CHAPITRE V
g t". — MORT d'aARON
La première moitié du ch. 10 contient une narration relative aux tables de la loi et aux ascensions de Moyse sur le SinaY, narration qui s'interrompt brusquement après le verset 5, et qui est reprise aussi brusquement au verset 10. Lés versets 6-9, qui coupent le récit, ont rapport à plusieurs campements, extraits de Titi* néraire du chapitre 33 des Nombres^ ainsi qu'à la mort d'Aaron et aux fonctions de la tribu de Lévi. Cette interruption est tellement inattendue que des commentateurs chrétiens mêmes en sont choqués : ^ A consi- « dérer l'enchaînement du récit, dit M. Léon de « Laborde, ces deux versets (les versets 6 et 7), aussi ^ bien que le 8® et le 9^ qui suivent, viennent ici sans «< raison, sans transition, et le récit, qui s*est inter- « rompu, reprend, au 10® verset, sans explication et
llk SECONDE PARTIE
« comme si rintemiption n'avait point eu lieu (Il » Le môme auteur se voit forcé de convenir qu'il y a là un non-sens ^u une altération du texte : « Il ne nous rest<» « plus de refuge que dans une cruelle Hécessité, colle *♦ d'admettre une interpolation, ou dans un aveu qui « est toujours fâcheux, celui d'une impossibilité com- « plète de trouver un sens ou une explication pour ces «. deux versets (2). »» Ces trouées du texte sacré et ces coutures maladroites sont si communes que Ton n'aurait jamais fini de les noter. Si j'arrête le lecteur sur ce cas en particulier, c'est parce qu'il trahit une contradiction évidente. Il résulte des versets 6 et 7 que c'est après qu'Aaron est mort et enseveli que les Israélites viennent camper à Gadgad, puis à Jétébatha. Or, au ch. 33 des Nombres, v. 32-38, il avait été dit au contraire que les campements à Gadgad et à Jétébatha avaient précédé la mort d'Aaron, qui n'eut lieu qu'au campement de la montagne de Hor. Le ch. 20, V. 22-29, des Nombres^ avait déjà fait mourir Aaron sur la montagne de Hor; bien plus, on retrouve le môme renseignement au verset 50 du chapitre 32 du livre du Deutêronome, qui est ainsi en contradiction non plus seulement avec celui des Nombres mais avec lui-môme.
g 2. — EXCITATION A ADOHER DES DIEUX ÉTRANGERS
Ch. 13, le fait d'exciter à l'adoration des Dieux étrangers est puni de la lapidation. Cette pénalité ne
(1) Cùmmeniavre géographique sur l'Exode et les Nombres, Paris, <84l, note sur le verset 30 du chapitre 33 des Nomhres. "^^ Ibidem.
DEUTÊRONOME 45
doit point nous étonner après ce que nous avons vu jusqu'ici. Mais voici une circonstance horrible. Si celui qui excite des Israélites à adorer des Dieux étrangers est un frère, uA fils ou une fille, une épouse, un ami, il ne sera pas permis à cet Israélite de se contenter de repousser un mauvais conseil. Eh quoi! devra-t-il encore livrer un frère, une épouse, un ami? Cela ne serait pas assez. Il devra le tuer de sa propre main, et il lui est interdit d'éprouver de la pitié en procédant à ce meurtre, dont le législateur lui assure exclusivement les prémices, lui permettant seulement d'en abandonner les reliefs à la fureur du peuple, v. 7-11 [6-10]. Voilà de ces raffinements de cruauté dont on ne trouve d'exemples que dans la Bible. A côté de ce système d'exécution, qui au besoin faisait une voie large et commode aux haines et aux vengeances particulières, les exécutions mêmes sur une plus grande échelle, et qui sont décrites aux versets 13-18 [12-17], ne semblent plus que des bagatelles. Montesquieu, dont ou connaît la prudente réserve à l'endroit de la religion, n'a pu retenir ici le cri d'une conscience honnête : « Cette loi du Deutironome, dit-il, ne peut être une ** lai civile chez la plupart des peuples que nous con- - naissons, parce quelle y ouvrirait la porte a tous les .* C7*imes (1). "
jj; .3. — LE JUGEMENT PU PRÊTRE EST SANS APPEL, ET LE REFUS DE
s'y conformer puni DE MORT.
Ch. 17, V. S-13, les fonctions judiciaires sont con- (i) EsjiTii des Lois, livre 12, ch. 47, tome ^% Paris, 4838.
fiées aux prêtres, et cela est conséquent au principe du gouvernement théocratique, établi par Moyse. Mais voyons comment ces prêtres devront rendre la justice. Leur sentence est infaillible et sans appel ; il faut s y soumettre promptement et en aveugle, v. 10 et 11. Mais s'il arrive que quelqu'un ne veuille pas s'y conformer, que lui fera-t-on? Oh ! cela est bien simple. C'est un orgmilleuXf celui qui n'obéit pas au prêtre : on le tuera, v. 12. Cela tranche toutes les difficultés. Mais reste la question de savoir ce que des hommes, à qui Ton administre la justice de cette façon, ont gagné à quitter les forêts et la compagnie des bêtes pour l'état social.
i h. — PUNITION DU FILS INDOCILE. EXCLUSIONS DE l'aSSEMBLIE