‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 6 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le dogme du péché originel est la pierre fondamentale de rédifice chrétien : supprimez-la et l'édifice tout entier s'écroule. Voyez en effet ce que la doctrine a établi sur ce dogme de ta chute originelle : Thumanité corrompue dès sa source a encouru la colère de Dieu et la damnation ; elle ne pouvait échapper aux conséquences de cette damnation qu à la condition d'être réconciliée avec son Créateur ; mais elle était incapable de travailler à cette réconciliation et d'opérer son salut par ses propres mérites, car il fallait, pour réparer l'offense faite à une majesté infinie, un sacrifice d'une valeur infinie, et c'est pourquoi le fils de Dieu lui-même s*est offert afin de satisfaire à la justice à la place de l'homme déchu. Or ôtez le dogme du péché originel, et tout cela est dépourvu de sens; le dogme de larédemp* tion du genre humain par l'incarnation d'un Dieu et la

mort de cet homme-Dieu n*a plus d'objet; si ce dogme disparaît» à sa suite doivent s*en aller également tous ceux qui reposent sur ce fondement imaginaire d'une mission d'une des personnes divines, d'une révélation qu'elle nous aurait apportée et d'une religion qu'elle aurait instituée. Si vous ôtez tout cela de la doctrine chrétienne, qu'en reste-t-il? C'est donc à ce dogme du péché originel que nous devons nous attaquer tout d'abord. Il s'appuie sur cette tradition hébraïque, exposée dans les chapitres 2 et 3 de la Oenèse : Dieu, après avoir créé le premier couple humain et l'avoir placé dans un jardin délicieux, lui défend de manger du fruit d'un certain arbre, qu'il appelle Yarbre de la science du bien et du mal (l). Satan, sous la forme d'un serpent, entre en conversation avec la femme et l'excite à enfreindre cette défense. La femme persuadée mange et fait manger à Thomme du fruit défendu. Dieu les condamne alors aux peines physiques et morales de la vie actuelle et les chasse du paradis terrestre.

Pour admettre que le Créateur exerce son souverain domaine sur sa créature intelligente, d'une façon aussi puérile, quelle idée il faut s'être faite de la puissance et de la sagesse infinies! Dieu ne peut prescrire à l'être raisonnable et libre que ce qui est essentiellement bon en soi, et il ne peut lui défendre que ce qui est essentiellement mauvais. Ici on l'assimile à ces hommes qui se plaisent à exercer tyranniquement leur faible pouvoir en défendant des choses indifférentes ou même bonnes de leur nature. Et puis quel manque de prévoyance en même temps que de bonté dans ce Dieu, qui, après avoir appelé à l'existence les deux êtres pri-

(1) Dan5 la relation biblique flgure aussi un arbre delà vie, J*eii parlerai dans la 2« parlie, 1*^* section, 1*^ chapitre, $ 2.

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vilégiés de la création terrestre, qu'il est censé avoir ornés avec prédilection et comblés de faveurs, permet immédiatement à un être méchant et jaloux de leur bonheur, mais qui leur est bien supérieur en intelligence et en habileté, de venir tromper leur inexpérience! N'était-ce pas rendre leur chute infaillible, et était^il besoin d'une science infinie pour prévoir l'issue de cette odieuse provocation? Que dirait-on d'un juge qui condamnerait des enfants dont Tignorante simplicité aurait été surprise par un adroit séducteur, et qui les condamnerait aux peines les plus terribles et à l'égal d'adultes sachant le mal, le voulant f ésolûment et le commettant de leur unique mouvement? Une telle justice, de la part d'un homme, nous ferait horreur : que doit-ce donc être si on la transporte en Dieu? La doctrine immorale de l'influence du Démon sur les affaires de ce monde où il est représenté constamment occupé à pousser au mal, à tel point qu^ ira jusqu'à essayer de séduire le fils de Dieu en personne, se trouve enseignée, comme on voit, au début même de l'histoire sacrée, et l'intervention satanique luttera sans cesse, et le plus ordinairement avec avantage si l'on en juge par les résultats définitifs, contre cette autre intervention attribuée à Dieu dans les a^ftes humains, et sur laquelle je reviendrai en traitant de la grâce (1).

L'explication que donne l'auteur de la Genèse, de l'origine du mal et de la connaissance qu'en a acquise l'esprit humain, n'est pas seulement puérile, mais de plus elle est dépourvue de sens. En efibt, Adam et Eve demeurent dans cet état d'innocence morale, qui est aussi celui de l'enfant à la mamelle et de l'idiot, jusqu'au moment où ils mangent du fruit de l'arbre de la

1) Au 5« chapitre de cette l""' partie.

PÉCHÉ (HilGlMEL 59

science dn bien et du mal. C'est alors sealement que s'ouvrent les yeux de leur intelligence et qu'ils acquièrent les premières idées de l'ordre moral, ch. 3, v. 7. Ils n'avaient donc pas ces idées auparavant. Mais une condition indispensable pour agir bien ou mal , c'est d'être pourvu déjà des idées du bien et du mal. Ne nous attachons pas à ce que présente d'inadmissible, lorsqu'on la prend dans sa signification première et naturelle, une explication qui fait produire la connaissance de l'ordre moral par la manducation matérielle d'un fruit, parce qu'absoluinent on pourrait nous dire que l'arbre de la science du bien et du mal n'est ainsi appelé que d'une manière figurée, en ce sens que ce fut après avoir mangé de ses fruits que nos premiers parents acquirent les idées de bien et de mal. Mais, quand nous accorderions que le moyen imaginé par l'auteur sacré pour les rendre désormais capables d'agir moralement fût convenablement choisi, toujours serait-il qu'ils n'auraient pu encourir une punition et encore moins une punition capitale pour un premier fait de désobéissance, que leur ignorance du bien et du mal devait innocenter aux yeux d'un juge dont la sagesse et la bonté sont infinies. Quand dit-on qu'un enfant devient capable de bien ou de mal moral? Lorsque son intelligence est assez développée pour connaître les rapports naturels des êtres et pour comprendre Tordre on le désordre, c'est-à-dire la conformité ou l'opposition de ses actes libres à ces rapports naturels. Cette connaissance n'arrive pas tout à coup à illuminer pleinement son esprit, mais elle se forme par degrés insensibleS) et s'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'assigner l'instant précis où elle a commencé, il ne Test pour personne de voir quand elle existe ou quand elle n'existe pas. Du moment où elle a commencé, l'enfant a acquis les premières idées du bien ou du mal moral, et a été capable de l'un ou.de l'autre et respon-

