cause ne se rait pas expliquée, mais connaître des vérités que Ton ne pourrait pas comprendre; je pourrais demander également s'il est logique de dire que Dieu a fait la raison humaine incapable de connaître aujourd'hui ceiv
taines vérités, et que pourtant il les lai fait conn'aitre dès cette vie. Mais je ne m'arrête pas à ces dîfficnltés^ et je suppose que Dieu puisse faire tout cela. S'ensuitil qu'il Tait fait? Les docteurs chrétiens Taffirment, et si vous en demandez la preuve, ils vous renvoient aux écrits dans lesquels ils prétendent avoir démontré la nécessité et le fait de la révélation. Ces écrits, je ne les ai pas tous lus, 4n(iais j'en ai lu un grand nombre. Je ne pense certes pas à détourner les autres de cette lecture ; au contraire, je leur conseille de faire comme moi, je veux dire de faire mieux et plus encore. Maïs comme il est beaucoup de personnes qui n'ont pas les loisirs nécessaires aux longues études, j'essaierai ici de ménager leur temps et leur peine et de les mener au but par une voie plus courte.
Si quelqu'un venait vous dire : « Quatre fois un font « trois. Un cercle est un carré. Les corps peuvent être «privés d'étendue, etc., etc.*^, vous répondriez â l'instant que ce sont là autant d'erreurs évidentes. Si Ton ajoutait que ce sont au contraire autant de vérités révélées par Dieu lui-même, et que cela est démontré dans des livres qu'on vous présenterait, vous répliqueriez justement : « Il est impossible que Dieu ait révélé «• de pareilles choses ; car il m'a donné une intelligence « dont il veut que j'use, et qui trouve dans l'énoncé ** même de vos propositions leur propre réfutation, pui*- « qu'elles contredisent les notions premières et essen- - tielles que j'ai des nombres, des figures, des corps.» « S'il est impossible que Dieu ait révélé de pareilles « choses, il est impossible que vous démontriez qu'il les « a réyélées, et puisque c'est & cela que tendent Vos •• livres, je puis dès lors me dispenser de les lire. » Tout le monde à votre place, et les chrétiens eux-mêmes, je pense, feraient la même réponse. Changeons maintenant la supposition.
On nous dit qu'il y a en Dieu un Père, ,un Fils et une
troisii^me personne qui n^est ni père ni fils, et de plus que ces trois êtres distincts, dont chacun est Dieu, ne font qu^un seul Dieu ; que nous naissons tous coupables de la première faute commise par le premier homme ; que Dieu le Fils s'est fait homme pour satisfaire à notre place à la justice divine, c'est-à-dire à sa propre justice; que Dieu intervertit miraculeusement les lois établies par lui-même et qui constituent Tordre naturel; que Dieu le Fils emprisonne son corps, son sang, son âme^ sa divinité même sous les apparences du pain et du vin ; qu'un dernier jour viendra où nous reprendrons les corps que nous avons eus pendant la vie et qui alors seront spiritualisés; enfin que les peines réservées après cette vie au péché mortel n'auront pas de terme. Nous nions toutes ces propositions et les appelons autant d'erreurs. On insiste et l'on affirme que ces propositions, taxées d'erreurs par notre faible et orgueilleuse raison, sont autant de vérités, puisque Dieu, qui ne saurait ni se tromper ni tromper, les a révélées, ainsi qu'on peut le voir dans les nombreux écrits composés à cet efiet. Nous répliquons qu'il est impossible que Dieu ait révélé des choses qui sont en opposition patente avec les notions essentielles que nous avons nonseulement de l'unité de Dieu, de ses infinies perfections, en particulier de sa sagesse et de sa justice, mais encore de la nature des corps. Que le lecteur veuille bien pour un instant admettre, par simple hypothèse, la validité de cette réplique sur laquelle je reviendrai amplement. S'il est impossible que Dieu ait révélé de pareilles choses, il est évidemment impossible que Ton démontre qu'il les a en effet révélées , et dès lors nous serons autorisés à ajouter que nous pouvons nous dispenser de lire les livres où Ton prétend fournir cette démonstration. Toute la question se réduit donc à ceci : Est-il vrai que les dogmes qui constituent proprement l'enseignement
AUTOMITÊ DK LA HAISUN 37
chrétien soient en opposition patente avec les notions premières et essentielles de la raison? C^est à quoi je répondrai dans cette première partie de mon livre, où je me propose de démontrer que les mystères chrétiens, les prétendues vérités révélées sont, non pas au-dessus de la raison, comme le disent les docteurs, mais, ce qui est bien différent, contre la raison.
