‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 55 sur 139 · JOSUÉ ARRÊTE LE SOLEIL ET LA LUNE · texte numérisé non relu

JOSUÉ ARRÊTE LE SOLEIL ET LA LUNE

Ch. 10, v. 12 et 13 (voir aussi le livre de Y Ecclésiastique, ch. 46, V. 5), Josué suspend la marche du temps, afin de prolonger le massacre des Amorrhéens. Ce miracle est un des plus hardis de tous ceux qui se lisent dans la Bible. Imagîne-t-on les perturbations qu'il eût causées dans les rapports réciproques des corps célestes et sur toute la surface du globe? Pendant que la longueur du jour eût été doublée pour les Israélites, elle l'eût été également pour une moitié de la terre, en même que la longueur de la nuit eût nécessairement été doublée pour l'autre moitié. L'auteur du livre de Josué devait ignorer qu'un pareil miracle ne pourrait avoir lieu pour un petit coin de la terre sans avoir lieu en même temps pour toute la surface, et cette ignorance l'empêchait de voir que le silence ab-

solu que devaient garder sur un fait aussi prodigieux les traditions du reste du genre humain, Taccuserait auprès de la postérité. Mais pensait-il à la postérité? Pas plus sans doute que les prêtres chrétiens qui, sur son autorité, ainsi que sur celle de l'auteur de la 6>nèse (1), donnaient un démenti à la science des Pythagore (2), des Copernic et des Galilée ; car c^était sur rÉcriture sainte que se fondait TÉglise romaine lorsqu'elle déclarait absurde le système qui fait tourner la terre autour du soleil, son centre d'attraction. Il ne faut ni oublier ni se lasser de redire qu'au xvii^ siècle, un vieillard de 70 ans, honoré de tous les savants de l'Europe, était condamné à abjurer, maudire et détester ce système, et à expier le tort de l'avoir divulgué (3). Au reste, cette opposition à Tavancement de:*

(1) Voir plus haut, chapitre !■% J l*', Les six jours de la création,

(2) Aux savants medcrnes appartient sans contestation le mérite d'avoir rigoureusement démontré le vrai système du monde; mais on se tromperait fort si Ton croyait qu'ils Tout trouvé. 11 résulte du témoignage d'Aristote que les Pythagoriciens connaissaient la forme sphcrique de la terre , son mouvement annuel autour du soleil et son mouvement diurne sur elle-même, (ncpl Ov^ôcmv, liv. 2,ch. 43, tome F% Paris, 1619.) Il résulte également de deuA textes de Lactance et de saint Augustin, que j'indiquerai dans un instant, que l'idée de la sphéricité de la terre avait cours parmi les philosophes de leur époque.

(3) Après avoir rendu compte à sa façon du procès et des motiis de la condamnation de Galilée, Tahbé Bergier ajoute : « Ytnfrt a auteurs, surtout parmi les protestants, ont écrit que Galilée fut a persécuté et emprisonne pour avoir soutenu que la terre tourne V autour du soleil, que ce système a été condamné par Tlnquisi- (f lion comme faux, cironé et contraire à la Bible, etc. Cela est « répété ou suppose dans plusieurs dictionnaires historiques ; uo$ « incrédules modernes Fout affirmé les uns après les autres, cl u malgré les preuves irrécubables du contraire, ils le rc|iéleruul « jusqu'à la (in des siècles. C'est ainsi que les philosophes Ira- « vaiiieui à l'avancement des sciencei. » (Article Sciences *■-

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sciences cosmologiques ne doit pas être attribuée exclusivement au catholicisme mais à l'esprit même du christianisme. Pendant que les Inquisiteurs de. Rome condamnaient Galilée, les ministres protestants, s'appuyant également sur l'autorité des livres saints, s'élevaient contre ceux qui enseignaient le mouvement de la terre autour du soleil. Descartes, qui était alors en Hollande, avait écrit un livre où il soutenait cette doctrine avant d'avoir connu l'ouvrage de Galilée, et qu'il renonça à publier quand il apprit la condamnation de ce dernier. Il tenait trop à son repos pour se commettre avec les puissances ecclésiastiques, et se contentait de dire que les déclamations des ministres protestants lui faisaient espérer que par contradiction les prédicateurs catholiques finiraient par adopter le mouvement de la terre. Ils ont bien fini par là les uns et les autres; mais en cela ils ont manqué de logique : quand on a posé en principe le caractère sacré des livres sur lesquels se fondait la condamnation de Galilée, on n'a pas le droit de renier cet opprobre, et l'on doit laisser à d'autres le soin d'en rire ou de s'en indigner.

Ce n'est pas seulement du temps de .Galilée que les docteurs de l'Église ont condamné comme contraire au

mairies^ Encyclopédie méthodique^ tome III, Paris, 1790.) A ces dénégations si tranchantes il sufGt d'opposer les textes originaux de la condamnation prononcée, le 22 juin 1633, par le tribunal de l'Inquisition, et de l'abjuration que Galilée fut contraint de prononcer. Le lecteur jugera par cette simple confrontation de quel côté est le respect de la vérité historique. Les pièces originales sont citées à la suite d'un travail public- par M. Biot, dans le reoucil [|ui porte le titre très-peu modeste de Journal des Savants, cahiers Je juillet, août, septembre et octobre 1858 , et où Ton peut voir i'amplcs détails sur le procès de Galilée, détails d'autant moins »us|iects que, loin d'exagérer les torts des juges, l'auteur semble >Iuiùt avoir pris à tâche de les atténuer.

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système cosmologique de la Bible le vrai système da monde, mais c*est dès les premiers siècles mêmes dn christianisme. Lactance tourne en ridicule les philosophes de son temps, qui admettaient et enseignaient la sphéricité de la terre. Il traite d'ineptie et de mensonge une doctrine que personne n'oserait attaquer aujourd'hui (1). Quelle bonne leçon, pour ceux qui sauraient en profiter, il y aurait à tirer de cette superW assurance avec laquelle il tranche une question où il est profondément ignorant ! Saint Augustin fait à son tour sur le même sujet une dépense d'argumentation aussi vide que Tinsultante indignatioji de Lactance. Yi décide, avec ce ton de supériorité que prennent lt\> rhéteurs quand ils veulent i)arler de ce qu'ils ne connaissent pas» qu'il n'y a absolument aucune raisofi pour croire que la terre ait une forme sphérique : à ses yeux, ce n'est pas seulement une/ai?«, c'est une absurdité (2).

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