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sable de ses actes à des degrés divers : jusque là toutes ses actions avaient été innocentes. On dira qu en créant exceptionnellement adultes les deux premiers êtres humains, Dieu les avait dispensés de cette longue expérience en donnant surnaturellement à leur intelligence l'idée du bien et du mal moral. L'auteur sacré le dirait aussi que cela n'en serait pas moins une affirmation gratuite. Mais il ne le dit pas, et le contexte de sa narration le dit si peu que nous y voyoAs Adam et Eve agir comme s'ils n'avaient encore aucune idée du bien et du •mal : ils se laissent tromper par le serpent absolument comme le feraient des enfants dépourvus de toute expérience et de toute science morale. Remarquons enfin cet autre non-sens, qui est plus particulièrement propre à la théologie chrétienne : elle enseigne, d'après saint Paul, que le péché est entré dans le monde par Adam (Épttreaux Romains, ch. 5, v. 12), et elle attribue à la première faute notre disposition actuelle à commettre le mal. Mais, avant leur chute» nos premiers parents n'étaient pas plus que nous impeccables, puisqu'on nous dit qu'ils ont péché et qu'ils en ont été si cruellement punis. Alors de quoi sert la doctrine du péché originel pour expliquer chez nous une disposition qui existait déjà chez le premier couple humain avant sa première faute? S'il pouvait faillir sans être préalablement déchu et simplement en conséquence de l'imperfection de sa nature, qu'avons-nous besoin d'aller chercher ailleurs la cause de nos propres fautes? La doctrine théologique, qui a la prétention de rendre raison de notre nature morale, ne rend donc en réalité raison de rien, puisqu'elle assigne pour cause des faits de l'ordre actuel un fait premier de môme nature et qui par conséquent demanderait lui-même une explication semblable.

Le premier acte d'Adam nous est donné comme entraînant les plus ^graves conséquences pour lui et sa

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postérité. C'est pour cela et depuis ce moment seulement quMl a connu la souffrance et a dû mourir (1). C'est pour cela que nous sommes sujets aux douleurs, aux. infirmités, à toutes les misères de notre nature actuelle. Sans cette faute de nos premiers parents, nous serions immortels en cette vie et parfaitement heureux ; nos organes rempliraient toutes les fonctions vitales sans s'user ni subir aucune altération, aucune dégénérescence; nous goûterions perpétuellement les plaisirs de la satisfaction des besoins, puisque nous vivrions d'une vie organique et sensitive, et pourtant nous n'éprouverions aucun besoin^ car le besoin est une douleur (2). Tout cela est en opposition avec les premières notions relatives à la constitution organique et morale de Tbomme, et de plus amoncelé les contradictions. Les versets 29 et 30 du l^^ chapitre de la Genèse assujettissent Adam tout aussi bien que les autres animaux à la nécessité de se nourrir, et il est dit, au verset 15 du 2* chapitre, que Dieu plaça l'homme dans le ardin d'Éden pour le cultiver et le garder. Un être immortel et qui ne connaît ni la douleur ni le besoin, n'a pas à se préserver d'une destruction qui ne saurait l'atteindre ni par conséquent à réparer des pertes dont il ne peut souffrir; il n'a donc pas à se nourrir, car on ne prend pas de nourriture sans être susceptible d'éprouver au moins les besoins de la faim et de la soif. D'un autre côté, on ne garde pas et surtout on ne cultive pas un jardin sans prendre de la peine, et si dès le

{\) Genèse, ch. 2, v. 17, etch. 3, v. 16-19 ; Sagesse, ch. 2, v. 23 saint Paul, Êpltre anx RonKtittS, ch. 5, v. 12; saint Auf^'ustin, Êftttre 186, Paidino, ch. 9, tome H, Paris, 1688, et De civilaie Dei, livre 13, ch. 3, tome VU, 1685; et concile d'Afrique, tenu en 424, canon 76, collection des Conciles, tome IV, Paris, 1644. D'autres éditions rapportent la tenue de ce Concile à Tannée 418.

2^ Saint Augustin, De civUaie Dei. livre 14, ch. 26.

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principe Adam était dans la nécessité de cultiver la terre pour se nourrir, en quoi sa condition antérieure au péché différait-elle de celle qui Ta suivi, et dès lors quel sens attacher aux versets 17-19 du 3^ chapitre, qui attribuent à ce péché comme à leur cause la malédiction de la terre, le travail que Thomme sera obligé de s'imposer pour en tirer sa nourriture, les épines qui croîtront sous ses pas et la sueur qui découlera de son front et sera le prix auquel il devra désormais acheter son pain? Est-ce qu'avant son péché Adam ne suait pas quand il cultivait son vaste jardin? Évidemment les lois générales de sa constitution physique étaient les mêmes que celles qui gouvernent la constitution des êtres issus de sa chair et de son sang. Or demandez à un écolier en physiologie comment pourrait vivre un homme chez quin'existerait pas lafonctionde la transpiration. Btpuis que vent dire cette chaîne de garder un jardin dans un état de choses où il n'existerait aucune espèce de désordre dont il fallût le préserver! Saint Ghrysostdme, parlant de la cultura de TÉden, reconnaît que c'était un véritable travail. Il soutient que, si Adam n'eût rien eu i faire, l'oisivetér l'eût bientôt entraîné dans les vices qu'elle a coutume d'engendrer (1). Soit. Mais il n'en est pas moins vrai que la peine qu'Adam devait prendre pour travailler était incompatible avec cet état de pure félicité dont on prétend qu'il jouissait dans le paradis terrestre. Et puis, s'il fallait pourvoir à ce que le premier homme fût préservé de l'oisiveté, que ne pourvoyait-on aussi à ce qu'il fût préservé de la désobéissance dans laquelle il allait tomber?

Ce ne sont pas seulement les lois de la physiologie animale, mais encore celles de la physiologie végétale, que la faute d'Adam a changées. Par exemple, saint

;i) Homélie 14 «nr/n Uenèxe^ loine IV, Paris ^ 1721.

Basile enseigne que, dans le principe, les rosiers n'avaient point d*épines» mais qa'il leur en est venu après le péché du premier homme, afin que la peine se mêlant toujours à la jouissance, nous fit sans cesse souvenir de la chute originelle (1).

L'homme étant immortel en cette vie et destiné d'ailleurs, selon le précepte de Dieu {Oenèse, ch. l^, V. 2d), à produire d'autres êtres, comme lui immortels et se reproduisant indéfiniment, notre espèce se fût multipliée dans une telle proportion et avec une telle rapidité qu'il est facile de concevoir une époque où nous eussions, non pas seulement encombré un jardin situé on ne dit pas précisément dans quelle partie de l'Asie, mais couvert complètement la surface de la terre. Dès lors il' eût bien fallu renoncer à produire d'antres être^ semblables à nous, quoique nous en eussions contracté l'habitude par la volonté même du Créateur, habitude d'autant plus douce alors que nous n'enssions connu ni la satiété ni ces nombreux soucis qui viennent s'y mêler dans l'ordre de choses actuel. N'importe : notre séjour terrestre n'en eût pas moins continué d'être un lieu de délices et de bonheur parfait. Des théologiens ont entrevu cette difficulté du trop plein ; mais elle n'avait rien d'embarrassant pour eux. Avant qae l'encombrement fût arrivé, leurs immortels eussent été successivement expédiés dans un autre monde. Par quelle voie et au bout de quel temps? Ce sont deux points sur lesquels ils ne se prononcent pas : « Adam, demeuré innocent, dit M. le pasteur •< Grandpierre, ne fût jamais mort : c'est la doctrine de ^ l'Écriture ; et si, dans les desseins de Dieu, il ne devait ** pas rester éternellement sur la terre, il est probable

(i) E«ç Tf,v 8Çà/z«/>ov, Homélie 5, tome V\ Paris, 1721. Saint Basile pourail en effet appuyer celle assertion sur le verset 18 du A" cliapitre de la Genène,

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- qu'il eût été transféré dans an séjour meilleur (\), au ^ bout d*un temps qu'il serait téméraire de fixer, mais ** sans qu*il y eût eu nécessité pour lui de passer par la ^ terrible épreuve de la mort (2). » Ce qui est seulement probable pour cet auteur est certain pour d*autres docteurs, plus avancés dans la connaissance des secrets de Dieu : Bossuet affirme que Thomme, après avoir goûté pendant un certain temps le bonheur du paradis terrestre, devait être transporté dans le paradis céleste, qîuind Dieu roudrait, sans passer par les ambres af-f reuses de la mort (3).