Quant aux mystères qu*ils rencontrent dans les connaissances rationnelles aussi bien que dans la science de la religion, et à la faveur desquels ils voudraient faire passer les leurs, ce sophisme, qu'ils affectionnent particulièrement, roule sur une confusion perpétuelle des choses les plus distinctes. Pour croire à Texistence d*un être, il suffit que le fait de cette existence nous soit démontré, il n*est nullement nécessaire que nous sachions de cet être tout ce qu*il est possible d'en savoir, que nous le connaissions complètement, comme Dieu, par exemple, le connaît. Ce n'est point ce que Ion ne sait pas de cet être, mais ce que Ton en sait, qui est Tobjet de la croyance. La raison, abandonnée à ses seules forces naturelles, peut arriver à se démontrer Texistence de Dieu et de plusieurs de ses attri* buts, Texistence d'un principe distinct de notre corps, quoique en rapport avec ce corps, et qui lui survit. Après cela, qu'il y ait, non pas seulement sur Dieu, sur la création, sur l'âme, sur la vie future^ mais sur les phénomènes les plus ordinaires, connue la génération d*un animal, son état de sommeil, la végétation d'une plante, etc., une infinité de choses que nous ignorions, cela est incontestable Que l'on appelle mystères ces choses qui nous sont cachées à présent, rien de mieux; c'est le seul emploi raisonnable que l'on puisse faire du mot mystère. Mais qui ne voit qu'alors c'est un terme purement négatif? Or tel n'est pas l'usage qu'en font les théologiens. Ils lui donnent une signification très-positive, en l'appliquant à des dogmes qu'ils
formulent expressément. Dire qu'il y a des connaissances auxquelles nous ne saurions nous élever dans cette vie ou que ce sont des mystères, est-ce la même chose que de dire, par exemple, qu il y a en Dieu trois personnes distinctes, que nous naissons coupables d'une faute que nous n'avons pas commise, etc., et que ce sont encore là des mystères ? Dans le premier cas, mystère ne se dit que d'une absence de science; on désigne par là des vérités non encore connues, mais qui, lorsqu'elles pourront être présentées à notre intelligence dans les conditions nécessaires, seront admises par elle sans difficulté. Dans le second cas, mystère se dit d'une affirmation très-positive ; on appelle de ce nom des propositions dont l'énoncé seul, comme je le ferai voir bientôt, réveille des idées qui refusent de s'associer. Il y a une autre expression qui revient souvent dans le langage de la théologie et qui cache une équivoque de même genre si l'on néglige d'en préciser la signification ; je veux parler de l'expression incomprékemibilité de Dieu. Nous l'acceptons volontiers, si Ton entend uniquement par là qu'il est impossible à des intelligences bornées d'avoir une connaissance complète de la nature et des œuvres de Dieu; mais jamais nous n'admettrons qu'il soit permis d'arguer du fait de cette incompréhensibilité pour affirmer des choses directement opposées aux lumières les plus simples de la raison.
Au reste, par une de ces contradictions qui leur coûtent si peu, tout en appelant leurs dogmes des mystères, tout en enseignant que la raison humaine est impuissante à les découvrir et qu'elle ne saurait les concevoir, les docteurs chrétiens font en toutes rencontres des efibrts inouïs pour les expliquer par les notions et les lumières naturelles. J'en donne de nombreux exem^ pies dans cet ouvrage.
Je ne terminerai pas ce préambule sans avoir dit
quelques mots de divers expédients auxquels ils recourent, aujourd*hui surtout, dans le but de recruter des disciples. D'abord ils font appel à la paresse intellectuelle de la multitude et à son penchant pour une servile imitation. Ils répètent souvent que de trèsgrands esprits ont été chrétiens. Si c'est par modestie qu'ils tiennent ce langage, c'est se montrer modeste *en pure perte, personne n'ayant jamais prétendu qu'il n*y eût que des sots parmi les chrétiens. On peut rencontrer parmi eux un homme vraiment éclairé sur mille, le reste acceptant en matière religieuse tout ce qu'on veut. Mais tournons la médaille. Sur mille personnes qui refusent de croire à vos dogmes, il peut sans doate se rencontrer des ignorants ; mais s'en rencontre-t-il une aussi forte proportion que parmi les vdtres? Vous n'oses pas le soutenir, et vous vous réfugiez, devant une pareille question, dans votre théorie de \9^ folie de la croix, destinée à confondre la sagesse de ce monde. De cette comparaison des nombres d'ignorants qu'on peut rencontrer dans vos rangs ou dans ceux de vos adversaires, irai-Je conclure que votre doctrine est fausse ? Non certes. Mais je veux faire voir que vous provoques imprudemment de fâcheux rapprochements, et que vous vous amoindrissez en croyant vous grandir. Discutons, je vous prie, au lieu de nous montrer si fiers de l'esprit que nous croirions avoir et que nous aurions d'autant moins que nous nous en targuerions davantage. L'erreur cesse- t-elle d'être l'erreur parce qu'elle est acceptée par un homme d'un esprit élevé? Pas plus évidemment que la vérité ne cesse d'être la vérité parce qu'elle est professée par un homme d'un esprit médiocre. Que diriez-vous si vos adversaires raisonnaient ainsi? «De grands esprits n'ont pas cru « ou ne croient pas à votre religion ; c'est donc une reli* « gion fausse. » Vous ne manqueriez pas de vous récrier contre le vice d'une pareille argumentation et d'en ap-
lli) PHKMlÈKl!: PARTIE
