‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 62 sur 139 · AVENTURE DU LÉVITE DEPURAIBI · texte numérisé non relu

AVENTURE DU LÉVITE DEPURAIBI

L aventure racontée dans les trois derniers chapitres 19-21 est un chef-d'œuvre d'horreurs. La lâcheté d'un lévite y va jusqu'à l'invraisemblance, et le sang coule à grands flots par l'ordre de Jéhovah.

Un lévite d*Éphraïm reçoit avec sa jeune femme l'hospitalité chez un vieillard de Gabaa, ville de latrilu de Benjamin. Le soir, des hommes de cette cité viennent demander à grands cris au vieillard de leur livrt: le lévite, en déclarant nettement leur intention d'avoir avec lui un commerce criminel, ch. 19, v. 22. Le vieillard cherche en vain à les apaiser en leur offrant ss propre fille avec la femme de son hôte, v. 24. J'ai dé;:, eu à noter, au chapitre 19 de la Oenèse, v. 8, une immoralité de même genre. Le lévite ne trouve pas alors A-: meilleur moyen d'échapper à ses poursuivants que dleur livrer sa femme, v. I^. Après que les botes féroces à qui elle a été jetée comme une proie, en ont usé tou:^ la nuit, cette malheureuse vient expirer sur le seuil •-: la maison où repose son lâche mari, v. 26 et 27. Celc: ci emporte le cadavre chez lui et le découpe en 12 me: ceaux qu'il envoie aux tribus d'Israël, v. 29. Les Isrâlites réunissent 400,000 combattants qu'ils envoie contre Gabaa. La tribu de Benjamin leur oppo 26,000 soldats (1), auxquels s'adjoignent 700 brutes '■

(1) 25,000 seulement dans la Vulgate, chapitre 20, v. 45. 1

Gabaa, très -habiles guerriers, dit le texte, ch. 20, Y. 16. Les Benjamites, dans une première sortie, tuent 22,000 Israélites. Ceux-ci, peu encouragés par ce début, demandent à Jéhovah s*il faut continuer la campagne. Sur une réponse affirmative, v. 23, ils reviennent à la charge, et laissent encore sur le champ de bataille 18,000 des leurs. Quoiqu'ils n'eussent pas eu beaucoup à se louer du résultat de la première consultation, ils viennent en demander une seconde, v. 28. La réponse est de nouveau affirmative, la bataille s'engage, et la fortune des armes change tout à coup. Les Israélites perdent 30 hommes seulement, mais ils tuent 25,100 Benjamites (d'après les versets 35 et 47 ; 25,000 d'après le verset 46), puis ils incendient et détruisent Gabaa, toutes les villes et bourgades de la tribu de Benjamin, et y exterminent tout ce qui a vie, v. 48, Voilà donc, outre les 40,030 Israélites qui périrent sur le champ de bataille, une tribu entière, environ la douzième partie de la nation, d'exterminée ! Ce n'est pas tout. Ces Israélites, qui égorgent sans pitié une innombrable multitude de femmes, de vieillards et d'enfants, se prennent tout à coup d'une belle tendresse pour cette tribu qu'ils viennent d'anéantir presque entièrement ; ils se mettent à pleurer sur les ruines qu'ils ont faites, ch. 21, v. 2 et 3; ils s'affligent en pensant que 600 Benjamites, qui ont échappé au carnage, n'auront pas de femmes, v. 7, et voici le moyen qu'ils imaginent pour leur en procurer. Les habitants de Jabès de Galaad n'avaient point pris part à l'expédition contre Gabaa. Les Israélites envoient contre eux 12,000 soldats (1), chargés d'égorger les hommes, les femmes mariées et

version grecque ne donne que 23,000 ; mais elle est manifestement en contradiction avec elle-même ; car, au verset 35, elle en fait périr 25,100.

(i) 10,000 seulement dans la Yulgate.

les petits enfants, v. 10, mais de réserver les vierges. Nous avons eu déjà un exemple d'un pareil triage, opéré au milieu du massacre des Madianites (1). On trouva 400 vierges, qui furent amenées au camp, v. 11 et 12, puis données aux Benjamites. 200 d'entre ces derniers demeuraient encore à pourvoir. Les Israélites, qui avaient juré de ne point leur donner leurs filles en mariage, et qui se faisaient scrupule de violer ce serment, ne s'en firent aucun de leur conseiller de se mettre en embuscade dans les vignes, d'attendre an passage les filles de Silo^ allant à la danse un jour de fête, et d*en enlever chacun une. Ce beau conseil fut suivi ponctuellement, v. 18-23. L'auteur sacré nous laisse ignorer si les pères et les frères de ces filles prirent cet acte de suprême brigandage mieux que ne l'avaient fait les fils de Jacob, lors de l'enlèvement de leur sœur Dina, et que ne le firent plus tard les Sabins lorsque les Romains leur enlevèrent leurs filles dans un guet-apens dressé sous prétexte de fête.

Page 1