Enfin, si c'est à cause de son péché que le premier homme a été condamné à mourir ainsi que ses descendants, la nécessité de la mort du corps est une punition de ce péché et non une conséquence de ces lois de l'organisation , qui s'appliquent à tout ce qui a vie. Alors il n'y avait pas de raison pour que les autres animaux mourussent aussi, eux qui n'ont point péché. Dira-t-on que l'efiet de la malédiction divine, provoquée par le péché d'Adam, s'est étendu jusqu'à eux? Admettons ce non-sens, contre lequel s'élèvent d'ailleurs tous ces débris d animaux enfouis dans les profondeurs de la terre à des époques bien antérieures à celle où rhumanité a commencé d'exister. Dans ce cas, si Adam n'eût point péché, ce ne serait pas sa race seulement qui eût bientôt rendu impossible le développement et la continuation de la vie sûr la terre, les autres animaux l'y eussent aidé, et la chose n'eût pas

U) Pourquoi meilleur, quand vous dites celui-là si bon et quaod on ne peut ioiagiaer aucune raison pour qu'Adum en désirât un aulre?

(2) Essaû *»r ie Pentateuqur. ch. 3, Longévité des firemirrn hammf$, Paris, 18ii.

3 Élévations à Dieu sur tous Us mystères, 5* semame, r>« tJt ration, dans les œuvres de Bossuel, lome X, Paris, 4745.

PKCHÉ ORIGINKL 6Ô

demandé beaucoup de temps. Les calculs les plus simples établissent qu*en un certain nombre d'années tel poisson emplirait TOcéan, tel insecte infesterait les continents de ses descendants, si ces derniers ne devenaient en presque totalité, avant d*avoir pu se propager eux-mêmes, la pâture d'autres animaux. Et puis, si les êtres animés n'eussent pas dû mourir, comment donc eussent vécu ceux d'entre eux à qui leur constitution organique ne permettait de se nourrir que de substances animales? On voit quel cortège d'absurdités mène à sa suite le dogme du péché originel. Laissons ce qu*il y a déjà de merveilleux dans toutes ces conséquences, et parlons seulement de cette condamnation de tant de millions d'êtres à porter la peine d'une faute qu'ils n ont pas commise.

Lo Dieu que la raison conçoit parfaitement juste et parfaitement bon, après avoir destiné au bonheur la race humaine, voue immédiatement au malheur, si l'on en croit Fauteur de la Oenèse, non pas seulement deux individus de cette race qui ont failli, mais tous leurs descendants qui sont innocents ! Cette justice du Dieu de la Bible ne renverse-t-elle pas toutes les idées de liberté humaine, de responsabilité morale, de mérite et de démérite? Si l'on voulait peindre un père dénaturé, sous l'influence passionnée de la colère, chercherait-on d'autres traits? Eh bien! tout cela n'était pas encore assez, et il était réservé au christianisme d'y ajouter un trait auquel n'avait pu songer l'auteur de la Genèse, qui ne connaissait , ainsi que je le ferai voir ailleurs (1), que la vie actuelle, et qui n'avait et n'a donné nulle part aucune idée de l'immortalité de l'àme.

Le législateur des Hébreux avait borné aux misères de cptte vie les effets de la colère de Dieu, causée par

(t) Dans la secoode partie de cet ouvrage, i'* sectiou, ch. 5, J 5.

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le péché d*Adam ; car ce ne fat qu'à la suite de la captivité que le dogme de l'immortalité de l'âme fut expressément professé par une fraction de la nation juive. Si donc la mort n apparaissait pas comme un motif d'espérance et de joie au véritable Juif qui luttait contre les angoisses de la souffrance, et qui ne voyait rien ao delà de la tombe , au moins elle pouvait lui sourire encore comme la fin de ses maux. Mais le christianisme étend au delà des bornes de la vie actuelle les effets de cette colère divine, allumée par la faute du premier homme contre sa race tout entière. A cette colère il faut toute l'éternité pour «'assouvir, c*est-àdire pour ne s'assouvir jamais. L'enfant qui vient de naître ne subira pas seulement, comme le voulait Moyse, les conséquences matérielles de cette faute originelle, qu'il n'a pas commise; mais elle lui devient propre et personnelle. Nous naissons enfants de colère, selon l'expression de saint Paul (1). Tous naissent pour la damnation, ajoute saint Augustin (2). Ce docteur tient même pour probable qu'avant le baptême les enfants sont coupables des péchés de leurs pères immédiats aussi bien que du péché du premier homme. Il invoque pour cela ces textes de la Bible [Exode, ch. 20, V. 5, et ch. 34, v. 7; Nombres, ch. 14, v. 18; Deutéronome, ch. 5, v. 9), où il est dit que Dieu punit sur les fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération, les iniquités des pères (3). On ne voit pas pourquoi saint Augustin trouve cela seulement probable ; car une fois que l'on a admis que le péché du premier homme peut sans injustice être attribué à tous ses descendants, il

(1) ÊpHre aux Éphénens. ch. 2, v. 3.

(2) De peccalorum mcriliSy livre 1'% ch. 28, § 55, lome X. Paris, 1696.

^3) Enchiridion de fide, ipe et cmxtate , ch. 46 , lome VI , PariP, 1685.

l'KCHÉ ORIGINEL 67

ne doit pas paraître plus déraisonnable de dire que les enfants naissent coupables des péchés de leurs parents immédiats. Le péché d'Adam, d'après la décision du concile de Trente, est propre à chacun (l). Bossuet, parlant des enfants morts sans baptême, les appelle des ^/lls de colère, hms de Dieu (2). Il enseigne que nous so^nmes tous maudits dans notre principe (3), et il attribue au fait, déjà si odieux en lui-même, de la malédiction prononcée contre les descendants d*Adam pour une faute à laquelle ils sont étrangers, un motif plus odieux encore : « Dieu a inspiré aux parents un tel « amour pour leurs enfants, que naturellement les « maux des enfants leur sont plus sensibles et plus « douloureux que les leurs, et qu'ils aiment mieux les •« laisser en vie que de leur survivre : de sorte que la ** vie de leurs enfants leur est plus chère que la leur « propre... Ce caractère paternel a dû se trouver prin- « cipalement dans celui qui est non-seulement le pre « mier de tous les pères, mais encore père par excel- M lence, puisqu'il a été établi le père du genre humain. .* Après donc que, dès l'origine et nouvellement sorti u des mains de Dieu, il eut transgressé ce commande- « ment si facile par lequel Dieu avait voulu éprouver « sa soumission et l'avertir de sa liberté, il était juste « qu'il le punît non-seulement en lui-même, mais en- « core dans ses enfants, comme étant une portion des « plus chères de sa substance et quelque chose qui lui - est plus intimement uni que ses propres membres. De « sorte que les enfants f\iturs de ce premier père, « c'est-à-dire tout le genre humain, qui n'avait d'être

(1) 5* session, colleclion des Conciles, lome XXXY, Paris, 1644.