peler à l'examen même de là doctrine. Vous diriez que le fait seul du refus d'y croire, abstraction faite de ses motifs, ne prouve rien contre elle, et vous auriez raison. Pourquoi donc alors un argument qui ne vaudrait rien dans la bouche de vos adversaires, serait-il bon dans la vôtre? Vous avez donc oublié que, parmi les payens, il s'en trouvait aussi qui disaient aux chrétiens des premiers siècles : « Les esprits les plus éclairés re- « fusent de croire à votre religion. » Et ils citaient les Celse,- les Porphyre, les Jamblique, les Julien, les Hypatie et presque toutes les familles sénatoriales qui luttèrent les dernières contre le nouveau culte (1). A ces antagonistes -là vos devanciers répondaient avec raison que, si des esprits éclairés restaient attachés au paganisme, cela ne prouvait absolument rien ni pour le culte ancien ni contre le culte nouveau. Il ne s agissait pas de cela en effet, mais seulement d'examiner en elle-même la doctrine chrétienne, de l'admettre si elle paraissait vraie, ou de la rejeter si l'on venait à découvrir qu'elle fût fausse. Il était, du reste, très-facile d'expliquer la persistance de l'aristocratie dans le vieux culte par l'influence, si corruptrice, des intérêts; car l'établissement du christianisme amenait une révolution non-seulement religieuse mais sociale, et en renversant le vieux monde romain, il renversait les privilèges et les avantages qu'y trouvait l'aristocratie. Toutes les religions, même les plus absurdes, ont montré dans leurs rangs des hommes éminents. Ce fait, considéré en lui-même, est donc dépourvu de force probante en matière de doctrine. J'admets la sincérité de ces grands esprits et en particulier de ceux que re-
(1) On peut voir passim clans l'ouvrage de M. Beugnot intitulé : Histoire de la destruction du paganisme en Occident, Paris, 1835, les preuves de cette lulle de raristocratie romaine contre le christianisme.
vendique le christianisme. J'admets^ quoique personne ne puise 1 aflSrmer et que Dieu seul le sache parfaitement, que la foi des Bossuet et des Fénelon ait été solidement établie au fond de leur àme. Mais pour quelle part n'étaient pas dans les motifs de cette foi les préjugés de l'éducation, l'empire des habitudes, l'ensemble des circonstances au milieu desquelles ils vivaient, la préoccupation même de leurs intérêts? Devenus de grands dignitaires de l'Église, étaient-ils bien désintéressés dans le maintien de la religion chrétienne? Encore une fois, j'admets que leur croyance propre ait été très-sincère et très-forte ; mais, si elle ne ïeût pas été, étaient-ils bien libres de s'en expliquer? Il arrive trop souvent que les intérêts influencent les opinions : on est assez disposé à juger bon ce qui profite. Si, en règle générale, c'est avec réserve qu'il faut consulter sur la valeur d'une institution ceux qui y ont trouvé une profession, cette règle est particulièrement applicable au cas où il s'agit d'une religion. Je ne veux pas dire assurément que ses ministres, par cela seul qu'il ont intérêt à son maintien, ne puissent être entendus utilement ni encore moins qu'ils soient capables de tromper les autres après avoir vu qu'ils s'étaient trompés eux-mêmes ; je dis seulement que leur témoignage est suspect de partialité et parfois même récusable. Qui sait ce que, placé dans d'autres milieux, un Fénelon eût osé dire? Qu'on en juge par ce qu'ont dit ceux que leur position liait moins étroitement. Voyez ce qu'un croyant des plus fervents, Pascal, écrivait dans ces moments d'épanchement où il nous montre à nu les plaies de son âme chrétienne, les déchirements d'un esprit supérieur, luttant contre les dogmes qu'il lui fallait dévorer; voyez-le épouvanté du vide de sa croyance, et finissant par se jeter en désespéré et par conseiller aux autres de se jeter dans des pratiques qu'il appelle lui-môme abêtissantes : « Ce sont gens.
lll PREMIÈRE PARTIE
a qui savent un chemin que vous voudriez suivre et * guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la ma- H nière par où ils ont commencé ; c'est en faisant tout M Cimme s'ils croyaient^ en prenant de l'eau bénite, en , « faisant dire des messes, etc. ; naturellement mime cela « 'COUS fera croire et vous abêtira. — Mais c'est ce que je «• craing. — £t pourquoi? Qu' avez-vous à perdre (l)î «• Regardez un chrétien de nos jours, un de ceux qui brillent au premier rang, Chateaubriand, chanceler
(1) Manuscrit autographe des Pensées, déposé à la bibliothèque nationale. Les mots que l'on voit écrits ici en italiques ne se renoontreut pas dans l'édition falsifiée que le zèiechrélien de Port-Royal nous avait donnée en toute sûreté de conscience, et dans laquelle il avait laissé passer pourtant beaucoup d'autres choses aussi fortes, celles* ci par exemple :
« // n'sf a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péa ché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si a éloignés de cette source, semblent incapables d*y participer. Cet « écoulement ne nous parait pas seulement impossible, il nous « seinble même trèê^mjuste : car qu'y a-t-il de plus contraire aux a règles de noire misérable justice que de damner éternellemeDt un « enfant incapable de volonté, pour un péché où il parait avoir eu « si peu de part qu'il est commis six mille ans avant qu'il fût eu a être ? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que celte a doctrine. Et cependant, sans ce mystère, le plus incompréhensi- (^ ble de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes... a Le péché originel est une folie devant les bommes, mais, on le « donne pour tel. m (2* partie, art. 5, $ 4, tome II, La Haye, 1779.)
