‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 51 sur 139 · DE JÊHOVAÏI. LE VOL AUTORISÉ · texte numérisé non relu

DE JÊHOVAÏI. LE VOL AUTORISÉ

Ch. 21, V. 18-21, pères et mères qui avez des enfants indociles ou désordonnés dans leur conduite, apprenez une recette pour les amender, recette intelligente et.douce, infaillible surtout et expéditive. Si un Israélite a un fils qui résiste à son autorité et à ses conseils, qui soit gourmand ou ivrogne, il doit Tameuer devant les vieillards. Vous croyez sans doute qu'on va lui faire une longue morale : c'est la recette banale. On le tue sous un monceau de pierres, et les problèmes du meilleur mode d'éducation et du meilleur système pénitentiaire se trouvent résolus de prime saut.

Ch. 23, V. 2-5 [1-4], les eunuques, les enfants naturels, les Ammonites et les Moabites n'entreront pas dans l'assemblée de Jéhovah. Les eunuques sont exclus

sans distinction entre ceux qni, étant adultes, auraient été mutilés volontairement, et ceux, en bien plus grand nombre, qui l'ayant été dans leur enfance, auraient été fort ^étrangers à ce méfait. Les enfants naturels sont frappés d'exclusion pour une faute dont ils sont innocents. Mais ce ne serait pas assez qu'ils portassent seuls cette peine ; leurs descendants jusqu'à la dixième génération sont également exclus (1). Pourquoi cette exclusion s'arrête-t-elle après la dixième génération plutôt qu'après la douzième ou la vingtième, ou mieux pourquoi ne se continue-t-elle pas indéfiniment? Cela ne serait pas plus injuste que la transmission à toute la postérité d'Adam de la peine encourue par le péché originel. Au reste, si cette attribution d'une faute à ceux qui ne l'ont pas commise, ne va pas aussi loin qu'elle pourrait aller, elle dépasse assez notablement plusieurs des autres cas analogues que j'ai mentionnés plus haut (2), et où la punition d'une faute dans les descendants de l'auteur s'arrête à la quatrième génération. Quant aux Ammonites et aux Moabites, ce ne sont pas seulement ceux qui n'étaient pas venus audevant des Israélites ou qui avaient payé Balaam pour les maudire, qui sont exclus, ce sont encore leurs descendants. Mais ici l'auteur sacré, après avoir exclu ces descendants jusqu'à la dixième génération, les exclut à toiU jamais (3).

(1) Cette extension de la peine ne se lit pas dans le texte des Septante, où l'enfant naturel seul est exclu.

(2) Au g 6 du ch. 2 de cette l^* section.

(3) Au 2« livre d'Esdras, ch. 13, v. 2, il est dit simplement et sans désignation de générations, qu'ils n'entreront jamais dans ^'assemblée de Dieu. Des traducteurs ont essayé d'esquiver le nonsens de Texclusion allant jusqu'à la dixième génération et jusqu'à J'étcrnilé. Le Maistrc de Sacy {La Sainte Bibles tome l«', Paris, 1717) et l'abbé Guédicr de Saint-Aubin (Histoire Sainte^ tome II, Paris, 4741), trouvant à leur convenance un procédé de saint Je-

Lg môme chapitre 23, v. 25 et 26 [24 et 25] autorise des vols manifestes : il permet d'entrer dans la visme du prochain et d y manger des raisins jusqu'à satiété, pourvu qu'on n'en remplisse que son estomac ; il permet de même d'entrer dans le champ de blé du prochain et d'y prendre des épis, pourvu qu'on ne se serve pour cela que de sa main et non pas d'une faux. De pareilles règles ne seront jamais du goût des nations policées, parce que, sous apparence de générosité, elles y conduiraient tout droit à la mise au pillage de cultures qu'il faut au contraire apprendre aux passants à respecter d'autant plus qu'elles ne peuvent guère être placées que sous la garde du public (1). Pourquoi l'autenr du Deiitéronome ne s'est-il pas borné en cette matière à tracer les bonnes paroles qu'on lit, au chapitre suivant, V. 19-21, et par lesquelles il prescrit dabandon-

rômc, consistant dans Tintroduclion d'un tout pelil mot qui falsifie le texte sacré, ont ainsi traduit : « Les Ammonites et les Moabitfs « n'entreront jamais dans rassemblée du Seigneur, non pas même ff ajpTès la dixième génération. » Le traducteur français de la Bibk prolestante (Londres, 1842) a tenu pour non avenus les mots à tout jamais, et a fait ainsi disparaître la contradiction qui avait embarrassé ses devanciers. Toutes ces fraudes étaient sans doute justifiées dans Tcsprit de leurs auteurs par la bonne intention.

(1) L'auteur de La Vulgate a vu, dans le même mot, d'abord le prochain, puis un ami, Pensa-t-il que ceux qui apaisent leur faiiD avec quelques épis de blé, font plus de mal que ceux qui se désaltèrent dans les vignes, et qu'ainsi les premiers avaient plus besoin que les autres de pouvoir s'autoriser de la permission tacite d'un ami? II se commet au contraire beaucoup plus de dégâts de U seconde façon que de la première. Saint Jérôme devait d'ailleurs se rappeler que Jésus laissait ses disciples arracher des épis dans les blés (Matthieu, ch. 12, v. 1 et 2; Marc, ch. 2, v. 23 et 24 ; cl Luc, ch. 6, v. i et 2), ce que je ne trouve pas précisément à imiter, par d'autres raisons toutefois que celles des Pharisiens, tandis qu'on ne voit pas qu'il les ait laissés dérober d'autres fruits. 11 est vrai qu'un jour il s'approcha lui-même d'un figuier d'autrui Jans ? l'inlenlion d'y cueillir des figues ; mais il n'y trouva que des feuilles.

Nous en reparlerons dans la seconde section, chapitre 1'% J 13.

ner à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve les quelques épis, raisins et olives, qu'on laisse derrière soi quand on fait la récolte de son champ, de sa vigne et de ses oliviers? A la bonne heure. Voilà un excellent précepte à adresser à de féroces propriétaires qui sont sans entrailles pour le pauvre.

§ 5. — MOYfiE NE CONNAIT PAS LE DOGME DE l'iMMORTALITÉ

Page 1