(2) Episiola quinque Prœstdum ad Sanciissimum Innocentium , tome V, Paris, 1743.

(3) Discours mr Htisloire universelle, 2* partie, eh. i", lome Vllt

rt8 HRKMIKKK PARTIE

« ni de substance qu'en ce premier père, devinrent «* le juste objet de la haine et de la vengeance divine (l). »• Bailly résume le dogme chrétien qui nous fait ennemis de Dieu dès notre naissance et d'après lequel nous sommes voués à la mort du corps et à celle de l'àme, en disant que ce nest pas la peine seulement, mais la faute, qui nous est commune avec Adam (2).

Des textes formels que je viens de citer il résulte clairement que, selon la doctrine chrétienne, tous les individus de la race humaine naissent coupables et véritablement responsables de la faute du premier homme. Et pourtant iUe rencontre aujourd'hui des docteurs qui osent nier la légitimité de cette déduction ! J'ai entendu un curé d'une église de Paris émettre en chaire cette assertion : M Jamais TÉglise n'a enseigné que l'enfant qui « vient de naître est coupable du péché originel. C'est M là un impudent mensonge des incrédules, une pure in- « vention de leur ignorance et de leur méchanceté. »» En recueillant la part qui me revenait de ces touchantes paroles, je me disais que bien en avait pris à celui qui les proférait, d'être venu au monde dans les temps d'incrédulité; car il y a quelques siècles seulement, il ne fût pas venu impunément soutenir ainsi que l'Église n'a jamais enseigné ce qu'elle a au contraire enseigné constamment, depuis le commencement du v^ siècle, époque de la condamnation de Pelage : son éloquente sortie contre les incrédules n'eût certainement point suffi pour le tirer de ce mauvais pas.

Sur ce point fondamental, les protestants ne sont pas en arrière des catholiques; ils vouent également à la colère de Dieu et à la damnation tout homme qui vient au monde. C'est ce que l'on peut voir soit dans

(i) Êlévalions à Dieu sur tous les mystères^ 1* Semaine^ 2* Êlé' vationy tome X, 1745.

(2) Dfpeccalis, part. 2, cli. 1, $ 2^ tomeVI, Dijob, 17S9.

PÉCHÉ OHlGINfcf. ià\4

Tarticle 2 de la confession d*Âugsbourg, rédigée en 1630 par Mélanchthon» dont la douceur est ordinairement opposée aux rudes emportements de son ami Luther (1 j, soit dans le neuvième article de la confession de foi de Téglise anglicane, confession approuvée, en 1562, sous le règne d'Elisabeth, dans un synode de Londres, et qui est encore aujourd'hui en vigueur (2). « Tout le M genre humain, dit Calvin, a tellement été corrompu ^ par la chute d'Adam que de nature nous sommes tous ^ damnés et perdus, non pas seulement par la coulpe « d'autrui, mais pour ce que , dès le ventre de la mère, ** nous sommes pécheurs, et que Dieunous peut justement ^ condamner, encore qu'il n'y ait point d'acte appa- ^ rent par lequel uous ayons desservi condamna- ^ tion (3). » Les réformés de France adhèrent généralement à la doctrine énoncée dans l'article XI de la confession de foi de La Rochelle, où il est dit que le vice héréditaire que nous tenons du premier homme est vraiment un péché qui suffit a condamner tout le genre humain jusqu'aux petits enfants dh le sein de la mère. Cependant quelques-uns d'entre eux rejettent aujourd'hui le dogme du péché originel, entendu en ce sens que la responsabilité, la culpabilité du premier pécM serait encourue par tous les liommes et apportée en naissant (4). Mais, eu proclamant en même temps que l'homme est incapable de mériter le salut, qu'il n'y a pas moyen d'être chrétien si l'on ne croit à la nécessite d'un sauveur, que le péché est venu dans le monde, selon l'expression de saint Paul, par un seul homme.

(1) Mentzer, Ejcegesis Avgustanœ confessionis^ Giesseo, 1613.

(2) The bookofcomman prayer, Londres, 1736.

(3) Confession de foi au nom des Églises réformées, etc., OKuvres rançaîsesde Calvin, Paris, 4842.

(4) Vùrihodoxie moderne^ par M. le pasleur Goquerel, page 25, Paris, 1842.

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que nos propres efforts sont insufjtsdnts pour la recherche de la vérité et la pratique du Meii (1), ils relèvent d'une main ce qu'ils avaient renversé de l'autre. Ils ont beau dire qu'ils substituent une simple insuffisance à l'impuissance radicale de l'homme pour opérer son salut par les moyens naturels : cela revient absolument au même ; car il est clair que, si l'on dit que Thomme, livré à ses seules forces et privé du secours surnaturel de Dieu, ne suffit pas à faire une chose, c'est exactement comme si l'on disait qu'il ne peut pas la faire. Ce n'était guère la peine de se séparer ainsi avec éclat de ses coreligionnaires pour dire au fond la même chose qu'eux. Le dogme du péché originel, tel que catholiques et protestants l'ont défini jusqu'ici, choque si ouvertement toutes les idées de moralité et de justice, qu'il n'est point susceptible d'être amendé; il est de ceux qu'il faut ou rejeter entièrement ou conserver tels quels, et non point tempérer ni mitiger. Nous ne saurions donc tenir grand compte à M. Coquerel de l'abandon qu'il fait d'une moitié de l'ancien dogme du péché originel, lorsqu'il retient l'autre.

Quand on pense à tout ce qu'une pareille doctrine doit exercer d'influence sur la moralité humaine, sur les législations et sur la pratique de la vie sociale, on s'étonne moins de voir, dans ceux qui l'admettent, si peu de vraie sympathie pour les douleurs de leurs semblables. Comment, en effet, lorsqu'une fois on a pu croire qu'un faible enfant, qui n'a encore aucune idée du bien ni du mal, est l'objet du courroux céleste et de la plus terrible condamnation, comment, dis-je, pourrait-on compatir aux misères humaines, comment le cœur ne se fermerait-il pas aux sentiments de bienveillance et de commisération pour ceux que Ion re-

(1^ IMûem, p. 2! , 22, 2?» et 26.