<t Qu*on ne nous reproche donc plus le manque de clarté, puisce que nous en faisons profession. » {Ibidem, art. 13, J 10.}
« On n'entend rien aux ouvrages de Dieu, si on ne prend pour « principe qu'il aveugle les uns et éclaire les autres. » {Ibidem, § 1 1 •
« Qui blftmera les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur « croyance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent « rendre raison? Us déclarent au contraire, en l'exposant aux (( gentils, que c'est une sottise, stultitiamy etc. -, et puis vous vous « plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas! S'ils la prouvaient, ils « ne tiendraient pas parole : c'est en manquant de preuve qu'ils ne « manquent pas de sens. » {Ibidem, art. 17, $ 2.}
comme un homme ivre dans sa foi aux vérités premières, telles que Texistence de Dieu et l'immortalité de Tàme. Entendez-le répétant avec complaisance et pour son propre compte les questions du matérialisme et de l'athéisme, et ne sachant pas y trouver d'autre réponse que ces mots Je suis chrétien, comme s'il pouvait y avoir un sens aux doctrines mêmes du christianisme pour celui qui ne croirait pas d'abord en Dieu et eu une autre vie : « Tout est-il vide et absence dans ^ la région des sépulcres? N'y a-t-il rien dans ce rien? ^ N'est-il point d'existence de néant, des pensées de u poussière ? Ces ossements n'ont-ils point des modes de « vie qu'on ignore ? Qui sait les passions, les plaisirs, ** les embrassements de ces morts? Les choses qu'ils ont - rêvées y crues, attendues, sont --elles aussi comme eux *• des idéalités, engouffrées pile-mêle atec eux? Songes, *é avenirs, joies, douleurs, libertés et esclavages, puis- ^ sances et faiblesses, crimes et vertus, honneurs et infa- « mies, richesses et misères, talents, génies, intelligen-> «• ces, gloires, illusions, amours, ètes-vous des percep- ** tiens d'un moment, perceptions passéesavec les cr&nes «« détruits dans lesquels elles s'engendrèrent, avec le *« sein anéanti où jadis battit un cœur? Dans votre éter* « nel silence, ô tombeaux, si vous êtes des tombeaux, « n*entend^onçu'un rire moqueur et étemel ? Ce rire est^ « il le Dieu^ la seule réalité dérisoire, qui survivra à *• r imposture de cet univers ? Fermons les yeux ; remplis- •« sons l'abîme désespéré de la vie par ces grandes et mys- •♦ térieuses paroles du martyr : Je suis chrétien (1). »•
(i) Mémoires d'ouire-Umbe, Exhumation des testes de Louis XVI ^ tome VI, Paris, 1S49. On noiera que ces ligues où Tétrangeté du style répond si bien au vide des idées n'ont pas été écrites par Chateaubriand à cette époque de son adolescence où il associait le suicide aux pratiques de la dévotion la plus exaltée {Undem^ Teatatian, tome I"'), ni même à cette autre époque de sa jeunesse où
hll FKKMIKRK PAHTIK
Ce n*est pas seulement pour recruter des disciples, c'est surtout pour retenir ceux qui sont sur le point de leur échapper ou pour insulter au courage de ceux qui ont déjà pris ce parti, que les docteurs chrétiens se font des auxiliaires de la paresse d*esprLt et du penchant à l'imitation. Ils ont inventé une nouvelle espèce de crime en attachant une acception flétrissante à des mots exprimant un acte qui peut, dans certains cas, être des plus religieux et des plus méritoires : faisant une fausse application des sentiments naturels dont nous sommes animés à Tégard des auteurs de nos jours, ils reprochent à ceux qui renoncent au christianisme d'abandonner la religion de leurs pères, et ils les appellent des apostats, des renégats. Un procédé aussi indélicat ne pouvait avoir qu'une langue inexacte. Est-ce un devoir de rester dans la religion quelconque où l'on a été élevé? Ils n'osent pas le dire; car on serait alors en droit de leur demander pourquoi donc ils se donnent tant de peine pour opérer des conversions et obtenir des abjurations. Par religion de nos pères, entendentils celle qu'auraient professée tous nos ancêtres ? Évidemment il n'existe pas de religion présentant cette condition. Veulent-ils parler de celle que nos ancêtres ont professée il y a bien longtemps, de telle sorte que sou plus ou moins d'ancienneté fût la mesure de sa su*
il décochait contre le christianisme de nombreux traits vollairiens, que la critique lui a fait cruellement expier et qu'on n'avait pas le droit de lui opposer du jour où il les abjurait (Voir la préface de Fédition de son Essai historique, publiée en iS26 et réimprimée à Paris en 1S38); elles ont été écrites postérieurement à la restauration de 1814, lorsque Chateaubriand, qui était né en 1768, se trouvait par conséquent dans toute la maturité de l'âge, dans toute la force d'esprit dont il était capable : consignées dans un ouvrage qu'il n'a voulu confier qu*à la tombe, elles peuvent être considérées comme l'expression de ses dernières pensées, comme son (estamen religieux.
AUTORITÉ I)K LA MAISON Ao
périorité sur les autres? Dans ce cas, la plus respectable des religions serait celle qui remonterait le plus haut dans nos temps historiques, et nous devrions, nous les descendants des Gaulois ou des Romains ou des Germains, revenir à la religion de Teutatès ou au polythéisme grec et latin. Est-ce seulement la religion professée par nos pères immédiats et dans laquelle ils nous ont élevés, que nous ne pouvons pas quitter sans crime ? Dans ce cas, ceux de nos ancêtres qui les premiers ont abandonné le polythéisme que professaient, leurs pères immédiats, ont été des apostats, et pourtant nos adversaires en font des saints et de glorieux fondateurs de leur religion. Veulent-ils dire qu'on doit rester fidèle au culte de ses pères quand on le croit vrai? Ce serait dire qu'en religion comme en toute autre chose il faut agir selon sa conscience, chercher et professer ce que Ton croit être la vérité et fuir ce que Ton croit être Terreur : comme c'est là exactement la thèse que nous soutenons, ce n'est pas la leur apparemment. Qu'est-ce donc enfin qu'ils veulent dire? Ceci tout simplement, que le devoir de demeurer fidèle à la religion dans laquelle on a été élevé ne s'applique qu'à celle qu'ils professent, parce que, prétendent-ils, elle est la vraie, la seule vraie. La chose unique à faire est donc de voir si en eflet elle est vraie : c'est donc toujours à l'examen que nous provoquons qu'il faut en venir. Mais alors la question de savoir si la religion que nous devons embrasser et conserver est ou n'est pas celle de nos pères, lesquels étaient comme nous sujets à se tromper, n'a plus rien à faire ici. Le reproche d'apostasie, adressé à ceux qui croient devoir renoncer au christianisme, n'est donc que l'expression d'un sophisme inepte. Nous devons sans aucun doute le plus grand respect à ceux de qui nous tenons la vie, et ce respect est plus obligatoire encore quand il s'agit de leurs croyances religieuses qu'en toute autre ma-
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tière ; mais il doit se manifester sous d*autres formes que celle qui consisterait à enfreindre le devoir non moins sacré d*examiner les choses par nous-mêmes lorsque nous sommes arrivés à Tàge où nous avons la responsabilité morale de nos opinions et de nos actes.
La théologie chrétienne ne dédaigne pas d'invoquer jusqu'au sentiment de la peur la plus irréfléchie. Qui ne Ta entendue raisonner ainsi ? m Les sectateurs de toutes -<< les religions conviennent qu'on peut se sauver dans la « nôtre, tandis qu'elle seule déclare qu'il n'y a pas de M salut possible hors de son sein. Donc le plus sage et le ** plus sûr est de se faire chrétien» n'eût^ou même pas la u certitude d'être dans le vrai ; car» en prenant ce parti» ^ on ne risque rien, et en ne le prenant pas, on risque •< tout (1). » Les défauts de cette argumentation sautent aux yeux de tout homme sensé. Elle suppose que la croyance est un fait dépendant uniquement de notre volonté, et que nous pouvons en conséquence nous commander de croire tels ou tels dogmes, indépendamment des considérations d'après lesquelles nous jugeons de leur vérité ou de leur fausseté. Or c'est là une supposition contredite par les premières notions relatives à la connaissance humaine. Et puis il est contestable que la religion chrétienne soit la seule qui ait nié qu'on pût se sauver hors de son sein. Toute religion se disant l'œuvre directe de Dieu et demeurant conséquente à son principe, est condamnée à s'attribuer une pareille prérogative. Mais admettons que la maxime Jlors de r Eglise point de salut appartienne en propre à la
(1) Ce calcul de profits et perles en matière de foi comme en matière d'opérations aléatoires est de même famille que celui que j'aurai à meulionner ailleurs (Au chapitre 2 de Rénovation rèUgieu8é)y et par lequel Pascal espérait amener les athées à croire en Dieu.
i-eligion chrétienne (1). Eh bien! qu'y attrait-*il à en conclure? Que cette religion se fait un mérite de la plus insoutenable de ses prétentions, et qu'elle présente comme témoignant en sa faveur un fait qui, loin d^établir par lui-même la vérité d'une doctrine, établit au contraire par avance une forte présomption de sa fausseté.
Il y a une sorte d'apologie sophistique du christia* nisme, qui trouve des échos même parmi des écrivains qui ne sont plus chrétiens : partant de ce fait, généra* lement vrai, que les nations de la terre les plus avancées aujourd'hui en civilisation sont celles où s'est éta* bli le christianisme, elle attribue ce fait à la doctrine chrétienne comme à sa cause. Quand on interroge l'histoire sur les diverses phases et les causes de la civilisa^ tion actuelle, on reconnaît bientôt que le christianisme dogmatique, loin d'avoir contribué au développement de cette civilisation, a été au contraire une cause d'arrêt et même de reculement, et que c'est seulement depuis que les dogmes chrétiens ont commencé à perdre de leur autorité que l'humanité a pu reprendre sa marche progressive. Veux-je dire pour cela que, si l'Europe eût conservé soit le druidisme celtique, soit le polythéisme grec et romain, ou que si elle eût adopté la religion de Brahma ou de Zoroastre, la civilisation y serait plus avancée? Assurément non. Veux-je même
(1) n ne faut pas croire que cette maxime soit seulement le foi de quelques docteurs aveuglés par le fanatisme et faussant l'espHt (le la doctrine; elle est issue très-naturellement d'une foule de teites non-seulement de TAncien Testament, que les chrétiens tiennent pour révélé et sacré, mais encore des Evangiles, dont la plupart de ces mêmes chrétiens ne font pas une étude complète et attentive ou qu'ils lisent avec le parti pris de n'y trouver que la parole de Dieu. On verra, dans le cours de cet ouvrage, particulièrement dans la seconde partie, de fréquents exemples de ces textes faisant un devoir de Tîntolérance.