PÉCUÉ OHlGliXKL 71

garde comme les ennemis de Dieu et dont len souffrances n'apparaissent que comme un juste châtiment? Si le contraire arrive quelquefois, c'est qu'il est certaines natures qui ne sont jamais assez altérées par la doctrine pour ne pas valoir mieux qu'elle. C'est en opposition avec la croyance que se produisent ces heu«reuses exceptions avec lesquelles il faut du reste bien prendre garde de confondre les industries de bienfaisance inspirées par l'esprit de prosélytisme et de domination; mais il n'en demeure pas moins, évident que, par son action propre et directe et malgré les enseignements contradictoires auxquels il pourrait s'associer d'ailleurs, le dogme impitoyable du péché originel doit dessécher et endurcir les âmes.

Si ce dogme bouleverse toutes vos idées sur le bien et le mal moral, s'il vous semble blasphémer contre la sainteté et la justice de Dieu, on vous répond qu'il y a remède à tout cela dans quelques gouttes d'eau bap«* tismale et quelques paroles prononcées mystérieuse* ment (1). Mais encore faudraiMl que l'enfant qui vient de naître, pût invoquer ce secours. Il n'en est rien pourtant. Voyez alors à quelles conséquences on arrive. Deux enfants, également innocents» également purs de tonte souillure spirituelle, meurent sans avoir pu faire aucun acte dont ils soient personnellement et morale* ment responsables. L'un, qui a été l'objet d'une céré-* monie qu'il n'a pu ni vouloir ni même connaître, est éternellement enivré d'un torrent de délices; l'autre»

(i) Servet qualifiait sévèrement cette pratique du baptême des eu-> fants. Yoireon ouvrage iotitulé ChristianUmi resiiîfiiio. De régénéra- Urne $upemdf\i\re li, conclusion^ 1553, sans indication du lieu d'impression. Cet ouvrage, qui fut le prétexte de la condamnation de Servet, est devenu fort rare. Notre Bibliothèque nationale en possède, dans sa réserve, un exemplaire qui a échappé aux flammes du bûcher où Calvin fit jeter tous ceux qu'il put réunir.

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qui a été privé de cette même cérémonie et par nne circonstance tout aussi indépendante de sa volonté, n'est pas seulement exclu à jamais du royaume des cieuXy mais, selon les docteurs les plus autorisés, doit endurer d^éternels tourments. Cherchez bi.en, parmi les dogmes de toutes les autres religions passées ou présentes, quelque grossières et cruelles qu'elles aient été ou qu'elles soient d'ailleurs, et trouvez-y, si vous le pouvez, quelque chose qui heurte la raison aussi rudement. Dites à un de ces hommes, plus nombreux sur terre que les chrétiens, et qui n'ont jamais entendu parler de christianisme, qu'il existe des mortels dont le premier article de religion consiste à croire que tous les enfants sont en naissant l'objet de la colère divine , qu'ils sont coupables d'une faute qu'ils n'ont pas comnlise, et que, s'ils meurent sans avoir figuré dans une cérémonie où ils n'auraient pu jouer qu'un rdle purement passif, ils seront éternellement damnés. Cet homme, civilisé ou barbare ou sauvage, se refusera à croire que l'extravagance humaine ait pu aller jusque là, ou bien il répondra que vous lui parlez sans doute de races restées au plus bas degré de l'échelle intellectuelle et morale; si vous ajoutez que vous lui parlez au contraire de grandes nations qui prétendent, et avec raison à certains égards, marcher à la tète de la civilisation, il vous prendra pour un fou, et vous pouvez compter que, loin d'éprouver le désir de participer à votre civilisation, il l'aura en horreur.

Saint Augustin, saint Fulgence et d'autres condamnent impitoyablement les enfants morts sans baptême aux tortures physiques et morales des damnés. Saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Thomas et d'autres veulent bien leur faire grâce des flammes éternelles, et se contentent de les priver du bonheur des élus. Quelques docteurs, en petit nombre., ont poussé la hardiesse jusqu'à dire que ces enfant?

PECHS OHIGINKL râ

pourraient bien jouir de quelque espèce de paix et mémo de bonheur; mais ils ont été blâmés de cette faiblesse, et leur opinion est suspecte d'hérésie (1). Le cardinal Sfondrate, qui avait avancé cette opinion, a été vertement tancé par Bossuet et dénoncé au pape Innocent XII comme altérant à cet égard le dogme catholique (2). Si Bossnet fût revenu au monde, il y a quelques années, comme il eût semonce Tabbé Frajssinous, qui, tout en damnant les enfants morts sans baptême, allait jusqu'à dire que leur sort est tel qu'ils désirent le co^i^erver, et s'appuyait pour cela sur saint Augustin, dont la doctrine x^ontraire est établie sur des textes si formels I Connait-on rien de plus exprès que ces textes, par exemple ?

M Que personne ne promette aux eu/ants non baptisés ^ un lieu, quelque part que ce puisse être, de repas ou ^ de bonheur quelconque, pour ainsi dire intermédiaire ^ entre la damnation et le royaume des Gieux; car ^ rhérésie pélagienne le leur a aussi promis (3). " •« Le ^ Seigneur viendra juger les vivants et les morts, a comme parle TEvangile; il les partagera en deux « parts, l'une à droite et l'autre à gauche. Il dira à << ceux de gauche : Allez au feu éternel qui a été pré > M paré pour le diable et ses anges ; il dira à ceux de M droite : Venez les bénis de mon Père. Possédez le « royaume qui vous a été préparé dès Torigine du M monde. D'un côté le royaume, de l'autre la damnau tion avec le diable. Aucun lieu intermédiaire n'a u été laissé oit vous plissiez placer les enfants.,. Ceux

(1) Bailly, DepeccaiiSj pari. 2, cli. i, S 5, tome VI, Dijon, 1789.

(2) Voir la lettre signée par cinq archetôques et évèques de France, et dont Bossuet, l'un des signataires, était le rédacteur. (EpUtola qmnqu PrœtuUtm ad SancUssimum Innocentium^ tome Y. Paris, 1743.)

:\ De ammd et ejus origine^ livre !•', ch. 9, l. X, Paris, 1696.

Ik PREMIÈRE PARTIE

« qui ne seront pas à droite seront certaineroent à « gauche; donc ceux qui ne seront pas dans le « royaume seront sans aucun doute dans le feu « étemel (1) » Cela est-il assez clair? Aucun genre de ffepos ni de bonheur quelconque n'est possible pour les enfants morts sans baptême, et comme il n'y a pour eiix aucun milieu entre le ciel et Tenfer, et qu'ils ne peuvent pas être admis à la félicité des élus, il faut bien qu'ils soient réservés au feu éternel (2). Rien n'arrête la verbeuse rhétorique de saint Augustin quand il s'agit de condamner de pauvres innocents aux peines étemelles. Il revient sur ce sujet, dans plusieurs de ses ouvrages, avec cette sorte d'affectation que mettent certains auteurs à insister particulièrement sur les points où ils ont le plus manifestement tort. Dans une de ses £pître$, il nous présente lui-même le cas où les parents étant accourus auprès du prêtre ei celui-ci se préparant à administrer le baptême, l'enfant meurt subitement avant d'avoir pu recevoir le sacrement, et il soutient que les choses se passent de la sorte uniquement parce que Dieu ne veut pas que l'enfant soit sauvé ; mais, comme on peut alors lui objecter le passage de la première Fpîfre à Timothée, ch. 2, V. 4, où saint Paul dit, contrairement du reste à plu- ' sieurs autres de ses enseignements, que Dieu reut qm tous les hommes soient sauvés, il prétend que ce texte doit s'entendre en ce sens que tot^ ceux qui sont sauva

(1) Sermo 294, De baptistno parvulorum^ ch. 5, tome V, 1683.