48 PREMIÈRE FARTIK
dire qu'elle eût mieux fait de préférer au chnstianisme le judaïsme ou le mahométisme, parce qu'ils sont franchement et nettement monothéistes? Pas davantage, et je m*en suis expliqué dès Y Introduction de cet ouvrage» en déclarant qu'à tout prendre, aucune religion du passé n'avait le droit de reprocher au christianisme ses erreurs, et que c'était à la raison seule, à la raison vraiment philosophique, que ce rôle appartenait. Il ne suffit pas en effet de ne conserver qu'un Dieu si l'on réunit en lui, comme l'ont fait les religions juive et musulmane, les pires des imperfections de ceux qu'il remplace. La recherche des causes très-multiples de l'état de civilisation des diverses contrées de la terre est une thèse fort complexe, dans laquelle entrent comme éléments les influences des climats, des caractères des races, des révolutions, des institutions politiques, etc., aussi bien que celle des religions. Pense-t-on que les populations asiatiques, qui ont été longtemps plus civilisées que celles de l'Europe qui les dépassent aujourd'hui, répugneraient moins au mouvement, si, au lieu de croire à la Trimourti et aux incarnations de Vichnou ou de Bouddha, elles croyaient à la Trinité chrétienne, à l'incarnation de Dieu le fils, au péché originel, à la prédestination, àladamnation éternelle, etc.? Voiton que ces dernières croyances aient tiré de leur état encore à demi barbare les populations chrétiennes établies en Abyssinie, en Arménie, au Liban et ailleurs? Quant aux populations professant le mahométisme, qui pourrait penser à attribuer leur infériorité actuelle à ce qu'elles n'adorent qu'une personne divine au lieu d*eu adorer trois, suivies d'un long cortège de saints et de saintes? Personne n*ignore qu'à une certaine époque la race arabe était à la tète de la civilisation, et que si elle est retombée depuis dans la barbarie, c'est par des causes qui n'ont rien de dogmatique et parmi lesquelles figure pour une bonne part l'oppression que des popu-
AlITOKITK DIS LA RAISON /j9
lations, supérieures en nombre mais non en valeur intellectuelle, ont fait peser sur elle. Le christianisme a eu cet avantage, dû à des causes toutes politiques, d'avoir été implanté dans le monde gréco-romain, où la philosophie ancienne venait de déposer le germe des nouveaux progrès de la civilisation; mais ce germe, il n*a pas su le développer, il Ta au contraire enfoui profondément pendant des siècles. La renaissance des lettres, des sciences et des arts en Europe a coïncidé avec celle de la philosophie. Or le mouvement philosophique s'est fait non point avec Taide du christianisme, mais malgré lui et contre lui, et le progrès de la civilisation depuis son réveil a toujours été en raison même de Taffaiblissementdu dogme chrétien. On voit donc combien sont loin de la vérité ceux qui attribuent au christianisme, considéré en général et dans tout ce qui le constitue, les progrès actuels des populations européennes. En soutenant que nous sommes chrétiens sans le savoir et que nous devons au christianisme même les armes avec lesquelles nous le combattons, ils ne font que constater son insuffisance, en croyant nous accuser d'ingratitude. Autre chose est un progrès dû à Faction directe d'une religion, et autre chose un progrés qui s'effectue chez une nation où cette religion est établie, mais qui s'effectue sous d'autres influences que celle de la religion et souvent en opposition avec cette influence mèmis. En confondant des choses aussi distinctes, on serait autorisé à attribuer au christianisme les progrès modernes que l'astronomie, la chimie, la physique, la géologie, les sciences économique et politique, etc., ont faits chez les nations appelées chrétiennes; il faudrait rapporter aussi au christianisme comme à sa cause directe et efficiente cette terrible réaction contre les idées et les institutions chrétiennes, qui caractérisa notre grande révolution et ouvrit l'ère nouvelle des sociétés européennes. Je sais
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bien qu*il y a une école d* écrivains qui prétendent que la révolution française a eu précisément pour but et pour effet d'appliquer à l'organisation sociale les grands principes de la religion chrétienne, comme si le temps et les moyens avaient manqué pour cela à cette religion pendant quinze siècles qu'elle avait été toute-puissante ; mais ces écrivains sont et tiennent à rester tellement en dehors du véritable point de vue d'où il faut envisager les événements humains, que c'est peine perdue que d'essayer de les y ramener. Quelques précepets de la morale évangélique, auxquels je rends pleine justice, ont pu contribuer, surtout dans les deux derniers siècles, à certains progrès de la civilisation. Mais ces préceptes, qui n'appartiennent pas en propre au chrisrtianisme et que l'on retrouve aussi ailleurs ainsi que je le ferai voir, sont accolés à des dogmes qu'il faut accepter en même temps sous peine de n'être plus chrétien, et il est insoutenable que des dogmes tels que ceux que je vais examiner dans cette première partie, puissent servir à développer l'intelligence et la moralité humaine et par conséquent à civiliser le monde. Voici un autre genre d'apologie, fort goûté de ces auteurs néo-catholiques à qui Chateaubriand a ouvert la voie au commencement de ce siècle, en même temps qu'il l'ouvrait à cette cohue de corrupteurs du langage, qui se sont amplement dédommagés de leur impuissance à reproduire ses qualités en copiant et en exagérant ses défauts. L'illustre auteur du Génie du Chris* tianisme, prodiguant ses superbes dédains au raisonnement et à la philosophie, s'adresse habituellement au sentiment, c'est-à-dire à la partie passionnée de l'àme humaine. Il déclare tout d'abord qu'il vient appeler au secouru de la religion tom les enchantements de l'ima^ gination et tous les intérêts du cœur (1). C'est donc sur
{\} Génie du christianime, 1" partie, liv. I", ch. i»*, Paris, 1836,
le sol mouvant de la sensibilité et de T imagination quil élève Féchafaudage de ce livre si vanté, dans lequel il se propose de démontrer que la religion chrétienne est la plus poétique de toutes les reli* gions. Il y énumère toutes les pompes du culte catholique, et les embellit des reflets de son brillant esprit. Il est constamment en admiration devant toutes les institutions chrétiennes, n'en montrant jamais qu'un cdté et ayant soin de laisser les autres dans Tombre. Au point de vue littéraire, on peut contester que la re« ligion chrétienne soit la plus poétique des religions ; mais personne ne penseàoontesterqu'elle soit très-poétique : pour moi, loin de lui reprocher dô ne l'être pas assez, je lui reproche au contraire de l'être trop, c'està-dire de mettre à la place de la simple et sévère vérité cette vulgaire poésie qui vit de chimères et de fictions. Qu'on veuille Bien remarquer que je ne dis pas que tout ce qui est poétique soit faux ; car il y a, dans toutes les grandes vérités, une haute poésie, qui, pour n'être pas toujours sentie, n'en est pas moins trèsréelle. Mais je dis que poésie et vérité ne vont pas nécessairement ensemble, et qu'ainsi une religion pourrait être poétique sans pour cela être vraie, pourrait même être d*autant plus fausse qu'elle serait plus poétique. Est-ce que les vieilles religions mythologiques, par exemple, n'étaient pas très-poétiques? Si leurs défenseurs eussent produit en leur faveur im pareil argument, les premiers docteurs chrétiens se fussent bien gardés de les contredire. Ainsi ferens-nous ici nousmêmes avec Chateaubriand et ses imitateurs ; car nous trouvons qu'ils nous secondent parfaitement. C'est ce qu'avaient très-bien prévu ces personnes pieuses qui, au dire malicieux de l'abbé Morellet dans son rapport à rinstitut sur le Oénie du Christianisme, trouvèrent mauvais qu'on se donnât tant de peine pour prouver que la religion chrétienne était très-poétique et plus
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poétique que celles qui ont fourni à Homère, à Virgile, à Ovide et aux conteurs arabes et persans leurs agréa- Mes fictions. Lorsqu'une religion se meurt et que ses médecins sont réduits à célébrer ses beautés littéraires, c*est qu'en effet la maladie est désespérée et que les dogmes sont bien près du moment où» devenus impuissants à régler la vie des sociétés humaines» ils n'existeront plus qu'à l'état de souvenirs et ne seront propres qu'à servir de textes aux amplifications des académiciens et aux fantaisies des artistes. Les dieux du polythéisme^ dont l'agonie a sonné il y a dix-huit siècles, ont bien continué d'être célébrés par les poëtes jusqu'à nos jours. Que ceux du christianisme obtiennent» s'il le peuvent» la même fortune : nous n'y mettons aucun obstacle. •
Enfin» non contents d'admirer le dévouement des martyrs des premiers siècles» comme nous l'admirons nous-mêmes dans son motif principal» en nous réservant toutefois» pour les divers cas particuliers et authentiques» le droit d'examiner si cette force d'àme ne pouvait pas être déployée avec plus de sagesse et mise au service d'une meilleure cause» les apologistes chrétiens y voient une preuve de la vérité de leur religion. Ils sont bien obligés de convenir que d'autres religions» qu'ils appellent fausses, ont eu aussi leurs courageux confesseurs : l'histoire constate que le christianisme triomphant a fait» parmi les Juifs» les Mahométans et les Chrétiens hérétiques ou schismatiques» incomparablement plus de martyrs que l'on n'en compte véritablement dans le christianisme naissant ; car on trouve que le nombre de ces derniers a été grandement exagéré, quand on n'admet en ces matières que des monuments irrécusables (1). Si les religions les plus oppo-
(1) Quelque réduit que puisse être le nombre réel des martyrs chrétiens, il en reste assurément beaucoup plus qu'il n'en faut
AirrOBITK DK J.A KAlSO.V j'A