(2) Le cardinal Noris prétend que, dans l'opinion de saint Augustin, le feu de l'enfer chauffera les enfants assez pour leur causer de la douleuF) mais pas assez pour les brûler, et cet état de choses qui Ec prolongera pendant toute une éternité, il l'appelle mie pem: irè94égère et très-douce. (Péronne, PrœlccUones iheologictt^ lonier' Paris, iS4S, note 5 de la pagci 873.)

PéCHÉ ÛUlGlNBL 75

ne le sonû qi^e parce que Dieu le veut ainsi (1). Il lui était assurément difficile de faire un plus odieux abus de l'art de la parole. Cette argumentation est d'ailleurs en harmonie avec sa doctrine sur la grâce et la prédes- ' tination, dont j'aurai à reparler au chapitre V. J'avoue que je n'ai jamais compris comment, en présence de pareils enseignements, des femmes, de celles surtout qui ont été mères et dont on sait la merveilleuse tendresse pour les fruits de leurs entrailles, pouvaient demeurer chrétiennes. Malgré les mille moyens auxquels le christianisme a eu recours pour égarer leur sensibilité et s'en faire un auxiliaire, cette nature si éminem-ment bienveillante et S3rmpathique qui les caractérise devait, ce semble, les prémunir contre la croyance à des dogmes impitoyables.

La doctrine chrétienne, tout en présentant d'ailleurs le dogme du péché originel comme un mystère, essaie d'expliquer son mode de transmission. La plupart des Pères pensent qu'Adam aurait été établi par Dieu nonseulement comme chef naturel mais encore comme chef moral de toute l'humanité, de telle sorte que sa Tolonté comprît celle de tous ses descendants, et qu'ainsi il agit au nom de ions (2). Je retrouve cette théorie dans un livre destiné à l'enseignement chrétien des colonies françaises, et récemment approuvé par les cardinaux et prélats composant la sacrée Propagande romaine :

M D. Pourquoi les hommes naissent-ils coupables de « ce péché (le péché originel) ?

« R. C'est parce que leur volonté était renfermée - dans celle d'Adam, leur chef (3). »

(1) Epistola 217, Vitali, ^ \9.

(2) Bailly, Tractatm de Pêccatis, part. 2, ch. 4, § 3, tome VI, Dijon, !789.

(3) Catéchisme ou abrégé de la doctrine chrétienne^ à l'nsûge de$

76 PAEMlËRt; PARTIE

Une pareille explication est la suppression même de Ja personnalité humaine; c*est le renversement de tous les principes d*imputabilité des actes et de toutes les notions de mérite ou de démérite. Et voyez jusqaoi elle peut aller. S'il était vrai que la volonté du premier homme renfermât celle de tous ses descendants, il n y aurait pas de raison pour que Ton ne dit également que la volonté de chacun de nous renferme celle de tous ses descendants, et que par conséquent tout ce que nous pouvons faire de mal est imputable à toute notre postérité, en sorte que les derniers venus seraient par cela seul chargés non-seulement de leurs fautes personnelles, mais en outre de celles de tous* leurs ancêtres. Je sais bien que les docteurs n'enseignent pas que les péchés actuels soient transmissibles par la génération, et qu ils ne disent cela que du péché du premier homme. Mais qu'importe qu'ils osent ou non dérouler toutes les conséquences de leur théorie de promiscuité des volontés, si elles en sortent naturellement? Et nV t-on pas vu tout à l'heure saint Augustin en tirer timidement quelques-unes (1)? Il y a plus, si la responsabilité morale pouvait ainsi descendre d'un homme à sa postérité qui n* était pas encore née, pourquoi ne pourrait-^elle pas remonter également d'un homme à ses ancêtres défunts? Ces deux suppositions ne sont assurément ni plus ni moins déraisonnables Tune qoe l'autre, et même elles vont mieux ensemble qu'isolées,

paroisses des colonies françaises^ approwé par la sacrée PropsganâSy et publié par Tabbé Fourdinier, supérieur du séminaire du Saint-Esprit, 1" partie, art. i*% $ 2, Paris, 1835. Ce catéchisme est, sauf quelques modifications, la reproduction de celui qui tviit été précédemment composé pour Pile Bourbon par M. PasUt, préfet apostolique.

(1) Revoir, à la troisième note de la page 66, le texte où il ne trouve pas improbable que les enfants naissent responsables des péchés actuels de leurs pères.

car la seconde a Tavantage de compléter ce pële-mèle d*impatabilité morale, commencé par la première.

Que disent encore les défenseurs da dogme du péché originel et de sa transmission? Qu'il se retrouve dans d'autres systèmes anciens de théologie ; que les égarements de Tintelligence humaine sont une preuve de la chute originelle ; que du reste la transmission du péché d*Adam à sa postérité peut se concevoir et s'expliquer par certains faits de Tordre naturel. Je m'arrêterai tout à l'heure plus spécialement sur cette dernière considération, après avoir dit quelques mots des précédentes.

De ce qu'on retrouve le dogme du péché origine} dans d'autres systèmes anciens de théologie, il s'ensuit une seule chose, c'est que la religion chrétienne n'a pas le monopole de cette erreur, et qu'ici comme ailleurs elle a ou copié d'autres religions ou été copiée par elles. Je ferai à ce propos l'observation générale suivante.