sées ont leurs matyrs, si le courage avec lequel ces martyrs bravent les persécutions et la mort môme est ordinairement en raison directe de la pression violente que Ton prétend exercer sur leur conscience, c'est qu'en mourant pour ce qu'ils croient être la vérité, les hommes sont plus ou moins exposés à prendre pour vérité ce qui est erreur, selon qu'ils sont moins ou plus éclairés. Lorsqu'on objecte ce fait général aux docteurs qui invoquent le témoignage de leurs martyrs en faveur de leur religion, ils répondent que le martyre u'a de prix que par la vérité de la doctrine qu'il a pour but de sceller. Mais, si la valeur du martyre dépend de la vérité de la doctrine, il ne peut pas dès lors avoir pour effet de démontrer la doctrine, et c'est à celle-ci qu'il faut toujours en revenir pour l'examiner en elle-même et indépendamment des actes de dévouement dont elle peut être l'occasion. Procéder autrement, c'est tourner sans fin dans un cercle. On verra, plus loin, les théologiens faire une évolution de même nature à propos des miracles. Le zèle des martyrs chrétiens, en le prenant même dans le sens le plus irréprochable, en le supposant toujours pur de tout excès, ne prouve donc nullement la vérité intrinsèque de la croyance religieuse au service de laquelle il s'est voué. Mais la rigueur des principes et l'impassible véracité de l'histoire, dont les enseignements veulent être étudiés d'une façon complète et impartiale, exigent que nous ajoutions ici quelques observations,
pour faire détester leurs persécuteurs payens. Mais, si j'avais à établir ici que ce nombre a été démesurément gros'^i, je n'aurais presque rien de mieux à faire que de citer les aveux d'un savant Bénédit^lin, aveux d'autant plus remarquables qu'ils se lisent dans une dissertation ayant spécialement pour but de combattre celle par laquelle Dodwell avait déjà singulièrement éclairci les rangs du martyrologe chrétien. (Ruinart, Acta primorum martyrum sincera et Heieela, Préface, ^ 1", art. 7, 9 et 40. AmMerdnm, 1743.
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qui n* ont certes point pour but d'amoindrir le mérite des vrais martyrs ni surtout d'atténuer la réprobation que mérite la mémoire de leurs persécuteurs. Le courage religieux consiste à confesser sa foi sans crainte comme sans ostentation et à ne rien faire de contraire à la croyance dans le but d'échapper à une persécution devenue inévitable ; mais il ne saurait consister à courir après le martyre, à le provoquer, ni encore moins à porter atteinte aux droits de la conscience religieuse de nos semblables ; car alors ce ne serait plus que bravade, excitation au mal et coupable 'oppression. Or il est constant qu'à l'époque où le christianisme, fit son apparition dans le monde, la politique romaine usait d'une grande tolérance à l'égard des religions. C'était une époque de transition, assez semblable, sous plusieurs rapports, à l'époque actuelle et où les gouvernants, ne croyant plus à rien qu'à l'intérêt de leur conservation, ne sont pas exposés à se laisser aller aux emportements du fanatisme religieux. Ce serait donc un fait inexplicable que celui des persécutions essuyées par le christianisme de la part des premiers empereurs, si l'on ne savait qu'elles ont été souvent provoquées par le zèle ardent et même par les violences des chrétiens nouvellement convertis. Si quelqu'un parmi nous, ayant cessé de croire aux dogmes catholiques, mais non content de rendre à Dieu un hommage plus rationnel et d'y exciter les autres par la voie paisible de la discussion philosophique, entrait dans une église un jour de fôte, et s'avançait armé vers l'hôtel, insultait les prêtres, renversait le tabernacle, foulait aux pieds les hosties consacrées et brisait les divers objets de la vénération des fidèles, notre législation d'aujourd'hui condamnerait aux travaux forcés et celle d'hier eût envoyé à l'échafaud ce fou furieux, que l'on ferait mieux d'enfermer à Charenton. Mais que ne dirait-on pas si nous nous avisions de l'inscrire parmi les mar-
tyrs du dëisme et de Thonorer comme un saint ! Eh bien! c*est là exactement le cas, je ne dirai point de tous les martyrs chrétiens des premiers siècles^ mais de heaùcoup d'entre eux, qui, de l'aveu môme de leurs panégyristes, couraient au-devant de la persécution, enflammés de ce qu'ils prenaient pour, un pieux zèle, outrageant publiquement les payens et leurs prêtres, allant même souvent jusqu'à renverser leurs idoles et incendier ou démolir leurs temples. Si ces exoès isolés mais fréquents et qui pouvaient au besoin s'autoriser des exemples fournis par les saintes écritures, ne justifient nullement, ils contribuent à expliquer ce fait, qui autrement serait inconcevable, qu'une société trèstolérante en matière religieuse en soit venue à prendre en telle haine et à traiter si cruellement la masse inoffensive des chrétiens.
Maintenant que nous avons franchi les barrières au moyen desquelles les apologistes chrétiens prétendaient nous arrêter dès l'entrée, nous allons les combattre sur leur propre terrain.