Plusieurs dogmes ou traditions des livres sacrés des juifs et des chrétiens se retrouvent avec plus ou moins de variantes dans les"" livres sacrés ou les traditions d'anciens peuples. On sait que les apologistes chrétiens regardent ces similitudes comme autant d'emprunts que ces divers peuples auraient faits aux livres ou aux traditions des Juifs, mais en les altérant. La conclusion inverse, à savoir que les Hébreux auraient emprunté quelques-uns de leurs dogmes à des nations qui les avaient devancés en ce genre de civilisation ébauchée qui consiste particulièrement dans la culture excessive de la faculté d'imaginer, cette conclusion, dis-je, nous semblerait plus naturelle et plus vraisemblable. Mais nous laissons à d'autres la tâche de débrouiller cette question de critique historique, qui ne peut d'ailleurs intéresser en aucune façon le fond de notre doctrine ; car, lors même que nous admettrions que des tradi-

tious, qui sont de très-déplorables erreurs, appartenaient primitivement et en propre aux Hébreux, loin de leur en faire un mérite, nous leur reprocherions de les avoir inoculées à d'autres nations. Peu nous importe donc que ce soient les Hindous ou les Babyloniens ou les Égyptiens qui aient pris dans les libres sacrés des Hébreux ou dans les traditions d'une prétendue révélation primitive quelques-uns de leurs dogmes, ou que ce soient les Hébreux eux-mêmes qui les aient empruntés à ces peuples. Mais ce que nous voulons constater ici, c'est l'inanité des ai^aments qne les docteurs chrétiens prétendent tirer des ressemblances plus ou moins grandes qui peuvent exister entre les erreurs dont ils nourrissent epçore leur intelligence et celles dont beaucoup d'autres mortels ont très-anciennement nourri la leur. Au reste, si les analogies plus ou moins frappantes que présentent les croyances des hommes s'expliquent souvent par les communications qu'ils ont eues entre eux, très-souvent aussi et plus souvent encore peut-être s'expliquentelles par le principe fort simple de l'unité de nature des diverses races humaines, principe en vertu duquel il arrive que des vérités et des erreurs naissent spontanément et avec les variantes que comporte toutefois la diversité des milieux, dans l'esprit d'hommes qui n'ont entretenu aucune relation.

La preuve de décadence originelle que l'on croit voir dans les imperfections et les égarements de l'intelligence humaine mérite à peine d'être discutée. Où a-t-on vu en effet que cette intelligence dût arriver dès cette vie à son plein et entier développement? Estce que ses tâtonnements, ses défaillances mêmes n'el^ trent pas dans l'économie de l'épreuve actuelle et ne sont pas des conditions de la lente et laborieuse éducation de l'àme?

Quant à l'explication de la transmission du pécht

PÉCHÉ ORIGINEi 79

originel, que l'on prétend trouver dans certains faits de l'ordre naturel, c/est là-dessus que nos adversaires insistent particulièrement, quoique ce soit peut-être le plus faible de leurs arguments; ils objectent sans cesse cette foule d'enfants qui naissent infirmes, pauvres, malheureux par le fait des auteurs de leurs jours, et ces penchants, ces dispositions morales qu on voit souvent se transmettre par le sang. Bossuet ne craint pas de placer la justice divine en face de la justice humaine comme devant une image dans laquelle elle aimerait à se contempler : « Considérons, dit-il, la justice hu- « maine ; nous y verrons une image de cette justice de « Dieu. Un père dégradé perd sa noblesse et pour lui et «• pour ses enfants, surtout pour ceux qui sont à naître. M Ils perdent en lui tous leurs biens, lorsqu'il mérite de «. les perdre. S'il est banni et exclu de la société de ses M concitoyens et comme du sein maternel de sa terre na- « taie, ils sont bannis avec lui à jamais (1). » Iln*estque trop vrai, et c'est là une de ces choses dont la vue navre le plus les cœurs et que nous devons travailler à atténuer toujours davantage en cherchant à faire prévaloir les principes de la bonne civilisation, il n'est, dis-je, que trop vrai qu'une foule d'enfants sont malheureux en ce monde par le fait de leurs parents. Mais de ce que les fautes de leurs pères sont pour eux une occasion de dépendance et de souffrance, on n'est nullement autorisé à conclure qu'ils encourent la responsabilité morale de ces fautes. Ils peuvent avoir à pàtir de rinconduite, des défauts et des vices des auteurs de leurs jours, comme ils peuvent profiter de leur bonne conduite, de leurs qualités et de leurs vertus. Cette considération, en intéressant plus intimement un père au bien de ses enfants, est une raison de plus pour lui

;f ) ÉlévaiioM à Dieu sur tous les mystèreSf 7* semaine^ 2« Éleva- /un, tomeX, Paris, 1745.

de se détourner da mal. Dans ce sens on peut dire qu'il existe une sorte de solidarité matérielle entre les membres d'une famille. Mais nul esprit juste ne pensera que les désavantages qui peuvent résulter de la mauvaise conduite des parents supposent chez les enfants une véritable responsabilité en vertu de laquelle Dieu les punirait des fautes qui ne leur sont pas personnelles. La seule chose à en eonclnre, c*est que ces enfants ne naissent et ne vivent pas dans des conditions aussi favorables et aussi heureuses que d'autres. Il est manifeste que la répartition des dons naturels n*est pas la même en ce monde pour tous les individus, et cette inégalité de répartition ne met nullement en cause la justice de Dieu, qui n'exige de chacun que dans la mesure de ce qu'il lui a donné, et qui dispose de toute la suite des existences futures pour rétablir cette exacte compensation que ne présente point la vie actuelle. L'exemple des enfants qui ont trop souvent à souffrir en cette vie des fautes de leurs parents, et cela par la force même des choses et l'institution de la nature, ne peut donc nullement être invoqué en faveur du dogme du péché originel. Pour ce qui est des penchants, des dispositions qui se transmettent souvent par la génération, on confond des choses distinctes : il est facile de voir que des inclinations, des affections ne sont pas des fautes, des péchés. Enfin l'image de la justice divine , que Bossuet prétend voir dans la justice humaine , nous apparaît tellement enlaidie que nous ne saurions la reconnaître. Ces vains titres de noblesse que confèrent les hommes, ces richesses qui s'accumulent dans quelques familles ou qui se dissipent avec la même facilité et selon le caprice si mobile de la fortune, ne sont i>as des biens réels. En se plaçant à un point de vue assez élevé pour bien juger de la valeur des choses, on conçoit qu'un homme puisse perdre ces avantages sans être privé pour cela de ce qui lui est indispensable

pour parcourir la carrière de la vie. Ajoutez que, lorsque les législations modernes, qui tendent à devenir plus douces et plus équitables que par le passé, abolissent la confiscation, un de leurs principaux motifs est qu'il faut le moins possible faire subir aux enfants les conséquences des fautes des pères. S*il arrive encore que la sottise des hommes fasse peser sur le fils l'infamie dont le père peut être frappé, c'est un injuste préjugé, dans lequel Dieu n*ira certainement pas chercher Tappui qu'on lui ofire. C'est bien pis si le fils est banni avec son père et exclu de la société de ses concitoyens; car c'est seulement dans ses plus mauvais jours, dans ses jours d'ignorance et de cruauté, que la justice humaine procède de la sorte. Si l'on suivait jusqu'au bout la théorie de Bossuet, on serait forcément conduit à admettre les plus atroces conséquences, celle-ci par exemple, que les enfants pourraient être justement jetés en prison ou traînés à l'échafaud avec leurs pères. Nos adversaires voulussent-ils s'arrêter devant ces conséquences, je maintiens qu'ils n'en auraient pas le droit.

Quelques théologiens tirent un dernier argument des souffrances qu'éprouve l'enfant dès sa naissance et qui l'enlèvent souvent à la vie avant qu'il ait pu commettre aucune faute. Ils prétendent qu'il répugne qu'un Dieu tout-puissant et juste fasse éprouver des souffrances qui ne seraient pas la punition d'une faute, et ils en concluent qu'il faut bien alors que l'enfant naisse avec le péché originel. Si cet argument pouvait' prouver quelque chose, il irait jusqu'à prouver contre l'existence de Dieu ; car ce qui répugne par-dessus tout, c'est qu'un Dieu juste puisse attribuer la responsabilité morale d'une faute à un être qui ne l'a pas commise. Si donc il répugnait que Dieu pût faire éprouver des souffrances qui ne seraient pas la punition d'une faate originelle, comme c'est un fait évident que l'en-

fant souffre avant d'avoir pu commettre le mal, il faudrait forcément en conclure que Dieu n'existe pas. Lps théologiens ne veulent pas nier Dieu apparemment : c'est pourtant là qu'aboutit leur argumentation. Sous un autre rapport elle mène encore à une conclusion qui dépasse de beaucoup leur intention et le besoin de leur cause. En effet , ce n'est pas seulement l'être humain qui éprouve des souffrances sans avoir pu commettre aucune faute. Les autres êtres innombrables du règne animal éprouvent tous des douleurs physiques pendant le cours de leur vie et sont comme nous sujets à la mort. On reconnaît que, dans Tordre actuel, ils sont incapables de commettre le mal moral. Faut-il en conclure qu'ils naissent aussi coupables de quelque faute originelle? Nos adversaires eux-mêmes ne l'osent pas, et pourtant ils y sont amenés par leur doctrine. Le vice de leur raisonnement réside dans la fausseté de cette assertion, qu'il répugne qu'un Dien tout-puissant et juste ait institué un état de choses dans lequel des êtres organisés pourraient éprouver des souffrances qui ne seraient pas la punition d'une faute. Si toute faute doit être suivie tôt ou tard d'une souffrance qui en est la peine et Texpiation, il ne s'ensuit nullement que toute souffrance suppose une faute. La puissance et la justice de Dieu ne s'opposent en aucune façon à ce qu'il ait établi des souffrances physiques on morales, qui soient tantôt une source de mérite pour l'être doué de liberté, tantôt pour l'être sensible une condition du développement des organes nécessaires à la jouissance des avantages de la vie. Est-ce qu'il n'arrive pas souvent que Thomnle vertueux, dans le but de remplir un devoir ou d'accomplir de bonnes actions auxquelles il n'est ^oint obligé, se condamne volontairement à des souffrances qui ne sont point dès lors la conséquence de fautes préalçibles? Est-ce que la souffrance physique qui prépare ou accompagne l'exercice

PÉCHÉ ORIÇIXEL 83

(les fonctions organiques, soit chez Thomme soit chez les autres animaux, n'est pas une condition du développement de la vie, une indication permanente des dangers qui là menacent, et en définitive un moyen pour Tètre sensible de veiller à sa propre conservation? La vie, prise dans son ensemble et considérée par rapport à sa fin dernière, étant incontestablement un bienfait, il n'y a donc, dans les souffrances que suppose la jouissance de ses avantages, absolument rien d'inconciliable avec la providence d'un Dieu juste. Il y a enfin une considération souveraine et qui suffirait pour ôter toute valeur à l'objection, c'est que la justice divine a le temps et l'espace, la vie présente et les vies fatures pour établir dans toute existence douée de sensibilité une équitable compensation du bien et du mal.

Exposer le dogme du péché originel, c'est, comme on vient de le voir, le réfuter. Bossuet, que nous avons vu tout à l'heure invoquer la justice des hommes pour établir ce dogme, convient, dans un autre ouvrage, que les idées ordinaires de justice, telles que les conçoit l'intelligence humaine, ne sauraient nous faire rien découvrir dans cet abîme, et il nous conseille de ne point examiner ces règles terribles de la justice de Dieu et de nous borner à adorer ses jugements (1). On ne saurait trouver une meilleure réfutation du dogme du péché originel que cet aveu même et ce conseil. En effet, quoiqu'il y ait, dans la pratique des choses humaines, une multiplicité infinie de jugements contraires à la jush tice, il n'y a pas deux justiceg, une pour la terre et une autre pour le ciel, une qui aurait été notifiée à l'homme par l'intermédiaire de sa raison et sur laquelle il de-

{\)J)isconr8 sur rhiêtoire universelle, 2* partie, fh. i«', t. VW, Paris, 4744.

t<ll PKKMIÈHE PAHTIK

vrait régler ses actes, et une autre opposée à la première et que Dieu se réserverait poar son usage particulier comme le font trop souvent les puissants de ce monde. Il n*y a qu'une justice, étemelle, inuuuable, et que Dieu n'impose à Thomme que parce qu il l'observe d'abord lui-même. IT examinons point y nous dit Bossuet, adorons. Mais le moyen de ne pas examiner des règles qui nous condamnent, quand nous avons reçu en partage une intelligence pour les comprendre ! Le moyen d'adorer des jugements par lesquels, au mépris des premières notions de sagesse et de justice, Tenfant serait rendu responsable des actes de son père, Tinnocent serait puni àrégal du coupable ! Le célèbre docteur a oublié de nous rapprendre. Ses successeurs, sans nous l'apprendre davantage, nous présentent encore aujourd'hui la même recette, avec l'autorité du talent de moins et une excessive confiance de plus. Nous lear dirons ce que disait un avocat à un conseiller qui permettait qu'on usât de sa raison dans les choses humaines, mais qui voulait que, dans les choses divines, on la soumit : M Vous prétendez que je passe à Dieu des sot- « tises! C'est à lui que j'en passerai le moins, parce « que, mieux que personne, il est dans le cas de n'en M pas faire. «» Cette réponse peut sembler n'être pas assez respectueuse dans la forme ; mais elle l'est beaucoup dans le fond, puisqu'elle signifie : « Dieu étant la «< suprême sagesse et la suprême justice, c'est faire M acte de piété que de refuser d'admettre les sottises M qui lui sont attribuées. >«

Du reste, tandis que d'ordinaire la théologie chrétienne prétend établir ses dogmes sur des textes évangéliques, qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, pris dans leur sens naturel ou tourmentés, peuvent s'y adapter, on ne la voit guère chercher ses preuves dans les évangiles pour étayer sa doctrine du péché originel. Ici c'est l'Ancien Testament qu'elle

invoque, et dans le Nouveau, particulièrement les Epttres de saint Paul.

Le dogme qui découle le plus immédiatement de celui du péché originel, je veux dire le dogme de la Rédemption de Thumanité par les mérites de Timmolation de Thomme-Dieu, se trouve donc réfuté d*avance ; car il est clair que, si, du point de vue de la parfaite justice, il n'y a pas d'autres fautes ni d*autres mérites que les fautes et les mérites personnels, cette prétendue nécessité de réhabiliter Tespèce entière pour une faute qu elle n*a point commise, et qui est propre seulement à un de ses individus, n*est plus qu*ttne chimère, et dès lors il ne semble pas même nécessaire de parler de Tabsurdité du moyen. Toutefois, comme c^est un des points principaux de la doctrine chrétienne, j'y reviendrai bientôt (1).

(1} Au chapitre V de celle i^ partie.

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